✅COMMUNIQUÉ DE PRESSE : LE COLLECTIF FÉDÉRAL D’ASSOCIATIONS DE LA MOUVANCE ABOLITIONNISTE TRANSNATIONAL GANBANAAXUN FEDDE.

L’engagement abolitionniste et anti-esclavagiste (l’esclavage par ascendance chez les soninkés) sous le vocable GANBANAAXUN FEDDE avait été initié en 2010 avec la création de l’association ARMEPES- France ( Association des Ressortissants mauritaniens pour L’éradication de pratiques de l’esclavage et ses séquelles). Par la suite, le 5 octobre 2016, l’ancien secrétaire général d’Armepes, monsieur TRAORÉ GAYE TENE, devenu président depuis, créait le forum GANBANAAXUN FEDDE sur la plateforme Whatsapp pour enclencher la sensibilisation et la conscientisation. Ainsi ce forum connaît depuis un succès international à travers les communautés soninkés au sein desquelles les mentalités féodalo-esclavagistes sont très vivaces. D’innombrables entités virtuelles (groupes whatsapp et autres) se sont constituées avec ce label vocable GANBANAAXUN FEDDE pour mener l’engagement abolitionniste. À noter d’autres initiatives associatives dans nos pays d’origine et dans les diasporas soninkés, (Mali, Sénégal, Mauritanie et Gambie)

Au niveau associatif, en parallèle d’Armepes-France (l’association mère de GANBANAAXUN FEDDE), 2 associations aux objectifs similaires sont mises en place par des ressortissants maliens et sénégalais. Elles sont le RMFP (Aile GANBANA Mali) et l’ ASSEP ( Aile GANBANA Sénégal). Aujourd’hui ce sont ces 3 associations (ARMEPES, RMFP ET ASSEP) qui composent officiellement le collectif fédéral GANBANAAXUN FEDDE INTERNATIONAL.

Par ce communiqué commun, nous adressons à nos membres, sympathisants, à nos partenaires internationaux , aux organismes indépendants, et aux universitaires chercheurs intéressés par le sujet, ce message d’information et de clarification concernant la genèse et la légitimité de la mouvance abolitionniste et anti-esclavagiste GANBANAAXUN FEDDE.

🔹️Nos contacts :

~Téléphone : +33 6 46 61 66 22

~Émail : ganbana@hotmail.com

~Site internet : http://www.ganbanaaxufedde.com

~Page officielle Facebook : https://www.facebook.com/ARMEPES/

Paris, 22 janvier 2020

Signataires : ARMEPES, RMFP ET ASSEP (GANBANAAXUN FEDDE INTERNATIONAL)

IRA – MAURITANIE : COMMUNIQUÉ DE PRESSE

1. Tard en soirée du 13 janvier courant, Madame Mariem Aoufa, Directrice du département Amérique et Asie au ministère des affaires étrangères et de la coopération, publiait un avis de démission, sur son compte twitter ; l’avant-veille, elle y soutenait l’expulsion d’un Français, Jean-Marc Pelenc, chef d’une section, dans son pays, de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M) ; elle le qualifiait alors de « ce juif » et l’exposait ainsi au risque d’atteinte à l’intégrité physique, en lui imputant une relation – d’ailleurs fictive- avec le journal Charlie Hebdo, victime, en 2015, d’une tuerie terroriste, à Paris.
Par la même occasion, Madame Aoufa dit respecter peuples et religions, reconnait l’erreur et présente des excuses, aux personnes que son propos blesserait.

2. Ira Mauritanie prend acte de la contrition et salue le courage de l’auteur, dans un environnement mental où l’impunité et l’extrémisme religieux favorisent plutôt la banalisation du fait accompli. Un cas similaire mérite mention : à la fin de l’année 2019, le juge d’instruction du 1er cabinet près la Cour criminelle de Nouakchott Sud, Ethmane Ould Mohamed Mahmoud, renonçait à sa charge ; quelques semaines auparavant, en septembre, il livrait une mineure victime d’esclavage, à ses maitres et annulait leur détention, pourtant réclamée par le Parquet. Les deux évènements augurent d’une dynamique qualitative vers l’Etat de droit, malgré la sédimentation du passif et du déni, devant l’évidence de crimes aggravés de racisme.

