Mauritanie – Politique : Intervention du président et député Biram Dah Abeid au cours de la conférence de presse animée par le président du Parti Rag Omar ould Yali.



Mesdames et messieurs de la presse

Bienvenue à vous !

Nous avons souhaité nous adresser à vous, après un cumul exceptionnel de dysfonctionnements dans la gouvernance d’Etat. Parmi les évènements portés à votre connaissance, je souligne le détournement de fonds au siège de la Banque centrale de Mauritanie (Bcm), la découverte présumée d’un lot de faux dollars et les tentatives de cambriolage de bureaux de la Direction du budget et de la Cour suprême (Csm) ; à ces incidents – je n’en minore la gravité – s’ajoutent les contentieux de corruption en examen par la Commission d’enquête parlementaire (Cep). Selon toute probabilité, des scandales de même facture pourraient rajouter au discrédit d’une gestion publique, en panne dès le lendemain du 10 juillet 1978.

Notre propos, ici, ne consiste ni à exagérer la critique fût-elle légitime d’ailleurs, ni à démonter la faillite de l’hégémonie ethno-tribale. A cet égard, l’essentiel a été dit, réitéré et prouvé ; les derniers évènements confirment nos constats, de jour en jour. Vous vous souvenez avec quel scepticisme, une frange de l’opinion accueillit mon projet, formulé durant la campagne électorale en 2019, de confier, à une instance permanente de contrôle, le soin de vérifier et authentifier les diplômes et qualifications du personnel de l’Etat. A l’époque, je pressentais combien le pays s’enracinait dans la culture du faux, généreusement servie par la négligence, l’impunité, les ententes de clan, la pression des clientèles et le cynisme ambiant. L’autorité de l’Exécutif étant devenue une entreprise de prédation, elle ne produit plus que des passe-droits, des indulgences et des distributions rotatives de rente, sans se soucier de réduire les inégalités hérités, métastase de la gouvernance en Mauritanie. La clochardisation de la fonction publique et de ses bâtiments témoigne de la ruine. Oui, le modèle a dépassé ses limites et sa péremption menace les fondements de la cohésion sociale, du moins ce qu’il en subsiste.

Aussi, mon propos, ici, se résume en une injonction unique : l’heure impose d’oser la rupture, pour survivre, en paix.

L’objectif vital requiert d’abord la sincérité à l’application du droit, la réhabilitation de la justice, le nettoyage de la corporation des magistrats et l’avènement d’une transparence, tous azimuts. Ainsi quand tout semble perdu, un pouvoir légitime ou ambitieux de l’être gagne la confiance des gouvernés ou s’expose à l’insurrection. Or, à présent nos compatriotes ne croient plus à leurs dirigeants et regardent l’ensemble de l’élite, avec suspicion et impatience.

L’ampleur du défi exige une concertation nationale sur le devenir du pays, débat dont nul thématique ou acteur ne devrait s’exclure. Cette refondation, notre Parti radical pour une refondation globale (Rag), ne cesse de la réclamer, depuis longtemps, comme d’autres organisations interdites.

Aujourd’hui, le Président de la république et le Parlement ne sauraient éluder ni différer davantage l’instant de vérité, qui est le temps des réformes, à la racine et vite. Il lui appartient de prendre la population à témoin, d’en susciter la confiance puis le concours, sur la base d’un inventaire franc, qui n’esquive les fautes, les insuffisances, les erreurs, encore moins les crimes. Le moment est venu de reconnaitre, juger, présenter des excuses, réparer ; la part symbolique de l’exercice concerne, d’abord, les protagonistes actuels de la faillite. A force d’amnisties dénuées de raison juridique et de consensus, nous avons appris à banaliser le vol, l’usage de faux, les nominations pour faire plaisir, toujours aux mêmes. Je reviens, ici, sur la nécessité d’abroger la loi scélérate du 14 juin 1993, qui insulte la mémoire et le sentiment d’une composante de la communauté de destin.
Jusque-là, la Mauritanie se singularisait par le racisme et l’esclavage ; la voici atteinte au cœur de la crédibilité de ses institutions, ; les incidents que j’ai cités plus haut attestent d’une dérive vers l’Etat-voyou. Sortir de l’engrenage, a un prix, un seul : il faut aller loin, privilégier la générosité et le courage, bref oser mieux que des ravaudages de grand-mère, des demi-mesures et la sagesse fataliste du laisser le temps au temps.
Si le gouvernement et le Chef de l’Etat s’engage sur la voie du discernement et de l’équité, il mériterait notre soutien vigilant. En revanche, nous continuerions à combattre le maintien du statu quo, grâce au surcroit d’ardeur que commande l’urgence. Mon camarade Oumar Yali et moi n’avons failli au devoir de l’avertissement et de la proposition.
Tous deux, nous vous remercions d’accorder votre attention à notre propos liminaire.

Nouakchott, le 9 juin 2020

©️ Crédit : Réseaux IRA-MAURITANIE

Tribune: les velléités dominatrices de l’ordre féodal soninké, sources de tous les remous sociaux. Par CISSOKO Souleymane

JE NE SAVAIS PAS QUE LE FAIT QU’ON IGNORE LES FÉODAUX ET L’ORDRE FÉODAL (CHEFFERIE TRADITIONNELLE), ÇA LES DÉMANGER AUTANT.

Un titre qui était censé être que symbolique ou honorifique (dans mon subconscient en tout cas) s’avère être un leurre et vouloir imposer des diktats.
Ce n’est pas comme s’il n’y aurait une absence d’autorité puisqu’il y a l’Etat qui est là pour assurer l’autorité, ce à quoi on se réfère et on reconnaît comme seule entité détentrice d’autorité. Dès lors on admet que ce n’est pas pour prôner L’ANARCHIE dans la société que de dire qu’on ne veuille plus de cet ordre féodal discriminatoire et arrogant. D’ailleurs à y voir de près, c’est à se demander si ce n’est pas eux (les féodaux) qui veulent créer ce désordre en niant non seulement l’autorité de l’Etat qui est le seul qui doit jouer pleinement son rôle et par conséquent l’application pure et simple des lois sur l’étendu du territoire. C’est que les féodaux veulent s’arroger tous les privilèges tout en méprisant les autres….

