Esclavage, discrimination et religion en Mauritanie :Les dilemmes de la république islamique, à l’épreuve du G5 Sahel



I. Un abus de plus, dans une dérive sans bruit


En catimini, les députés votaient, le vendredi 9 juin 2017, un projet de loi portant pénalisation de la discrimination. Au paragraphe premier de l’article 10, il est stipulé : « quiconque encourage un discours incendiaire contre le rite officiel de la République islamique de Mauritanie est puni d’un (1) an à cinq (5) ans d’emprisonnement ».

Au moment de présenter le texte aux élus, le Ministre de la Justice, avocat dans une vie antérieure, rassurait : « la loi est générale et impersonnelle et ne vise pas une personne ou une frange en particulier pas plus qu’elle ne vise à faire taire une quelconque voix, ni punir quelqu’un, qui s’exprime contre l’injustice mais, au contraire, essaie de protéger la société et de préserver la cohésion au sein de ses composantes ». Quand un juriste commence par s’excuser, il convient d’appréhender la suite.

Le fait, constant, est que le pays s’enfonce, depuis quelques années, dans une régression intellectuelle sans précédent, sous l’influence d’une nébuleuse salafiste, aux sources de financement dont l’opacité se drape de dévotion. Les promoteurs les plus zélés de la théocratie par doses homéopathiques se recrutent, aussi bien, parmi les notables acquis au pouvoir que ceux ouvertement affiliés à l’Internationale islamiste. Leur émulation au pire ne cesse de précipiter la Mauritanie,  naguère terre d’élection soufie, dans la littéralité aliénante du wahhabisme. A force de dissimulation et de patience, confortées par la résignation des élus et le populisme des dirigeants, une nouvelle Talibanie s’enracine, sans coup férir, doucement.  L’avenir du jihadisme en Afrique de l’Ouest dépend de la constance avec laquelle la dérive de l’extrémisme confortera son emprise sur les institutions et le territoire poireux de la Mauritanie. Au moment où Nouakchott accueille le siège de la coalition antiterroriste G5 Sahel, dispositif désormais sous caution des Nations unies, les partenaires extérieurs se gardent bien d’évoquer la réalité d’une radicalisation irréversible. Paresse, négligence et abus de complaisance contribuent à accentuer l’évolution en cours vers l’émergence, graduelle, d’un modèle de gouvernement à vocation jihadiste. Quasiment à ciel ouvert, la Mauritanie abrite, aujourd’hui, le laboratoire le plus avancé, sur l’aire ouest-africaine, dans la confection et la diffusion industrielles d’une idéologie de la haine et du meurtre de masse, en comparaison de quoi le nazisme passerait bientôt pour une attrapade de recréation.  De sombres prédicateurs appellent à l’homicide et excitent à la xénophobie confessionnelle, sans jamais susciter la curiosité d’un juge. Ici, l’on peut désormais tuer son voisin après l’avoir dépouillé et assassiner ses parents dès lors qu’un jurisconsulte les excommunierait. Etes-vous tenté de régler un mécompte avec quelque fâcheux ? Réputez-le ennemi de l’Islam, il sera occis par la foule avant que d’avoir plaidé !!

Le dessein du tout-religieux vient couvrir, du voile de la piété et de l’unicité de la Umma, un modèle de conservation sociale que marquent la verticalité, la contrainte morale, la préséance de naissance, la mentalité du racisme outrancier et l’attachement aux privilèges indus. Sous la dérive du fanatisme à l’œuvre en Mauritanie, se profile la fuite éperdue vers le déni, parmi la communauté des anciens maîtres d’esclaves ; devant le défi menaçant de la montée des revendications de citoyenneté et d’équité, les tenants de la supériorité par le gène n’ont plus que la religion pour refuge ; il s’en servent, à présent, comme bouclier et arme de destruction massive.

II. Quand un gouvernement légalise l’extrémisme religieux

En cette ère de duplicité où bien des Etats musulmans se débattent avec l’extrémisme qui les fonde – au point de s’accuser mutuellement d’apologie du terrorisme – quelques interrogations légitimes s’imposent : en légiférant avec tant de maladresse, qui et quoi le gouvernement mauritanien cherche-t-il à protéger ? La question prend un relief singulier si l’on garde à l’esprit qu’il n’existe aucune solution religieuse à la violence éponyme ; l’ironie du paradoxe réside dans ce que la plupart des pays producteurs et exportateurs du projet de contrôle des consciences, de l’habillement et de l’intimité, appliquent, dans leurs lois, l’essentiel de l’agenda d’uniformisation consubstantiel au jihadisme. Un Etat qui partage à plus de 90% la doctrine et le substrat moral des terroristes, est-il en mesure de la combattre ? Voilà une question à quoi le législateur mauritanien vient d’apporter une réponse non dénuée de cynisme, avec, cependant, une pointe d’humour dans la volonté d’autodestruction.

Les promoteurs de la diversion arguent, par des canaux obliques, de leur détermination à ériger un mur contre l’intolérance, que le pouvoir impute aux Frères musulmans, présumés poulains du Qatar. Or, prenant fait et cause pour l’Arabie Saoudite, dans une querelle entre des royautés aussi exotiques qu’étrangères à son environnement, la Mauritanie ne mesure dans quel piège risible elle s’enferre : quand Riad reproche à Doha, de soutenir le terrorisme, la décence commande de sourire. Le 25 juin 2017, lors de la prière de fin du Ramadan, l’autoproclamé Grand Mufti, et imam de la mosquée centrale de Nouakchott, suggérait l’interdiction du Chiisme, à cause, expliquait-il, de ses « fausses croyances » ; quelques jours avant, il dénouait, dans une vidéo d’anthologie, les finesses juridiques et la licéité du mariage entre humain et djinn. Il trouva même matière à interdire l’union d’une musulmane avec un esprit mécréant sauf si ce dernier venait à se convertir !!! Evidemment, en vertu du nouveau texte de loi, toute moquerie à son égard relèverait du « …discours incendiaire…». Hormis le comique des circonstances survolées ici, l’absurdité de loi du 9 juin 2017 se vérifie ailleurs :




1. La notion de « rite officiel », en l’occurrence le malékisme, pose problème ; nulle disposition de la Constitution ne précise une telle qualité ni ne dit, a fortiori, un quelconque rapport de conformité, de l’Etat, à l’obédience sunnite ; l’école malékite n’en est qu’une expression parmi 4, au total. L’article 5, « l’islam est la religion du peuple et de l’État » consacre l’unicité confessionnelle du pays mais sans en préciser le détail.




2. Tout aussi trouble s’avère le lien entre une norme supposée punir les discriminations entre citoyens et la consécration d’une doctrine du lien à Dieu. Un Etat moderne, dit « de droit », de surcroît régi par le pluralisme, les élections et la limitation du mandat présidentiel, est-il fondé à régir l’avenir post-mortem des citoyens ? Là, encore, la Mauritanie innove et de belle façon : plus la misère, l’insalubrité, la maladie débordent l’action publique, davantage le gouvernement s’investit pour réserver, à ses administrés morts, les conditions optimales du séjour au Paradis. Le déplacement de compétence, en réalité un judicieux transfert d’irresponsabilité, comporte, pour ses bénéficiaires, l’assurance de l’impunité ici-bas. Aucun trépassé ne reviendra réclamer la restitution des droits bafoués. Et quant le Prince inique ne craint Dieu, il s’emploie, inversement, à favoriser cette crainte parmi ses sujets. Le tour est joué !




III. Instrumentaliser la foi pour subjuguer




En Mauritanie, l’esclavage hérité reste encore répandu, aussi bien dans ses illustrations concrètes qu’au travers des rapports psychologiques et symboliques de domination. Si la pratique prévalait, naguère, dans toutes les communautés ethniques, sa perpétuité, au sein des populations arabo-berbères, reflète encore le modèle originel de la servitude par ascendance ; dans ce schéma multiséculaire d’exploitation de l’homme par l’homme, les Hratin (captifs et descendants) se transmettent, d’une génération à la suivante, leur condition de parias, corvéables, marginalisés et, cependant, indispensables à la cohérence pyramidale de l’inégalité de naissance, pilier de l’équilibre social. Au fil des siècles, les Hratin ont été entretenus dans l’illusion que « le paradis se trouve sous les pieds du maître». L’efficacité du mécanisme de domestication mentale, prenait le relais de la force brute et dressait ainsi les personnes asservies, aux réflexes d’une docilité étirable à l’infini; les victimes grandissent dans l’acceptation, pieuse, de leur sort, sous peine, sinon, de s’exposer à la colère divine. Dépourvus d’éducation de nature à entretenir l’esprit critique et de moyens de subsistance susceptibles de garantir l’autonomie alimentaire, la plupart se croyaient esclaves par la volonté de Dieu.  Leur prise de conscience et volonté d’émancipations finissaient, toujours, par se figer devant l’objection effrayante de l’impiété. Sous le coup du chantage, ils courbaient l’échine ; ultime dissuasion, le risque de rôtir en enfer aplanissait leur docilité.