4. En conséquence, l’Ira-M, Ong toujours interdite, félicite le gouvernement, sans doute vecteur d’un tel dénouement et l’encourage à une réforme, en profondeur, du personnel de l’Etat ; il importe d’y vérifier les diplômes, les aptitudes, le niveau de formation et surtout les causes indues de recrutement. Il n’est pas superflu de réaliser un tel audit, lequel implique la restauration du mérite, la fin des discriminations fondées sur l’ethnie et la langue, l’enseignement de la déontologie, du protocole et du savoir-vivre moderne. La composition des agents du ministère des affaires étrangères et de la coopération, en dépit de la diversité de leurs talents, témoigne d’inégalités et de privilèges, incompatibles avec les rudiments de la citoyenneté. Le grief n’épargne d’autres secteurs de la fonction publique mais il revêt, chez nos diplomates, un degré inouï d’injustice. Il appartient, au nouveau Président de la république, d’insuffler les réformes, jusqu’ici différées sous le prétexte de « laisser le temps au temps », la fameuse devise de la stagnation. Les nominations en Conseil des ministres attesteront du renouveau escompté ou l’infirmeront, assez vite.

5. Enfin, Ira-M, au nom de son ancrage universaliste, continue à diffuser et promouvoir les valeurs d’hospitalité, de tolérance et de xénophilie, gages d’unité de l’espèce humaine, envers et contre les passions de la supériorité et les démons du différentialisme. L’adhésion à une organisation de défense de la dignité de l’individu dépasse les obstacles de nationalité et de frontière.

Nouakchott – 14 Janvier 2020

©️ Crédit source : Réseaux IRA-MAURITANIE

Mauritanie/ Portrait : Biram Dah Abeid, l’homme qui a marqué la décennie 2008 – 2019, par Cheikh Aïdara.

S’il y a un acteur qui a marqué la scène politique et droit de l’hommiste en Mauritanie durant la décennie 2008-2019, c’est bien Birame Dah Abeid. Deux périodes peuvent être distinguées dans la vie de cet illustre personnage. Une période que certains qualifient de provocatrice et de radicale dans son combat contre l’esclavage qui va de 2008 à 2014, et la période suivante où son discours évolue compte tenu de son statut de présidentiable qui cherche à brasser plus large. Outre l’électorat haratine et négro-africain qui forme l’essentiel de son contingent politique, il aspire désormais à séduire l’électorat arabe.

Sa popularité dépasse les frontières de la Mauritanie et son aura en fait aujourd’hui le politique et l’activiste des droits de l’Homme qui a le plus marqué la décennie 2008-2019, en particulier l’année 2019. Son élection comme député à l’Assemblée Nationale à partir d’une cellule de prison en septembre 2018 et son arrivée en 2ème position aux élections présidentielles du 22 juin 2019, face à des ténors politiques, un ancien Premier ministre, une coalition de Halaybé et un leader historique, sans structure politique et sans soutiens financiers forts, constitue un exploit inédit. Il, c’est Birame Dah Abeid, président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), député à l’Assemblée nationale, deuxième sur les deux dernières élections présidentielles (2014 et 2019), et l’un des défenseurs des droits de l’homme le plus titré du continent.

En somme, la vie de Birame Dah Abeid ressemble à s’y méprendre à celle des grandes figures noires de l’Histoire contemporaine, à l’image de Martin Luther King, Malcom X, Nelson Mandela, pour ne citer que ces hommes aux destins si croisés et semés d’embûches. Des destins tissés autour de combats pour un idéal, l’égalité des races et la justice sociale, notamment en Mauritanie, pays traversé par des courants et des idéologies qui s’entrechoquent autour de questions aussi controversées que l’esclavage, le racisme d’Etat, l’exclusion des descendants d’esclaves et la stigmatisation de la composante négro-africaine, mais aussi la pauvreté et les injustes qui n’épargnent aucune communauté. Jamais homme n’a été aussi combattu, haï, voué aux gémonies, embastillé et pourchassé au cours de la dernière décennie. Jamais également acteur mauritanien n’a été aussi décoré et distingué sur les plus prestigieuses tribunes du monde, en Irlande, en Belgique, jusque dans l’hémicycle des Nations Unies.

Cependant, l’évolution de Birame Dah Abeid, peut-être scindée en deux grandes périodes, celle du défenseur des droits de l’homme qui passe par l’ultra-radicalité pour nourrir sa confrontation contre la société maure, ce qui lui vaudra plusieurs séjours en prison, et celle de la recherche du consensus et du rassemblement autour de questions non plus communautaristes, mais d’envergure nationale, pour nourrir de nouvelles ambitions politiques.

Birame, « l’impénitent provocateur》

Le combat premier de Birame Dah Abeid sera d’abord circonscrit dans son propre ensemble, celui de la communauté maure, où sa frange, celle des Haratines à laquelle il appartient, se sent oppressée, exploitée et oubliée dans le partage du pouvoir politique et des prébendes économiques. Les militants d’IRA commencent le combat par la revendication d’une nouvelle identité, l’identité Harratine, pour se démarquer de leurs tribus. Le tout servi par un discours jugé subversif et diviseur de l’ensemble maure.