Encore Heureux qu’on ait recours aux plaintes quand on s’estime léser. Par ce que c’est comme ça que ça devrait se faire dans toute société civilisée, on ne doit se faire justice soi même.
Là aussi on peut réitérer qu’on est plus que déterminé à conquérir sa liberté et se libérer de cette joug de l’ ORDRE FÉODAL SOUS TOUTES SES FORMES jusqu’à « ce que justice jaillisse comme l’eau et le droit comme un torrent. »
Le tempo dynamique d’une aspiration à la dignité bien ancré dans toutes les contrées fait entendre son battement au cœur d’une recherche de valeurs humaines universelles chez bien des gens victimes de cet ostracisme aux antipodes de nos VALEURS contrairement aux (VA) LEURRES que les féodaux véhiculent et veulent mettre dans nos têtes comme des libellules.

Quand au Monsieur, qui clame sa féodalité pleinement assumée, nous lui disons, a lui et à la commission chargée par le Président de la République que cette lutte a pris lentement forme et n’est pas prête de s’arrêter du jour au lendemain. Pour la simple raison qu’on est unanime et déterminé à le mener jusqu’au bout et que les privilègiés, comme ils se vantent d’être propriétaire du foncier, « cèdent rarement leurs privilèges sans une forte résistance. »
Quand on s’estime lésé par un système qui annihile et ostracise, on ne s’arrête pas en chemin avant d’avoir obtenu une dignité pleine et entière dont nous jouissons naturellement sauf dans nos organisations sociales…

©️ Crédit source: post FB de l’auteur (9/7/2020)

Racisme en Mauritanie : Abou Djiby Diop, le miraculé

Récit d’une bavure

Assalamou Aleikoum, chers parents et amis !


Je suis Abou Djiby Diop, celui que deux policiers avaient étranglé, au bord de la chaussée, non loin du Commissariat Elmina1, dans la capitale, le 20 juin 2020, peu avant 11 heures du matin.
Mon père s’appelle Djiby Hamady Diop, ressortissant du village de Waly, ma mère – Maimouna Samba M’Bodj, est de Maghama. Je suis né en 1980 à Sebkha, quartier de Nouakchott. J’habite le lotissement Samia, dans la commune d’Elmina et travaille au marché de la plage. Depuis longtemps, j’aide les équipes de pêcheurs à amarrer leurs pirogues. En contrepartie, je suis payé en nature. Je revends les quelques poissons sur place ou aux mareyeurs. Parfois, je les rapporte chez moi, pour ma consommation propre.
Peu avant 5 heures du matin, je me rends au stationnement dit « Arrêt bus » d’où je dois prendre un taxi, en direction de mon lieu de travail. Je n’avais en poche que 10 ouguiyas, donc pas assez. Aussi, me suis-je résolu à marcher. Sur ma route, deux individus, armés de couteaux m’interceptent et intiment l’ordre de leur donner mon sac à dos. Devant leur agressivité, je me sauve en courant. J’ai pris l’habitude de fuir les problèmes auxquels je ne peux faire face, tout seul. A toutes jambes, je me réfugie derrière un vieil homme qui lisait un Coran, assis, en plein air.
Hélas, les deux malfaiteurs ne tiennent pas compte de sa présence et me poursuivent encore ; nous tournoyons autour du vieillard qui continue sa lecture. Je me sens comme un animal traqué, un gibier. Le tumulte de notre querelle alerte les éléments de la Garde, postés au coin de la rue adjacente. Ils viennent à nous, curieux de connaitre la cause du bruit ; mes assaillants s’empressent de parler ; ils élèvent la voix et agitent les bras. J’apprendrai bien plus tard que mes agresseurs m’accusaient de m’être infiltré chez eux, vêtu en boubou, avec l’intention de commettre un vol. Je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient, en Hassaniya. Les policiers nous arrêtent, tous et nous emmènent au commissariat d’Elmina 1. Le duo qui me pourchassait eut l’occasion de resservir sa version des faits, dans la même langue que les policiers. A la suite de leur récit, ils recouvrent la libérté. Les policiers me demandent mon identité et ma localité d’origine, je réponds à leurs questions. Ils prolongent leur interrogatoire en s’intéressant à ma famille. Je leur précise que je vis avec mon épouse et mes deux enfants. Après l’interrogatoire, ils m’ordonnent d’entrer dans une petite cellule malodorante et referment la porte derrière moi. Pourtant, les objets que contenait mon sac prouvaient mon activité.
En début de matinée, les policiers m’extraient de la cellule et me reposent les mêmes questions. Ils me réclament mon numéro de téléphone, que je décline.
J’explique ma condition d’ouvrier journaliser, qui cherche à nourrir sa famille, désormais sans ressources du fait de mon absence. Mon deuxième enfant est tout petit, mon épouse vient d’accoucher, je suis d’une condition très modeste, je ne saurais me permettre de m’absenter de mon lieu de travail. Quand je pense à ma femme et à mes enfants qui comptent sur moi seul, je me dis que je n’ai rien à faire au Commissariat et décide, alors, de m’enfuir. Les deux policiers se lancent à mes trousses, et me rattrapent, à quelques mètres de là. Il se mettent à me tabasser de toutes leurs forces ; ensuite, ils me plaquent au sol et m’étranglent, le genou de l’un appuyé sur mon cou et le reste de mon corps immobilisé par le poids des deux. J’ai senti venir la mort et accepté, à cet instant, de ne plus bouger, ni parler, pour mettre toutes les chances de survie de mon côté.
Ils me ramènent au commissariat, me lient les pieds, grâce à une chaine en fer et me replacent à l’intérieur de la cellule. Plus tard, ils reviennent, me délient et exigent que j’atteste, de nouveau, mes identité et numéro de téléphone ; ils notent et me relâchent. Ils ont dû enquêter ou subir des pressions car je les sentais honteux. Ma détention ne dépassa pas une journée, mais une journée qui a failli être la dernière de mon existence. Je suis désormais libre mais sali face au monde entier : il a été dit que je suis étranger, voleur, délinquant, voire bandit notoire.
Quand l’information de ma mort a circulé, la police repartit à ma recherche. Ainsi, 4 jours après, le 24 juin, elle me retrouve et me reconduit au commissariat, le temps d’une petite discussion dont je ne comprenais pas trop les motivations, sauf peut-être me prouver (ou se prouver) que j’étais bien en vie, après mon passage entre leurs mains. Je ne leur ai rien dit de ma douleur mais il y a des choses à ne jamais infliger à un être humain car il nul n’en sort indemne. Je ne suis pas un menteur et moins un bandit ; tout ce que je leur ai exposé était clair, eux-mêmes l’ont reconnu, devant moi.
Ici, je veux d’abord remercier les bonnes volontés qui m’ont soutenu, sans me connaître, dès la sortie des photos de mon étranglement. A présent, je souhaite porter plainte. Je n’ai pas l’intention de laisser passer une telle injustice. C’est pourquoi, je prie, tous les mauritaniens, de m’aider dans cette démarche, afin de réparer le tort qui m’a été causé. Je souhaite poursuivre les auteurs de mon agression, qui ont failli entrainer ma fin. La police conserve leurs coordonnées. D’autres peuvent aussi subir mon sort, par hasard. J’ai été honni, mes parents à Waly et mes connaissances, partout ailleurs, ont enduré l’humiliation, avec moi. Je me retrouve couvert de honte et aurais pu mourir d’étouffement. Dieu merci, je commence à me remettre de mes courbatures et dois consulter un médecin.
Je sollicite, de mes compatriotes, si je peux prétendre encore au moindre droit dans ce pays, leur concours au rétablissement de ma dignité ; je forme le vœu de réhabiliter ma réputation de personne honnête. Je ne quémande pas car je sais gagner ma vie à la sueur de mon front.