Au cours du dernier siècle, l’esclavage a été abrogé, en théorie, à trois reprises. Pour la première fois, en 1905, un décret prévoit l’application, sur le territoire de la Mauritanie, de la loi française de 1848, dite d’abolition, sur l’étendue des colonies. L’interdiction par défaut viendra, ensuite, dans la première Constitution (1961) qui se référait, en son préambule, aux principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Suite à l’indignation suscitée par la vente, en 1980, sur la place du marché d’Atar, d’une esclave prénommée M’barka, les autorités de l’époque décidèrent d’une nouvelle mesure; ainsi,  l’ordonnance no 081-234 du 9 novembre 1981 mettait un terme, du moins en titre, à une oppression immémoriale.

Contre la persistance du phénomène, l’Etat mauritanien a dû revenir à la charge, par deux fois, au début du 21ème siècle. Aussi, fut votée, la loi 025/2003 portant répression de la traite des personnes qui incrimine l’enrôlement, le transport et le transfert des humains, par la force ou sous la menace, à des fins d’exploitation sexuelle ou économique ; suivront, le 3 septembre 2007, l’incrimination expresse de l’esclavage et la pénalisation des pratiques associés.

En plus de l’arsenal juridique interne, la Mauritanie est partie à la plupart des instruments internationaux relatifs à la protection de la dignité humaine ; ici, il nous faut citer un arsenal impressionnant : « Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants, Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, Convention relative aux droits de l’enfant, Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Elle adhère également aux textes internationaux, ci-après, qui interdisent – expressément – les pratiques esclavagistes: Convention relative à l’esclavage de 1926 et Protocole amendant la Convention relative à l’esclavage, Convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage de 1956, Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, la Convention no 138 de l’Organisation internationale du travail (Oit) concernant l’âge minimum d’admission à l’emploi, la Convention no 182 de l’Oit concernant l’interdiction des pires  formes de travail des enfants et l’action immédiate en vue de leur élimination et, enfin, la Convention no 29 de l’Oit concernant le travail forcé ou obligatoire. »



IV. Du déni au dédoublement



Malgré la profusion de textes législatifs contre l’esclavage, l’usage, multiséculaire, persiste et mue. Le camp des défenseurs de la domination ne se cache d’œuvrer à maintenir des rapports sociaux de type inégalitaire ;  le déni mécanique de l’esclavage  que cultivent les élites dirigeantes, procède des symptômes de cette cécité volontaire sur le cours de l’histoire ; il referme, surtout, une incitation à se taire, adressée aux magistrats et personnels de la sécurité publique; il en résulte l’immunité des auteurs d’actes d’esclavage avérés, lesquels échappent, presque toujours, à la sanction.

Le statuquo perdure : en Mauritanie, il est toujours fait révérence et référence aux prosateurs d’ouvrages de droit – conçus entre les 10e et 14e siècles – juristes et exégètes malékites, qui glosaient sur la traite des êtres humains, leurs castration, viol, vente, acquisition et soumission à des usages humiliants et dégradants : dans ces livres, les faits d’esclavage sont codifiées en contradiction flagrante avec l’esprit de la Révélation et la geste du Prophète de l’Islam. Ainsi, les partisans de la méthode douce objectaient-ils aux abolitionnistes : « malgré l’oppression dont vous vous sentez victimes, vous et nous sommes quand même, tous musulmans ». Les abolitionnistes leur répliquaient, non sans malice : « hier, à la pire époque de l’esclavage, nous étions, vous et nous, tout aussi musulmans ». Il résulte de cette contradiction point assumée par une majorité de mauritaniens, une espèce de schizophrénie ontologique où l’on convoque la religion pour légitimer a priori et justifier a posteriori. Si les islamistes locaux se sont enfin rangés à la dénonciation de l’esclavage traditionnel, en des termes qui n’autorisent plus d’ambiguïté, la plupart restent chevillés à un corpus dans lequel la figure du serviteur, sujet humain sans personnalité propre, organise la matrice même de l’épistémologie du droit.  

Ces textes et attitudes – que le projet de loi tend à préserver de la réfutation – sont enseignés, en Mauritanie, dans le cursus des cycles de formation des imams, des jurisconsultes, juges, administrateurs civils, officiers de police judiciaire, personnels de gestion du culte, du statut personnel et des successions, des tribunaux et des auxiliaires de justice. L’Etat mauritanien subventionne l’apprentissage doctrinal de la discrimination et de la violence, fondées sur la race et la croyance et ce, en infraction à ses engagements internationaux. Pire, la quasi-totalité des écoles coraniques (Mahadhra) professent ce modèle de suprématie et l’entourent ainsi de l’immunité, dans un pays où le législateur  punit, de mort,  5 crimes d’opinion, sans lien causal à l’homicide : les infractions d’apostasie, de blasphème et de refus de prier se distinguent par leur caractère immatériel. Désormais, l’article 10 précité élargit le champ du soupçon, donc le potentiel d’incrimination de ces chefs aggravés. Demain, en vertu de la nouvelle loi, n’importe quel juge un tantinet chatouilleux, dispose de la faculté d’exposer un citoyen à la peine capitale. Il lui suffit de constater l’atteinte au « rite officiel » avant d’extrapoler un délit d’intention, telle la Zendagha, passible de l’élimination physique, à l’article 306, alinéa 4, du code pénal. Des voix s’élèvent, régulièrement, dans certaines mosquées et sur les réseaux sociaux, pour réclamer la liquidation des militants de la dignité humaine, notamment les femmes ; certaines ont essuyé des menaces d’assassinat, agrémentées du détail clinique de l’exécution, tels les sévices des yeux arrachés et la crucifixion. Il n’y eut aucune poursuite.

Dans ce contexte et par défiance au bloc conservateur, l’organisation interdite Ira – Mauritanie organisait,  le 27 avril 2012, la prière hebdomadaire du vendredi sur une place au centre de Riyad, un quartier populaire de Nouakchott ; à l’issue du rituel, il fut procédé à l’incinération d’exemplaires des ouvrages du code négrier, cités dessus. L’acte provoqua, envers les militants abolitionnistes, une réaction disproportionnée en sa brutalité, de la part des autorités et d’une partie de l’opinion ; celles-ci jouissaient alors d’une situation de monopole éditorial ; il s’ensuivit, quelques semaines durant, un véritable matraquage par les média d’Etat et la majorité de la presse libre ; la mainmise ethno-tribale sur les moyens de communications trahissait, alors une ampleur telle que la superstructure intellectuelle dévoilait sa vocation à défendre et proroger la durée de vie du système d’hégémonie.



V. Propositions pour une avancée qualitative



Dans un élan d’adéquation au temps présent, la situation des Droits humains en Mauritanie requiert d’amplifier le souffle libérateur du lendemain des années de dictature militaire. Depuis les 10ème aux 14ème siècles, l’humanité a réalisé et partage d’importants progrès dont la dynamique se poursuivra, sans discontinuer. La Mauritanie, si elle tient encore à survivre, ne saurait figer son entendement, ses facultés et les élans de son espérance, dans l’imitation de l’ancienne Arabie.

Aujourd’hui, il convient de se mobiliser, pour déconstruire, ensemble, le processus d’aliénation et de déculturation qui ensable le pays et l’étouffe, sous une surenchère de ténèbres ; le fanatisme et l’outrance dans l’effusion de sang sont la promesse, oui, la rançon prévisible d’un tel égarement. Sahel, Nigéria, Cameroun, Somalie, littoral Swahili, Syrie, Irak, Yémen, Pakistan, Afghanistan, Philippines, Maldives, monarchies du Golfe, Iran écrivent en lettres d’hémoglobine, autant de pages ouvertes qui se donnent à lire et méditer par des gens doués de discernement.

A rebours de l’immersion irréversible du monde arabe dans la virulence de ses démons déchaînés, il appartient, aux mauritaniens – qui sont des sahéliens – de susciter un cadre d’échange et de réflexion afin de reformuler une perception de leur devenir, dans ses dimensions, à la fois métaphysique et séculière ; là, une stratégie nationale d’éradication du racisme et des discriminations puiserait sa substance. La Mauritanie n’est pas une satrapie orientale ; à le devenir, elle ne gagnerait que le règne de la peur, de l’hypocrisie et de la misogynie ; pour l’instant, la société, angoissée par les sermons de la culpabilité et du péché et culturellement désarticulée, abdique son identité ; elle se noie dans le recours systématique à la Fatwa et se confectionne des généalogies fantaisistes dans un rapport de plus en plus complexé à son histoire.  Les berbères deviennent des Qoraïchites, les Hassan se prétendent de la famille du Prophète (Psl) à moins de se découvrir une ascendance auprès de l’un des 5 premiers Califes ;  les braves Peuls du Macina et du Futa en arrivent à convoiter un résidu de filiation périphérique, aux confins de Médine, la ville des Ansar ; comment s’étonner que cette Mauritanie de la réification et de la mésestime de soi, commence, un jour, à produire une génération de jeunes, gavés au Jihad ?  Aux yeux de la génération élevée dans la honte de ses ancêtres, l’acmé de la vertu réside, dorénavant, dans le succès à accomplir la forme la plus vicieuse du suicide : celui qui tue les autres. L’arabisation du début des années 1980 mûrit ; après l’amertume du premier fruit lors de la tentative d’épuration ethnique en 1986-1991, elle livre enfin, sa moisson vénéneuse, le salafisme.

