ET L’HISTOIRE SE RÉPÈTE ! L’ESCLAVAGE RENAÎT EN LIBYE… par Mouemine C. Ibrahima DIALLO


Quelque soit l’animosité qu’un être humain puisse nourrir à l’égard de son prochain, elle ne doit pas le mener à lui souhaiter de vivre la condition d’esclave ou lui faire subir l’esclavage. 

Même pour se venger de lui, le réduire à l’esclavage ne devrait pas être une option.  
Les images des migrants subsahariens que la planète entière découvre médusée, éberluée voire même pétrifiée, sur la toile, sont affligeantes. Les âmes sensibles vivent à cet instant une tristesse indescriptible dont les mots manquent pour la qualifier et en rendre compte. 
Mais comme l’on dit souvent, à quelque chose, malheur est bon, je pense personnellement que cette scène stupéfiante et surréaliste pourra peut-être servir d’électrochoc et réveiller certaines consciences de leur sommeil allongé et devenues par la même insensibles au malheur et à la détresse de l’autre, son prochain, son frère, bref à la détresse humaine. Ils nourriront certainement une sorte de remord devant cette réalité sordide.
Pourtant, jusque-là, nous pensions que la période où l’homme était un prédateur pour son prochain était révolue et loin derrière nous. Du moins, qu’il ne restait de l’esclavage, cette pratique humiliante et dégradante qui a traversé l’histoire, que les séquelles dont se plaisent encore à entretenir certaines communautés minoritaires, en rabaissant une de leurs composantes au nom d’une organisation coutumière presque sacralisée. 
Lorsque ceux qui subissent cette triste et abjecte condition s’insurgent et exigent leur réhabilitation dans leurs droits les plus élémentaires, en réclamant au nom de la justice et de la parité entre les enfants d’une même contrée, s’exprimant avec la même langue et ayant partagé à travers l’histoire un récit commun, des voix discordantes et nostalgiques d’un passé truffé de pratiques barbares, s’élèvent pour s’opposer à ceux qui réclament les mêmes droits, les mêmes devoirs, les mêmes chances et les mêmes opportunités qu’eux, au nom d’une certaine idée de la justice sociale, en les traitant de fauteurs de troubles, de séditieux et autres sobriquets du genre.

Aujourd’hui, l’histoire se répète en Libye.  
Imaginons ou posons nous la question un instant, ce que diraient ou feraient ces gens nostalgiques, se considérant, à tort bien sûr, comme les gardiens de la tradition, si cette traite humaine que nous observons actuellement en Libye sévissait cette fois-ci dans leur contrée et au sein de leur propre rang.  
Je pense sans aucun doute, que ces récalcitrants à toute idée de rénovation de notre style traditionnel de vie et tous ceux qui sont imbibés d’esprit de fraternité seront tous d’accord qu’il faut remuer ciel et terre pour mettre fin à cette situation rocambolesque et extirper ce mal, cette pratique honteuse et inhumaine des entrailles de la société des hommes et pour cela, ils s’allieront même au diable, si dernier leur pourrait être d’une utilité quelconque.

Cette réaction, somme toute naturelle, nous amène à cette interrogation légitime : « pourquoi donc, des êtres libres et nobles à leur naissance et qui par la conjonction de circonstances et d’aléas de la vie se sont retrouvés à un moment de leur histoire, privés de leur liberté initiale, devraient-ils à tout jamais, comme l’imaginent certains abrutis de notre communauté, continuer à accepter cette condition ou ce statut inhumain, ce triste sort que leurs arrières grands parents ont dû vivre malgré eux ; une pratique abominable prohibée par toutes les lois humaines, car détestée du Seigneur de la miséricorde ?.
La situation en Libye montre à l’évidence que nul n’est à l’abri des aléas de la vie et de l’injustice des hommes. Chaque individu doit en conséquence comprendre que le malheur résultant des idées néfastes et des agissements injustes peut toucher tout le monde et l’attitude raisonnable et intelligente consiste à assister et à épauler son prochain, son frère en religion ou en humanité par l’amour et la compassion, en d’autres termes, en faisant preuve d’empathie. 

C’est pourquoi, nous remarquons aujourd’hui, à travers le drame des migrants en Libye, dans le monde entier, des mouvements de masse qui protestent contre ceux qui bafouent les droits de leurs frères et appellent à l’arrêt des injustices et à l’édification d’une société humaine plus juste et plus solidaire.

C’est tout le sens de la lutte du mouvement « Ganbanaaxu » ou « Ganbanaaxu féddé ». Tout esprit épris de justice et exempt d’orgueil peut désormais comprendre le sens de ce combat pour l’égalité, la fraternité et l’effectivité des valeurs humaines universelles dans la société soninké. Ainsi, j’en appelle à la conscience de chacune et chacun et à cette fibre humaine qui nous lie tous, de refuser cette hiérarchisation de notre société qui élève les uns et rabaissent les autres. La « castologie », si on me permet le néologisme ne peut pas être acceptable à notre époque. Il s’agit en effet d’une discrimination intolérable, un mur artificiel qu’il faut démolir pour unir nos rangs. Il est donc nécessaire et urgent aujourd’hui de lutter et d’éliminer tous les clivages insensés afin d’harmonier et de pacifier nos relations. Pour le mouvement 

« Ganbanaaxu féddé », c’est l’idéal à atteindre, c’est-a-dire l’unité qui raffermit pour braver ou contourner toutes les embuches. Il s’agit en définitive de la voie de notre salut à tous.