Birame quitte SOS Esclaves, une organisation non gouvernementale qui combat l’esclavage et dans laquelle il militait. Son président, Boubacar Messaoud et les siens ne peuvent cependant être accusés de n’avoir pas servi loyalement et engagement la cause antiesclavagiste. Ils ont eu leur lot de brimades et d’emprisonnement, connue des succès et essuyé des échecs plus d’une décennie durant pour la défense de la cause, avant d’être officiellement reconnue en 2005, après la chute de Ould Taya.

Mais Birame trouvait sans doute que les moyens de lutte de SOS Esclaves étaient peu énergiques et molles à son goût. Il décide de fonder une organisation radicale au discours percutant. Le premier noyau dur est formé de quelques compagnons, de jeunes intellectuels révoltés par la situation des communautés noires, haratines et négro-africaiines, notamment Brahim Ould Ramdhane, Hamady Lehbouss, Ahmed Hamdy, Balla Touré et d’autres qui l’ont rejoint, persuadés que sans une secousse violente contre la muraille féodale, l’esclavage aura encore de beaux jours devant lui.

Une organisation ultra-radicale est née, l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA). L’objectif de ce mouvement, obliger les autorités à appliquer la feuille de route des Nations Unies et la loi 2O07-048 criminalisant l’esclavage qui venait d’être adoptée. Très vite, l’organisation prend de l’ampleur, plusieurs jeunes harratines et négro-africains, séduits par le discours rugueux et radical d’IRA s’engouffrent dans la brèche. Les discours d’IRA choquent par leur nature crue et provocatrice. Les militants traquent les cas d’esclavage, forcent la police à interpeller les suspects de pratiques esclavagistes, organisent des sit-in devant les commissariats de police pour éviter que les coupables ne soient mis en liberté in petto. SOS Esclaves et IRA exigent la révision de la loi 2007 et parviennent avec la pression internationale à faire adopter une loi plus répressive en 2015. Les peines sont doublées et la société civile peut désormais se porter partie civile.

Des dossiers commencent à défrayer la chronique. Janvier 2012, le cas d’esclavage à Aïn Farba.
En 2013, une autre affaire éclate à Atar. C’est «l’affaire Oùmoulkheiry Mint Yarba »..
La même année, c’est l’affaire Noura, 18 ans, cette fois à Boutilimit. Les militants d’IRA observeront le plus long sit-in dans l’histoire du mouvement devant la brigade de gendarmerie pour exiger la traduction en justice des présumés maîtres. Puis, sans résultat après plus de quinze jours de sit-in, ils organisent une marche de 150 kilomètres pour rejoindre Nouakchott et exprimer leur indignation face à l’impunité.
Plusieurs autres dossiers suivront, dont celui de Yarg et son frère. Le mouvement IRA jugé subversif par les autorités sera ainsi l’organisation la plus réprimée dans l’histoire des droits de l’homme en Mauritanie. Les sit-in d’IRA se terminent toujours par des séries d’arrestations, des charges policières, de plus en plus violentes, répressives et ciblées. Cela se termine souvent aux urgences des hôpitaux,..

En 2012, IRA engage un autre combat. Idéologique cette fois. C’est l’incinération des livres du rite malékite, considérés par le mouvement comme le fondement théologique de la perpétuation de l’esclavage en Mauritanie, «base de formation des administrateurs et des magistrats » soutient-on. L’incident créé un séisme et soulève un large débat, des marches de colère organisées, vite instrumentalisées. C’est la fin de Birame et de IRA, prédisent déjà la plupart des observateurs. Birame est arrêté et emprisonné avec quelques militants. Ils seront libérés quelques mois plus tard et le cortège triomphal de leurs admirateurs s’étire sur des kilomètres, de la prison civile de Nouakchott jusqu’à son domicile au P.K 9. Un rassemblement monstre, populaire, inédit, qui fait trembler des certitudes. La même année, Birame Dah Abeid reçoit deux prestigieux prix, le Front Line Award for Human Rights Defenders at Risk de l’ONG Irlandaise Front Line Defender et le Prix des Nations Unies pour les droits de l’Homme.

