● Ibrahima Moctar Sarr : les négro-africains sont dans la situation d’un malade mourant qui n’a plus faim, ni soif

Ibrahima Moctar Sarr a fait cette déclaration, jeudi 19 janvier, lors de l’ouverture du 1er congrès ordinaire de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), à Nouakchott.

« On reproche à l’AJD/MR de ne s’intéresser qu’à des questions relatives à la situation des négroafricains à savoir la question de l’exclusion, les problèmes de l’état-civile, le passif humanitaire et ses corolaires, le problème des terres de la Vallée, etc. En vérité, nous estimons que les négro-africains veulent avant tout être considérés comme des citoyens à part entière », a-t-il déclaré.

« S’ils partagent avec la grande masse des autres mauritaniens, le lot des déshérités du système, ils sont les seuls à vivre l’exclusion au plan culturel voire médiatique, la déportation et le bannissement dans leur propre pays », a ajouté le président de l’AJD/MR.

« Si l’économie du pays est florissante, ils n’en bénéficient pas, l’école est le lieu où leur exclusion a été programmée, pour preuve, la dernière loi sur l’éducation nationale ou on veut utiliser les langues nationales dans le système sans les officialiser c’est un leurre. Les négro-africains ne gèrent même plus les deniers publiques pour pouvoir les détourner. Ils sont dans la situation d’un malade mourant qui n’a plus faim, ni soif, ils ne pensent pas aux plaisirs de la vie, ils veulent simplement ne pas mourir bêtement en tant qu’individu, en tant que communauté, en tant que peuple qui a eu une histoire multiséculaire et qui veut sauvegarder son droit à la différence », a encore martelé Ibrahima Moctar Sarr.

M. Sarr a enfin invité « les justes des autres communautés [à se mettre] en première ligne avec nous comme l’avaient fait les blancs sud-africains contre l’Apartheid, les blancs américains contre la ségrégation raciale et certain blancs européen contre la colonisation », avant de rappeler que « l’AJD/MR avec la désillusion léguée par le régime sortant n’a jamais versé dans la surenchère ou dans l’extrémisme suicidaire ».

Lors de son discours, le président de l’AJD/MR a dit regretter n’avoir pas pu atteindre « les objectifs que nous nous étions fixés pour la déconstruction du système en place et le règlement définitif de la question de cohabitation avec l’apurement du passif humanitaire pour créer les conditions de l’avènement d’un régime démocratique et égalitaire ou tous les fils de ce pays auront les mêmes chances de s’épanouir ».

« Nous ne nous sommes pas trompés d’objectifs mais les moyens et les méthodes que nous avons utilisées jusqu’ici ne sont pas efficaces. J’invite alors la jeunesse qui doit prendre la relève à être plus imaginative et plus audacieuse car entre exister et ne pas exister : THAT IS THE QUESTION », a conclu Ibrahima Moctar Sarr.

Ce premier congrès de l’AJD/MR s’achève le 21 janvier.

La rédaction de Cridem

©️ via cridem https://cridem.org/C_Info.php?article=762572

● Délibérations du concours des spécialistes : Scandalisée, Dr Aminata Diop dénonce une « injustice »

Les Mauritaniens sont partagés entre tristesse, énervement et étonnement face à l’injustice et la ségrégation dont a été victime, le docteur Aminata Boubacar Diop, lors du concours d’entrée des spécialistes à la fonction publique. Docteur Diop a échoué à entrer dans la fonction publique alors qu’elle avait 15 sur 20 de moyenne en neurochirurgie. Lors de l’épreuve de culture générale imposée par la réforme, le maître d’arabe du fondamental lui a attribué une mauvaise note.

Ironie du sort, il y a quelques mois, les médecins cubains ne parlant ni l’arabe, ni le français encore moins le pulaar, le wolof et le soninké ont été recrutés à pont d’or par le gouvernement mauritanien.