Mouemine C. Ibrahima DIALLO
Crédit source: Mail de l’auteur. 

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Mauritanie: ils disent vouloir venger par la mort l’honneur de notre prophète (psl), on a droit de douter de leur sincérité!


Dans ce même pays, ces dernières années, nous avons vu un explemaire du saint Coran profané dans les toilettes d’une mosquée lors d’une tentative de manipulation. Et aussi, nous avons  eu accès à des images ahurissantes d’un petit groupe qui sabotait et faisait de la dérision lors de l’office d’une prière. Pourquoi les auteurs de ces actes clairement et profondément  attentatoires aux valeurs religieuses et spirituelles, ne sont pas lâchés à la vindicte populaire comme l’est aujourd’hui le jeune blogueur?

Les acharnés de la rue qui réclament la mise à  mort de Mr Mkheitir (le petit forgeron), sont l’expression d’un ordre sociétal dans lequel les hommes ne se valent pas. Aujourd’hui certains s’en veulent au blogueur (maaleem) non à cause de ses écrits douteux et historiquement discutables sur l’Envoyé de DIEU , mais plutôt ils le considèrent comme un élément de moindre valeur sociale qui a osé défier leur ordre de domination. Il s’est interrogé et voulait secouer les consciences conditionnées de sa caste sociale d’appartenance. L’imbrication orientée et faite entre le référent religieux et le sociétal dominateur  dans nos communautés, mène à terme au Grand DÉVOILEMENT  de nos vraies intentions aux soins hypocrite, de notre foi douteuse et de l’instrumentalisation évidente du fait religieux. Chez nous , par la logique bien ancrée de grandes, moyennes ou petites familles, l’individu est atteint ou protégé selon l’influence sociale et sociétale de son groupe. Et si seulement on pouvait laisser en Paix éternelle notre prophète (psl) aux sublimes caractères qui aurait désavoué la masse hystérique qui prêche le sang de notre frère en RELIGION et en HUMANITÉ ,  Mr Mkheitir. L’agenda du socialement « correct et sain » et du politiquement exploitable, qui s’affiche bruyamment autour de cette affaire , défend D’AUTRES CHOSES que la mémoire du Prophète  (psl) . Et ça, il faut le dire et redire pour soigner nos petites consciences peu atteintes par le même conditionnement hérité de nos cadres de référence sociétale.

KS

Guidimakha-Mauritanie : L’organisation sociale et hiérarchie des castes en milieu soninké 

Tout le monde se demande souvent pourquoi la stratification de la société soninké reste inchangeable. Mon hypothèse d’apprenti Anthropologue  est que l’organisation sociale en milieu soninké conditionne les comportements héréditaires et patronymiques. En effet, cette influence est spécialement marquée dans la vallée du fleuve Sénégal, particulièrement dans le milieu soninké, où il existe une hiérarchisation ou une division des castes. L’organisation sociale dans le milieu soninké peut s’analyser suivant deux lignes principales, d’une part une stratification horizontale en castes définies par des critères de professions ou de conditions de vie, d’autre part, par un système formaté à base de parenté lié à la génétique, c’est-à-dire du père au fils, comme le droit de successions. Cependant, cette communauté/ethnie  est cloisonnée de la hiérarchie sociale : on nait noble, griot, forgeron ou esclave. Toute la fabrication de cette communauté/ethnie soninké est basée sur  les diverses strates apparemment désunies en castes. Leur rapport et mode de vie, leur façon de vivre et leur organisation sociale et culturelle, depuis la nuit du temps sont calqués sur cette différenciation, avec une échelle sur laquelle le groupe A et le groupe B, la seule chose qui les lie, c’est le modèle de vie traditionnel (Ladanous) pas plus que ça.  Par ailleurs, au niveau du village Soninké, tous les groupements sociaux se retrouvent d’une façon inégalement caractérisée comme tels : au ménage correspond la case, à un certain type de groupement familial correspond la concession ; de même qu’il existe plus ou moins séparés des quartiers, esclaves, nobles, d’artisans…

La typologie des Castes ou la hiérarchisation de la communauté soninké :

Les critères permettant de définir les castes sont classiques : chaque individu de par sa naissance même appartient à telle ou telle caste qui est celle dont fait déjà partie son père. Le mariage se fait à l’intérieur de la caste. Cette endogamie de caste ne comporte que quelque exception entre certaines castes d’artisans ; l’appartenance à une caste est liée traditionnellement à une certaine spécialisation professionnelle dont la caste a un quasi-monopole (par exemple le travail de métaux, travail de cuir…). En effet, dans  la communauté soninké, l’élevage et  l’agriculture ne sont pas des activités castées, c’est-à-dire qu’elles sont pratiquées par tous, quelle que soit la caste. Les castes peuvent être classées suivant leur hiérarchie au sein de la société soninké. Nous nous essayons de les résumer en trois grandes catégories sans revenir sur les détails.

