Tribune: les velléités dominatrices de l’ordre féodal soninké, sources de tous les remous sociaux. Par CISSOKO Souleymane

JE NE SAVAIS PAS QUE LE FAIT QU’ON IGNORE LES FÉODAUX ET L’ORDRE FÉODAL (CHEFFERIE TRADITIONNELLE), ÇA LES DÉMANGER AUTANT.

Un titre qui était censé être que symbolique ou honorifique (dans mon subconscient en tout cas) s’avère être un leurre et vouloir imposer des diktats.
Ce n’est pas comme s’il n’y aurait une absence d’autorité puisqu’il y a l’Etat qui est là pour assurer l’autorité, ce à quoi on se réfère et on reconnaît comme seule entité détentrice d’autorité. Dès lors on admet que ce n’est pas pour prôner L’ANARCHIE dans la société que de dire qu’on ne veuille plus de cet ordre féodal discriminatoire et arrogant. D’ailleurs à y voir de près, c’est à se demander si ce n’est pas eux (les féodaux) qui veulent créer ce désordre en niant non seulement l’autorité de l’Etat qui est le seul qui doit jouer pleinement son rôle et par conséquent l’application pure et simple des lois sur l’étendu du territoire. C’est que les féodaux veulent s’arroger tous les privilèges tout en méprisant les autres….

Encore Heureux qu’on ait recours aux plaintes quand on s’estime léser. Par ce que c’est comme ça que ça devrait se faire dans toute société civilisée, on ne doit se faire justice soi même.
Là aussi on peut réitérer qu’on est plus que déterminé à conquérir sa liberté et se libérer de cette joug de l’ ORDRE FÉODAL SOUS TOUTES SES FORMES jusqu’à « ce que justice jaillisse comme l’eau et le droit comme un torrent. »
Le tempo dynamique d’une aspiration à la dignité bien ancré dans toutes les contrées fait entendre son battement au cœur d’une recherche de valeurs humaines universelles chez bien des gens victimes de cet ostracisme aux antipodes de nos VALEURS contrairement aux (VA) LEURRES que les féodaux véhiculent et veulent mettre dans nos têtes comme des libellules.

Quand au Monsieur, qui clame sa féodalité pleinement assumée, nous lui disons, a lui et à la commission chargée par le Président de la République que cette lutte a pris lentement forme et n’est pas prête de s’arrêter du jour au lendemain. Pour la simple raison qu’on est unanime et déterminé à le mener jusqu’au bout et que les privilègiés, comme ils se vantent d’être propriétaire du foncier, « cèdent rarement leurs privilèges sans une forte résistance. »
Quand on s’estime lésé par un système qui annihile et ostracise, on ne s’arrête pas en chemin avant d’avoir obtenu une dignité pleine et entière dont nous jouissons naturellement sauf dans nos organisations sociales…

©️ Crédit source: post FB de l’auteur (9/7/2020)

Système de castes en Mauritanie : du tribunal privé à la torture en public

Note d’interpellation


La victime de maltraitances infligées devant témoins et sans le secours d’aucun, est de nationalité malienne ; elle se nomme Modiba Doumbia, marabout-féticheur de son état, installé depuis 11 années dans le village de Dafort; il étendait aussi ses exploits discrets à l’intérieur du département de Ould Yengé, région du Guidimakha, au sud-est de la Mauritanie. Son premier hébergeur, à la fois tuteur et garant, serait Salou Fodié Camara. Le sieur Doumbia, négociant en services occultes, profitait de la tolérance par les dignitaires autochtones. Sollicité pour ses services à équidistance de la magie et de l’intercession des saints de l’Islam, il bénéficiait d’une rémunération plutôt enviable.
Or, la contestation des ordres statuaires qu’entretient la mémoire de l’esclavage en milieu Soninké, vient s’insinuer dans le métier du susdit et l’expose à perdre sa neutralité, au fil des conflits et règlements de comptes entre les deux camps. Les nobles reprochent, au médecin des âmes, sa proximité avec Gambanaxu, le courant hostile aux privilèges et inégalités de naissance. Le penchant indélicat indignait les tenants de l’autorité selon la tradition et le vote, alors réunis en la personne de Diadié Gagny Camara, édile de Dafort depuis 1988 et doyen des maires de Mauritanie.
Il accuse, le marabout, de charlatanisme et le met en demeure de quitter les lieux. Doumbia exclut de déguerpir avant d’empocher des montants, à lui dus, par certains villageois, en contrepartie de son magistère obscur. Face au refus relativement inédit ici, l’élu de la localité organise et conduit, le 18 juin 2020, une expédition punitive vers la demeure du rebelle, un domicile locatif. Diadié Gagny Camara, accompagné de son fils Mohamed Silly, se met-il à la tête de la foule armée de gourdins et d’une corde à bétail, comme en attestent les images. La meute humaine appréhende Doumbia, à proximité de la mosquée. Plusieurs hommes le maîtrisent, là, presque tous issus de la famille de l’ex-ministre Amédi Camara, proche collaborateur de l’ancien président de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdelaziz et toujours membre du parti au pouvoir, l’Union pour la république (Upr). Le déchainement de violence en bande, tel que constaté, de jour, implique plusieurs notables, dont un conseiller de commune, Kolly Mamady Camara, frère de Amédi, précité. Hadiétou Camara, meneur du comité de village et Demba Diani Camara, identifiables sur la vidéo, tenaient, chacun, un bout de la corde de fibre végétale qui entravait le marabout ; le second est aussi le cousin de Mohamed Silly et de leur parent commun, Ali Bakary Camara.
Ligotée, battue, humiliée et filmée, la victime n’a eu droit à aucun secours, parmi la foule présente. Son supplice s’est prolongé jusqu’à l’arrivée des éléments la police judiciaire, grâce aux instances du maire, auteur des représailles. Il leur remit le corps malmené de Doumbia. Ce dernier, quoique supplicié, continua de demander, au village, la restitution de l’argent saisi sur lui, d’un montant de 53700 ouguiyas nouvelles. La maréchaussée lui répliquait que la réclamation de sa créance doit se faire à Ould Yengé, chef-lieu du département. Or, il s’agissait d’une promesse de circonstance : Doumbia, les mains vides, blessé et dépossédé de tout, se retrouve, à la frontière du Mali, où le jettent les gendarmes.
Il importe de souligner l’enchainement des conséquences et demander, aux autorités, d’y remédier sans délai :