Au sortir d’une journée chargée marquée par une intervention chirurgicale dans une structure hospitalière nouakchottoise, Dr Aminata Boubacar Diop a réagi au micro du Calame exprimant son  »indignation  » et  »sa révolte avec le sentiment d’être une autre victime d’injustice ».

‘’Celles et ceux qui avaient une faible note en leur spécialité (…) se (sont) rattrapés en arabe et ont pu réussir au concours. Donc du coup presque tous les maures passent. Et les autres en l’occurrence ceux qui ont (…) fait leur formation en français ou qui parlent peu l’arabe n’ont pas (été) sélectionnés’’, à déclaré la première neurochirurgienne du pays .

Revenant sur son parcours, Docteur Diop rappelle que le peu d’arabe que qu’elle maîtrise à l’écrit et à la lecture résulte de sa formation du cycle primaire jusqu’en terminale. ‘’ Depuis la terminale il n’y a plus d’arabe dans mon cursus. Alors je trouve mal placé qu’une rédaction en arabe qui n’a rien à voir avec ma spécialité puisse me recaler. Je trouve cela très aberrant (Dans) un concours on est censé faire les mêmes épreuves’’, éclaire-t-elle. Les espoirs du docteur Diop se sont envolés, espérons-le momentanément, dans une épreuve, bien loin des matières scientifiques.

En résulte l’incompréhension ajoutée à une grosse frustration : ‘’ On ne peut pas faire bac plus huit, faire cinq ans de spécialités avec tous les sacrifices que cela demande pour finalement être recalée par une simple langue qu’on n’utilise pas à la limite en consultation avec les malades. Ce n’est pas de l’arabe, c’est du hassaniya. Et je me débrouille pas mal. C’est de cela dont j’ai besoin pour communiquer avec mes patients en plus du français, du poulaar et du wolof comme langue maternelle. Et non pas l’arabe’’, fulmine-t-elle. C est très décevant qu’une simple question de rédaction d’ordre général en plus d’une langue que l’on ne manie plus depuis belle lurette soit utilisée juste pour essayer de vous éliminer, bien loin de votre domaine de compétence’’, s’est offusquée docteur Diop dénonçant en son nom et ceux des autres cette injustice.

Plusieurs voix ont réclamé la révision de ce concours. Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas réagi au tollé soulevé par cette affaire.

©️ via lecalame http://www.lecalame.info/?q=node/14148

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● Concours d’entrée des spécialistes à la fonction publique : Dr Aminata Boubacar Diop ajournée par un maître d’arabe

Le docteur Aminata Boubacar Diop s’ajoute à la longue liste des victimes d’injustice et de discrimination raciale en Mauritanie. Seule femme neurochirurgienne dans le pays, Dr Diop a été recalée au concours d’entrée des spécialistes à la fonction publique pour avoir obtenu une faible note en arabe (culture générale), a alerté le docteur Remy Kleïb, un des correcteurs dudit concours. Selon le Dr Kleïb, par ailleurs lanceur d’alerte ‘’tous les médecins spécialistes admis au concours de la fonction publique sont des arabes’’. Le tout est résumé en une formule du reste banalisée dans le pays: ’’la discrimination raciale institutionnalisée ‘’.

“ Excellente neurochirurgienne, Dr Diop Amina ( ndlr diminutif de Aminata) qui a une moyenne en neurochirurgie de plus de 15 sur 20 a été éliminée par une question d’arabe”, s’est offusqué Dr Kleib sur sa page facebook. La nouvelle qui a fait l’effet d’une bombe est devenue virale. La consternation et les condamnations fusent de partout dans un pays en manque de spécialistes.