  1. En premier lieu, sans contestation possible viennent les Horos (singulier horé) qui forment une sorte de caste noble, composée en principe par les lettrés et les propagateurs de l’islam(les Imams). Cette caste est composée des (Debegoumous, Modinous, Mangous…), qui se marie entre eux et  détient tout le pouvoir décisionnaire du village quel qu’il soit dans la région de Guidimakha, sans associer les autres sages et les autres honorabilités des autres castes du village ; elle règne sans partage depuis la fin de l’empire du Ghana, vers le 10 et 11ème siècle. Elle était la classe dominante pendant très longtemps en termes de savoir et de richesses.  A l’ère d’aujourd’hui, les tendances ont changé, on trouve dans chaque caste des savants religieux, des intellectuels modernes et des grands patrons. Mais l’ordre établi depuis des siècles reste toujours plus ou moins inchangé. Le changement est en cours avec l’arrivée de la nouvelle génération consciente et sage, mais aussi avec l’évolution de la société, car le monde est devenu un village planétaire. Oui, certaines mentalités commencent à bouger  dans tous les côtés.

  1. Ensuite, viennent les castes proprement artisanales (les Gnakhamalanous), singulier Gnakhamala, que moi, je  préfère les regrouper dans la même enseigne : Ce sont les forgerons, griots, les pécheurs, les tisserands et les bijoutiers ; spécialisés dans le travail des métaux, du coton, du cuir, de la musique, du pirogue, du bois…Cette caste se marie aussi entre eux, selon la tradition soninké. En quelque sorte la caste Gnakhamalamous, est plus proche de la première caste horos. Les gnakhamalanous, sont souvent considérés comme des portes paroles de la première caste. Et, exceptionnellement ils se marient avec eux, mais avec un très grand embarras et dans certaines circonstances de la vie communautaire. Traditionnellement, dans le milieu soninké, les Gnakhamalanous, sont aussi appelés des agents diplomatiques, qui sont censés de régler les conflits amiablement au sein de la communauté soninké grâce à leur monopole du verbe soninké. Mais avec l’évolution de la société, cette fonction est désormais  pratiquée par n’importe quelle personne douée des raisons, des sagesses et des qualités humaines. Cette caste, si j’ose dire est le trait d’union entre la caste horos et celle des Komos.  

  2. Au niveau le plus bas de la pyramide sociale soninké, on trouve les esclaves, les Komos (singulier Komé). Traditionnellement, ce sont de serviteurs, attachés chacun à un maitre bien déterminé et qui sont transmis par héritage absolument comme les biens meubles, les troupeaux et les champs. Ces esclaves, sont transmis de père maitre au fils sans condition. Cette caste est le dernier échelon de l’échelle sociale soninké, caractérisé par son patronyme, son travail de servitude auprès de leur maitre. Les esclaves, à leur tour sont condamnés de se marier entre eux et généralement on les retrouve tous regrouper dans un quartier (comokani) au sein du village. Jadis, l’esclaves ou descendant d’esclave n’avait pas droit à la parole aux réunions du village encore moins pas un mot seul pour la gestion des affaires communautaires. Ils sont fixés à leur statut Komé, quelle que soit leur intelligence, leur sagesse et leur honorabilité. Ils sont nés komos et vont mourir komos, selon la philosophie soninké. Ce sont d’exécuteurs des ordres venants de la première caste. Par ailleurs, encore une fois, avec l’émancipation de la société et l’arrivée d’une nouvelle génération (descendants d’esclaves) efficiente, les choses changent lentement mais surement. Mais pas une chose aisée de changer les mentalités dans un milieu comme celui de soninkara. Une communauté communautariste et inegalitaire.

En effet, cette hiérarchie  sociale soninké, on la retrouve chez toutes les communautés humaines, en Europe  en Asie, aux Etats-Unis et en Afrique. En revanche, en occident ce modèle de société est complément révolu, car non seulement c’est une violation de droits humains, mais aussi c’est un système  qui  freine  le progrès humain. Il a fallu attendre la révolution française de 1789, pour passer la monarchie à la République. Avec la déclaration française de droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la déclaration universelle de droits de l’homme du 10 décembre 1945, les citoyens sont tous nés égaux en droit et en devoir. En effet, cette stratification sociale est certainement présente dans la société africaine et presque dans toutes les communautés. Par exemple chez les toucouleurs, en premier lieu viennent les torobés (Torodo), ensuite les rimbés (Dimo) ainsi de suite. Chez la société maure, viennent en premier lieu, les guerriers, ensuite les marabouts, ensuite les tributaires etc…

Cependant, dans la société soninké, ce formatage de mentalités est  lié automatiquement au patronyme de chacun de ses membres. C’est  un phénomène génétique, c’est-à-dire héréditaire (du père au fils…). Les Soninkos sont tous de musulmans à ma connaissance, jusqu’à nos jours je n’ai pas encore rencontré un soninké juif ou chrétien. Ils prient tous pour le même Dieu (Allah), ils partagent le même livre saint (Coran) et le même prophète (Mohamed PSL).  Mais ils interdisent le mariage entre eux pour des   raisons sordides, patronymiques et des positions sociales rétrogradées qui sont contraire au Coran et aux préceptes religieux.  Dieu  n’a-t-il pas dit dans le Coran : « Vous êtes tous crées à partir de Adam ; et Adam a été créé à partir de la terre. Le meilleur d’entre vous, est celui ou celle qui craint de plus en Allah  ». En revanche, les Soninkos, eux, ils restent figer dans leur code culturel, qui est contraire au livre saint d’Allah et la Sunna du Prophète Mohamed en termes de l’union entre deux musulmans, entre autres. Le caractère féodal de cette société, très hiérarchisée ne fait aucun doute. Parmi les chefs qui commandent, certains, très turbulents, cherchent à gagner ou à conserver une hégémonie sur les autres. L’Homme est socialement  une invention, il est ce qu’il mange, ce qu’il voit et ce qu’il croit. On ne peut pas en vouloir  à l’Homme d’être Homme.