  1. Au travers de leur comportement, les citoyens et gendarmes incriminés engagent la responsabilité du gouvernement de la République islamique de Mauritanie, en violation des articles 3 et 4 de l’Acte constitutif de l’Union africaine (Ua) et de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, de 1984 ; notre pays a signé et ratifié les deux instruments de droit international et fut condamné, au titre du second, le 1er juillet 2005, lors du procès du capitaine Ely Ould Dah, devant la Cour d’appel de Nîmes. Jusqu’à ce jour, l’Etat mauritanien s’abstient d’exécuter, aux pénal et civil, l’un des arrêts pionniers de la compétence universelle en Europe. Ainsi, convient-il de rappeler à quel degré de causalité, l’impunité favorise-t-elle la récidive.
  2. La somme des preuves disponibles, enregistrements audio et image animée inclus, n’autorisent aucun doute quant à l’identité des commanditaires de l’infraction ; certains se vantent de leur forfait, au cours d’échanges sur des groupes électroniques de discussion. La population civile est passible d’une incrimination de délits de non-assistance, d’apologie de l’esclavage et d’incitation à la haine.
  3. Il appartient, au gouvernement et à la magistrature, d’entamer, vis-à-vis des parrains, exécutants et complices du crime, l’ensemble des mécanismes disciplinaires et de poursuites en justice. Un tel niveau de brutalité n’échapperait à la rigueur des lois que dans une cité disposée à se reconnaitre la distinction de l’amoralité. Le présent appel s’adresse, surtout, aux institutions locales en charge de défendre la dignité de l’individu, lui porter assistance et obtenir réparation, de la pression physique, de l’intimidation et des atteintes à l’intégrité du corps.
  4. A la lumière de l’évènement susrelaté, le Parlement est désormais tenu de produire une législation explicite en matière de protection de l’étranger, sur le sol de la Mauritanie ; en vertu du principe de réciprocité, l’adoption de cette norme éthique constitue une mesure de prudence qui contribuera – d’où l’urgence de l’anticipation – à préserver la sûreté et les biens de nos compatriotes expatriés.
    Initiative de résurgence abolitionniste en

Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 5 juillet 2020

Lien connexe : cliquer, et visionner les séquences de sévices, perpétrés, le 18 juin 2020, au milieu de la localité.

Ampliation : Haut-commissariat des Nations unies aux droits l’Homme, bureau de Nouakchott, Délégation de l’Union européenne et représentations diplomatiques en Mauritanie, Assemblée nationale, Commissariat aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile (Cdhahrsc), Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), Mécanisme national de prévention de la torture (Mnp).

Initiative de Résurgence Abolitionniste en Mauritanie
(Ira-M)


Nouakchott, 5 juillet 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

NOTRE « J’ACCUSE »

● Contre les couvertures intellectualistes et militantes de l’ordre féodalo-esclavagiste dans nos communautés, notre « J’ACCUSE »

Il y a quelques mois, je suis passé sur le film « J’ACCUSE » de R Polanski. L’affaire Dreyfus portée au cinéma, un officier français de confession israélite qui fut injustement accusé et sali courant 19ème siècle. Un film qui retrace comment un certain ordre militaro-politico-social en France s’était emmuré pour entretenir les mensonges et manipulations afin de salir un innocent par antisémitisme crasseux. Et le plus passionnant et vibrant dans le film, c’est quand Zola rentra dans la danse pour la VÉRITÉ par son célèbre J’ACCUSE qui secoua l’anse du FAUX socialement et culturellement distillé. Dieu sait que Zola risquait beaucoup dans cette initiative… tellement que les forces manipulatrices et mensongères furent puissamment érigées à divers niveaux depuis de nombreuses années.

Aujourd’hui en abordant les réalités féodales et esclavagistes dans nos communautés, on se rend compte qu’effectivement il y a des approches sensiblement similaires entre ceux qui portèrent méthodiquement les MENSONGES anti Dreyfus en visant le juif et surtout en croyant défendre leur « société pure », et ceux qui s’activent en coulisses et par des postures intellectualistes en zones choisies en voulant NIER, SALIR, COUVRIR, MINIMISER ET DISTORDRE enfin de donner une humanité aux tares affreuses de leurs communautés.