L’étonnement est d’autant plus grand que Dr Diop avait obtenu des bonnes notes dans la spécialité avant d’être ajournée par un maître d’arabe du primaire. Le ridicule ne tue plus dans ce pays. ’’Je suis un des examinateurs et j’ai donné une note de 16,7 sur 20 à Amina Diop et le deuxième correcteur a donné 13,75 sur 20. Comme la différence entre les deux notes était de moins de trois points. On n’a pas eu besoin d’une troisième correction. Elle doit avoir une moyenne de 15,25 sur 20. Cette moyenne a été multipliée par quatre et on lui a rajouté la note de l’arabe et le tout a été divisé par 5 pour avoir une moyenne générale. Je ne connais pas sa note d’arabe. Mais je sais que le dernier admis sur la liste a une moyenne générale de 14,29’’, a-t-il écrit. Dr Kleïb enfonce le clou : ‘’Elle était la seule candidate. Au même moment, un autre candidat dans une autre spécialité a été admis grâce à une note de 19,5 en arabe et une faible note dans sa spécialité. Un médecin hautement qualifié est éliminé par un enseignant d’arabe d’école primaire ». Décidément, c’est l’hôpital qui se moque de la charité.

Ainsi, Dr Amina Diop a été éliminée avec préméditation par l’arabe. La neurochirurgienne parle le Pulaar, le Hassaniya et le Wolof. Autant d’atouts passés au second rang. Certains scandalisés se demandent quel le rapport pourrait exister entre la culture générale et la neurochirurgie.

Aujourd’hui des voix s’élèvent pour une révision de ce concours biaisé par un certain nombre de faits.

©️ via http://lecalame.info/?q=node/14141

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● Y’a ça chez nous ? | Hors-série #2 : Le cas mauritanien | Ausha | Avec l’interview audio de Dr Sidi NDIAYE

Un élément audio descriptif de près d’une heure, très instructif sur les réalités socio-politiques mauritaniennes.

Le Lien du Podcast : https://podcast.ausha.co/y-a-ca-chez-nous-1/hors-serie-2-le-cas-mauritanien

DESCRIPTION

Dans cet épisode, on sort du triptyque Algérie-Maroc-Tunisie pour se rendre légèrement plus au sud. Direction la Mauritanie, un pays situé au entre le Sahara Occidental revendiqué par le royaume du Maroc, l’Algérie, le Sénégal et le Mali. Pour en parler, Sidi N’Diaye, politiste spécialisé dans les violences politiques, ethnopolitiques et les politiques de réconciliation nationale en Mauritanie.

©️ Source initiale : https://podcast.ausha.co/y-a-ca-chez-nous-1/hors-serie-2-le-cas-mauritanien

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🇧🇷 Pelé – Le ROI du football ⚽️ représentait beaucoup plus qu’un génie athlète précoce !

Edson Arantes do Nascimento 1940 – 29 décembre 2022

Avant le Mondial 1958 en Suède avec son éclosion formidable, divers restes et préjugés raciaux voire racistes étaient mis en avant pour expliquer les échecs de 1950 et 1954, en chargeant certains joueurs….Noirs.

• Morceaux choisis tirés du journal français l’Équipe du vendredi 30 décembre 2022 :

En 1950, l’équipe brésilienne était défaite et perdait le tournoi chez elle, ainsi… « Les coupables sont vite trouvés. Ils sont tous noirs : le gardien Barbosa, les défenseurs Bigode et Juvenal. Ces deux derniers ne joueront plus un seul match pour le Brésil… »

« En 1954, les joueurs de couleur seront de nouveau accusés de perdre leurs nerfs sous la pression après l’élimination consommée face à la Hongrie (2-4). Quatre ans plus tard, un psychologue, João Carvalhaes, est chargé d’examiner les joueurs à la préparation de la coupe du monde en Suède. Il s’oppose à la sélection du Noir Pelé, trop jeune pour supporter la pression d’une coupe du monde,…. »

« En devenant un phénomène mondial, Pelé adresse une claque magistrale aux préjugés raciaux qui gangrènent son pays : oui, le dieu du football est noir. »

Ainsi à 17 ans seulement lors de cette coupe du monde, avec son génie de crack , il bouscula un monde d’abjects clichés anti-Noirs.