Ce faisant, Hobbes disait que : « L’homme est un loup pour l’homme ». Tout pouvoir humain est établi en faveur de ceux qui gouvernent. Donc l’espèce humaine est divisée en troupeaux de bétail dont chacun a son chef qui le garde pour le dévorer. Le système des castes est un frein pour l’unité de la communauté, il faut le dire haut et fort. Il est  le moteur  de division entre les peuples d’une même nation, d’une même communauté et d’une même ethnie. C’est un frein/obstacle pour le développement économique et  social de cette communauté. Ce système met  en cause tout progrès social et humain des êtres vivant en société. Nous proposons à cette belle communauté de revenir à la raison. La raison d’Allah (Coran) et de Mouhammed (Souna). Il faut que cette communauté matérialise la Sahadaa et pratique la science religieuse comme le prophète l’a déjà faite. Et qu’elle arrête de mettre partout en avant les mauvaises coutumes et traditions qui sont contraires à l’islam. Dernier point très important, c’est de miser beaucoup plus sur l’éducation, surtout l’éducation et rien que l’éducation de nos enfants. Du coté médical, il faudrait, une seule et unique prescription de la part d’un médecin  pour toutes les castes afin de pouvoir diagnostiquer la pathologie. A quand le changement social  en milieu soninké du 21ème siècle ? Et quel serait la première invention de cette communauté soninké ? Un Aphone 11 ?  Un satellite ? Ou encore un véhicule volant ?





BA – Boubou

Doctorant – chercheur à Paris

Membre de l’Association Française de l’Histoire du Droit à Paris (AFHD)

Fondateur de l’association AECJRM en France

Militant de droits humains

​Quelle valeur comptons nous attribuer à l’esclavagisme statutaire dans la vie sociale soninkée en 2017 ?

Non , je n’exagère pas, aujourd’hui certains milieux dans la communauté soninkée veulent célébrer et primer celui qui se dit Komé (esclave) dans une insouciance puérile et étrange. La stratification sociale soninkée qui assigne hermétiquement les différentes entités sociétales, est régie par un certain ordre régalien qui allie féodalisme et esclavagisme statutaire. Ce type de régulation de la cité soninkée représente une fierté transcendant le Temps et l’Espace selon un imaginaire collectif perçu comme légendaire et immuable pour certains. Dans cet imaginaire collectif, on y a construit et promu  la conscience de l’esclavagisme statutaire. Ainsi la caste sociale esclave reléguée au bas de la pyramide sociale s’est vue attribuer une certaine valorisation foncièrement inhibitrice. Aujourd’hui nous pouvons recueillir des témoignages qui décrivent les mentalités conditionnées parmi les esclaves d’hier. Par exemple certains sous l’ordre féodalo-esclavagiste de leurs maîtres, faisaient durement la police sur leurs semblables de statut. On rapporte même que certains esclaves sous couvert  pouvaient se substituer à leurs maîtres qui commettaient certains actes déshonorants au sein de la communauté. Ce conditionnement de l’esclave dompté relève d’un certain génie porté par une tromperie évidente qui biaise la notion de la DIGNITÉ INTRINSÈQUE propre à L’HOMME. L’homme esclave statutaire soninké ne croyait qu’à une dignité très relative humainement et ne percevait la notion du BIEN qu’à partir d’une compréhension exclusive et étroite  de son maître représentant un pilier de la norme sociétale en vigueur. Aujourd’hui ce régime jadis très structuré et efficace pour la domination esclavagiste, s’est muté en rapports sociétaux entre les descendants d’anciens maîtres et ceux d’anciens esclaves. C’est le lien social appelé LADALAMAXU par lequel l’esclave statutaire accepte et s’accepte explicitement  comme faisant partie de l’héritage symbolique d’une famille féodale bien identifiée. C’est ainsi que la « personnalité esclave » se forme à travers  des rapports sociétaux qui structurent un certain VIVRE SONINKÉ. La « personnalité esclave » est valorisée au sein du système des castes par l’accomplissement de certaines fonctions sociales pourtant  peu enviables au fond. L’appellation Komé est aussi très connotée d’une manière péjorative dans le discours commun soninké. Tout ce qui peut être peu réfléchi, brut, léger, distordu, sans réserve et peu prévenant sur le plan comportemental serait le propre du Komé. Un type de bonne naissance dirait ouvertement à son enfant qui agit mal ; même un Komé ne ferait pas cela ou ceci. En dépit de cette figure mesquine et peu reluisante qu’incarne le Komé idéalisé, on voudrait lui attribuer une autre « facette honorable » au nom d’un certain utilitarisme sociétal. En effet lors des certaines cérémonies coutumières, la présence remarquée des komos fait partie d’un mouvement d’ensemble organisationnel qui donne sens. Ainsi le Komé n’est plus connoté comme le brut mais le digne héritier qui assume fièrement son statut d’assigné esclave. Il fait volontiers  de cette assignation sociétale une source d’amitiés circonstancielles, d’honneur superficiel et des petits soins très intéressés. Cet élément esclave statutaire qui s’affiche est très prisé par certains milieux de la société qui sont étrangement nostalgiques d’une noblesse paraissant conditionnée nécessairement  à l’entretien d’un subalterne. 
Ce qui est frappant et interpelle tout observateur attentionné, c’est d’entendre certaines voix dire que l’état d’esclave (komaxu) est une affaire de comportements malsains mais dans un autre registre elles veulent  louer et célébrer le mérite social de celui qui se proclame esclave statutaire. Pire,  ce paradoxe s’amplifie même quand ceux qui refusent l’appellation connotée ou l’assignation statutaire, sont considérés comme d’éléments nuisibles à la supposée bonne tenue de la communauté. Par les temps qui courent, la tendance balance vers une reconsidération du langage commun autour de ce mot Komé très diversement SENSÉ selon les occurrences. Se proclamer esclave statutaire aujourd’hui doit choquer toutes les consciences progressistes dans nos communautés. L’esclavagisme pratiqué comme par statut social ne peut être assimilé à une quelconque valeur sociale pour une société éveillée et digne ayant une haute idée philosophique de l’Humain. Certains parmi nous doivent apprendre à s’intéresser davantage à la valeur de l’HOMME en tant qu’Être DIGNE par essence au lieu de spéculer hâtivement par des constructions sociétales qui pourrissent nos mentalités. L’engagement pacifique abolitionniste dans les communautés soninkées, se doit d’être imaginatif afin de convaincre les masses populaires qu’il n’y a pas pire perturbateurs dans la société soninkée que celui (personnalité esclave) qui s’assigne comme esclave statutaire et celui (esclavagiste mental) qui assigne l’autre comme esclave. D’un élan sincère de sensibilisation et d’éveil, on y arrivera TOUS inshAllah. 