Notre « J’ACCUSE » d’aujourd’hui consistant à dévoiler ces double-face et autres « couteaux suisses », est une mission de portée sacrée.

KS pour le BLOG

Une tribune par Docteur Yaya SY

J’ai déjà dans mon ouvrage « Les légitimations de l’esclavage et de la colonisation des Nègres  » (la majuscule est expliquée) exposé que beaucoup d’ouvrages écrits sur l’esclavage portaient le sceau d’un petit parti pris… Lisez cet ouvrage vous y trouverez toutes les formes d’esclavages dirigées contre les Nègres d’Afrique (intérieures et extérieures). Les silences et les omissions coupables sur ces pratiques intérieures et extérieures. Les dénonciations des incidents survenus dans le Maghreb et en Mauritanie jusqu’à la parution de l’ouvrage en 2010. Les cas particuliers de la Mauritanie et du Soudan y sont exposés. Aujourd’hui, le regard doit tenter d’embrasser tous les pays pour y dénicher les conséquences de plus de 13 siècles d’esclavage et de déportation en Afrique par les Arabo-musulmans et cinq siècles d’esclavage, de colonisation et de néocolonisation par l’Occident . Ce qui se passe actuellement au Mali est insupportable ! Sur le Net, pas plus que la semaine écoulée, un homme a déclaré, se vautrant en vidéo dans la boue de ses idées nauséabondes… en s’adressant aux descendants d’esclaves soninkés en ces termes : « Si les esclaves repus veulent se libérer, ils n’ont qu’à venir voir l’association « Les nobles ne leur ressemblent pas » (une association qui a pignon sur rue dans What’sApp) par groupe de cinq, on leur accordera la liberté « . De tels propos passent comme une lettre à la poste chez nous au Mali en juin 2020 au moment même où l’on déboulonne des statues à travers le monde entier…. Au Nord du Nigeria on continue à vendre et à acheter des enfants, des hommes ou des femmes africaines. L’esclavage est un crime imprescriptible de l’esclavagiste !!! L’esclavagiste n’a pas de couleur de peau… Par conséquent le combat continue car les vraies séquelles de l’esclavage, qui est inséparable de la colonisation, c’est la mise sous tutelle politique, économique et culturelle de l’Afrique Noire avec en prime le mépris du Negre par les autres humains et par lui-même… En un mot le pillage des ressources de l’Afrique Noire par les anciens maîtres et leurs gouverneurs locaux alliés aux esclavagistes féodaux de l’intérieur, continue de plus belle. Ces trois groupes de prédateurs impitoyables exproprient et spolient les populations africaines démunies à tours de bras. Combattre l’esclavage et la colonisation c’est appréhender et identifier clairement leurs conséquences actuelles qui constituent de véritables obstacles au développement de l’Afrique.

Yaya SY Anthropologue et Historien.

L’édito – CriOsé: La féodalité nègre en Mauritanie : L’affaire se joue à l’honnêteté et à la cohérence.

Cet antiraciste proclamé très loquace qui est par ailleurs un féodal zélé qui s’efface étrangement face aux faits liés au régime féodalo-esclavagiste dans sa propre communauté.

Nous, la priorité qui s’impose à nous , c’est de se défaire du féodalisme nègre dans le Sud mauritanien, parler du racisme supposé d’ailleurs est presque du luxe si j’ose dire ainsi !
Les problématiques liées à nos coutumes féodalo-esclavagistes ne sont pas des « sous problèmes ». Un contact Facebook m’apprend en coulisses que pour certains engagés negro-mauritaniens pourtant « très affichés » pour l’avènement d’un véritable État de droit, le système des hiérarchies par la caste au sein de leurs communautés est un non problème. En précisant que pour eux cela fait partie de leur idéologie sociale et motive en partie leur engagement identitaire en prétentions nobiliaires et féodales face à d’autres membres de la communauté. Ils se croient défendre leur identité profonde en maintenant les castes et même celle des esclaves dans l’ordre social en place. En gros ils ne développent aucune approche sérieuse en intracommunautaire pour réformer le régime discriminatoire et ségrégationniste de castes. On comprend mieux pourquoi certains voulaient institutionnaliser l’ordre religieux coutumier et communautaire à un niveau de l’échelle de la Justice dans le pays…

Leurs desseins intimes seraient de vouloir remplacer le système décrié en qualificatifs pompeux aux visées progressistes, par leur système prêt à sévir déjà légendaire dans leur communauté qui est l’affreuse hiérarchisation hermétique des hommes par les castes. Dans leur logique sociale les hommes ne se valent pas et leurs prêches extramuros pour l’égalité citoyenne ne sont qu’un leurre fantaisiste et de foi douteuse.

Sur la question de l’esclavage en Mauritanie, nos compatriotes maures savent que certains milieux negro-mauritaniens mènent un militantisme (discours et posture) HYPOCRITE, et c’est VRAI et surtout très GRAVE pour l’engagement droit-de-lhommiste global.

Le temps passant face à certaines réalités longtemps tues chez nous, je réalise que nos cousins haratines ne pouvaient pas compter sur un VÉRITABLE éveil libérateur antiesclavagiste et abolitionniste venant du Sud (communautés soninkés et peuls) .

Peu d’espoir de réussite à vouloir légitimer les divisions ségrégationnistes chez soi et tout en réclamant une cohésion nationale sur la base d’égalité CITOYENNE.