Propos recueilli, à Nouakchott, le 26 juin 2020, par Madame Coumba Dada Kane, Députée à l’assemblée nationale, Vice-présidente d’IRA – Mauritanie

Mauritanie – Les abus liés à l’ordre féodal à Dafor autour d’un périmètre pastoral : lettre d’alerte et d’information à l’opinion nationale et internationale.

un cliché pris de la plaque indicative du périmètre.

Nous sommes une communauté considérée comme étant d’ascendance esclave selon le régime coutumier et féodal soninké. À Dafor , chef-lieu de la Commune du même nom , nous sommes plusieurs dizaines de familles qui se sont libérées du joug de vestiges sociétaux de l’esclavage coutumier. En effet depuis bientôt 4 ans , sous le vocable soninké Ganbanaaxu (être égaux en Droits et en DIGNITÉ) , nous avons subi d’innombrables actes d’intimidations et de provocations venant de tenants extrémistes de l’ancien ordre féodalo-esclavagiste soninké. En fin d’année 2019, lors du passage de Maître Bouhoubeïni , président de CNDH à Selibaby, Guidimagha, l’un de nos doyens, monsieur Bakary Camara avait remis un document retraçant les difficultés qu’on a pu rencontrer à cause de notre engagement éveil citoyen et humaniste contre cet esclavage statutaire intracommunautaire qui est foncièrement violent en terme symbolique et social. Nous sommes stigmatisés et reclus socialement dans la communauté féodale soninké. Par notre présente lettre de plainte et de signalement, nous vous exposons une situation insupportable de manipulation orchestrée par le Maire, monsieur Camara Diadie Gagny et les représentants coutumiers qui défendent l’ancien système féodal. Cette situation concerne un périmètre communal dans le village destiné à retenir périodiquement du pâturage en prévision de la saison sèche. Comme déjà décrit dans notre document remis à Maître Bouhoubeïni, les provocations de milieux féodalo-esclavagistes avaient conduit à une altercation autour de l’accès à ce périmètre courant du moi de mai 2019, l’affaire avait été portée aux autorités à Ould Yengé et à Selibaby. Avec l’appui du trés controversé procureur (souvent complice les féodalités soninkés de la Région) Selibaby, un arrangement à l’amiable avait été trouvé entre nos membres et les représentants coutumiers de l’ancien régime. Nous avons tenu à cet arrangement jusqu’à tout dernièrement où la partie adverse avec la complicité du Maire exige que nos familles qui refusent les coutumes esclavagistes reviennent à l’ancien système organisationnel d’esclavage statutaire afin de pouvoir bénéficier du périmètre de pâturage. Nous avons répliqué qu’il n’est pas question qu’on se fasse humilier dans l’ancienne organisation sociale discriminatoire et ségrégationniste à notre encontre. Ces derniers jours, nous avons alerté le chef d’arrondissement de Lehraj. Il est venu à Dafort ce jeudi 18 juin 2020 chez le Maire. Réunis chez le Maire avec les représentants coutumiers de l’autre clan, le chef d’arrondissement a réaffirmé que le périmètre est destiné à tous les citoyens et nous avons répété que nous participons à tous les travaux d’ordre intérêt général dans le village mais nous n’accepterons plus les tâches et les considérations organisationnelles liées aux séquelles sociales de l’esclavage coutumier. Malgré la mise au point faite par le chef d’arrondissement sur le cas du périmètre pastoral communal censé ouvert à tous les citoyens devant le Maire et ses complices, encore aujourd’hui ils entretiennent toujours un certain flou de chantage et de blocage pour contrer l’adhésion de nos familles pour avoir accès libre comme tout le monde. Le volte-face constaté, nous avons saisi de nouveau le chef d’arrondissement, mais ce dernier préfère entretenir toujours les ambiguïtés sur l’affaire du périmètre, ce qui dénote clairement sa complicité par évidence avec les vues du Maire et ses parents féodaux du village.
Cette situation de tensions perpétuelles a trop duré et nous vous la exposons par cette lettre d’alerte pour passer le message à qui de droit au niveau des hautes autorités publiques. L’alerte sera transmise aux organismes nationaux et internationaux défendant les droits humains.

©️ Communauté Ganbanaaxu de Dafor

Dafor 25 juin 2020

Mauritanie : hausse préoccupante des privations de liberté (IRA-MAURITANIE)

● Note de synthèse

Depuis le début de 2020, le sort des blogueurs et lanceurs d’alerte, déjà préoccupant sous la gouvernance de l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, ne cesse de se détériorer.