KS

​La société sans jeunesse


L’on se demande souvent pourquoi les vents du changement si bavards sous d’autres cieux sont muets en Mauritanie. Mon hypothèse d’apprenti sociologue est que la frange du peuple par laquelle arrivent les changements est absente chez nous. Nous sommes une société sans jeunesse ! Car le propre d’une jeunesse est d’être dans la subversion et dans la contestation de l’ordre établi. Non pas seulement la contestation de l’ordre politique d’ailleurs, mais aussi celle de l’ordre social et moral. Et c’est cette dimension de la subversion qui rend la jeunesse poreuse aux idées nouvelles et à l’envie de renverser la table des valeurs dans une société. Or nos jeunes à nous, ont asséché toutes les utopies qui auraient pu faire le lit de leur insouciance. Ils sont trop « réalistes » pour porter un quelconque changement, à fortiori pour  taquiner l’emphatique expression du « Grand soir ». 

Le rapport de la plus part des jeunes leaders d’opinions mauritaniens à la chose publique est souvent une pâle copie de celui que les plus vieux entretiennent avec celle-ci. D’ailleurs leur rapport à ces anciens eux-mêmes est davantage un rapport de mimétisme qu’un rapport de contestation. Ils parlent comme eux, rêvent comme eux, et les singent jusque dans leur rapacité. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la plus part de ceux que nous nous entêtons à appeler « jeunes » ont la trentaine largement entamée, voire caressent l’horizon de la quarantaine. Ceci explique peut-être cela… Ils sont souvent eux-mêmes déjà pères ou mères de familles, pris jusqu’au cou dans les préoccupations des plus anciens que leur supposé esprit de subversion aurait pourtant dû bousculer.

 A défaut de pouvoir le faire, les voilà qui vieillissent dans les éléments de langage. Entendez-les discourir et vous vous trouvez trop immatures. Trop impertinents ! Que contestent-ils dans notre société à part ce qui est politiquement correct de contester ? C’est à croire que l’ordre social et surtout moral, pourtant lourd d’une pudibonderie ronflante à vous ennuyer un moine, leur convient à merveille. D’où la fanatisation rampante des esprits qui caractérisent de plus en plus la société mauritanienne. Comme il n’y a aucun courant de jeunesse pour servir d’anticorps social à l’obscurantisme, les interprétations les plus burlesques de notre texte sacré par exemple, trouvent facilement échos dans notre société. Qui pour oser une quelconque remise en cause même des prédications les plus fantaisistes ? Personne ! Car la jeunesse chez qui en principe l’esprit critique et la curiosité auraient du conduire à rechercher des hypothèses alternatives est hélas trop préoccupée à être convenable…


Il reste à espérer que notre lumineux système éducatif nous prépare des générations plus porteuses d’espoir. Osons le rêve!





Source crédit: Post Facebook Bocar Oumar Ba

​Libérer l’IslamLibérer les femmes (3) : déminer le Coran   Par Ousmane TIMERA 

Le chemin est miné. La contre-révélation a semé partout des mines antihumaines. Il faut une pensée qui démine le présent pris au piège par les déviances du passé ; une vision qui plante l’avenir d’un renouveau planétaire. Afin que le Livre et ce qu’il proclame d’égalité intrinsèque entre les humains, entre femmes et hommes, puisse retrouver sa voie dans les consciences. 