✍️🏿KS pour le BLOG

● Éléments biographiques de cheikh Madiakho Tandjigora

• Nom complet : El-haj Mohamed ibn el-haj Aboubekr ibn mohamed khalil Tandjigora connu également sous le teknonyme (kunya) Abu Elyas

Il est ressortissant du village sooninké de Kounghany au Sénégal, d’une famille des lettrés religieux et prédicateurs originaire du Mali. Une famille issue de l’ensemble clanique des Cissé. Né en 1953, le professeur communément appelé cheikh Madiakho, est une voix intellectuelle, spirituelle et sociale qui a une certaine aura auprès des communautés sooninkés à travers le monde. Un lettré traducteur, prêcheur consciencieux et penseur très dynamique en réflexions sur l’héritage intellectuel et savant de la voie classique sunnite. Ouvert et témoin de son temps, on peut l’encarter également comme fin éducateur, philosophe, psychologue et observateur attentionné des relations internationales.

L’auteur du livre du Saint Coran traduit (sens des versets) intégralement en langue sooninké paru en avril 2021, voir ce lien https://soninkideesjose.wordpress.com/2021/04/28/la-parution-dun-ouvrage-dune-portee-intellectuelle-monumentale-en-milieux-soninkes-le-saint-coran-traduit-en-langue-soninke-par-le-professeur-muhammad-diakho-tandjigora/ , est l’objet de notre modeste contribution retraçant quelques éléments biographiques de sa vie. Ici nos sources sont tirées d’une vidéo YouTube https://youtu.be/doMWQg2JVws de la rencontre publique en date 22 février 2016 entre le cheikh et des étudiants sooninkés à l’université de Médine en Arabie Saoudite.

Ci-dessous notre transcription réalisée après une soumission au professeur pour vérification et corrections.

Parcours d’études et enseignants fréquentés :

– Initiation Étude du Coran auprès de cheikh Sikhou Mama Diakho 1957-1961

– Mémorisation d’une partie du Coran auprès d’un lettré religieux Peul cheikh Ahmed Ba 1961 – 1962

– Mahadra de cheikh Hamidou Sita Tandjigora

– Mahadra (10 ans d’études) de cheikh Fodie Makha Dramé de Moudery (décédé 1988)

– Auprès de Kandioura Lamina Dramé

– Auprès de cheikh Al-housseinou ibn Assoura Dramé

– Auprès de cheikh El-haj Bouna Diakhité de Bakel.

– Auprès de cheikh El-haj Fodie Makha Touré

Les efforts et réalisations dans la prédication et l’enseignement :

– Postes d’imam en France :

À Rouen, Miramas, Toulouse, Paris 19ème Foyer Commanderie

– Ses cercles d’études et d’enseignement fondés :

Séances de Tafsir dans Paris 14ème arrondissement (à partir de 1994…)

• Établissements fondés au Sénégal et en Gambie :

– Création avec d’autres partenaires d’une Madrassa (Ibn Massaoud en 1998) à Dakar

– Création avec 2 autres partenaires d’une Madrassa (Ibn Massaoud en 2000) en Gambie

– Création d’une Madrassa dédiée aux filles et femmes (Ibn Massaoud en 2000) à Dakar

– En 2006, fondation d’un collège franco-arabe et de Mémorisation du Saint Coran

• Ses ouvrages et livres en projet :

39 recensés publiés ou manuscrits en projet.

Je peux citer certains de ses livres en français que j’ai eu la chance de lire :

Servitude à Dieu d’Ibn Taymiyya (Introduit, traduit et annoté) paru en 2014

Le mariage forcé en Islam : Des origines coutumières et ancestrales paru en 2006

L’esclavage en Islam (Entre les traditions arabes et les principes de l’Islam) paru en 2004

Déontologie de l’exégèse coranique dans l’enseignement d’Ibn Taymiyya (Introduit, traduit et annoté) paru en 2013




©️ Crédit : premières sources et ressources tirées d’un audio de présentation (Par Ibrahim Korera) ayant comme source initiale la vidéo YouTube citée plus haut.