Par KS pour le BLOG

Mauritanie – Les abus liés à l’ordre féodal à Dafor autour d’un périmètre pastoral : lettre d’alerte et d’information à l’opinion nationale et internationale.

un cliché pris de la plaque indicative du périmètre.

Nous sommes une communauté considérée comme étant d’ascendance esclave selon le régime coutumier et féodal soninké. À Dafor , chef-lieu de la Commune du même nom , nous sommes plusieurs dizaines de familles qui se sont libérées du joug de vestiges sociétaux de l’esclavage coutumier. En effet depuis bientôt 4 ans , sous le vocable soninké Ganbanaaxu (être égaux en Droits et en DIGNITÉ) , nous avons subi d’innombrables actes d’intimidations et de provocations venant de tenants extrémistes de l’ancien ordre féodalo-esclavagiste soninké. En fin d’année 2019, lors du passage de Maître Bouhoubeïni , président de CNDH à Selibaby, Guidimagha, l’un de nos doyens, monsieur Bakary Camara avait remis un document retraçant les difficultés qu’on a pu rencontrer à cause de notre engagement éveil citoyen et humaniste contre cet esclavage statutaire intracommunautaire qui est foncièrement violent en terme symbolique et social. Nous sommes stigmatisés et reclus socialement dans la communauté féodale soninké. Par notre présente lettre de plainte et de signalement, nous vous exposons une situation insupportable de manipulation orchestrée par le Maire, monsieur Camara Diadie Gagny et les représentants coutumiers qui défendent l’ancien système féodal. Cette situation concerne un périmètre communal dans le village destiné à retenir périodiquement du pâturage en prévision de la saison sèche. Comme déjà décrit dans notre document remis à Maître Bouhoubeïni, les provocations de milieux féodalo-esclavagistes avaient conduit à une altercation autour de l’accès à ce périmètre courant du moi de mai 2019, l’affaire avait été portée aux autorités à Ould Yengé et à Selibaby. Avec l’appui du trés controversé procureur (souvent complice les féodalités soninkés de la Région) Selibaby, un arrangement à l’amiable avait été trouvé entre nos membres et les représentants coutumiers de l’ancien régime. Nous avons tenu à cet arrangement jusqu’à tout dernièrement où la partie adverse avec la complicité du Maire exige que nos familles qui refusent les coutumes esclavagistes reviennent à l’ancien système organisationnel d’esclavage statutaire afin de pouvoir bénéficier du périmètre de pâturage. Nous avons répliqué qu’il n’est pas question qu’on se fasse humilier dans l’ancienne organisation sociale discriminatoire et ségrégationniste à notre encontre. Ces derniers jours, nous avons alerté le chef d’arrondissement de Lehraj. Il est venu à Dafort ce jeudi 18 juin 2020 chez le Maire. Réunis chez le Maire avec les représentants coutumiers de l’autre clan, le chef d’arrondissement a réaffirmé que le périmètre est destiné à tous les citoyens et nous avons répété que nous participons à tous les travaux d’ordre intérêt général dans le village mais nous n’accepterons plus les tâches et les considérations organisationnelles liées aux séquelles sociales de l’esclavage coutumier. Malgré la mise au point faite par le chef d’arrondissement sur le cas du périmètre pastoral communal censé ouvert à tous les citoyens devant le Maire et ses complices, encore aujourd’hui ils entretiennent toujours un certain flou de chantage et de blocage pour contrer l’adhésion de nos familles pour avoir accès libre comme tout le monde. Le volte-face constaté, nous avons saisi de nouveau le chef d’arrondissement, mais ce dernier préfère entretenir toujours les ambiguïtés sur l’affaire du périmètre, ce qui dénote clairement sa complicité par évidence avec les vues du Maire et ses parents féodaux du village.
Cette situation de tensions perpétuelles a trop duré et nous vous la exposons par cette lettre d’alerte pour passer le message à qui de droit au niveau des hautes autorités publiques. L’alerte sera transmise aux organismes nationaux et internationaux défendant les droits humains.

©️ Communauté Ganbanaaxu de Dafor

Dafor 25 juin 2020

Mauritanie – Politique: La conférence de presse du député et président Biram Dah Abeid,Nouakchott, le 19 juin 2020

Commission Communication Initiative de Résurgence Abolitionniste(Ira-M) de la conférence de presse du député et président Biram Dah Abeid,
Nouakchott, le 19 juin 2020