I. Une suite sans fin

  1. Le 2 juin, la police procède à l’arrestation Salma Mint Tolba, biologiste et auteure présumée d’une série d’audio remettant en cause des aspects de la riposte sanitaire du gouvernement ; elle accusait, ce dernier, de gonfler le chiffre des contagions, pour mieux capter l’aide extérieure. Dans la foulée, deux autres personnes, qui auraient participé à la diffusion de tels document la rejoignent : il s’agit de Mohamed Ould Semmane et Sidi Mohamed Ould Beyah. Quelques jours plus tôt, un communiqué du gouvernement annonçait l’ouverture d’une enquête sur de telles allégations. La virulence de la réaction aux fauteurs de doute et de panique, laissait entrevoir la fermeté de la réaction officielle. Mohamed Abdallahi Ould Bounenna est capturé par les forces de l’ordre qui le conduisent dans un lieu secret ; le lendemain l’y suit un autre écrivain en ligne, Mohamed Salem Ould Soueid Ahmed.
  2. Le 3 juin 2020, le journaliste et influenceur Eby Ould Zeidane reprend le chemin du Commissariat de police, quelques mois après son interpellation durant plusieurs jours, en février. Il subissait alors un interrogatoire en compagnie d’un groupe éclectique de militants de la laïcité, de féministes et de promoteurs des droits de l’individu. Les interrogateurs, d’un niveau de culture général qui témoigne assez de l’effondrement du savoir, opposent, aux prisonniers, des accusations dont le cumul paraîtrait absurde du point de vue de la rationalité : blasphème, apostasie, conversion aux christianisme ou judaïsme, prosélytisme évangéliste, athéisme viennent assaisonner l’appartenance à l’Alliance pour la refondation de la Mauritanie (Arem), une association non-autorisée. A défaut d’assumer, face aux partenaires du pays, la répression contre des jeunes défenseurs de la laïcité dont les mots constituent l’unique arme, l’Etat met en avant le crimes d’«atteinte au sacré», une infraction improbable dans la réalité, puisque d’essence immatérielle. D’ailleurs, la majorité des motifs de peine de mort en Mauritanie renvoie à des griefs sans prolongement physique, donc des opinions.

Les raisons inavouables

Eby Ould Zeidane, contradicteur « systémique » des islamistes, réussit, lors de sa première arrestation, à recouvrer la liberté, en même temps que d’autres détenus de la période, à l’exception de 6 majeurs auxquelles manquait le soutien d’une tribu. Tous seront oubliés dans les méandres de l’univers carcéral. Ahmed Mohamd Elmokhtar, Abderrahmane Haddad, Othmane Ould Boubacar, Mohamed Ould Jeddou, Mohamed Ould Amar et Mohamed Ould Hayda croupissent en maison de correction, à Dar Naim, co-pensionnaires de délinquants à machette, d’assassins et de jihadistes ; au moment d’investir leurs cellules, ils achevaient 15 jours de garde-à-vue, dans le local de la Direction de la sûreté de l’Etat (Dse). A la fin du mois de mai 2020, Eby ould Zeidane publie de nouveaux textes sur Facebook ; il y critique le dogmatisme des sociétés islamiques, la validité de la polygamie et celle du jeûne du Ramadan, au regard du cycle de la lune. Selon lui, ses coreligionnaires ont beaucoup dévié de la voie du Prophète Mohamed. Dans ses commentaires, il argumente que les musulmans ont déformé le message de l’Envoyé et escamoté des passages explicites du Coran ; le 3 juin, la police se saisit de sa personne et lui impute des faits d’apostasie et de blasphème, punissables d’élimination du corps, sans délai ni repentir, si l’on considère l’article 306 nouveau, du code pénal.

Déjà, le 30 janvier, des garçons et une fille, invités à une fête d’anniversaire, se retrouvent inculpés d’imitation des femmes, d’après le réquisitoire du procureur, incapable de prouver l’homosexualité des susdits, passible, elle, de l’exécution. Le Parquet évoquera la célébration de la date de naissance comme une attestation d’hérésie car elle prend les mécréants pour modèle et leur impose une peine de deux ans d’incarcération, assortis de rabaissement moral. Le reste de leur existence portera le sceau de l’infamie.

• Tuer, par raccourci

Il y a lieu de le souligner, les agents en charge de l’enquête ont pu, à chaque fois, récupérer les téléphones portables des prévenus, extraire le contenu et le diffuser, à grande échelle, sur les messageries instantanées et les groupes de discussions de Facebook. Les fuites occasionnent, alors, la révélation de l’identité des victimes ; dès le début des fuites, les familles s’empressent de les abandonner et une partie du peuple, fanatisé par le wahhabisme périphérique et celui des institutions de l’Etat, les agonit d’injures et de menaces de pendaison, d’égorgements et autres civilités de rigueur parmi les gardiens de la foi pure. Bien entendu, les prévenus comparaissent brièvement devant un juge, avant de recevoir la sentence. A Dar Naïm, ils cessent de bénéficier de soins et s’enfoncent dans la honte et l’isolement, en perpétuelle peur de se faire poignarder. Leur survie rime avec le danger, chaque jour, en particulier ceux justiciables d’infractions à incidence confessionnelle. La propagation de l’apologie du meurtre pieux et sa banalisation ont produit, au sein de la population des villes, un état mental de prédisposition à tuer pour Dieu, sinon emprisonner, torturer et bannir en son nom. A l’inverse, les élus peinent à légiférer contre le viol, au prétexte que l’homme disposerait, en vertu de la chari’a, d’une supériorité ontologique sur la femme.