En 2014, sans parti politique qui soutient sa candidature, Birame décide de se lancer en politique et participe en indépendant à l’élection présidentielle boycottée par la Coordination de l’opposition démocratique. A la surprise générale, il rafle la deuxième place devant deux chefs de partis politiques. Aux lendemains du scrutin, Birame décide de se mettre dans la peau d’un homme politique et commence à changer de discours. Au cours d’une conférence de presse largement médiatisée, il prône la modération et l’ouverture, se dit prêt à un compromis social. Le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz semblait plutôt préférer un Birame ultra radical qu’un Birame pacifiste.

Il est arrêté en novembre 2014, en marge d’une caravane contre l’esclavage foncier qui avait sillonné la Vallée et à laquelle il n’avait même pas participé. Cette fois, Ould Abdel Aziz semblait vouloir en finir avec lui. Il est conduit à la prison d’Aleg, puis condamné le 15 janvier 2015 à 2 ans de prison fermes au cours d’un procès qu’il avait boycotté.

Birame, le présidentiable au discours rassembleur

Birame Dah Abeid, dans la peau du présidentiable qui se donne pour ambition de fédérer tous les Mauritaniens autour d’un projet politique, celui de l’après 2014, a enterré à quelques nuances près le Birame défenseur des droits de l’homme, celui dont le discours percutant avait longtemps catalysé les ressentiments et égratigné une Mauritanie qui ne voulait plus voir son image associée à celui du dernier «bastion négrier du monde»,. Birame ira plus loin. Il s’allie au parti arabe Baath, Sawab, l’ennemi numéro 1 de la communauté négro-africaine qui le rend responsable des épurations ethniques des années 89-91.

Le choix est d’autant plus dangereux que la plupart des militants d’IRA appartiennent à cette communauté dont la majeur parti l’avait rallié pour son courage, celui d’avoir porté en bandoulière leur cause, jusqu’à organiser les fameux pélerinages d’Inal, Wothié, Sory Mallé, ainsi que d’autres fausses communes dont aucun leader négro-africain n’avait osé foulé les pieds. Mieux, Birame, aux yeux de la jeunesse négro-africaine, est celui qui a le plus défendu leur cause parmi tous les ténors de l’opposition, y compris ceux de leur propre faction.

Cette alliance entre IRA et Sawab sera ainsi utilisée à fond par les adversaires politiques de Birame Dah Abeid, notamment certains leaders Halpulaars qui voyaient d’un mauvais œil son empiètement sur ce qu’ils considèrent être leur plate-bande électorale dans la Vallée.

Certains jeunes militants négro-africains au sein de la communauté halpulaar membres d’IRA vont plus loin. Ils trouvent que la Coalition du Vivre Ensemble (CVE) savait qu’elle n’avait aucune chance pour gagner la présidentielle du 22 juin 2019 et que son seul objectif était de barrer la route à Birame Dah Abeid. Mais de l’autre côté, certains militants de la CVE qui trouvent l’accusation de ridicules trouvent que les intérêts de Birame et des leaders de la Coalition étaient d’’autant plus divergents que ces derniers ne pouvaient aucunement s’allier à un candidat soutenu par un parti politique génocidaire, en l’occurrence le parti Sawab.

Ce qui est sûr, l’alliance IRA-Sawab, considérée par beaucoup d’observateurs comme un mariage de raison contre-nature, serait selon certains observateurs, une porte d’entrée qui allait permettre à Birame de s’ouvrir sur un électorat arabe, dont l’adhésion à son combat se résumait jusque-là à quelques individualités. A partir de là, le discours traditionnellement radical de Birame Dah Abeid va se muer en un discours politique, sorte de jeu d’équilibre où il cherchera à ménager la chèvre et le choux sans tomber toutefois dans la compromission, ni dans le déni de ses principes basés sur la lutte contre l’esclavage, les injustices sociales, l’exclusion.

Même après la proclamation des résultats controversés de l’élection présidentielle et les exactions qui les ont suivies, répressions et arrestation des militants, dont ceux d’IRA, Birame Dah Abeid, évite l’escalade et joue à l’apaisement. L’homme fougueux et impulsif des années de confrontation sur le terrain des droits de l’homme avait laissé la place à l’homme politique, calculateur et visionnaire, qui compte endosser un nouveau costume. Celui d’un futur Président de la République qui aspire à faire le consensus autour de sa personne plutôt qu’à jouer au leader d’un simple mouvement informel, fût-il l’un des plus emblématiques que la Mauritanie ait connu.

Cheikh Aïdara

©️ Crédit source : aidara.mondoblog.org

Mauritanie : Mort du combattant de la liberté, Cheikh Saad Bouh Kamara, à l’âge de 75 ans.

Durant toute sa vie, il a mis le doigt sur les maux de l’Afrique…Cheikh Saad Bouh Kamara est décédé ce lundi soir du 30 Décembre 2019, à Nouakchott. Retour sur le parcours d’un combattant de la liberté.