  1. Comme docteur Martin Luther King, nous n’acceptons pas de nominations à des postes officiels ou semi, qui nous éloigneront d’une lutte inachevée. D’autres aînés ont éxpérimenté ce chemin sans landemain avant moi.
  2. Nous n’avons connaissance d’une seule condamnation d’arabo-berbères auteurs des crimes de génocide, d’esclavage ou de viol contre les populations d’ascendance noire africaine, tels les bambara, wolof, soninké, pulaarophones, les hratin et immigrés subsahariens…
  3. A l’exemple des afro-américains pendant les décennies antérieures à la conquête des droits civiques, nous sommes privés de l’enrôlement électoral, donc de la faculté de voter ; à ce titre, les nôtres sont empêchés de s’organiser comme le démontre l’interdiction des mouvements capables de vaincre l’hégémonie ethno-tribale, dans les urnes. Je citerai, ici, Ira-M, le Rag, les Fpc…
  4. La privation foncière frappe les noirs de plein fouet, souvent par la spoliation de leurs terres de culture et espace de pâture, au profit d’autres mauritaniens privilégiés, des multinationales de l’agrobusiness et des vendeurs de charbon de bois. Arrachés au sol nourricier dont la qualité se dégrade, ils s’exilent vers les villes et en deviennent le prolétariat corvéable, à vie.
  5. Cette discrimination d’Etat exacerbée qu’ont vécu les Usa après la fin de l’esclavage, se manifeste de nos jours en Mauritanie ; l’exclusion des afro-Mauritaniens du personnel civil et militaire de l’Etat en est la manifestation la plus courante…Le processus a été entamé au début des années 1980 et atteint son achèvement aujourd’hui, tant et si bien que les nominations monochromes se banalisent.
  6. Nos mouvements non-violents et légalistes sont accusés de racisme et de violence par le bloc conservateur où se retrouvent le pouvoir, des syndicats, des corporations d’imams, de blogueurs, de journalistes, d’hommes d’affaires, de dignitaires tribaux, etc. Le matraquage de l’opinion sous les discours de haine et de diabolisation des courants abolitionnistes, enracine, dans la société, le mépris du nègre, que la culture enseigne et reproduit, parfois sous couvert de religiosité. Ainsi, sommes-nous accusés de vouloir abâtardir l’univers arabo-musulman, d’en adultérer la pureté et la singularité.
  7. Dans le but de mieux nous retarder, distraire et contenir, des organisations prétendument progressistes, des pseudo défenseurs des droits de la personne, issus de milieux afro-mauritaniens, se retrouvent en demeure de nous critiquer au bénéfice du système. Beaucoup sont maintenus aux confins du stress alimentaire qui les expose à la compromission. Plus l’édifice des inégalités vacille, davantage leur nombre augmente et se dévalue.
  8. Le même procédé de diversion-détournement touche la communauté de lutte contre l’oppression de la femme ; l’on se souvient que de tels montages ont été réalisés pour détruire la réputation des pionniers des droits civiques aux Usa. A titre d’illustration, il convient de mentionner l’invention et la contrefaçon de 35 viols de femmes maures, dans la ville de Bassiknou en ce début du mois de juin 2020. Cette forme de propagande sensationnelle et vindicative, a été utilisée par le KKK(le groupe suprémaciste blanc le plus violent de l’histoire de l’Amérique) durant les années 50 et 60 ; elle visait à obtenir le discrédit et la défiance envers le combat des afro-américains; la méthode commence à prendre forme et favorise l’éclosion des premiers embryons du KKK en Mauritanie.
  9. La police de l’Etat mauritanien agit dans le sens de conforter et de rassurer les ultra-racistes arabo-berbères, en faisant régner la terreur au cours des marches pacifiques de Ira-M; il suffit d’observer les scènes de molestation et de torture, infligées aux militantes et militants, notamment l’acharnement symbolique sur les femmes. Les forces de l’ordre inique nous traitent en ennemi, lors d’une guerre, alors que nous sommes désarmés. A l’image du suprémacisme blanc aux Usa, la police agit en gardienne de la domination.
  10. l’Etat est le premier concepteur et producteur de violence -symbolique et physique – à l’endroit des afro-mauritaniens, quand il institue, de facto et selon ses normes, l’ostracisme et le bannissement des mouvements porteurs de la parole d’émancipation raciale, offre l’impunité automatique aux criminels d’esclavage avec le maintien de la loi d’amnistie de 1993, résume le message adressé aux « bons citoyens », en somme les mauritaniens de naissance convenable : « nous, l’Etat, vous protégeons de la justice et de l’étranger ».

Voici, en somme, le diagnostic que je me suis toujours fais de la situation de la gouvernance raciale en Mauritanie ; il s’agit du verrou principal qui plombe la citoyenneté, la cohabitation, la démocratie, le développement et surtout la paix bâtie sur un fondement sain.

Après la proclamation plus que discutable d’une prétendue victoire dans les urnes, le Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, recevait le pouvoir, de son prédécesseur, nuitamment, du 22 au 23 juin 2019 ; en trois jours, de concertation avec ses proches conseillers et certains de mes amis proches, j’ai cru devoir désamorcer la situation explosive du moment. Notre franchise et sincérité ainsi que l’amour du pays, attendu de tout mauritanien de bonne foi, devraient inciter le nouveau Chef de l’Etat à comprendre que l’époque devient gourmande en démocratie, droits de l’individu, aspiration à la dignité humaine, y compris pour les noirs. Le 21ème siècle consacre la libération irréversible du descendant d’africain subsaharien. Il est bien temps d’en prendre conscience, en Mauritanie, sous peine de rater le rendez-vous de l’histoire et se retrouver anonyme parmi les vaincus !

Aussi, j’espère qu’avant la fin de sa première année de mandat, le Président de la république va se ressaisir et permettre, à la majorité des mauritaniens, de se sentir fiers de vivre sur une terre des justes.