• Aux sources d’une faillite

Certes, les vagues d’arrestations illustrent une option autoritaire au sommet de l’Exécutif. Cependant, à l’examen des circonstances l’actuel gouvernement n’abrite même pas le semblant d’une idéologie de l’ordre qui occasionnerait un usage excessif de la brutalité. De facto, les violations constatées de la dignité des gens découlent, plutôt, de l’absence de technicité, de l’ignorance et de l’incompétence, à tous les échelons de l’appareil sécuritaire. A l’improvisation s’ajoute le degré d’infiltration de la police et de l’administration par l’extrémisme religieux et les zélateurs de la négrophobie. Cette évolution aggrave l’incurie et explique, la succession de plus en plus rapprochée, des alertes. A aucun moment, les autorités ne semblent avoir perçu le dilemme où elles se débattent, de combattre le terrorisme dans le cadre de la coalition du G5 Sahel et d’appliquer, au pays, le programme de Daesh, grâce à l’appui de fractions de l’opinion favorables à l’avènement d’un Etat jihadiste sur le sol de la Mauritanie. La plupart des organisations de la société civile, les partis reconnus, le Parlement et les ambassades accréditées à Nouakchott, s’aveuglent face à l’évidence du lien entre le takfirisme ambiant, la perte de la qualité des services de justice et la facilité du recours privé à la violence.

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)


Nouakchott, le 6 juin 2020

Communiqué de presse de la section IRA-M de Nouadhibou

● Section Ira-M de NDB
COMMUNIQUE

Lors de la mission effectuée à Nouadhibou en novembre dernier par le député Président Biram Dah Abeid accompagné par son staff politique et de droit de l’hommiste, plusieurs rencontres d’écoute ont été organisées avec les populations de la wilaya. Aussi, différentes corporations proffessionnelles, syndicales comme les orpailleurs, les pécheurs artisanaux, mais aussi des délégués syndicaux dans les representants des différents services régionaux de l’État ainsi que les responsables et directeurs des societés d’État. Dans ce cadre, les travailleurs de la Snim à Nouadhibou ont missionné deux délégués syndicaux, Leid Maoloud Bila et Ba Thierno, à la rencontre du député et président Biram Dah Abeid et son staff composé de son exéllence Omar ould Yali, l’honorable Coumba Dada Kane et le représentant régional Sidati Mohamed Hamady. Aprés avoir ecouté la somme des complaintes des délégués des travailleurs, le député-président et son staff ont été réçu par l’Administrateur-Directeur Général de la Snim, son exellence Mokhtar ould Diay en vue de plaider les problémes posés par les travailleurs et s’encquérir de la situation de la société.

Au cours de ces rencontres, le Député et President Biram Dah Abeid et la délégation qui l’accompagne ont longuement discuté avec Monsieur l’administrateur Delegue General de la SNIM tous les aspects de nature à permettre aux travailleurs de recouvrer leurs droits et à ce poumon de l’économie nationale de continuer à fonctionner normalement. Les mesures issues de la dernière réunion du Conseil d’administration de la Snim en faveur du personnel laborieux, mesures concrétes, fortement appréciées par les travailleurs , font partie des résultats globaux enregistrés suite aux discussions avec les autoroutes administratives de la Wilaya, chacune dans son domaine de compétences. C’est l’occasion pour nous d’exprimer notre satisfaction du fait que le Conseil d’Administration a souscrit à l’attribution de trois, trois et demis et quatre salaires pour les trois catégories du personnel, l’augmentation de dix pour cent ainsi que l’élevation de l’enveloppe sociale de 500 à 650 millions d’ouguiya.
Au nom des populations de Nouadhibou en général et en particulier des foyers de la main-d’oeuvre de la SNIM, nous exprimons nos remerciements à l’Administrateur-Directeur-Général et au Conseil d’Administration de la Snim et faisons part de toute notre reconnaissance au Député-President Biram Dah Abeid et son staff dirigeant, pour les demarches entreprises en vue de contribuer aux réglements des problémes des Nouadhibois et l’amélioration substantielle des conditions de vie des travailleurs.

©️ Section Ira-M de Nouadhibou.
Noudhibou le 02/06/2020

Mauritanie : esclavage, superstition et contrainte sexuelle

🔹️Note d’alerte

Le sieur Hattab Ould Youba Zeine Ould Mohamed Fadel Ould Mamine reçut une sollicitation de la mère Elbarra, désireuse de soigner sa fille, d’une chute des cheveux, une tare disqualifiante pour toute jeune personne, a fortiori d’une extraction stigmatisée. Le médecin de circonstance, dévoila les conditions de sa thérapie : Anna Mint Elbarra, âgée de 20 ans, viendra, consulter, en sa demeure, à la tombée de la nuit, pour une séance mystique de communion aux forces de l’invisible ; ainsi, sans délai, se débarrasserait-elle de l’alopécie et retrouverait une chevelure enviable.

● Le substrat social

A Adel Bagrou, arrondissement à l’extrême-est de la Mauritanie, la section Ira-M apprend le viol, par Hattab, de Anna Mint Elbarra, descendante d’esclaves, désormais enceinte de ses œuvres. Le profanateur est un dignitaire du cru et se prétend de la filiation du Prophète de l’Islam. A ce titre, il jouit d’un statut de noblesse qui confère la sainteté et entraine la vénération. Les populations serviles, les Hratin, vouent, à ce genre de personnage, respect et obéissance, sous peine d’endurer la colère de Dieu. Bien des chefferies et lignages qui se réclament d’une telle ascendance, pratiquent, parmi leurs ouailles, le métier de charlatan dont les avantages, en monnaie et nature, découlent de l’abus de faiblesse. La supériorité de naissance permet, au profit des auteurs, une relative impunité, à l’intérieur de la société et vis-à-vis de l’Etat. L’emprise entretient, chez les victimes issues de la misère et de l’ignorance, une religiosité où la résignation, empreinte de terreur, relève de la piété. Le racket et la prédation sexuelle sur le corps des patientes constituent quelques-uns des avantages induits du métier de guérisseur, quand le pratique cette coterie de docteurs ès-crachat, diplômés en vertu de la généalogie. En République islamique de Mauritanie, l’influence wahhabite produit une impunité à peu près sans borne : depuis environ une décennie, il est aisé de spolier les honnêtes gens, de les menacer et déposséder de leur dignité, dès lors que l’on se présente sous l’apparence rassurante de la dévotion. Bientôt, tuer un innocent au nom de Dieu résulterait d’un droit individuel. La privatisation de la justice, encore au stade de l’hypothèse, risque de devenir une faculté à portée des dévots. La dérive vers le jihadisme domestique s’accentue à mesure que l’autorité légitime s’enfonce dans la surenchère avec le fanatisme. L’évolution suit son cours grâce à une quasi-indifférence de l’opinion, de la classe politique et du gouvernement. La violence de sa maturation n’autorise plus le doute.