C’est que les signes (âyat) furent transformés en versets et sa clarté devint obscure. Le détournement du sens put alors battre son plein.

 

Rien dans le Coran ne peut aller à l’encontre de la dignité humaine et de l’égalité qu’il fonde. C’est un fait.  Sauf si bien sûr on fragmente son propos, pour insérer ses morceaux dans une vision tout autre, notamment patriarcale, où l’ordre établi injuste (le contexte comme ils disent) devient l’ordre de toujours qui s’impose, même à Dieu. Il nous faut donc libérer ces passages du Livre généreux, de l’emprise avare de l’interprétation qui fragmente et « dé-lire » ; et les réinsérer dans la cosmique coranique qui leur donne sens et en fait des signes qui se lient.

Nous avons déjà commencé ce travail dans les précédents billets sur l’esclavage et la question des femmes. C’est ainsi que nous avons libéré l’origine d’Eve du mythe judéo-chrétien de sa création à partir de la côte d’Adam. Ce, en lisant et en reliant les signes qui relatent l’interaction entre mâle et femelle et leur origine commune.
Mais ce mythe est porteur de virus qui ont contaminé la conscience musulmane, et au-delà, la conscience humaine. La fièvre bat son plein depuis des siècles et peu ne s’en faut que le « dé-lire » lui fasse perdre raison : elle titube, sa démarche est « dé-cadence ». Enchantement et désenchantement s’alternent en boucle dans sa fiévreuse illusion. Elle n’entend plus le chant cosmique qui les transcende ; ne voit plus le champ coranique qui les dépasse. Le rythme est perdu. C’est la négation déguisée en religion. C’est la « déligion » qui renie Dieu et donc nie l’humain. L’Islam est devenu musulmanisme. 
Guérissons donc cette conscience, guérissons-nous. Réinsérons-nous donc dans ce qui est « une guérison pour ce qui se trouve dans les poitrines » (S10 ;s57). Et reprenons les signes libérateurs que la contre-révolution a transformé en verset contre l’égalité. Cela, dans l’ordre dans lesquels on les rencontre dans le Livre.
Des versets fragmentés aux signes harmonieux

  

a) « Les hommes ont une prédominance sur les femmes » selon le Coran ?
Je me ballade dans une traduction du Coran. Je vais immédiatement voir un verset que beaucoup brandissent en étendard pour la défense de leur prérogative masculine. Ils sont hommes ; ils sont donc supérieurs. C’est naturel. C’est implacable. C’est, soi-disant, divin. C’est leur prétention. Ainsi, obéir à l’ordre divin, selon cette mentalité, c’est se soumettre à l’ordre des choses. La liberté morale ne dépasse point la nécessité naturelle. Mais dans ce cas à quoi sert la révélation si c’est pour répéter la création ? Ils ne comprennent pas les conséquences de leurs dires. C’est le malheur des religions dans leur réduction puis dissolution dans le « contexte ».
Nous sommes avec un bout de verset. Le 228 de la sourate 2 (la vache). Le voici : « …et elles ont pour elles des droits équivalents à leurs devoirs conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles… ».  C’est dit. L’égalité entre hommes et femmes est une chimère. Le propos est général. Il est question de tous les hommes en tant que tel, vis-à-vis de toutes les femmes en tant que telle, dans tous les domaines. Ah bon ? Vraiment ?  
C’est toujours la même chose voyez-vous. On coupe sans vergogne les signes, on en fait des versets explosés, tronqués, handicapés. Remembrons le passage, et au passage revoyons la traduction : 
« Les femmes divorcées devront attendre trois cycles. Et il ne leur est pas licite pas licite de cacher ce que Dieu a créé dans leurs entrailles, si elles ont foi en Dieu et au Jour Dernier. Leurs maris, durant ce moment, ont plus de droit à les reprendre s’ils veulent la réconciliation. Leurs droits à elles sont semblables à leurs obligations, de manière équitable, et les hommes ont un degré (daradja) envers elles. Dieu est Honorable, Sage » (S2 ; s 228).