Envers et contre la pente de l’anéantissement collectif, le gouvernement mauritanien devrait se ressaisir et accepter l’organisation, avec la société civile, d’un débat de franchise et d’audace, pour :



– Analyser, hors de toute censure, l’histoire de l’esclavage dans le monde arabo-musulman, faire ressortir le message juste, humaniste et libérateur de l’Islam mais aussi s’inspirer de l’expérience profane en matière de promotion de l’universalisme, de l’instruction libre et de la double sacralité du corps et de la vie ;



– Soumettre à l’examen critique, certaines sources du rite malékite et mettre en évidence leurs contradictions manifestes, avec la Constitution, le droit interne et les engagements internationaux de la Mauritanie ; la levée des restrictions légales à la recherche et à l’expression des idées requiert l’abrogation de tous les délits intellectuels, à commencer par le fameux article 10 susmentionné ;



– Harmoniser la législation mauritanienne sur l’esclavage et les ségrégations, afin d’abroger les défaillances, erreurs, contradictions, omissions et vides, possibles alibis en faveur des contrevenants incriminés;



– Entretenir, entre experts d’horizons différents, un débat sur des approches matérielles et de formation, au profit – exclusif – des Hratin, pour l’éradication de l’esclavage et de son legs mental.



03 Juillet 2017





  • Balla Touré, consultant, agro environnementaliste, activiste des Droits humains/IRA – Mauritanie.


  • Biram Dah Abeid, juriste, historien, activiste des Droits humains/IRA – Mauritanie, Candidat aux élections présidentielles en Mauritanie, prix des droits de l’Homme de l’ONU, 2013, parmi les hundred Times les plus influents au monde en 2017.


  • Jemal Ould Sid’ Ahmed Yessa, universitaire, politiste, spécialiste du Jihad subsaharien. 



Source crédit: service médias publics IRA-MAURITANIE via Mail. 

Les vestiges féodaloesclavagistes en milieu soninké du Guidimagha : Pourtant peu des “mal entendus” mais plusieurs malentendants volontaires..!


Pour taire tout malentendu de premier abord, il faut réaffirmer que l’ordre esclavagiste pire et dur au sens fidèle des MOTS (MAUX) n’existe plus dans les localités du Guidimagha soninké de la Mauritanie. La société a été esclavagiste par le passé et les conséquences vivaces de cet ordre d’antan ne peuvent être réfutées par tout esprit aminé d’une once de sincérité. Aujourd’hui, les éléments subissant de plein fouet les stigmates de l’ancien ordre esclavagiste muté en ordre sociétal, s’approprient du VERBE pour nommer les CHOSES d’une manière décomplexée. Ainsi la vie communautaire soninkée proclamée et revendiquée comme solidaire est questionnée en son sein par la nouvelle génération issue de ceux qui étaient conditionnés à occuper les parties peu enviables du puzzle sociétal. L’activisme en gestation de la nouvelle génération d’ascendance dite servile, ne vise aucunement à bannir la noblesse ou à détrôner un ordre clérical quelconque. Il s’agit plutôt et très certainement d’un éveil urgent et nécessaire pour la composante la plus lésée sur le matériel et l’immatériel dans ce qui se définit comme  le “VIVRE SONINKÉ” dans le temps et dans l’espace. Ce “VIVRE SONINKÉ” est le socle de l’ordre hiérarchique qui se veut au-dessus de l’ordre citoyen. On y constate quasiment des références monarchiques autour des 2 axes principaux qui sont la chefferie coutumière et le clergé communautaire ou l’imamat. Autour de ces axes qui tirent leurs légitimités d’un certain passé, Il y’a d’autres alliés objectifs bien lotis et très utiles aux mécanismes de l’ordre hiérarchique. Au sommet de ce dernier, les clans féodaux régnants et au bas de l’échelle on y trouve la couche dite statutairement servile qui tient lieu de “paillasson” pour TOUS les autres finalement. Historiquement chaque clan féodal s’entoure d’un assemblage social cohérent et complice à un premier niveau sur lequel son pouvoir s’exerce. Et au second niveau, les esclaves statutaires ayant un certain poids numérique conséquent , demeurent des possessions subalternes ne pouvant jamais aspirer au niveau du clan féodal et ses alliés objectifs. Ainsi le clan féodal et ses obligés volontaires ou ses alliés objectifs sont dans une sorte d’ENTENTE PARFAITE pour que la couche dite statutairement servile subisse symboliquement les traces d’un certain pouvoir révolu et qu’elle soit l’horloge qui régule la psychologie philosophique d’un statut nobiliaire impérissable  semble-t-il. De ce constat, peu des gens sincères en milieu soninké peuvent démentir une pareille  articulation par laquelle les chefferies détiennent un certain pouvoir social régalien qui s’oppose de fait et par nature à toute émancipation de la couche la plus mal lotie en dignité et en honneur même symboliquement. Et comme on pourrait s’entendre aussi que le clergé communautaire très souvent lié au clan féodal régnant, détient une autre direction du pouvoir sous l’ordre féodal. L’imamat des marabouts peut être décidé et confié à une famille particulière selon certains mécanismes liés à l’histoire et en bonne entente entre les alliés objectifs de l’ensemble féodal. Cet ordre de l’imamat chargé de l’expression “officielle” du religieux dans la sphère sociale, s’avère être la caisse de résonance légitimiste pour magnifier l’ordre féodal. Par un argumentaire déterministe dit “religieux” , un certain ordre maraboutique soninké essaiera de s’accaparer exclusivement du lien au DIVIN et se verrait l’intermédiaire absolu dans certain sens. Et qui d’autre oserait s’essayer dans ce domaine en toute liberté….? Surtout pas les éléments issus de la couche dite statutairement servile.  


D’ailleurs l’impact psychologique à cause d’une certaine interprétation du religieux, est un facteur aggravant dans la soumission fataliste perpétuelle de certains éléments issus de la couche dite esclave statutaire. Ainsi la grande référence nobiliaire dans le “VIVRE SONINKÉ” est basée foncièrement sur une norme sociétale qui perpétue l’existence d’une condition sociale servile quoique symboliquement aujourd’hui. Noblesse de caractère ne suffit pas pour compter, mais il faut naître noble même avec tous les sales caractères et par opposition à un autre individu qui serait prédestiné comme “IMPUR” selon la norme sociétale en vigueur même ayant les meilleurs caractères. De ce côté, j’espère qu’on pourra s’entendre sur cette nature des choses qui n’échappe plus aux gens sensés.

L’éveil d’aujourd’hui qui bouscule certaines certitudes n’est pas animé par un esprit de vengeance sur qui que ce soit. À mon avis la PRIORITÉ des priorités , pour les activistes abolitionnistes du milieu soninké, est d’axer la sensibilisation sur les appartenances claniques et féodales. Ça a été une TROMPERIE INDICIBLE hier et une PLAISANTERIE PUÉRILE aujourd’hui, qu’un individu issu de la couche dite statutairement servile se dise à appartenir à un tel ou tel clan féodal  (Berané, Hayané, Botokholo, Gansoyi, Hokolou et d’autres du genre). Une fois ce lien trompeur d’identification clanique défait, l’éveil émancipateur trouvera une VOI(E)X ROYALE vers la redéfinition d’une personnalité non lestée d’un certain passif dans une communauté qui au fond ne l’accepte qu’en étant soumise aux caprices des uns pour soigner leur noblesse très particulière. Une fois ce travail demandant beaucoup de pédagogie et un certain recul intellectuel fait, les éternels subalternes intouchables selon l’ordre féodal soninké particulièrement rigide, se doivent de développer une conscience politique révolutionnaire en faisant abstraction de tous les segments coutumiers qui structurent l’ordre hiérarchique intracommunautaire. En étant conscients d’une CITOYENNETÉ ACCOMPLIE , Il faut maintenant tourner vers les autorités modernes compétences (Mairies, Préfectures ou Gouvernorats) pour l’application des lois en vigueur sur le territoire national. Ainsi quelle autorité imposerait à un groupe de citoyens d’aller courber l’échine devant un chef coutumier de la féodalité. Et quelle loi dirait à un groupe des citoyens majoritaires dans un quartier quelconque d’accepter par force l’imamat héréditaire d’une petite minorité aux compétences discutables qui exploite ce statut pour d’autres desseins étranges. Aujourd’hui, tout ce qui se dit de négatif à propos de l’engagement anti-esclavagiste et anti-féodal dans la communauté soninkée via différents canaux (Associations ou forums) , trouve sa fixation sur les refrains suivants : ils veulent détruire SONINKARA et SONINKAAXU, défaire les amitiés, porter atteinte aux solidarités, en gros affaiblir le “VIVRE SONINKÉ”. Étrangement pendant plusieurs siècles , des gens considérés comme des IMPURS DE NAISSANCE n’ayant aucune légitimité d’avoir des honneurs et des positions honorifiques au nom de la communauté vivent parmi nous sans qu’aucune réforme sociétale ne soit  entamée en leur faveur. Là leur salut viendrait d’une communauté de vie  parallèle qui comptera sur l’ordre étatique moderne pour être comptée en DIGNITÉ ÉGALE avec tous les CITOYENS.