Longue vie et santé à lui. Ameen

✍️🏿 KS pour le BLOG

● Le Grand Entretien du Blog (GEB) | Avec le vice-président d’Armepes-Ganbanaxu Fedde, monsieur Samba Fofana.

À l’occasion de la journée internationale pour l’abolition de l’esclavage (2 décembre 2022), la rubrique Le Grand Entretien de notre Blog revient avec une interview accordée par monsieur Fofana Samba. Juriste et militant droit-de-lhommiste mauritanien vivant en France, il est parmi les porteurs pionniers de l’engagement abolitionniste et pour des réformes sociales dans la communauté sooninké. Il est actuellement le premier vice-président de l’association Armepes-France (Association des Ressortissants Mauritaniens pour l’Eradication de l’Esclavage et ses Séquelles). Pour rappel l’association Armepes-France est à l’initiative de la mouvance anti-esclavagiste transnationale Ganbanaaxu Fedde via en premier lieu son forum WhatsApp de sensibilisation créé le 5 octobre 2016 par monsieur Gaye Traoré, l’actuel président d’Armepes-france.

Nos vifs remerciements à lui pour sa disponibilité et l’intérêt accordé à notre sollicitation.

Ci-dessous ses éléments de réponse à nos 4 questions soumises :

Question 1 : Bonjour Monsieur Fofana, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? (Parcours personnel et de militant)

Samba Fofana : Je m’appelle Fofana Samba, du village de Boully en Mauritanie . Je peux noter ici que j’ai un petit parcours académique à la faculté Économique et juridique de Nouakchott de 1998 à 2002 date de l’obtention de la maîtrise en droit privé.
S’agissant du militantisme associatif, j’ai œuvré à plusieurs associations d’abord villageoises dans le but de contribuer au développement de notre pays d’origine.
Je suis aujourd’hui vice-président de L’association des ressortissants Mauritaniens pour l’éradication des pratiques esclavagistes et leurs séquelles (ARMEPES) en France depuis janvier 2016.
Je fais partie des premières personnes à avoir posé les jalons d’une réforme sociale dans notre communauté .

Question 2 : Pouvez-vous nous édifier sur les réalités liées à l’esclavage coutumier dans la communauté soninké et l’engagement abolitionniste Ganbanaaxu Fedde ?

SF : La société soninké est fortement hiérarchisée sur la base de ce qu’on appelle communément les classes sociales ou castes. On peut affirmer ici que ce système d’organisation sociale a une forme pyramidale , au sommet on trouve les classes nobles , en deuxième position les gens qui constituent les corps de métiers et au bas de l’échelle les esclaves avec leurs démembrements aussi .
Comme toutes les sociétés la communauté soninké d’antan à en moment donné de son histoire avait besoin d’une organisation socio-politique par son propre génie afin d’assurer son existence dans la quête d’un bien être.
Mais la société soninké n’a pas su opérer les réformes nécessaires pour être en phase avec les réalités changeantes et c’est là où l’élite soninké dans son ensemble a échoué.
À mon sens le conservatisme ne devrait pas en aucun cas nous pousser vers une certaine forme d’autarcie aveugle qui nous conduira inéluctablement vers le déclin.
Pour parler de l’engagement abolitionniste Ganbanaaxu Fedde, on peut dire que ce mouvement a apporté à mon sens non seulement un éveil mais aussi une certaine prise de conscience collective pour rompre avec certaines pratiques esclavagistes .

Question 3 : Le 2 décembre de chaque année marque la journée internationale de l’abolition de l’esclavage, les séquelles du phénomène restent vivaces dans certaines zones en Afrique, selon vous quels sont les écueils qui empêchent une éradication définitive ?