« Je ne fais pas que seulement décrire et observer, je réagis pour que les choses changent, en douceur et sans violence ». Cette phrase prononcée, sur la chaine panafricaine Africa24, en 2011, lors de la présentation de son livre « Afrique : Espérance », résumée à elle seule, la nature de l’homme, un militant des droits de l’Homme endurci.

Professeur émérite de sociologie, Cheikh Saad Bouh Kamara a porté aussi la casquette de consultant international en développement.

Une stature qui lui a permis d’être en surplomb sur les réalités des pays africains et de donner naissance à l’ouvrage « Afrique : Espérance », fruit de plus de 30 ans de recherches et d’enseignement de la sociologie en Afrique, couvrant des thèmes d’actualités socioéconomique, culturelle et politique.

Cheikh Saad Bouh Kamara, « l’ami des jeunes », a connu la prison, sous le règne du dictateur Mâouiya Ould Sid’Ahmed Taya, alors qu’il était président de l’association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH), dirigée aujourd’hui par l’illustre avocate, Mme Fatimata MBAYE.

Son combat pour la liberté et l’amélioration des droits de l’Homme en Mauritanie notamment sur la question de l’esclavage sera récompensé en 1998 par le Comité international de lutte contre l’esclavage d’Anti-Slavery International basé à Londres.

Le 31 octobre 2018, l’Ambassadeur de France en Mauritanie, M. Robert Moulié lui décernait, au nom de la République française, les insignes de Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur.

Sur toutes les questions, il était écouté. Même sur le plan politique où il prônait « des concessions réciproques dans l’intérêt de la démocratisation du pays ».

M. Kamara a été vice-président de la Fédération internationale des droits de l’homme, et président de la Commission électorale nationale indépendante de Mauritanie. « Il nous a fait découvrir Auguste Compte, Emile Durkheim, Max Weber et tant d’autres sociologues », témoigne un de ses anciens étudiants, à l’Université de Nouakchott.

Un témoin « des années terribles » s’est éteint à l’âge de 75 ans.

Par Babacar Baye NDIAYE

[Rédaction de Cridem, Décembre 2019]

©️ Crédit source : cridem.org

Le rôle essentiel des partis politiques n’est-il pas de participer à l’animation de la vie politique ou plutôt un intermédiaire entre le peuple et le gouvernement: Tentative de réflexion/ Dr. Sao Ousmane

« Un homme peut gravir l’Everest pour lui-même, mais au sommet, il plante le drapeau de son pays » Margaret Thatcher

Texte et contexte :

« On note depuis quelques années une certaine désillusion des citoyens envers les partis politiques, qu’ils ne considèrent plus forcément comme leurs meilleurs représentants et intermédiaires. Dans certains pays, les partis ont une fonction de direction. Ils ont pour objectif la conquête et l’exercice du pouvoir afin de mettre en œuvre la politique annoncée. Si dans les régimes pluralistes (où existent plusieurs partis) la conception traditionnelle est que le pouvoir exécutif est en charge de l’intérêt national indépendamment des partis, ceux-ci assurent bien la conduite de la politique nationale, par l’intermédiaire de leurs représentants au gouvernement et dans la majorité parlementaire. Ils légitiment et stabilisent le régime démocratique, en le faisant fonctionner. Animateurs du débat politique, ils contribuent aussi à structurer l’opinion publique. »Les participations à la vie de la cité, 30 juin 2006

Selon les analystes politiques,on distingue trois différents types de partis politiques :

1– Les partis dits « de cadre » nés au XIXème siècle, sont des partis de notables issus, dans un premier temps, de la bourgeoisie ou de l’aristocratie et se situent traditionnellement à droite ou au centre comme c’est le cas en France.

2– Les partis dits « de masse » nés au début du XXème siècle avec le développement du socialisme et du communisme, ont pour objectif la transformation de la société et la réalisation d’un ordre social nouveau. Pour cela, ils s’appuient sur une organisation structurée et hiérarchisée et sur un grand nombre d’adhérents, assurant ainsi leur autonomie financière et permettant l’encadrement des électeurs ;

3– Les partis d’électeurs, notion apparue dans les années 1960 et liée à l’approche américaine (système des primaires), sont caractérisés par la recherche du rassemblement du plus grand nombre possible de sympathisants, et s’attachent à la promotion d’objectifs consensuels.