L’engagement abolitionniste est sain s’il est bien porté et clarifié par un discours réfléchi mais ferme. Ces derniers mois, nous sommes témoins de quelques escarmouches provocatrices dans la communauté  portées auprès des autorités compétentes. On ne cesse de le rappeler, cet engagement n’est pas une guerre ouverte contre une personne ni contre une entité sociale donnée , on veut le décliner en revendications des Droits et Devoirs en toute clarté.

Et pour conclure, si on essayait même à une très faible marge le modèle de société promu à Médine par le prophète Muhammad  (PSL) pour fonder la première communauté musulmane. Ainsi cette jeune communauté médinoise mixte ne s’était pas projetée sur 100 ans pour que des âmes acquises à la Vraie Foi s’acceptèrent mutuellement en dépit des différences et du contexte historique.


KS  

​Libérer l’Islam 5 : la question de l’esclavage (2) par OUSMANE TIMERA.

Le tri se poursuit. La « poubelle » se remplit. C’est la direction du futile et de l’inutile. « L’écume s’en va, asséché qu’il est au rebut. Et ce qui sert aux hommes se maintient sur terre » (S13, s17). Cela est vrai pour les idées comme pour les cités. Sans but, nous errons tels des rebuts de l’humanité, dominés que nous sommes par les fausses idées que nous portons en nous. Mais les idées mortes ont la peau dure. Bien que désuètes, imitations et dominations se plaisent ensemble à les adorer, l’une pour servir, l’autre pour asservir.  C’est la sainte alliance. Il en est ainsi de la pensée musulmane contemporaine, dont l’héritage pour laquelle elle se fait gardienne, est allégrement confondu par elle avec la révélation qui le contredit en fond sur tous les points et en forme sur bien des points. La question de l’esclavage est un exemple des plus éclatant, dont le doigt pointe la lune d’un paradigme et d’une approche de la réalité, inadaptés parce qu’erronés. C’est la vision et la méthodologie qui permettent la justification de l’esclavage et bien d’autres injustices et inepties, que nous aborderons ultérieurement, qui est à abandonner. Car tout bonnement anti-coranique, bien qu’elles soient défendues par des « savants » et des prédicateurs canoniques. 
C’est là la conséquence des politiques de « déprogrammation des réformes de l’Islam ». Déprogrammation de l’Islam qui dans le droit musulman, la scolastique, la philosophie et le soufisme, ont pris forme dans la subversion du sens de son texte libérateur en prétextes dominateurs. Cela fait grincer. Mais c’est pourtant la vérité qui n’échappe point à tout chercheur digne de ce nom. La conquête a pris les habits de la quête en prétendant l’incarner. Or, c’est bien l’imbrication des ambitions de la domination avec les intentions de la révélation que les musulmans, à travers leurs intellectuels, savants et leaders d’opinion, entretiennent en refusant d’opérer une séparation/distinction nette entre le Coran et le reste.  Pour quelle raison ? Est-ce par incapacité ? Cette distinction est-elle difficile ? Rien de tout cela. Mais la soumission spirituelle, la fainéantise intellectuelle, le parti pris idéologique et la protection des intérêts politiques et oligarchiques ont des raisons qui renient la raison. 
C’est « radical » me dit-on.  « Cela manque de nuance, tes mots sont trop forts ». Il faut, saint graal de l’idiotie bavarde, « contextualiser, car tout le monde à l’époque faisait ainsi. L’Islam n’avait pas le choix ». L’esclavage était sa seule option dans un contexte mondial qui le pratiquait sans vergogne. N’avait pas le choix ?! C’est ce qu’ils disent. Dieu n’avait pas le choix ?! Le message du Coran n’était/n’est pas universel ? L’islam est donc l’idéologie d’un empire, tributaire des contingences culturelles et géopolitiques de l’époque ? Ils ne le savent pas, mais c’est ce qu’ils disent. C’est abêtissant.  C’est abaissant.
L’esclavage n’est pas coranique. Il est barbare et anti-coranique. Les précédents billets l’ont, je pense, assez bien établi.  Et de ce fait, le droit musulman qui jusqu’à nos jours le légitime, doit être considéré, sur cette question, comme une déviance qu’il faut corriger, au risque de le voir s’appliquer aujourd’hui, dès que l’occasion se présente. Cela d’ailleurs se fait, comme nous le voyons en Lybie, en Mauritanie, avec DAESH ou Boko haram ou encore sur le plan social dans les sociétés traditionnelles d’Afrique de l’ouest, du Maghreb, du moyen orient et d’ailleurs, qui maintiennent de fait les relations de subordinations entre (anciens) maîtres et « anciens » esclaves. 
Mon propos est donc d’actualité. Il ne s’agit aucunement d’un luxe. Il est de fond car il est une critique radicale du paradigme philosophique, théorique et méthodologique qui permet la justification de l’esclavage et celle de la domination cléricale, politique et économique qui l’instaure et le maintien. 
Mais toute critique, à l’instar de la création-révélation, se doit d’être à la fois dé-constructive et constructive. Sinon elle n’est pas créatrice. Elle n’est pas révolutionnaire. Le Coran n’est pas juste confirmateur-triant (musaddik) mais aussi un dépassement-créateur (muhaymin). Je fais donc mienne cette approche du réel. Et c’est à son aune que s’exerce cette réflexion. 
Le droit musulman sur la question de l’esclavage doit être déconstruit, certes. Mais à l’aune du projet de libération radicale qui émane de l’harmonie du tout Coranique et permet de remettre tous les signes du Livre sur ce sujet et les applications et dires du Prophète qui en découlent (après leur tri critique à la lumière du Coran) en cohérence avec ce but. Ce, pour ensuite en tirer les enseignements généraux qui permettent de continuer ce processus de libération, selon des modalités adaptées aux formes de dominations contemporaines de la mondialisation capitaliste-libérale et son exploitation outrancière des hommes, des femmes et de la nature. En effet, et c’est l’étape que jamais n’atteint l’approche défensive et apologétique des savants et prédicateurs musulmans, le propos coranique et sa réforme ne visent pas juste les modalités anciennes d’exploitation et de domination, dont l’esclavage en est l’extrême incarnation. Ils concernent au contraire toutes les formes d’assujétissement de l’être humain, en leurs processus et dénominateurs communs, à toutes les époques, dans toutes les cultures et interactions sociales. 
Voilà ce dont le droit musulman et la bouillie religieuse et intellectuelle qui la défend, empêche le dévoilement et le déploiement. Voilà ce que, à travers ces lignes, je tente de mettre en lumière, afin de donner aux luttes du monde entier la sève spirituelle universelle et la révélation cosmique, qui transformera leurs révoltes en révolution et leurs résistances en renaissance. Tel est l’enjeu véritable de cette réflexion critique et son ambition profonde. 
Venons-en maintenant à ce que dit le Coran, dans son harmonie, de l’esclavage. Et analysons la réforme qu’il a/avait mis en place pour l’abolir socialement après l’avoir interdit moralement, tel que nous allons le démontrer ci-dessous. Pour ce faire, il nous faut saisir la façon dont le Coran parle de l’esclavage et dans quel sens son propos à son sujet s’inscrit-il. Les lignes qui suivent se borneront donc à méditer le sens du terme « mâ malakate aymânukum » d’abord, pour ensuite « lyre » trois passages du Coran qui viendront, confirmant notre analyse de ce terme, dessiner l’origine de la dépendance et de l’esclavage ainsi que les voies pour en libérer ses victimes. Ce, contrairement à la l’interprétation courante qui font de ce terme et de ces passages des justifications de l’esclavage et de la domination.
1) Parler de l’esclavage ne signifie pas sa justification
Est-il vrai que le Coran, en parlant de l’esclavage et de la servitude, justifiait ainsi ce système comme certains, prédicateurs et oulémas peu profonds, le prétendent ? L’empressement n’est pas savant. Il est partial et partiel. C’est pour cela qu’il brandit bruyamment des arguments qu’il ne comprend pas. La conséquence n’est pas son sujet. Ses passions sont ce qui l’intéresse. C’est dur mais c’est vrai. 
Voici un exemple qui va servir notre propos. L’un d’entre eux, féru d’anathème sur le net, bien qu’il ne soit lui-même pas très net, balançait ce qui se voulait être une évidence : « comment ça il n’y a pas d’esclavage en Islam ? Encore des gens qui veulent faire plaisir à l’Occident. Et les ‘’milk al-yamin’’ qu’on trouve partout dans le Coran, c’est quoi ? D’ailleurs l’islam encourage de libérer des esclaves, non ? Mais pour en libérer encore faudrait-il qu’il y en ait, n’écoutez pas ces égarés et leurs ‘’shubuhates’’, ils sont là pour nous détourner de notre foi et de la voie des ‘’salafs salihs’’ »
Ainsi, selon cette superbe logique, un médecin qui dans son exposé parlerait du sida, induirait nécessairement, indépendamment de ce qu’il en dit, la justification de son existence, voire sa propagation. Le médicament il est vrai a besoin, pour exister, de la maladie. Pour guérir rendons malade ; pour libérer faisons des esclaves. Quelle « généreuse » ignorance !