SF : La date du 02 décembre 2022 nous rappelle d’abord un passé douloureux dans l’histoire de l’humanité et surtout en tant que noir africain.
Mais on peut se poser la question si l’esclavage dans ses différentes manifestations n’est pas encore d’actualité en dépit de toutes les injustices qui frappent de plein fouet les humains ?
Concernant précisément la société soninké, nous avions assisté à des difficultés pas moindres dans certaines contrées à cause de l’emprise féodale tellement présente.
Cette société a connu un passé glorieux à travers L’Empire du Gana ou le wagadou Biida, connu grâce à certains historiens Arabes .

Après la fin de la colonisation, et malgré l’avènement des indépendances , les soninkés sont toujours restés dans leur ancienne organisation où la loi n’est pas forcément une norme mais surtout c’est l’ordre coutumier qui régit les affaires de la cité soninké ou en pays soninkés.
L’une des difficultés majeures peut s’expliquer par la nature de nos Etats, quand on sait que ceux ou celles qui sont à la tête de nos institutions ont d’abord du mal pour légiférer sur la question et surtout quant à l’application des lois en vigueur pour restaurer la citoyenneté réelle.

Question 4 : Quel message avez-vous à l’endroit des militant.e.s et sympathisant.e.s de la mouvance anti-esclavagiste Ganbanaaxu Fedde, aux leaders communautaires et aux
autorités étatiques ?

SF : Le message que j’ai à l’endroit de nos leaders , militants, sympathisants, hommes comme femmes . Je les invite davantage à redoubler d’efforts car la réforme que nous portons se veut inclusive, longue , difficile et qui doit s’inscrire sur une durée.
Nous devrions nous focaliser sur certaines valeurs que je trouve cardinales voire déterminantes à mon sens pour l’accomplissement de cette cause juste : Courage, unité, solidarité et humilité.

9 décembre 2022

✍️🏿 Entretien réalisé par KS pour le BLOG

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● Les mentalités esclavagistes dans les communautés négro-mauritaniennes : la terreur grise sous silence !


Sur les mentalités d’esclavage et de féodalité, il y’a une terreur grise au sein de communautés négro-mauritaniennes qui écrase les couches sociales qui en souffrent. Oser en parler publiquement en-dehors de l’enclos communautaire dictatorial est en soi un petit acte courageux de libération. Le plus difficile est l’après dénonciation à visage découvert….

Les doubles-face très loquaces sur l’antiracisme, contre un système étatique dit injuste et sur les manquements en matière des droits humains sous d’autres cieux, vont s’interroger comment un conditionné et assigné socialement a pu s’échapper de la chape de plomb du régime féodalo-esclavagiste intra-muros pour oser parler à l’extérieur.

Pour eux, un esclave par ascendance n’a de « personnalité » qu’à travers les balises instaurées par l’ordre coutumier dominant. Cet ordre féodalo-esclavagiste qui sévit et entretenu comme une religion dans le corps sociétal. Ainsi, si ça sort à l’extérieur, les tenants défenseurs qui héritent des privilèges en interne dégainent les réflexes de suspicions sur les gens qui ont exposé publiquement la « chose ». D’aucuns diraient, c’est une manipulation et les victimes qui en parlent, sèment la division dans la communauté où chacun serait bien déjà à sa place. Et pourtant nous le savons tous, nos communautés hiérarchisées fonctionnent dans une juxtaposition sociale fonctionnelle et folklorique avec beaucoup d’hypocrisie.