Développement

Dans tous les pays du monde, les acteurs politiques sont représentés par les militants des partis politiques qui cherchent à conquérir le pouvoir. Les citoyens ancrés dans des organisations cherchent à influencer les politiques publiques et l’action du gouvernement dans le sens de leurs intérêts. Ainsi à côté des partis politiques, les organisations professionnelles, les organisations de la société civile, les institutions parlementaires et judiciaires, les Universités et l’Etat, chacun en ce qui le concerne, est un acteur unique ayant un rôle distinct et irremplaçable. La finalité de l’action publique et de la cohésion sociale est le bien-être individuel, social, économique et culturel. La démocratie n’est pas une fin en soi mais un moyen pour réaliser le bien-être et la dignité des êtres humains. Pour faire une démocratie réussie, il faut que les acteurs agissent en synergie, dans une clarté distinctive des rôles, avec sérénité, écoute et respect mutuel. La démocratie se construit à travers nos manières de penser, nos manières de parler, nos attitudes les uns vis-à-vis des autres, nos comportements et nos pratiques. Notre continent est à la croisée des chemins et vit des moments uniques de son histoire. Une nouvelle génération se cherchepour être aux affaires et dans l’opposition. Les batailles électorales s’annoncent rudes et deviennent de plus en plus prématurées. Malgré l’importance des enjeux actuels et futurs, nous avons tous la responsabilité d’œuvrer pour des débats apaisés sur l’orientation de nos politiques publiques, l’utilisation de l’argent public par une gouvernance transparente et démocratique et l’effectivité d’une démocratie administrative au service unique du bien-être du citoyen. (Anne Muxel2001).

En Afrique, malheureusement les acteurs de la pratique démocratique sont confus et nagent dans une absence quasi-totale de discernement. Notre pratique démocratique semble étourdie. Nous avons une permanence de la contestation dirigée par les partis politiques comme s’ils voulaient prolonger les batailles électorales perdues. Ce n’est pas leur rôle. Il n’est pas du ressort d’un parti politique d’organiser des marches et de les diriger. Leur vocation est de conquérir le pouvoir par la conception et la vulgarisation d’une nouvelle offre politique, sinon cela ressemble à une révolution. Les partis politiques doivent continuer à former leurs militants, se massifier et concevoir des programmes alternatifs pour la conquête du pouvoir. Leur action significative doit se construire autour des joutes électorales. La société civile doit être d’alerte ; elle doit cesser d’être une société civile d’anecdotes ; elle doit éviter de faire les batailles des partis politiques ; elle doit chercher, fouiller, interpeler le gouvernement et l’Assemblée Nationale lorsqu’elle sent une déviation dans l’action publique ; elle doit également informer les populations, faire le plaidoyer pour la prise en compte de questions émergentes et de nouveaux défis. La construction d’une grande démocratie nécessite une société civile informée, alerte, structurée, forte et mesurée.Le gouvernement doit aussi répondre et considérer les interpellations de la société civile et des citoyens.(Daniel-Louis Seiler, Ellipses, 2003), (David Hume, Essays, Moral, Political, and Literary., 1742)

Les partis politiques, crise de confiance ou désintérêt ?

Les partis politiques n’ont plus la cote. Et c’est un euphémisme au point qu’on évoque leur disparition un jour ou l’autre pour laisser la place à des mouvements plus participatifs. Nous constatons une dégénérescence presque programmée des structures partisanes et les militants désertent depuis des années ces partis traditionnels dans lesquels ils ne se reconnaissent plus. Il ya aujourd’hui une forte tendance au sein de la population mauritanienne pour considérer que ceux-ci ne comprennent pas les problèmes du pays. Ce sentiment est lié au fait que les notables qui les dirigent, refusent d’élargir tout processus de renouvellement et de réformes. Et cette absence de renouvellement entraîne la désaffection politique. Comme dans toute activité humaine, la non-concurrence et l’instauration de monopoles de situation finissent par étouffer toutes initiatives. (Georges Lavau, Armand Colin, 1953).

Des partis à l’ancienne

Ce sont ces partis à l’ancienne où des milliers de personnes encartées sont toujours convoquées à des réunions de fédérations, de sections, de cellules toutes les semaines pour satisfaire les caprices du chef. Aucune proposition, ni d’offre politique alternative sérieuse n’émane de ses réunions de comité. Ces pratiques finissent par lasser les militants politiques qui luttent en faveur du développement du pays. La politique reste pour eux un territoire où la souveraineté populaire et la citoyenneté ne sont que des illusions. L’absence de débat interne, de structuration, de propositions concrètes et de stratégies de gouvernance engendre une profonde fracture entre le monde politique et les citoyens. En même temps qu’une grande frustration de l’électorat.(Michel Offerlé, 2006)