Que le Coran parle de l’esclavage, cela ne fait pas débat d’une part et n’est pas un argument suffisant pour affirmer sa licéité et justification, d’autre part. La question est de plutôt savoir pourquoi et comment il en parle ? Le terme « mâ malkate aymânukum » existe bel et bien dans le Livre. Mais quel est son sens, quelle réalité sociale objective et universelle recouvre-t-il ? Des passages du Coran font en effet mention de l’esclavage et de la servitude, mais dans quel projet global cette mention s’insère-t-il ? Telles sont, préalablement, les questions qu’il faut se poser pour comprendre ce que l’Islam, à travers le Coran, dit de l’esclavage. C’est que tout propos sur un sujet quelconque doit se saisir dans la raison d’être de sa tenue et dans l’ensemble qui lui donne sens. Or ce que la révélation dit du sujet qui nous intéresse ici, ne peut en aucun cas être en contradiction avec la conception qu’il offre de l’humanité et les principes généraux qu’il présente et entend établir dans la réalité des rapports humains. Ainsi, il ne suffit pas de dire, encore une fois, que le Coran parle de l’esclavage pour ensuite en déduire qu’il est, en conséquence, en accord avec ce système. 
2) Que signifie « ce que vos droites possédaient » ( mâ mâlakate aymânukum) ?
Ceci étant établi voyons de plus près les formules et passages qui désignent et parlent de l’esclavage. Je ne vais pas m’attarder sur les mots « ‘abd » et « ama » qui signifient esclave ou serviteur au masculin (pour le premier) et au féminin (pour le second). Nous aurons à y revenir plus loin. 
Analysons plutôt le sens du terme « ce que vos droites ou mains droites (selon la traduction littérale) possèdent » (mâ malakate aymânukum) qui revient souvent dans le Coran. Il désignerait exclusivement, selon les commentateurs et traducteurs, la catégorie des esclaves et par extension les prisonniers de guerre que le droit musulman réduit à l’esclavage (contrairement à ce que dit le Coran, comme nous l’avons déjà vu). S’agit-il réellement de cela ? Il nous faut méditer.
Pour ce faire, corrigeons tout d’abord la traduction littérale courante qui en est faite. Le verbe posséder qui est la traduction de « malaka », n’est, dans cette formule, jamais conjugué par le Coran au présent (yamliku) mais toujours au passé (malakate). C’est donc « ce que vos droites possédaient » et non « possèdent ». La différence est de taille. Elle aura des conséquences dans la compréhension qu’il faut avoir de cette formule. Car il désigne un fait passé (la possession) aux conséquences encore présente (la dépendance). 
Un autre mot dans cette formule doit être médité : il s’agit de « yamîn » qui donne le pluriel « aymân » traduit par le mot « droites » ou « vos droites ». La traduction littérale n’est pas fausse en soit. Seulement son utilisation dans la langue arabe et par le Coran, sous-tend dans le cas présent un sens figuré qu’il nous faut saisir afin de mieux appréhender l’entière signification de cette formule. A quoi cela renvoie-t-il ?
Le « yamîn » comme en français la droite, possède un sens propre et un sens figuré. Le propre est évident. Point besoin de trop s’y attarder. C’est le figuré qui nous intéresse ici, car la possession par la « main droite ou la droite » ne peut vouloir dire son sens propre immédiat. On peut en effet posséder avec sa gauche et les manchots peuvent être propriétaires. Il nous faut donc chercher plus loin.  Que ce soit en arabe, en français, en soninké ou en d’autres langues, la « droite » est souvent utilisé dans un sens symbolique. Dans la langue française par exemple nous parlons de « droiture », de « droit », d’être « adroit ». Et par contraste on désigne la maladresse d’une personne en disant qu’il est « gauche ». En langue arabe le « yamîn », au sens figuré, signifie le bien ou la bénédiction (baraka), la force et l’engagement découlant d’un serment.
Ainsi voyons-nous dans le Coran l’utilisation de ce terme au sens propre, comme lorsqu’il est question du bâton de Moise et dans son sens figuré comme lorsqu’il ordonne le respect des serments (S5, s89).
Main droite et serment donc. Quel dénominateur commun entre ces deux notions, l’une physique et l’autre symbolique, pour être désigner par un même terme ? Et en quoi ce dénominateur commun permet-il de recouvrir, par le mot « yamin », la relation de subordination que la possession établit ? Car c’est bien cette relation que vient décrire la formule « ce que vos droites possédaient ». Ils possédaient. Mais ils possédaient par quoi ? Par leurs droites. Mais quel lien entre possession et droite ? C’est à ces questions qu’il faut réfléchir pour saisir la portée terminologique encore opérante de cette formule coranique.
Si la « droite », dans la plupart des langues (du-moins celles que je connais) est associé à l’habileté, à la force, au bien, à l’honnêteté, c’est sans doute parce qu’elle est la main qu’utilise la très grande majorité des êtres humains. Et que, par ailleurs, elle est de fait, comparé à la gauche, la plus forte car la plus mobilisée au quotidien. De ce fait, la fortune d’une personne, gagné de ses mains, de sa main droite pour être plus exact, ainsi que la force intérieure, l’intelligence, la maitrise et la « droiture » ou, en d’autres termes, sa « droite » spirituelle, qui sont l’origine de cette richesse, peuvent être ensemble désignés par le terme « yâmîn » au sens doublement figuré : la richesse et ce qu’elle donne d’ascendance et de pouvoir d’une part ; la force intérieure et ce qu’elle donne de supériorité et d’autorité d’autre part. Or ces avantages (fadl) que donnent ces « yamîn » dotent ceux qui en sont détenteur un pouvoir de commandement sur ceux qui n’ont ni les moyens ni les capacités de les avoir ou de les acquérir, les rendant complétement dépendant d’eux pour répondre à leur besoin, les obligeant ainsi, pour survivre, à être en état de servitude et de suivisme. 
Ce sens, vous le voyez, déborde largement la notion d’esclave qui en est une expression, certes ultime, mais partielle, toutes les autres formes et causes de dépendance et d’exploitation de l’homme par l’homme étant recouvertes par le terme coranique « mâ malakate aymânukum ». Toutes les personnes qui, sur le plan économique et social et sur le plan intellectuel et culturel, sont en état de dépendance et subissent les décisions de ceux qui possèdent l’avoir et le savoir en surplus (fadl), sont dans toutes les sociétés, en tout temps, à plus forte raison aujourd’hui, des « ce que vos droites ont possédé ». L’esclave certes y est compris mais le terme ne s’y restreint pas et recouvre des catégories multiples comme les serfs, les prolétaires, les salariés, les précaires, les immigrés, les intouchables, les réfugiés etc.  Ainsi cette terminologie à elle toute seule est une formidable description des causes et sous-bassement socio-économiques et culturels des rapports de domination. D’où le choix que nous faisons de traduire ce terme par le mot « les dépendant(e)s » afin de recouvrir au maximum le sens général social et culturel de « mâ malakate aymânukum ».  Et nous verrons comment, en fait, l’ensemble de la révélation vient confirmer la méditation que nous venons de faire sur ce terme et ses conclusions, comme les prochaines lignes le démontreront. 
Venons-en maintenant au temps verbal utilisé. Nous l’avons dit, le Coran, dans tous les passages où il utilise ce terme, emploi le passé et non le présent et encore moins le futur.  Il est donc question d’un principe révolu (la possession) mais dont les conséquences perdurent (la dépendance). Cela a été dit. La question par contre qui se pose est pourquoi et comment cela est-il révolu ? Et que faire de cette conséquence subsistante qu’est la dépendance ? Le Coran parle-t-il de cette réalité pour la corriger ou pour la faire perdurer ? 
Prenons d’abord la première interrogation. Les autres auront leurs réponses dans le déroulé du propos. Le temps passé, systématiquement utilisé par le Coran pour ce terme, indique d’abord qu’il s’agit d’une situation révolue de possession. Or c’est cette « révolution », en son avènement, avec ses nouveaux principes en amont et leurs réformes programmées, en cours de réalisation, en aval, qui explique la formule coranique de « mâ malakate aymânukum » (ce que vos droites possédaient).  Cette formule traduit donc les conséquence d’un évènement qui a transformé cette possession au présent, en possession au passé, dont il faut se débarrasser, par étape, de ses causes et effets économiques et culturels, après avoir remis en cause leurs justifications philosophiques. 
Les principes d’unicité divine, de dignité humaine et d’égalité qu’apporte d’un coup d’un seul la formule « il n’y de dieu si ce n’est Dieu »; sont le sous-entendu qui permet de comprendre la raison d’être du temps passé constamment utilisé par le Coran. Ces principes qui, sur le plan philosophique, démolissaient les fondements de l’esclavage et de la servitude et exigeaient en conséquence de reformer l’organisation sociale qui le permettait. Ces principes disions-nous étaient si présents dans l’esprit des premiers musulmans, que la formule d’Omar, « comment pouvez-vous donc réduire les gens en esclavage alors que leurs mères les ont fait naitre libre ? », doit être comprise non comme une déclaration individuelle mais comme un rappel qui sous-entend un principe de base, porté par l’Islam lui-même et connu de tous, avant la régression et la déprogrammation des réformes qui adviendront plus-tard. D’ailleurs, l’incident à l’occasion duquel cette sentence Omarienne fut formulée, montre à la fois les difficultés avec lesquelles ces principes d’égalité et leurs réformes furent acceptées par les sociétés d’alors, et symbolise les signes avant-coureurs de la contre-révolution qui suivra. 
Ainsi, là où d’aucuns voyaient dans cette formule une justification du système de l’esclavage et de la domination dont elle procède. Nous constatons qu’elle traduit bien au contraire le caractère révolu de ce système, sur le plan philosophique (interdiction de principe) et la réforme de ses conditions économiques et conséquences sociales sur le plan politique (abolition par étape). Comme d’ailleurs nous le verrons dans la troisième partie de ces billets consacrés à l’esclavage. 