Nouakchott, 20 juin 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

L’approche globale sur les problématiques liées à l’esclavage : la réaction de l’anthropologue Pr Yaya Sy

A propos de l’ouvrage de Tidiane Ndiaye et de l’interview (via lien RFI http://rfi.my/61vH) de A Bathily . La difficulté à propos de l’esclavage c’est que ce système d’oppression a provoqué beaucoup de négationnisme, de révisionnisme, et d’esprit partisan même chez les spécialistes et les historiens. Quand vous parlez seulement de l’un des esclavages (des Arabo-musulmans ou des Occidentaux, ou des Africains) les autres esclavagistes et complices vous soutiennent… C’est pourquoi il faut dénoncer les esclavages de tous bords et là tout le monde vous enterre et aucun défenseur ou partisan d’un esclavagisme particulier ne vous écoute ; c’est pourquoi « Les légitimations de l’esclavage et de la colonisation des Nègres » est « une patate chaude » car l’esclavage y est décortiqué dans toute sa dimension historique et planétaire sans fioriture. Le racisme est inhérent à tout système esclavagiste même s’il n’a été théorisé qu’au 19e siècle en Occident. Les Africains (comme les Soninké) doivent parler de leurs propres systèmes esclavagistes d’abord… dénoncer ses conséquences néfastes actuelles pour la jeunesse, le développement et la paix sociale ; ensuite ils pourront seulement dénoncer celui de l’Orient et de l’Occident… Pas de quartier pour l’esclavage, commençons par balayer devant notre porte. La liberté est en marche contre toutes les déshumanisations liées à l’esclavage et à tous les systèmes d’exploitation de l’homme par l’homme.

Yaya SY Anthropologue et Professeur d’histoire à la retraite.

Mauritanie-Guidimakha-Commune de Khabou : Le Maire peut-il être un médiateur républicain et démocrate dans un conflit entre ses administrés ? Par Mr BA Boubou

Géographiquement, la commune de Khabou se situe dans la vallée du fleuve Sénégal. Elle est au carrefour entre les trois (3) Etats (Mali, Mauritanie et Sénégal), que moi j’appelle la commune de « trois rives » ou « triangulaire ». Elle est l’une des plus grandes communes dans la wilaya de Guidimakha. Peuplée d’environ 35.000 habitants, selon nos enquêtes de terrain. Par ailleurs, la Commune de Khabou est composée de toutes les composantes de la nation mauritanienne (Soninké, Peulh, Maure, Wolof et Bambara), c’est d’ailleurs cette multiculturalité qui fait sa beauté. Sa population est jeune et active. La moyenne d’âge varie entre 25 à 35 ans.
En effet, l’avertissement donné par Voltaire, selon lequel, « si l’on voulait discuter avec lui, il fallait bien définir ses termes », paraît utile quand on aborde une notion aussi nébuleuse qu’est la médiation. La médiation selon les différentes acceptions c’est la « justice alternative », ou la « justice participative » ou encore la « justice restauratrice ». L’objectif de la médiation est donc de permettre aux parties en conflit de contrôler leurs divergences et d’encourager le dialogue entre les parties, d’augmenter les chances d’un accord et d’améliorer le processus de négociation et ses résultats.

Sur le plan juridique, la médiation est un « processus structuré, par lequel deux ou plusieurs parties tentent de parvenir à un accord, en dehors de toute procédure judiciaire en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l’aide d’un tiers choisi par elles qui accomplit sa mission avec impartialité, compétence et diligence ». La médiation est celle qui se réalise en l’absence d’un juge ou en dehors de toute instance judiciaire, c’est-à-dire une médiation organisée comme les parties le veulent, sans contrainte ni forme imposée. Il s’agit là une justice par le contrat. Sur le plan sociologique, la médiation désigne la justice « participative » ou « restauratrice ». Elle désigne, « l’ensemble des pratiques ou procédures, le plus souvent informelles, des résolutions des conflits, impliquant habituellement l’intervention d’un tiers qui, à l’aide de techniques non juridictionnelles, permet de parvenir au règlement d’un conflit opposant deux ou plusieurs parties ».

Par ailleurs, qui parle de médiation forcement ce qu’il y a un conflit entre deux ou plusieurs parties. Effectivement, il existe un conflit/litige/différend au sein de la communauté Soninké qui perdure et persiste depuis plusieurs années. Un conflit qui prend sa source dans la persistance des hiérarchies statutaires. Ce conflit a marqué les relations sociales endogènes de la communauté et les relations entre les membres d’une même famille, fragmentées notamment autour des clivages coutumiers et statutaires.
C’est dans cet ordre d’idées que le maire de la commune de Khabou a pris l’initiative d’ouvrir le dialogue et de donner la parole à tous ses administrés sur une plateforme de communication afin d’écouter et de comprendre les uns et les autres sur un conflit patent qui nuit les relations sociales de sa commune ; ce dialogue et d’écoute pourraient solder un nouveau contrat social, basé sur l’équité, l’égalité de chance, paix et d’entente, facteurs du développement. En effet, avant tout nous nous félicitons de la démarche entreprise par M. le maire. La bonne initiative de M. le maire, qui est d’ailleurs une initiative républicaine et démocrate, et qui doit être approuvée par tout citoyen/républicain/démocrate soucieux de la paix et de l’entente. Car au-delà de ses fonctions administratives et sécuritaires, le maire est le premier magistrat pour faire régner la paix, la cohésion sociale et la tranquillité dans sa commune au regard des textes en vigueur en Mauritanie. Oui, nous disons que le maire peut jouer la médiation en cas des conflits entre ses administrés selon le Code de procédure civile, commerciale et administrative et selon la réforme de 2019 sur la médiation. C’est un acteur disponible et disposé pour répondre aux besoins de sa population. Le document élaboré par le Ministère de la justice en 2019, intitulé : stratégie nationale d’accès à la justice pour tous 2020-2024 favorise la médiation/conciliation. Par ce mécanisme, les parties s’impliquent activement dans le processus et trouvent une solution adaptée à leur situation. Cette pratique permet de ne pas recourir aux tribunaux pour résoudre un conflit et invite les parties à échanger et à s’accorder une entente.