Une défiance forte des citoyens vis-à-vis des responsables politiques

Face à cette situation, les citoyens aspirent de plus en plus à sortir de ce schéma traditionnel et à mettre en place des formes de démocraties directes ou participatives afin de reprendre en main leur destin. On voit ainsi émerger de nombreux mouvements qui entendent revitaliser la démocratie en remettant le citoyen au cœur du débat public. Le phénomène grandissant de ces nouvelles organisations témoigne d’une volonté de changement. Les mouvements politiques de citoyens sont aujourd’hui une réelle alternative pour une opposition éclairée, forte, lucide, imaginative et déterminée, contre la gouvernance actuelle du pays dans laquelle nos compatriotes sentent captifs.(Guillaume Bernard, Éric Duquesnoy, dir., PUF, 2007)

Le renouveau politique, un vaste chantier

Nos pays ont besoin d’un renouveau politique, une nouvelle force capable de dessiner un projet émancipateur, social et économique. Pour être légitime, les hommes politiques devront s’adresser, rassembler le plus grand nombre en acceptant l’hétérogénéité des cultures et en assurant une cohérence d’ensemble. Le renouveau politique appelle à un vaste chantier, celui d’un véritable « contrat démocratique ». Le potentiel existe dans notre pays dès lors que l’on sort de la politique électoraliste permanente qui bloque toutes les initiatives et interdit toute émancipation citoyenne. Surtout dans les pays comme la Mauritanie, l’économie nationale a d’énormes promesses favorables avec la découverte de pétrole et de gaz ; il est impératif avec cette découverte de revivifier le débat public afin d’associer toutes les forces vives du pays à la restauration d’un véritable Etat démocratique porteur d’ambitions et d’espoir. Dans ce contexte précis notre citoyenneté ne se définit pas uniquement d’un point de vue juridique par la possession de la nationalité et de ses droits civiques et politiques. Elle se définit aussi aujourd’hui comme une participation à la vie de la cité. Cependant, les citoyens n’ont aucun rôle obligatoire à jouer. En ce sens, le statut juridique de citoyen est un statut de liberté. Un citoyen peut choisir de participer (citoyen actif) ou non (citoyen passif) à la vie publique (Benjamin Constant, 1837). Chaque citoyen doit respecter les droits des autres qui sont identiques aux siens. Le terme de devoir peut aussi désigner une réalité plus morale qui doit guider le citoyen dans son comportement dans l’espace public. L’attitude des citoyens les uns envers les autres est primordiale pour rendre supportable la vie en société. La politesse, le respect, la capacité à venir en aide à une personne en difficulté sont des éléments capitaux pour une citoyenneté vécue au quotidien. Les manquements à ces règles élémentaires de vie en commun affaiblissent la notion de citoyenneté. Ensuite, les citoyens sont obligés de respecter les lois afin de permettre une vie en société organisée et d’éviter le développement de la loi « du plus fort ». On serait alors dans une situation anarchique, chacun agissant selon son bon plaisir, sans souci de la règle commune. L’obligation pour tous les citoyens de respecter les lois est la meilleure assurance que la liberté, les droits et la sécurité de chacun d’eux soient garantis de manière effective.

Dr Sao Ousmane : Président Cadre de Concertation et de Dialogue des mauritaniens de la Diaspora (CCDMD) ;

🔹️Bibliographie

Anne Muxel : L’expérience politique des jeunes Pôle Sud Année2001, Paris presse de science Po.

Guillaume Bernard, Éric Duquesnoy, dir., Les forces politiques françaises, Paris, PUF, 2007.

Michel Offerlé, Les partis politiques, Que sais-je no 2376, 5e édition, 2006.

Daniel-Louis Seiler, Les partis politiques, Paris, A. Colin, 1993.

Daniel-Louis Seiler, Les partis politiques en Occident : sociologie historique du phénomène partisan, Paris, Ellipses, 2003.

Maurice Duverger, Les partis politiques, 1951, Paris, Armand Colin.

Georges Lavau, Partis politiques et réalités sociales : Contribution à une étude réaliste des partis politiques, Paris, Armand Colin, 1953.

Philippe Raynaud et Stéphane Rials, Dictionnaire de philosophie politique, PUF, coll. « Quadrige dicos poche », 2003, 928 p. (ISBN 213052947X).

Henri Saint Jean Bolingbroke, Dissertation upon parties, 1775

Bernard Cottret et Marie-Madeleine Martinet, Partis et factions dans l’Angleterre du premier XVIIIe siècle, Presses Paris Sorbonne, 1991, 179 p. (ISBN 2904315926).