● La cure par le viol

La mère obtempère aux instances de l’illustre notable et lui envoie sa fille, à chaque crépuscule. Après plus de trois mois d’un manège quotidien, elle se rend compte que Anna se trouve en état de grossesse ; elle la somme, alors, de nommer le futur père ; la victime désigne Hattab Ould Heidda ould Youba Zeine ould Mohamed Vadel ould Mamine, le faiseur de miracle. Quoique meurtrie et révoltée, la mère s’abstient de réagir et préfère prendre son mal en patience, de peur d’encourir les représailles divines, si elle indisposait le violeur ; selon elle, le père de ce dernier, certes décédé depuis plusieurs années, serait au courant de tout et pourrait lui jeter un mauvais sort.

Cependant les sympathisants d’Ira-M dans la région du Hodh oriental, ne cessent d’expliquer, aux deux femmes, l’atteinte à leur humanité élémentaire. Finalement, elles se résolvent à chercher le secours d’un magistrat, en passant par le Commissariat de police de Adel Begrou. Le 20 mai 2020, Hattab est convoqué mais se présente libre, à l’inverse d’autres présumés délinquants de moindre envergure, s’ils appartiennent aux castes inférieures. Le prévenu, auréolé de son patronyme, bénéficie aussitôt d’un traitement de faveur. Il arrive, entouré d’une imposante suite de disciples, dont le député et notable d’Amourj, Mohamed Tourad dit Houmeyda, qui réclamait, pour l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, le statut de monarque. L’entourent, également, les maires de communes de Hassi Atila, Sidi El Kheir Ould Enneda et de Beribavat, Hademine Ould Tourad. Le commissaire Sidi Lebatt Ould Bouh Cheikh leur témoigne d’insignes amabilités et ne manque d’opposer, aux deux requérantes, des mots de réprimande en public et les marques du dédain. D’ailleurs, les agents en uniforme leur proposent le retrait de la plainte, en contrepartie d’un arrangement à l’amiable avec le sieur Hattab qui reconnait son forfait et souhaite taire le scandale. Anna et sa mère refusent le compromis et exigent réparation, auprès d’un juge. Sous les directives du Procureur de la république près le tribunal de Néma – Saadna Ould Tourad – la police laisse trainer le dossier durant plusieurs jours, non sans exercer, de temps à autre, l’intimidation contre la famille et les proches des victimes, afin de modérer leur envie de justice. Néanmoins, grâce à l’assistance des activistes d’Ira-M à Adel Bagrou, les plaignantes résistent. Sur les groupes de discussion WhatsApp, les disciples de Hattab s’échangent des poèmes et des oraisons surgies du Moyen-âge, à la gloire de leur maître. Ils y mêlent le Coran, la Sunna, le fantasme et l’éloge d’ancêtres natifs d’Arabie. La plupart des vocaux attestent des délits d’incitation à la haine, d’apologie de la magie et de l’exercice illégal de la médecine.

L’épilogue provisoire

Le mercredi, 26 mai 2020, Anna et Hattab(entouré et soutenu par les notabilités tribales et les élus du département) comparaissent devant le procureur de la république de Néma; le susdit qualifie les faits d’accouplement illicite, autrement dénommée zina dans le code pénal de la Mauritanie. En l’absence d’une répression spécifique du viol, le texte de loi désigne une relation hors mariage, qu’elle soit consentie ou non. Pire, le juge d’instruction – Mohamed Mahmoud Salem Makhtour – ordonne la libération de l’accusé et le place sous contrôle judiciaire. Le crime, passible de 100 coups de fouets n’est imputé qu’aux justiciables célibataires. Il convient, ici, de souligner la distinction : le fornicateur marié s’expose, lui, à la lapidation jusqu’à la mort, dans d’atroces souffrances.

L’inculpation de Anna et de son bourreau, au titre du même grief, vient consacrer le machisme le plus abject. Le 26 mai, mère et fille retournent, à Adel Bagrou traînant la douleur, la honte et l’humiliation et une grossesse sans géniteur connu, loin de la moindre assurance-santé.

Ira-M exprime, à l’occasion, son admiration aux lanceurs d’alertes, soldats de l’ombre qui traquent le racisme et la déshumanisation, en Mauritanie. La reconnaissance s’adresse, en l’espèce, aux braves Mohamed Ould Abeid et Abdellahi Ould Mbaye, respectivement président et adjoint de la section du Hodh oriental.

Initiative pour la résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 29 mai 2020

Mauritanie : le rappeur RJ redonne un sens à la vie pour beaucoup d’enfants | VIDEO |