3) L’analyse coranique de la réalité des « mâ malakate aymânukum » et ce qu’il en fait
L’argumentation doit se poursuivre.  Notre analyse recherche sa confirmation. Elle ne doit pas être le fruit de nos passions. La cohérence du Livre doit être médité. Trois de ses passages nous parlent du sujet traité par ces lignes. Mais voilà qu’ils sont par l’ignorance utilisés comme justification de l’esclavage. Leur lettre dit tout le contraire. A croire qu’on ne lit pas le même Livre. C’est que je lie et médite ; quand eux délirent et interprètent. Les signes du Coran sont clairs ; qu’ils soient donc ici notre arbitre.
La seizième sourate les abeilles nous livre les premiers passages. Dans leur ordre abordons les. Et nous verrons alors en quelques signes une analyse et synthèse des plus pointues qui expliquent l’origine des inégalités. 
Voici le premier d’entre eux : « Dieu a avantagé (fadl) certains d’entre vous par rapport aux autres en subsistance (rizk). Or ceux qui ont été avantagé ne sont pas disposés à rendre leur subsistance à leurs dépendants (mâ malakate aymânukum), de sorte qu’ils soient à égalité. Renient-ils donc le bienfait de Dieu ? » (S 16, s 71).
Ceux qui lisent le Livre savent que ce signe s’inscrit dans une série de passages qui montrent l’infini de la création divine et la débordante vitalité de la nature qui en découle. C’est sur cette base cosmique d’interaction infinie et de dons divins à profusion, que s’insère l’existence des hommes. C’est elle aussi, en sa richesse débordante, qui explique les dons donnés aux uns et aux autres et les avantages et surplus offerts à certains par rapport à d’autres. Enfin c’est cette réalité qui se transpose dans les sociétés humaines, et fonde la complexité de leurs interactions sociales et échanges économiques.
Il s’agit là, à ce niveau premier, de disparités et surplus naturels qui permettent l’interdépendance et la complémentarité des talents et dons et, en conséquence, de l’établissement de la civilisation. Cependant, arrive en second lieu une autre forme de disparité, cette fois sociale et inégalitaire, issu des rapports de force qui permettent aux uns, plus forts (physiquement ou symboliquement), de spolier les autres, plus faibles, lors des échanges et productions de richesses, en retenant par divers moyens ce qui revient de droit à ceux qui, dans ces conditions, deviennent des « malakate aymânukum », parmi lesquels se trouve les esclaves. Ce, en empêchant la redistribution des richesses (infâk) par leur accumulation entre leurs « mains droites ». Or il s’agit, comme indiqué dans le passage, de rendre (râdd) à ces dépendants leurs subsistances (rizk) pour qu’ils deviennent égaux dans ces richesses avec les dominants. Afin, ainsi, de dépasser les relations de dépendance fondées sur les rapports de force naturels, vers celles humaines d’interdépendances fondées sur le droit et l’égalité. Or la difficulté des sociétés humaines à donner à la lutte naturelle pour la subsistance des finalités humaines supérieures de solidarité, se trouve dans l’oubli de l’origine des richesses, à savoir les dons divins infinis, et l’ignorance quant aux lois sociales qui régissent la société et la production des richesses, comme nous l’indiquera le troisième passage. 
En tous les cas trois phases sont à repérer dans le propos : l’origine divines des dons et de leurs disparités parmi les humains ; la réalité de l’inégalité et de l’injustice qui en est la cause (d’où la forme passive utilisé pour signifier l’action aveugle des rapports de force qui avantagent les plus forts) ; et enfin l’action politique humaine qui rend aux dominés leurs dus, au nom et en vue de l’égalité entre possédants et dépendants, par la redistribution et dépense des biens. L’objectif visé par ce passage est clair : il s’agit de mettre fin à l’inégalité économique qui fonde l’existence des « mâ malakate aymânukum » et non de justifier leur existence et encore moins celle de la servitude et de l’esclavage.
Les deux signes qui viennent, issus de la même sourate et traitant du même sujet, s’inscrivent dans cette description précise de l’origine des inégalités et sa prescription pour y mettre fin, tout en maintenant la disparité des dons naturels qui permet l’échange et la production des richesses. Il montre les conséquences respectives des deux systèmes, celui de l’inégalité esclavagiste et celui de la redistribution humanisante et libératrice.  Le premier se fonde sur la dépendance ; le second sur l’interdépendance. Le Coran décrit le premier pour le dépasser par le second.
« Dieu vous propose l’exemple d’un esclave (abd), propriété d’autrui (mamluk), dépourvu de tout pouvoir, et celui d’un homme à qui nous avons accordé de notre part une bonne subsistance (rizk) dont il dépense (infâk) en secret et en public. Sont-ils égaux ? Louange à Dieu ! Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. Dieu vous présente la parabole de deux hommes : l’un d’eux est muet, dépourvu de tout pouvoir et à la charge de son maître. Où que celui-ci l’envoie, il ne rapporte rien de bon. Est-il l’égal de celui qui ordonne la justice et qui est sur un droit chemin ? » (S16, s15-16).
La conséquence des inégalités est la servitude qui fait de l’autre une propriété. C’est ce qu’indique ce signe à la suite de celui médité plus haut. Son origine est la pauvreté économique par contraste avec celui qui dépense ; et la pauvreté culturelle qui rend muet, par contraste avec celui qui ordonne la justice. Dans les deux cas, la conséquence sociale politique est la même : l’incapacité et la dépendance à un maitre. Or, quelque-soit la bonne intention du maitre et ses orientations, rien de bon et d’utile ne pourra sortir de cette relation maitre-serviteur. C’est la situation dans laquelle se trouve les pays musulmans et du sud ainsi que les quartiers populaires et ruraux, qui sont maintenu en situation de dépendance économique et idéologique afin que perdure politiquement leur exploitation et colonisation. Or, pour ne pas être de fait un esclave parce qu’incapable et dépendant, sans idée ni droit de cité, que l’on soit femme, pauvre, jeune, prolétaire, précaire, populaire, immigré, intouchable ou autre, il s’agit de (se) donner les moyens de l’indépendance en devenant celui qui donne les biens (car il produit et distribue) et ordonne le bien (car il le produit et le diffuse).
Ainsi, si le premier signe est une adresse faite à la société dans son ensemble, les deux passages ci-dessus concerne plus les individus en leur montrant lequel des deux modèles d’être humain, la dépendance qui vous animalise ou la dépense et défense qui vous responsabilise, est celui qu’il faut promouvoir au nom de l’unicité de Dieu. La redistribution est libératrice, l’accumulation est dominatrice. Ces deux signes nous exposent donc clairement, dans la continuité du précèdent, le point de vue divin sur la question de l’esclavage : il contrevient frontalement à son adoration et à sa volonté dans la création de l’homme. Au passage, ces signes confirment aussi l’analyse que nous venons de faire du terme « mâ malakate aymânukum » : il recouvre en effet à la fois l’aspect économique et l’aspect symbolique dans laquelle s’origine la domination spirituelle et politique des dépendants (mâ malakate aymânukum).
Le troisième passage vient confirmer ses « sœurs » (ce sont des âyates). Si les précédents abordaient le sujet de l’esclavage et de la dépendance qui la comprend, avant tout sous le prisme de la description de sa réalité et de la recommandation indirecte. Le signe ci-dessous de la sourate 30 des Romains est quant à lui plus directement incitatif et impératif dans sa description et son ordre. Voici ce qu’il dit :
« Il vous donne une parabole de vous-mêmes. Avez-vous en vos dépendants (mâ malakate aymânukum) des associés qui soient à égalité avec vous en ce qu’on vous a attribué, de sorte que vous les preniez en crainte/respect comme de vous-mêmes ? C’est ainsi que Nous détaillons nos signes pour des gens qui comprennent » (S30, s28).
La ressemblance est patente. Les signes se parlent. Leurs contenus se rejoignent et se complètent. Un véritable projet de civilisation se dessine et peut se décliner en politique publique mondiale d’autonomisation et d’égalité. Il y est toujours question des « mâ malakate aymânukum ». La société est ici interpellée, plus particulièrement les détenteurs de l’ordre et du leadership en son sein, quant au sort des dépendants et dominés. L’égalité et le respect sont les objectifs et le partage des richesses est l’ordre donné pour les atteindre. 
C’est une constante coranique. La division des hommes en castes et classes de dominés et de dominants (Noé, Babel), la domination des plus forts (Pétra, Hud), l’accumulation et la spoliation des richesses (madyan, chuayb) amène irrémédiablement au « complexe de pharaon » qui va synthétiser l’ensemble de ces maux civilisationnels, en tant qu’aboutissement, en déclarant la divinisation du chef, la supériorité raciale des siens et l’esclavage assumé des déshérités. Les sourates des Poètes et des Récits en sont un excellent exposé. L’histoire de Moise et de Pharaon dont le péché majeur fut de réduire les enfants d’Israël en esclavage, aurait dû suffire aux légalistes férus de règles toutes faites, comme preuve de l’interdiction formelle de l’esclavage.  En tous les cas, cela provoque la destruction de la civilisation dont les traces laissées symbolisent l’extrême inégalité qui existait dans la société détruite : « des puits désaffectés et des palais fortifiés » (S22 ; s 45).
En conclusion