En revanche, il faut bien préciser que tout conflit/litige/différend qui porte atteinte à l’ordre public, comme par exemple les infractions de meurtre, de viol ou de l’esclavage relèvent des juridictions compétentes étatiques. Car ce sont des faits très graves. En effet, l’esclavage par définition est un crime selon la loi de 2015, et le crime est une atteinte à l’ordre public. Aux termes de l’article 2 de la loi de 2015, « l’esclavage constitue un crime contre l’humanité. Il est imprescriptible ». Par conséquent, le champ d’application de la médiation ou de la conciliation est limité aux droits dont les parties ont la libre disposition. Les atteintes à l’ordre public nécessitent un transfert de compétence au profit d’autorités publiques seules habilitées à juger et d’en décider en ces matières. Sans doute, M. le maire est un républicain et un légaliste, et du coup sa démarche je suppose restera sur les bases légales, c’est à dire force reste aux lois de la république.

La médiation suppose l’accord des parties, avec un tiers neutre. Autrement dit, le processus de médiation est soumis au respect des principes généraux de la justice amiable, notamment l’indépendance, l’impartialité, la neutralité et la confidentialité, selon la loi n° 2019-008 sur la « médiation judiciaire », et la loi n° 2019-020 portant sur la « médiation conventionnelle ». D’ailleurs sur ce point, la Mauritanie a même crée un centre international de médiation et d’arbitrage, le 17 février 2017 par un arrêté conjoint n° 0707 du Ministre du commerce, de l’Industrie et du Tourisme et du Ministre de la Justice. Ainsi, nous attendons du tiers médiateur d’être indépendant, impartial et neutre pour bien mener sa mission vers un accord de paix.

L’indépendance du médiateur : Le médiateur est un bon communicateur, ne disposant pas le pouvoir d’imposer sa solution, est un de ces moyens pour permettre aux parties en litige de trouver une solution consensuelle, amiable et satisfaisante. L’indépendance se définit comme un statut qui permet à la personne de résister aux pressions provenant des autorités extérieures. L’indépendance du médiateur se traduit par l’absence de pression ou de pouvoir d’une instance extérieure qui aurait droit de regard ou d’intervention sur la médiation.

L’impartialité du médiateur : L’impartialité se définit comme l’absence de parti pris, de préjugé, de préférence, d’idée préconçue, exigence consubstantielle à la fonction dont le propre est de départager des adversaires en toute justice et équité. L’impartialité vient de « pars » qui signifie partie. Le tiers est celui qui n’est pas partie, qui ne prend pas parti. Il doit au contraire maintenir la balance égale entre les parties, rester à la juste distance qui seule confère légitimité à son intervention. Ainsi, la neutralité du médiateur, est le fait de ne se prononcer pour aucun parti. La réussite de la médiation est en effet subordonnée, à l’existence d’un dialogue loyal et constructif entre les parties. Celle-ci doit être assurée de s’engager dans une telle démarche avec l’aide d’un tiers neutre qui saura écouter leurs arguments respectifs et rechercher avec elles la meilleure solution au conflit qui les oppose et ce en toute objectivité et non sur le fondement de préjugés.
Pour conclure, l’initiative de M. le maire est louable et soutenable. Car jusqu’à la preuve du contraire je suppose qu’il répond aux critères fixés par la loi de 2019 sur la médiation c’est-à-dire, indépendance, impartialité et neutralité, qui sont les éléments fondamentaux pour une médiation réussie ; qui constituent également l’éthique et à la déontologie d’un tiers médiateur. Nous demandons à toutes les parties en conflit d’accompagner l’initiative de M. le maire et de privilégier le dialogue, et la table négociation afin de pouvoir trouver une solution négociée, efficace et véridique à ce conflit qui pourrit le lien social, la paix et la cohésion. Mes vœux de réussite à M. le maire et je souhaite de tout cœur que la commune de Khabou serait le laboratoire de paix pour toute la Mauritanie.

Boubou BA
Doctorant-Chercheur en France
Membre du Centre de recherche d’Histoire et d’Anthropologie du Droit à Paris

L’éditorial – Nouvelle Expression : « Quand les héritiers de Wagadu déraisonnent… » Par Camara Seydi Moussa

Notre propos à l’égard de la communauté soninké, l’héritière de l’une des plus belles histoires de l’humanité en Afrique – groupe auquel j’appartiens – relève, pour moi, de la séquence de l’émotion.
Voilà maintenant plus de cinq ans, que j’endure, sans recours ni trêve, un lynchage intracommunautaire dont la sordidité le dispute à l’infécondité.

Ici, s’opposent, à l’abri de la moindre médiation, les tenants du statu quo des hiérarchies anachroniques et les détracteurs de telles discriminatoires ; comme partout dans le monde, depuis que les humains ont inventé le désir d’équité et acquis l’usage de la mémoire, la conservation se défend des assauts du progrès et le sentiment de supériorité résiste aux exigences d’égalité.