Cridem Culture – Dans son pays, le rappeur Racine Dia, alias RJ, est une figure symbolique. Il mène aujourd’hui un combat sur le front de l’engagement humanitaire, préférant mettre sa passion musicale entre parenthèses. En cette période de ramadan, pas de répit pour ce rappeur à l’allure de Snoop Dogg. Ce jeudi 14 Mai, nous l’avons suivi, lui et son équipe, dans les rues d’El Mina, une des moughataas de Nouakchott, qui l’a vu grandir. Son eldorado où sa brillante carrière de rappeur a commencé en 2000. Il est 15h, quelque part dans le 6e Arrondissement de Nouakchott. Après avoir filé ses chaussures, RJ jette un dernier coup d’œil sur son carnet dans lequel il a tout consigné, avant de s’engouffrer dans l’une des deux voitures mises gratuitement à sa disposition par des amis de longue date et qui le soutiennent dans sa nouvelle reconversion… Pour cette journée, le rappeur a des urgences à gérer. A l’ordre du jour, une opération de distribution est prévue pour 12 familles. Une à deux fois par semaine, avec son équipe, il prend contact avec des familles, pour distribuer couches, lait, chaussures, vêtements, et autres nécessités pour les enfants. RJ travaille méthodiquement. En cette période de coronavirus, il s’est adapté et tente de s’occuper au mieux des enfants. Au total, il vient en aide à 34 enfants. Certains, d’entre eux, pour la plupart abandonnés, ont été récupérés et placés par ses soins dans une famille d’accueil de confiance. Et d’autres, comme le petit Abou, sont des enfants orphelins. Abou est orphelin de mère et vit avec sa grand-mère. Âgé d’un an et demi, le petit Abou a la joie en poupe, un visage régulièrement fendu par un petit éclat de sourire. Entre lui et RJ, la complicité et la bonne entente battent leur plein. Et le petit le lui rend bien par des sourires qui s’accompagnent du signe «V», un des codes des rappeurs. En cette période de coronavirus, le rayon de soleil nommé RJ bute sur un plafond de verre, ce qui ne l’empêche pas de faire preuve de détermination sans faille. «Ce n’est pas du tout évident de gérer tout cela…mais j’ai des soutiens derrière moi. En général, si je lance un appel, je vois, dans les 24 heures qui suivent, la réponse de bonnes volontés. C’est pour cette raison, je suis rassuré d’une part. Mais d’autre part, je nourris des inquiétudes. L’essentiel de nos aides venait de l’extérieur, mais tout s’est arrêté à cause du coronavirus. Là, on fait avec les moyens du bord, et grâce à Dieu, on a toujours quelque chose pour les enfants. On n’est jamais resté sans rien faire, malgré tout », explique Racine Dia. A côté de ce branle-bas de combat, RJ doit aussi courir dans tous les sens pour inscrire les enfants à l’Etat-civil. En plus de s’occuper d’enfants abandonnés ou des orphelins, RJ fait de son mieux pour s’occuper également des enfants dont les familles n’ont pas de moyens. Comme dans le rap où il fut un « porteur de feu » qui a illuminé de joie de nombreux mélomanes, RJ est devenu aujourd’hui, un phare qui éclaire la nuit de nombreux enfants, lui qui a connu le même destin d’enfant abandonné…

Page Facebook de RJ

Contact : 46.94.48.65////20.25.00.97

Texte par : Babacar Baye NDIAYE

©️ Crédit source: cridem.org

Tribune : « Le général Picquart du désert où la fabrique des héros 2.0 » Par Diallo Saidou dit Thierno

Les sorties tonitruantes du trublion de la diplomatie mauritanienne lui ont valu d’être relevé de ses fonctions juste après une promotion.
La cause, une dénonciation légitime (même si on peut discuter de la manière) des discriminations que subissent les Halpularénes.
Le ministère des affaires étrangères, dans une forme de fourberie sans nom, le remplaça par un de ses amis dont il a dénoncé la marginalisation.

Si les sorties sur les RS de l’intéressé ont fait sensation avec un élan de soutien large. Elle a aussi était l’occasion pour certains, à l’insulte facile, de jeter l’opprobre sur son remplaçant.
Se faisant, les soutiens du diplomate déchu ont voué aux gémonies son remplaçant, tombant ainsi dans le piège sciemment orchestré par l’administration.
Et il est désolant de voir des personnes aguerris politiquement et baigné dans l’histoire, affubler un de leurs semblables de Négre, ce substantif utilisé péjorativement dans la lutte contre l’émancipation des Noirs.

Ainsi les militants 2.0 en manque de repère ont trouvé en ce diplomate déchu un Héros, un Martyr vivant au service de la cause!
Pourtant le récit héroïque qu’on veut nous imposer avec cette figure de l’homme qui se sacrifie pour les Noirs de Mauritanie est plus complexe qu’il n’y parait.

Car cohérence pour cohérence, dans sa dénonciation légitime de manque de diversité dans les dernières nominations au niveau du ministère des affaires étrangères, l’homme ne s’intéresse qu’aux Halpularenes, sa communauté d’extraction oubliant au passage l’ensemble des autres communautés qui sont victimes de marginalisation !

Cohérence pour cohérence, pourtant celui que vous érigez en héros aujourd’hui, était un fervent soutiens du régime actuel durant la campagne présidentielle précédente !

Cohérence pour cohérence, votre héros du jour, il y’a de cela un an traitait la CVE de coalition de toorobbés, invitant vos militants à quitter le navire, preuve à l’appui.

Cohérence pour cohérence, votre héros a fait le choix de dénoncer cette marginalisation sans concertation avec les intéressés. En les citant nominativement, il implique ainsi des gens dans une affaire (légitime soit-elle) sans leurs consentements. Ces derniers découvrent cela sur les RS.

Face à une politique structurelle de marginalisation communautaire, on ne peut opposer une dénonciation de circonstances, au risque que cela s’apparente à une action spectacle.

Les lanceurs d’alertes restent généralement dans les lambris dorés du pouvoir ( pas pour en profiter) afin transmettre à des relais extérieurs des informations pour alerter l’opinion…

Dire cela n’est pas une forme remise en cause du fond, à savoir le combat légitime pour mettre fin à cette saignée dont on est victime dans nos administrations.

Cette petite contribution qui se veut factuelle, n’emportera probablement l’adhésion de beaucoup et tant mieux. Cependant l’auteur que je suis vous invite à porter la contradiction sur le terrain de l’argumentation rationnelle au détriment des diatribes émotionnelles qui me laissent de marbre.

©️ Crédit source: post FB de l’auteur – 21/05/2020

Mauritanie : de la femme-objet au martyre muet (IRA-MAURITANIE)


Note d’alerte urgente


Depuis l’adoption, en 2016, d’un projet de loi, d’ailleurs retoqué plus d’une fois, la Mauritanie ne parvient, encore, à produire une norme de protection de la femme contre les violences, le mépris, l’humiliation et la minorité civile. Jusqu’ici, les députés n’ont pu voter un dispositif, sans cesse révisé, entre apparence de conformité aux standards internationaux et souci de ménager le populisme du public dévot. Comme souvent quand il s’agit de la marge de l’individu dans l’espace arabo-musulman, la polémique devient le prétexte d’une confrontation des tenants du progrès, aux défenseurs de la tradition. Pour situer davantage l’opinion, il convient de préciser qu’en l’espèce, les associations à l’origine de la réforme souhaitaient mettre un terme aux voies de fait, insultes, abus sexuels, abandon de foyer, refus de règlement de la pension, la plupart commis dans le cadre du couple. D’autres brutalités, abus, éviction de l’héritage et divers actes de contraintes concernent, aussi, les célibataires, en premier les filles-mères.