Un propos, toujours doit être compris à l’aune de l’ensemble qui le tient. Cela est encore plus vrai pour ce qui concerne le Coran. Les férus de règles générales toutes faites, doivent avoir cette prudence s’ils ne veulent pas être de ceux qui inventent ce qui de Dieu ne vient pas. Le Coran n’est pas un livre de lois, même s’ils s’y trouvent des lois. C’est plutôt le Livre qui fonde et oriente les lois et leurs productions humaines, pour les protéger contre l’arbitraire et les passions des plus forts, et pour qu’elles restent au service de la justice et de la miséricorde. 
Aussi, le degré (daradja, qui n’est pas prédominance) dont il est question ici n’est ni à généraliser sur l’ensemble de la relation conjugale entre un homme et une femme, ni de façon plus globale entre les femmes et les hommes dans tous les domaines : familiaux, sociaux, économiques et politiques. Que nenni ! Le propos est en soi clair. Il concerne le cas spécifique, dans celui du divorce, ou le couple se rend compte qu’ils attendent un enfant. Dans ce cas précis seulement, le Coran donne au mari une prérogative dont ne dispose pas l’épouse : le droit et la priorité de la reprendre durant la période de la grossesse. C’est la raison pour laquelle il prend le temps de mettre en exergue l’équilibre de principe qui existe entre les droits et les devoirs de la femme divorcée, avec dans le cas de l’attente d’un heureux événement (tout de même), un degré de plus pour le mari, une chance donnée au couple de se maintenir, à condition qu’il y ait une volonté de réconciliation. 
Beaucoup reste à dire sur ce passage et ses « consœurs », qui sont autant de sagesses que le Coran fait perler pour à chaque fois, sans parti pris, défendre les droits des femmes et rétablir les relations de couple sur la justice, la bienséance et la conscience de Dieu. En d’autres termes, tout le droit de la famille, du mariage à la naissance, du divorce au veuvage jusqu’à l’héritage, est par le Coran inspiré et induit à partir de ceux des femmes. De sorte qu’il est impossible aux hommes, de connaitre leur devoir et droit, du point de vue coranique, sans déterminer d’abord les droits des femmes. Telle est la réforme coranique qui fut détricotée et déprogrammée de sorte que le propos ici tenu, pourtant fondé, semble complètement étranger à la « tradition musulmane » (musulmaniste ?). 
b) Son témoignage ne vaut que la moitié de celui d’un homme
Deuxième passage tronqué, celui du témoignage des femmes dans les transactions financières, que d’aucuns font une preuve, une règle générale qui traduit l’inégalité intrinsèque entre femme et homme.  Sur ce sujet j’ai pu voir nombre de gens que je considérais intelligents se fourvoyer sans retenu. Que de considération à l’emporte-pièce n’ai-je pas entendu pour tirer de ce passage du Coran, ce qui selon eux est scientifiquement prouvé : l’infériorité naturelle physiologique, psychologique, neurologique et rationnelle de la femme par rapport à l’homme que le Coran, miracle scientifique oblige (en réalité du vent), viendrait confirmer. Bref, en réalité tout ce qui permet de clouer au sol les capacités humaines, au nom d’un ordre social qui se donne des airs d’ordre naturel, puis divin. 
Ainsi, selon cette compréhension préétablie, dans tous les cas de figure, quelque-soit le niveau d’éducation ou de compétence et le domaine concerné, le témoignage d’une femme, parce que femme, serait inférieur à celui d’un homme, juste parce que homme.  
Celui qui tient ce genre de propos ne doit pas beaucoup réfléchir. Ce dernier jamais, j’en suis sûr, ne demanderait à sa mère d’apporter un témoin supplémentaire pour corroborer son témoignage sur sa naissance, son enfance ou sur l’argent de poche qu’elle aurait décidé de lui octroyer ou non. Qu’en pensez-vous ?
Reprenons le passage en question qui d’ailleurs s’insère dans le signe le plus long du Coran et qui concerne les transactions financières et commerciales. Nous ne pouvons pas, au vu de la nature de cet écrit, reproduire tout le signe, mais juste l’extrait qui concerne les témoins lors de la contracture d’une dette, après avoir rendu obligatoire l’écriture de la reconnaissance de dette par un scribe tiers, sous la dictée de l’emprunteur :
« Faites-en témoigner par deux témoins d’entre vos hommes. Et à défaut de deux hommes, un homme et deux femmes d’entre ceux dont vous agréez comme témoins. Ainsi, si l’une d’elles s’égare, l’autre pourra lui rappeler (S2 ; s282). 
Il me plait, contrairement au littéraliste et à l’herméneutiste (tous les deux sont d’accord pour fragmenter le Livre et réduire son sens au contexte historique), de m’en tenir à ce que dit le Coran, ni plus ni moins. Ce, pour méditer ensuite sa profondeur et comprendre le sens et l’esprit de son propos sans l’encager dans le contexte ou ma partialité dans la mesure du possible. Il faut pour ce faire lyre le Coran. Or lorsqu’on « lie » ce passage, il n’est aucunement question d’un propos général et généralisable sur l’état mental et psychologique des femmes. Mais d’une procédure légale qui vise à rendre les transactions financières plus justes et moins tributaires des passions qui peuvent amener à de graves conflits. Il faut donc des témoins en plus de l’écrit. Et les femmes, qui rarement étaient/sont concernées par ces affaires (cela est vrai encore aujourd’hui dans de nombreuses sociétés) peuvent (doivent) aussi y participer. La raison d’être des deux femmes témoins demandées aux côtés d’un témoin homme, est clairement indiquée par le passage : le possible oubli et égarement de l’une que l’autre pourrait par sa présence corriger. C’est ce que dit le texte.
La question alors est qu’en est-il si nous nous assurons, soit par sa compétence avérée, soit par d’autres moyens, qu’elle n’oubliera pas ? Si le fait d’ajouter un homme à un autre (il faut deux témoins hommes) n’a pas signifié la mise en cause intrinsèques des capacités rationnelles du premier, pourquoi le fait d’ajouter une femme, en tant que témoin, à une autre signifierait-il ici cela ? Nous nageons en plein « dé-lire », où les choses, déliées de leur ensemble, n’ont plus de sens.
Mais pourquoi cette différenciation alors, pourrait-on me rétorquer? Je répondrai que la réponse n’est pas à chercher du côté de la nature mais de la culture. Elle n’est pas neurologique mais sociologique. Sinon, dans tous les autres passages du Livre où il est question de témoignage (dans le cas du testament, du divorce, de l’adultère etc), cela aurait été indiqué et appliqué. Or il n’a jamais été question dans le droit musulman d’apporter huit femmes témoins en l’absence de quatre hommes témoins, dans le cas par exemple de l’adultère. Non ? L’apport de deux femmes témoins à côté du témoignage d’un homme, en l’absence d’un second, est donc spécifique aux cas de la reconnaissance de dette, pour des raisons sociales qu’il est possible de dépasser. 