 

Dans tous les cas, nous le voyons, les signes du Livre sur ce sujet vont dans le même sens : la réalité et la dépendance des « mâ malakate aymânukum », qui englobe les esclaves sans s’y restreindre, est à régler et non à faire perdurer. Si la réalité des avantages et disparités en dons et richesses est à accepter, celle-ci ne justifie aucunement l’inégalité et l’injustice. Il n’y a pas la dépendance des uns dans l’indépendance imaginée des autres qui les domine. Mais plutôt l’interdépendance de tous, qui exige le jugule des rapports de force spoliateurs par l’équité dans le partage, qui rend aux désavantagés leurs droits dans la richesse de la collectivité et les moyens de leur contribution et investissement dans son développement. C’est ce qui libère de fait de l’esclavage, de la servitude et de la dépendance qui contreviennent à l’unicité de Dieu et à la nature humaine, telle que les avants et les après de ses différents passages l’indiquent. L’être humain n’est peut-être l’esclave de l’homme s’il est le serviteur de Dieu. Et l’adoration de Dieu seul ne peut se faire dans la dépendance à autrui et la soumission de fait à ses vues et intérêts. La situation de dépendance de la majorité des pays musulmans et les inégalités criantes qui s’y trouvent, sont, de ce fait, une contradiction dans les termes avec la fidélité aux valeurs de l’Islam et l’adoration totale et réelle pour Dieu l’unique. La liberté est la condition de la fidélité.
Le discours coranique ainsi, dans la façon dont il parle de l’esclavage et, au-delà, de la domination, pose dans ses orientations les bases d’une réforme sociale et politique, qui prend en compte les origines économiques et culturelles de cette division, dominant-dominé, de la société. Il ne s’agit aucunement d’une justification de la domination et de l’esclavage mais d’une description de ce fait social pour en guérir la société, à l’aune des exigences de l’unicité de Dieu et de la dignité humaine. Ces réformes qui découlent de cette description, et que nous détaillerons dans le prochain billet, s’inscrivent dans l’osmose de l’ensemble des obligations, recommandations et orientations de la révélation et par là de l’Islam qui visent à faire de l’homme un humain, un Khalife-lieutenant de Dieu, libre et souverain, dans la civilisation de la terre et la participation active et créative à la vie. Tout cela mérite un livre entier. Contentons-nous pour l’heure de ces quelques lignes.
Source crédit : https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1800505933599929&id=100009216208314

Ce que je pense de la liberté par Mariame Kane


La liberté est l’état d’une personne ou d’un peuple qui ne subit pas de contraintes, de soumissions, de servitudes exercées par une autre personne, par un pouvoir tyrannique ou par une puissance étrangère. C’est aussi l’état d’une personne qui n’est ni prisonnière ni sous la dépendance de quelqu’un.

La liberté peut être définie de manière positive comme l’autonomie et la spontanéité d’une personne douée de raison. La liberté est la possibilité de pouvoir agir selon sa propre volonté, dans le cadre d’un système politique ou social, dans la mesure où l’on ne porte pas atteinte aux droits des autres et à la sécurité publique.

Si ta liberté se heurte à la mienne, c’est parce que ma liberté se heurte à cette manière que tu as de la pratiquer. La liberté ne doit pas être intégrisme sinon elle devient semblable à la dictature. La dictature, en fait, c’est l’expression d’une liberté qui se sent plus forte que la liberté des autres. C’est une liberté égoïste. Or le monde d’aujourd’hui n’a plus besoin de vivre ainsi. Dans ce monde de la globalisation, la liberté doit s’amender, elle ne doit pas être totale. Ce creux qu’elle ne s’autorise pas à remplir, doit l’être par le respect des croyances, des cultures des autres. On ne peut pas, sous prétexte qu’on est un peuple qui a évolué et dont l’évolution a été matérialisée par une certaine idée de la liberté, penser que les autres n’en ont pas.

Dans la manière de vivre la liberté, certains fixent des garde-fous afin qu’elle ne vire pas à l’anarchie. Chaque peuple définit donc les frontières de sa propre liberté. Chaque peuple les fixe en tenant compte de ses sensibilités, de ses croyances. Ces dernières sont visibles dans l’expression des valeurs  morales et religieuses et dans l’expression d’un cadre juridique contraignant pour que les gens ne vivent pas dans la déviance.

Dans le contexte actuel, il faut penser le monde comme un cadre global où les interactions se font au niveau des idéologies mais que les conséquences néfastes qui peuvent surgir de l’expression d’un pouvoir ou d’une conquête, se répercutent sur les individus qui vivent sous l’influence de ces systèmes idéologiques. Ce qui nous permet de vivre et/ou de survivre, c’est la prise en compte de l’autre comme un être à la fois complémentaire et différent. La liberté ne s’exprime qu’en pensant l’autre dans son histoire singulière, sa manière de penser le monde qui est différente. Et donc puisqu’il est inévitable que les peuples entrent en interaction à cause de la mondialisation, il est plus convenable qu’ils négocient le champ d’expression de leurs libertés.

Le système est pensé par les individus, ce sont eux qui en fixent les contours et les objectifs. Un système peut vouloir imposer sa façon de penser le monde, la manière dont les interactions doivent se mener et vouloir délimiter les frontières de la liberté des individus.  Si ce système part à la conquête d’autres systèmes, il se heurte à des résistances. Cette attitude conquérante met en péril les individus qui sont sous sa coupole car les résistances peuvent s’en prendre directement ou indirectement à ces individus. On rentre dans un cercle vicieux parce le caractère statique d’une idéologie, ce caractère brut qui l’empêche de s’amender et de rendre souple la philosophie qui la sous-tend, parce que fermée, ne peut provoquer qu’une résistance idéologique.

Penser que la liberté doit pouvoir être le vecteur d’une révolution des consciences (entendons-nous bien, on parle d’une certaine manière de penser la liberté) jusqu’à atteindre le cœur d’une croyance ou d’une idéologie qui, elle aussi, a ce même objectif, ne peut apporter qu’une impasse sans précédent.

Le dialogue devient alors nécessaire. Mais qui va oser s’abaisser sans perdre la dignité ? Qui va seulement  se résigner  et/ ou ouvrir sa liberté à un respect qui apaise. On doit quand même pouvoir trouver une liberté qui ne caricature plus, des fois qui pardonnent; bref des libertés qui se respectent.


Source crédit : Reçu par Mail Mariame Kane

​L’esclavage foncier en langage soninké : bienvenue au monde des non-dits et d’hypocrisie discursive.


le déni systématique de DROIT de propriété de FAIT pour le descendant d’un ancien esclave , est une constante dans le discours des féodaux du guidimagha. Ils sont tout temps dans une logique d’ingratitude maladive et pleine d’hypocrisie balayant la possibilité de POSSESSION INCESSIBLE d’une terre pour les descendants d’esclaves même si connaissant qu’HISTORIQUEMENT les aïeux de ces derniers furent GÉNÉRALEMENT  utilisés pour le DUR LABEUR de débroussaillage du site villageois. 

Aucune morale, aucune conscience saine,  aucune humanité et aucune réflexion critique et humble ne permettront de RAISONNER et d’INTERPELLER honorablement certains esprits complexés nostalgiques d’un prestige imaginaire d’antan. Certains ne croient entretenir leur statut nobiliaire très SUSPECT qu’en s’exhibant par des avantages matériels et immatériels exclusifs hérités par rapport à leurs semblables d’ethnie et de composante communautaire considérés comme ILLÉGITIMES de fait. Si l’Afrique fut saignée vive par les traites esclavagistes extérieures, certaines dispositions internes y étaient pour beaucoup et aujourd’hui un certain TYPE AFRICAIN est susceptible d’être complice pour que l’Histoire se répète. Certainement l’Homme africain n’étant pas encore ENTRÉ dans L’HISTOIRE se terre dans nos contrées par des références agissantes dans le Temps et dans l’Espace. L’EXILÉ POLITIQUE d’ici pourrait être le petit dictateur défenseur obsédé et virulent d’un régime féodal qui BAFOUE, EXCLUT, DOMINE, ÉCRASE, HUMILIE ET OSTRACISE avec ZÈLE ET FIERTÉ dans nos principautés communautaristes. On réclamerait d’autres réformes sur le plan NATIONAL par des manifestations revendicatives partout mais on feint d’ignorer nos pourritures internes érigées en symboles d’honneur et des valeurs culturelles à sauvegarder .

Ne rêvons pas, SEULE LA LOI fera l’ordre dans nos contrées où les habituels traitements amiables ne sont finalement qu’un régime de chantage et de pression au service des féodaux contre des CITOYENS PAISIBLES.



K.S

​En Mauritanie, l’ostracisme des Noirs est une volonté des hautes autorités. 