● Enjeu passionnel


L’ensemble nourrit la croyance d’une infériorité légale et pratique de la femme, en comparaison de l’homme, fût-il conjoint, parent ou sans lien particulier avec elle. La matière de la controverse porte, également, sur la faculté du divorce, la condition du veuvage et la jouissance de la personnalité juridique, dont le droit de voyager, d’entreprendre et de dépenser constituent des illustrations concrètes ; enfin, il importe de n’omettre, bien entendu, la molestation, la séquestration et le mariage forcé. A présent, le statu quo s’effrite sous l’influence de la mondialisation et du credo de la parité. Les avocats de la conservation souhaitent s’en tenir à des formulations vagues pour ne pas « heurter » la piété du peuple ; selon eux, les clauses en chantier consacreraient la notion de « genre », une innovation de l’Occident qui n’accorde assez d’égards aux prescriptions de la Charia, voire encourage leur effacement. Ceux du camp de l’éthique séculière insistent, plutôt, sur le retard du pays dans le domaine, au regard de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Ils plaident la nécessité de combler un vide normatif, source d’impunité et vecteur de récidive…
Une bataille de tranchées
Il aura fallu, le 8 mai 2020, la signature, sur Facebook, d’une publication par une députée islamiste, pour enflammer le débat, à quelques jours de l’examen en commission de l’Assemblée nationale, avant discussion et amendements en séance pépinière. L’honorable Saadani Mint Khaïtoure y exprimait son soutien au projet et invitait, son parti Tawassoul, à s’émanciper de la ligne de promotion et de défense de la prééminence masculine et de l’obscurantisme. Sans doute à cause de la faveur et de l’enthousiasme que son propos déclenchait auprès du courant anti-esclavage, des Ong féministes et de la mouvance de gauche, l’aile dure de son obédience– imams, parlementaires et blogueurs – lui opposa une objection de toute virulence ; quelques contradicteurs l’accusèrent, à visage découvert, d’indiscipline, de trahison, voire de rébellion envers Dieu. Dans sa réplique d’une teneur inusitée parmi les islamistes, Mint Khaïtoure refuse de déférer à l’impératif de dévouement aux vendeurs de nourriture avariée et de médicaments contrefaits, négoce établi sous l’alibi de la barbe et derrière la piété de façade. La dispute se poursuit et enregistrera, le même jour, la contribution de Mahfoudh Ould Waled, alias Abu Hafs, l’ancien numéro trois de Alqaïda et conseiller de Ben Laden. L’auteur y avertit, le gouvernement, du risque de susciter une insurrection militaire où la Mauritanie sombrerait, si la législation en cours s’obstinait à édicter l’égalité des sexes. Certes, Abu Hafs se prévaut du droit d’expression mais l’assortit d’une exhortation implicite à l’émeute ; ses antécédents notoires confèrent, à l’insinuation, le crédit du chantage. Dans la structuration mentale du susdit, d’ailleurs figée aux siècles de l’Arabie d’antan, les hommes vont au combat, défendent la foi et exterminent les mécréants, tandis que les épouses, soumises, les attendent pour leur prodiguer des soins, des attentions et le repos du guerrier. Le reste de la gent féminine s’occupe de puériculture, de fantaisie, de petits rien et de casseroles, sauf à disposer d’esclaves car une telle représentation de l’humanité, assigne, à la servitude du noir, la logistique de pans entiers de l’existence en société. C’est ce monde trépassé mais imputrescible que Abu Hafs s’évertue à ressusciter et faire prospérer, au point de brandir, en guise de menace, le péril des armes et la suggestion de l’attentat. Le personnage n’en est à un coup d’essai. Depuis son retour d’Afghanistan en Mauritanie, ses déclarations et gestes perpétuent l’ambiguïté et laissent entrevoir la poursuite de ses desseins initiaux. Les autorités de la République, à rebours de leur prétention de dépositaires d’un l’Islam du juste milieu, compromettent ainsi le partenariat mondial de la paix et de la sécurité, face à l’extension du fanatisme.

Nos recommandations


Sur le fond, l’Ira-M, demande, aux gouvernement et élus, de bien vouloir prendre le temps de rediscuter l’énoncé, de l’expliquer aux gens, avec le scrupule de la clarté et du contradictoire, afin de recueillir un optimum d’amélioration ; de l’expérience résulterait, non pas un autre compromis mais le rehaussement de la morale universelle, au degré le moins contestable de la dignité et du respect dû à l’humain. Le verset 70 de la sourate 17 comporte, alors, un rappel profitable : « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam ». En l’état, le texte sacrifie trop aux pudeurs, tabous et embarras d’une écologie sociale dont l’environnement a disparu, de manière irréversible. Les dispositions manquent de cohérence et d’audace, comme si la femme devait toujours s’excuser d’être la victime. La légèreté des sanctions et des réparations de préjudices graves contrevient aux engagements extérieurs de la Mauritanie. A titre d’exemple, l’article 7 stipule : « le retrait de la plainte ou la conciliation entre les époux éteint l’action publique relative aux infractions à la présente loi ». Le pouvoir et la majorité de l’Opposition, du moment joue à la duplicité, souvent subjugués par le calcul électoraliste de court terme.
Soit nous appartenons au concert des nations, soit nous choisissons de reprendre et suivre, dès ses débuts, l’expérience liberticide du wahhabisme que bien des princes et de jurisconsultes d’Arabie saoudite n’osent plus assumer. Des historiens l’assimilent, désormais, à une barbarie. La Turquie, elle, s’obstine à préserver son modèle de laïcité. Dans la même urgence à libérer les consciences et lever l’hypothèque du terrorisme destructeur de l’esprit, figure l’article 306 du code pénal, lequel punit, de mort, des « crimes » immatériels, à l’inverse des brutalités conjugales et du viol. La Mauritanie a besoin de sortir du Moyen-Age. Plus elle tarde, davantage elle s’y enfonce.


Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, 12 mai 2020