Là, il n’est point question d’un échange courtois sous la supervision d’un arbitre que sa neutralité désigne à la confiance des deux parties mais d’une relecture passionnée de l’histoire, aux fins de s’en réapproprier les symboles, en les malmenant, s’il le faut. L’enjeu comporte sa part de rancœur et de violence, comme le révèle, sur la ligne de clivage « seigneur-sujet », la vivacité, parfois la brutalité concrète de la néo-contradiction parmi les Soninko.

Des voisinages harmonieux se muent en inimitiés, les regards s’évitent, l’insulte devient facile et, désormais, les coups pleuvent, quelquefois dans un sens inédit.
Les victimes de ce que l’on appelle complaisamment « séquelles de l’esclavage, se confrontent aux défenseurs de l’Ancien, toujours perpétué ; après y avoir sacrifié des siècles durant, elles perdent l’assurance, voire l’illusion, de vivre, encore, le temps de la justice, qui définit et alimente la faculté du supportable. A terme plus ou moins bref, nul ne se satisfait d’un contrat -fût-il sacré – où il cesserait d’espérer une compensation, un profit.

Ainsi, la frustration et sa soudaine part de lucidité régissent les révolutions et guerres de renversement et, dans le meilleur des romans, une action de réforme. En l’occurrence, le verbe du débat se caractérise par la diffamation, l’anathème et l’intimidation physique.
Malgré l’occasion d’apprendre et d’enseigner, peu d’acteurs et de témoins inclinent, jusqu’alors, aux vertus de la pédagogie et de la recherche. A cause de la démocratisation de l’accès aux gadgets de l’instantanéité, les praticiens des sciences humaines et sociales, les sages et les préposés au souvenir, perdent la voix ; au chapitre, l’on n’entend plus que le charivari populaire de l’accusation, de la réfutation et du procès d’intention, ceci selon la loi, lapidaire, du nombre.

De part et d’autre du litige, la rue parle haut et fort. Du quasi-monopole de la vox populi émerge et s’installe la légitimité du règlement de compte, sur la place publique, devant le juge mais aussi en privé, au hasard des rencontres. La préméditation de l’embuscade témoigne d’un passage qualitatif de l’adversité, du spontané à la délibération. Les ondes d’un conflit de basse intensité parcourent, à intervalle aléatoire, les hameaux, campements, villes, villages et quartiers où un Soninké en croise un autre. Aucun n’y échappe.

L’on assiste, souvent désolé, nauséeux ou passif par lassitude, à une confrontation des moins conventionnelles ; il convient de se le remémorer, le royaume de Wagadu n’a succombé ab intestat mais la descendance, convertie à l’Islam, préférait ignorer, oublier, gommer la fortune d’avant. De la, s’explique, peut-être, la propension des descendants de légataires immédiats, à abolir leur lien primitif et le débiter en lambeaux d’allégeance circonstancielle.

Il en résulte la facilité avec quoi l’injonction de l’adversité et le fantasme d’une différence non surmontable, substituent la discorde à la cohésion d’antan. Remise en question, révisionnisme, braquage mémoriel, tentative de déconstruction d’une fraude ou attente de réparation, l’identité Soninko se retrouve sommée de se départir de son vocabulaire initial. Certains de ses fils n’y puisent des motifs de prestige, une denrée immatérielle qui constitue l’un des ornements de l’existence à plusieurs.

Ce passé mal réparti les révolte et dégoûte ; il n’est plus le leur. Certes, à leur décharge, les rejetons du Wagadu d’hier ne s’imaginaient ressortissants d’un Etat unitaire, sous l’égide des principes normatifs, qui commandent le primat de la citoyenneté sur la fortuité de la naissance. Ils tenaient plutôt pour sain d’appartenir à un peuplement où chacun agirait à sa guise, suivant le savant équilibre entre subjectivité et conséquences de celle-ci. Bien entendu, le constat s’applique à n’importe laquelle des autres composantes de la Mauritanie plurielle.

Aujourd’hui, les langues se délient et le Soninkara semble dénudé. Des situations conflictuelles se créent et perdurent sur l’espace de l’Afrique de l’Ouest où la communauté s’étend, notamment la Gambie, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal…S’ensuivent des morts d’hommes, des privations d’habitation et de terres culturales. Et dans la honte, les enfants de Wagadu se dévoilent. Malgré les principes de pudeur, de devoir et de parole donnée qui singularisent ce code d’honneur, la vulgarité, le ressentiment et l’irrespect gagnent les esprits ; ce n’est plus qu’une mêlée informe.

Pourtant, à l’épuisement conjoint des ressources de la polémique et de la force brute, les deux lutteurs, confus, se rendront compte que le désir de justice et d’égalité finit par vaincre, hélas dans la douleur. L’évidence inéluctable de la prédiction recèle de quoi modérer la fureur à l’assaut de la cité imparfaite et adoucir, aux défenseurs de ses murs, la certitude de leur reddition.

Un proverbe Hassani le rappelle assez, « il est bien nu celui qui se cache sous les jours ». Les jours se suivent et renouvellent. Ils se ressemblent de moins en moins.

Camara Seydi Moussa

©️ Crédit source: http://nouvelleexpression.org/suite-info.php?var=1255