J’étais parmi le personnel de la radio Mauritanie pendant 4 ans au sein du service  Langues Nationales.

J’étais l’un des présentateurs des éditions Soninké maigres en temps et en contenu. À chaque fois je vais dans ma région d’origine, le guidimakha , je constate qu’aucune couverture n’est faite sur place. De ce fait, nos populations vivent dans un désert en matière de communication, et ce déficit fait partie d’une politique sournoise d’arabisation forcée promue par les autorités étatiques sous l’égide du général Ould Abdelaziz aujourd’hui.  

Ce putschiste arrivé au pouvoir par un coup de force contre le jeune régime démocratique du seul président civil en 2008, fait ses interventions en arabe mélangé avec son dialecte le hassanya. Nos populations du Sud Mauritanien sont exclues d’office d’accéder aux discours du président et cette réalité de citoyenneté de seconde zone ne m’a jamais laissé indifférent. 

Par exemple l’événement médiatique annuel appelé Face au Peuple, le président l’a fait dans plusieurs régions où dominent les populations arabo-berbères . 

Par ailleurs nos populations du Sud subissent un véritable calvaire administratif par les opérations d’enrôlement biométrique initiée depuis plus de 6 ans. 

Ce recensement a un seul but, c’est fabriquer une majorité artificielle au profit des arabo-berbères pour dominer et ostraciser les populations noires. 


Ces derniers temps, les services de recensement au sein de l’ambassade mauritanienne à Paris, sont arrêtés sans raisons valables. 

Ces décisions fréquentes font partie d’une logique  volontaire des autorités pour freiner la régularisation des citoyens negro-mauritaniens.

Ce qui a été constaté : « bien que pas seulement limiter à eux »…., parlant des difficultés liées au recensement,… « cela est particulièrement problématique pour les afro-mauritaniens… » souligne Philip Alston, le rapporteur des Nations-Unies en mission en Mauritanie du 2 au 11 mai 2016.


Aujourd’hui à l’étranger, plusieurs mauritaniens deviennent apatrides et d’autres perdent leurs emplois faute d’avoir des documents d’état civil à jour. 

Après avoir rendu impossible le recensement des parents par des mesures et des artifices racistes, le gouvernement génocidaire mauritanien de Mohamed Ould Abdel Aziz a décidé de sacrifier l’avenir de leurs enfants en leur fermant toute perspective par la prise d’un arrêté conjoint n° 15 en date du 20 avril 2016, des ministères de l’éducation et de l’intérieur et de la décentralisation qui « porte obligation pour tous les élèves, candidats à des examens, y compris l’entrée en première année du collège, de disposer de leur recensement biométrique, à partir de l’année scolaire 2016 – 2017 ». 


Cet arrêté « exclut tout élève qui ne se serait pas inscrit et ne disposant de sa carte d’identité nationale de prendre part aux concours ou examens ou même aux inscriptions dans les établissements ». Comment ces enfants peuvent-ils se recenser alors qu’on exige pour cela le recensement des deux parents qui, eux-mêmes, n’ont pas pu être recensés. 


Ils ne pourront plus prétendre à l’éducation, s’ils ne sont pas enrôlés. En effet, « ils ne peuvent pas aller à l’école au-delà du niveau primaire et ne peuvent pas se qualifier pour de nombreuses prestations gouvernementales », poursuit le même rapporteur. 


Il est temps pour que le monde libre vienne au secours des populations noires de la Mauritanie qui subissent les manoeuvres silencieuses d’un génocide biométrique qui ne dit pas son nom. Par ma modeste contribution,  j’essaie de porter un témoignage de cri d’alarme sur une situation intenable pour mon peuple. 



Aliou CAMARA, militant activiste et ex animateur à la Radio Mauritanie. 


Source crédit : via mail de l’auteur. 

​TRAGÉDIE DE MADIINA GUNAAS: LAISSER LE DESTIN TRANQUILLE!


Source Photo : compte FB Siikam Sy

La tragédie de Madiina Gunaas n’est ni le fruit du hasard ni la faute du destin; la responsabilité est humaine. En effet, des hommes et des femmes–mais surtout des hommes puisque nous vivons encore dans des sociétés où les femmes peinent à avoir leur place au soleil et même sous les arbres–ont échoué dans leur mission sécuritaire. La vue de carcasses humaines calcinées ne peut que susciter colères et indignations. Mais il faut dire qu’en Afrique, depuis des années, l’ange de la mort ne tue plus ; il a été remplacé par des hordes humaines. Voilà ce qui ne marche pas dans l’organisation des événements en Afrique.


SÉCURITÉ ROUTIÈRE : d’après une étude de « The Economist » datée octobre 2015, les routes africaines tuent plus que la malaria. Faut-il le rappeler ici que d’après l’Organisation Mondiale de Santé, en 2015, plus de 560000 personnes ont rejoint le monde d’Osiris par la fenêtre « malarianne » (malaria) Les routes sénégalaises tuent en moyenne 27.2/100000 habitants par an. La Mauritanie est à 24.5. La différence entre la Mauritanie et le Sénégal n’est pas à célébrer; elle est à pleurer. Ce chiffre est de 10.6 aux États-Unis avec pourtant près de 330 millions d’habitants et plus de 510 millions de voitures sur nos routes. Au Sénégal, le nombre de voitures avoisinent 350000 en 2010 et en Mauritanie, il est de 388000 pour la même année (Source: OMS). Et pendant les pèlerinages, les routes des pays africains tuent encore plus car chaque chauffeur est un ange de la mort privé. Il suffit de monter dans sa voiture pour être à un pas d’Anubis. Pourquoi? Etat des voitures, états des routes, indiscipline, alcool, vitesse, corruption, etc.… Je m’arrête là pour ne pas en succomber. 


SÉCURITÉ PHYSIQUE DES LIEUX ET DES PÈLERINS: pour un événement comme le Daaka ou le Maggal de Touba, l’absence de détecteurs de métaux est un crime. Cela veut dire que tout crétin peut se joindre aux foules et causer le chaos. Les entrées et les sorties ne sont pas contrôlées et ceci au moment où le terrorisme international fait sa lambada en Afrique. 


SÉCURITÉ ALIMENTAIRE : pendant les fêtes religieuses, chaque personne devient un restaurateur ou une restauratrice. Du « Tangana » au « Nebna » en passant par le « Seddana » tout est au banquet des pèlerins. De ce fait, le risque d’intoxication alimentaire est multiplié par le nombre de pèlerins et de restaurateurs. L’absence d’eau potable est un autre drame. Au Sénégal et en Mauritanie, vous pouvez fabriquer du poison et écrire là-dessus « Neexnama », « Hayyoo am » ou « Whakhyert » et les gens vont acheter pour boire, le sourire aux lèvres. L’insalubrité et l’absence de contrôle alimentaire font que chaque année, 91 millions d’Africains sont victimes d’intoxication alimentaire et plus de 137000 en meurent (OMS). La vente d’aliments et la restauration doivent être régularisées avant qu’on assiste à un drame similaire au massacre de Jonestown. 


PRÉPARATIFS : les chefs religieux sont aussi responsables de la sécurité des pèlerins que l’État. En effet, un chef religieux sans ses pèlerins c’est comme une bibliothèque sans ses livres. Ils doivent donc payer des consultants en matière de sécurité, de contrôle des foules, engager des compagnies de sécurité privées, faire passer des annonces à la télé pour éduquer les pèlerins sur les procédures d’évacuation en cas d’urgences, mettre sur place des hauts parleurs pour assister les individus, et travailler en tandem avec l’ETAT pour garantir la sécurité des foules. Pour quelques votes de plus, l’Etat ne doit pas démissionner devant ses responsabilités; les chefs religieux ne sont pas et ne font pas  l’Etat. 


LE RÔLE DE L’ETAT : l’Etat doit avoir des infrastructures en place et à la hauteur de l’événement. Les ministres de l’intérieur, de la santé, les états-majors doivent coordonner avec les organisateurs du côté des chefs religieux et les firmes privées et travailler ensemble pour mettre sur place une machine bien-huilée. Des opérations de préparations doivent être la routine, surtout dans ce Sénégal où chaque personne est marabout et chaque personne a son pèlerinage et sa Dahiira ou sa Ziara. Ceci permettra de s’assurer que les personnels sanitaire et sécuritaire coordonnent leurs Xalam, écoutent le même morceau de Samba Jabar Samb et sont près à intervenir de manière rapide et efficace. 


ÉVALUATION : après chaque événement, il faut évaluer et déterminer le déroulement, aussi bien dans sa phase de préparation que dans sont exécution. Il s’agira de déterminer ce qui a marché, ce qui n’a pas marché, les surprises etc.…et s’y préparer pour la prochaine fois. Ce rapport d’évaluation doit être revisité à l’approche de chaque événement majeur et mis à jour après cet événement. Il constituera une sorte de plan de référence continu. 


Voilà certains de nos maux et voilà certains des remèdes. Et comme vous le voyez, cela n’a rien à avoir avec le DESTIN. La responsabilité individuelle et collective passe avant le destin. Si nous ne changeons pas nos comportements,  alors Amduat est là pour nous accueillir en masse et à bras ouverts. 


Prières pour les victimes et leurs familles. 


Siikam Sy



Source crédit : Post Facebook Siikam Sy