Bref, tout ça pour juste dire ce qui somme toute est simple :  la femme et l’homme sont égaux et les quelques différences qui peuvent exister, en matière de droit et de devoirs, sont dues à la prise en compte des spécificités biologiques que la révélation respecte mais n’absolutise pas moralement, et de la situation sociale injuste qu’il veut « dénaturaliser », corriger et moraliser avec pédagogie et équilibre. 
c) « …et le garçon n’est pas comme la fille »
Un autre passage fragmenté. Une autre pensée slogan exprimée par un bout de verset. Une personne qui m’enseigné le Coran, et qui par ailleurs était mon camarade, puisque nous étions tous deux élèves du Cheikh Ayoub, aimait mettre en exergue ce genre de passage pour me signifiait que les hommes seraient supérieurs aux femmes. Les étudiants qui nous écoutaient, et qui par ailleurs ne connaissaient pas nos relations, s’empressaient de me faire comprendre, lors de nos échanges qu’il provoquait, que je n’avais pas la compétence pour le contredire, puisque lui connaissait le Coran par cœur. Mais mémoriser n’est pas comprendre, surtout lorsque le puzzle du propos ne se réunit pas en harmonie dans l’esprit. Il lui manquait la méditation.
Alors voici ce fameux passage, brandi comme une évidence : 
– « …et le garçon n’est comme la fille… ». 
– Ah ! Oui ? Et alors ? Pas besoin d’études poussées pour vérifier ce fait. 
– « Oui mais c’est Dieu qui le dit, tu vois…aujourd’hui ils veulent faire en sorte qu’il n’y ait pas de différence entre homme et femme, ils veulent la parité, c’est n’importe quoi ».  
– « Tu mélanges les choses mon ami lui répondis-je. Qu’il se trouve des différences entre femmes et hommes, cela est indéniable, voire nécessaire pour la vie. Mais que fais tu de ce fait ? La différence biologique ou physique induit-elle nécessairement l’inégalité de droit ? L’égalité induit-elle l’uniformité et la mêmeté biologique et physique ? Et puis vous mélangeaient les choses. On parle du Coran et de son sens et vous me parlaient de politique, de mode de vies occidentales ou d’homosexualité. Ça n’a rien à voir. Où se trouve ce passage ? Dans quel contexte (dans le Livre) est-il énoncé ? Penons le Livre et lisons sans rajouter » :
 « Quand la femme d’Imran dit : « Mon Seigneur, je t’ai voué en toute exclusivité ce qui est dans mon sein. Accepte-le donc de moi. Tu es l’Audient, le Connaissant ». Puis, lorsqu’elle eut accouché d’elle, elle dit : « Mon Seigneur, j’ai accouché d’une fille ». Dieu savait bien ce dont elle avait accouché. ‘’Et le garçon n’est pas comme la fille’’. Je l’ai nommée Marie, et je la place sous ta protection, ainsi que sa descendance, contre le diable banni ». 
– « Comment pouvez-vous, ajoutais-je, faire de ce que la mère de Marie déclarait lors de la naissance de celle-ci, une règle générale cosmique universelle. Elle voulait un enfant qui soit dédié au culte et au service exclusif de Dieu. Ce qui de son point de vue est, à première vue, on peut le comprendre, plus adéquat pour un jeune garçon que pour une jeune fille. Pas la peine de faire un dessin. Et pourtant Dieu ne tiendra pas compte de ce point de vue culturel et social, et fera de celle qui n’était pas prévue pour ce type de dévouement religieux, parce que fille, un signe, un model et un miracle de vertu et d’élévation pour toute l’humanité, hommes et femmes, et dont sortira un autre miracle vivant, Jésus fils de Marie, Prophète et Messager de Dieu. Tout cela, grâce à une femme, qui dans le tréfond de son cœur, invoqua Dieu et fut par lui entendu. Alors cette fille, Marie, était-elle inferieure à un homme ?». 
Quelle fut leur réponse vous demandez-vous ? Juste l’entêtement habituel et cet argument « fatal » à chaque fois brandi par la bêtise : « Oui mais comment ça se fait que t’es le seul à dire ça. Y a plus savant que toi ! nos Salaf sâlih ont tout dit et les savants qui sont dans le minhaj les confirment ».
Que voulez-vous ? On ne peut éclairer celui qui ferme ces yeux. « Sourds, muets, aveugles, ils ne peuvent donc pas revenir en arrière ». 
D’autres versets démembrés, victimes des mines antihumaines semées dans la conscience musulmane, sont à méditer et à relier en signes. C’est ce dont la suite de ce texte se chargera de continuer, pour ensuite rétablir ce que les signes du Coran proposent de vision cosmique et de réforme émancipatrice, concernant les relations femmes-hommes, en tant que socle sur lequel se fondent la société et la civilisation, si celles-ci veulent perdurer.

Source: ousmanetimera.unblog.fr