Benjamin Constant, Cours de politique constitutionnelle, Société belge de librairie, 1837, p. 202 David Hume, Essays, Moral, Political, and Literary, Liberty Fund, Inc., 1742

©️ Crédit source : Reçu de l’auteur via Mail

Un conservatisme soninké entêté contre tout progressisme : les victimes en souffrent, par Silly Ismael Korréra

Silly Ismail Korrera – Le conservatisme est une philosophie politique qui est en faveur des valeurs traditionnelles et qui s’oppose à tout progressisme.

Pour les conservateurs l’ordre social établi est indépendant de la volonté humaine. Le conservatisme favorise la dépendance. L’individu a besoin d’indépendance pour jouir d’une entière autonomie vis-à-vis de quelqu’un ou de quelque chose. La stratification sociale soninké s’oppose à cette indépendance des individus.

Toute ambition nourrit par les castes inférieures doit s’attendre à la résistance de la chefferie traditionnelle et religieuse souvent en connivence avec les élites politiques.

Devenir ou souvent même penser à devenir imam, élu politique pose un problème dans ces organisations. Penser à devenir chef de village ou même poser la question d’une probable possibilité est considérée comme étant un crime qui peut être source de lourdes peines. Interdiction d’accès aux fontaines publiques d’eau, embargo interdisant au commerçant de vendre à cette personne, exclusion physique de la cité.

Il s’agit ici d’organisations sociales dont les mentalités sont empoisonnées par des imaginaires collectives et des clichées sociales.

Des familles entières privées de responsabilités parce qu’elles sont descendants d’esclave, griots, forgerons, etc. Des personnes réduites à l’esclavage dans ce village soninké, le seul crime, parce qu’elles ont immigré dans ces villages à la quête d’une vie meilleure et se retrouvent en esclavage à un moment de leur l’histoire.

Dans ces espaces villageois, des citoyens mauritaniens à part entière qui ne jouissent pas de droits fondamentaux (accès à la propriété sous contrainte d’acceptation des coutumes, ne pouvant participer à la vie du village, aux décisions…). Un citoyen a des droits et des devoirs. Ce système traditionnel met en cause la situation. Parce que les victimes de l’esclavage ont des devoirs mais n’ont pas des droits. Ce qui nous amène à mettre en cause qu’il y a forcement une complicité de l’état mauritanien.

Il n’existe que l’humain. À ce que nous sachons les humains sont égaux en droit et devoir c’est une règle d’or pour le maintien du lien social et la cohésion sociale. Il faut bannir ce système abject, honteux et arriéré. Tout silence face à ce système devient complicité. Raisonner pour laisser entendre que c’était ainsi depuis nos ancêtres et pour changer, il faut du temps. Nous savons qu’il faut du temps mais à un moment il faut un démarrage et combattre toutes les mentalités qui pensent encore avoir des droits sur des êtres humains. Cette pratique est un crime et le crime doit être sanctionné.

Silly Ismail Korrera, informaticien, membre d’IRA

Ressortissant de Guidimaka (Ajar)

©️ Crédit source : http://www.cridem.org ( http://cridem.org/C_Info.php?article=730243)

✅Revoir nos coutumes : À nous de FAIRE ou on nous fera FAIRE

Un speech de Maître Ahmed Salem O. Bouhoubeïni , le président de la CNDH (commission nationale des droits de l’homme). Le 4/12/19 , il était de passage au Guidimagha (Sélibaby) avec sa délégation.

Il réaffirme clairement que l’esclavage sous toutes ses manifestations est une page à tourner en Mauritanie.

On peut saisir dans son discours, qu’il insiste sur l’égalité citoyenne entre tous les mauritaniens.

En gros tout ce qu’on prêchait et prêche toujours auprès de certains adeptes d’un communautarisme archaïque qui défie l’ordre citoyen pour maintenir et défendre un régime coutumier foncièrement discriminatoire et ségrégationniste. Cet ancien ordre féodalo-esclavagiste qui sanctifie certaines inégalités entre les composantes sociales d’une même communauté. Des mentalités qui s’accrochent à un monde révolu et passéiste, risquent de rater plusieurs trains du présent et par la suite indexées d’une manière non-enviable. Et surtout nous devons cesser de croire que nos localités villageoises se trouveraient dans des îlots de principautés ou même de royaumes imaginaires enclavés dans l’état central républicain.

Il est temps, ENTENDRE ET S’ENTENDRE MIEUX pour rester « NOUS » autrement en COMMUNAUTÉ.

#Mauritanie #CNDH #Guidimagha #esclavage_coutumier #soninké #soninkara #féodalité

KS