Les problématiques liées à l’esclavage par ascendance en milieux négro-mauritaniens (notamment sooninkés et halpoulars), sont historiquement l’angle ignoré (bien volontairement d’ailleurs) du narratif militant droit-de-lhommiste à l’intérieur comme à l’extérieur de la Mauritanie. En milieux sooninkés, l’engagement anti-esclavagiste Ganbanaaxu investit la dynamique d’éveil abolitionniste depuis quelques années avec beaucoup de difficultés. Les écueils sont nombreux, les militants (ont subi) subissent diverses violations de leurs droits ici et là avec une certaine complicité d’éléments de la communauté introduits dans les rouages de l’état. Ces derniers temps, nous avons constaté 2 groupes issus de la communauté Peul, sortis publiquement dénoncer des traitements liés à cet esclavage coutumier dans leurs localités.

Un groupe originaire de winding venu dans une rencontre de Ganbanaaxu à Nouakchott et un deuxième groupe (originaire d’une localité près de Bababe) vu il y’a 2 jours auprès du leader anti-esclavagiste mauritanien d’IRA-Mauritanie Biram Dah Abeid. Espérons que ce soit une libération de la parole enfin sur ces violences silencieuses d’atteinte à la dignité humaine qu’on sait bien que ça couve en nous et parfois dans nos propres familles.
Les leaders politiques, les blogueurs, les porteurs d’opinions et les militants droit-de-lhommistes issus de nos communautés doivent réajuster leurs visions en matière de revendications et de demande de justice et des droits humains. L’échelle intra-communautaire devrait être le point de départ pour plus de cohérence et de sincérité dans ce qu’on réclame ou dénonce extra-muros.
On ne voudra pas de la logique de tonton Samba Thiam (fpc) qui lâchait un étrange post Facebook sur l’affaire de Maïmouna Sissoko du côté du village de Diaguily il y’a quelques mois. Il laissait entendre pour dénoncer le traitement subi par cette dame sooninké anti-esclavagiste, qu’il y’a « d’autres voies de coercition contre nos égarés internes qui sortent de rangs » . Comprendre en substance selon lui, les éléments subversifs qui portent cet engagement anti-esclavagiste et anti-féodal seraient ces égarés internes à dompter autrement.

Si on arrêtait notre duplicité et nos petites duperies qui ne passent plus…!

✍️🏿KS pour le BLOG

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● Esprit de caste | Par Ciré Kane

Le couple dont le mariage a été annulé n’est qu’une goutte d’eau dans l’eau.

En milieu peul, c’est une pratique bien courante à tel point qu’il y a plusieurs adages incitant l’individu à rester dans sa caste : « La vache doit être comme les autres vaches », « Le lézard avec le lézard, le varan avec le varan », « La gazelle ne saute pas et son enfant passe par en dessous »…

La liste est longue. La société maure a hérité de l’esprit des castes des noirs et le cas entre cette femme chérifienne et ce garçon griot existe bel et bien chez les noirs non arabes (peuls, soninkés, wolofs…). Donc c’est un problème de castes qui touche toutes les communautés.

Il y a quelques jours je retirais symboliquement mon nom de famille des réseaux sociaux. Ça change un peu l’attitude de certains amis virtuels. On me demande un peu moins mon village, un peu plus ma famille, on ne me confond plus avec le maire de ma commune, on rentre plus rapidement dans le vif du sujet, la discussion est plus citoyenne…

Il y aura toujours avantages et inconvénients à masquer son nom pour ne pas être catalogué féodal ou susciter, par jeu, la curiosité d’un visiteur de mon espace virtuel. La tradition africaine numérisée exige de bien recevoir ces tisseurs de toiles d’araignées.

Revenons à ce couple dont le bonheur fut de très courte durée. Mon avis? ils sauront se retrouver à Marrakech ou Dakar et la naissance d’un enfant, fruit de leur amour interdit, amènera la belle-famille à mieux respecter le gendre. Ils se transformeront eux-mêmes en ses griots. Car ils connaissent la vraie histoire des iguiw. Ce sont, pour la plupart, d’anciens guerriers amazighs (berbères), redoutables, vaincus par les beni hassan. Ils furent interdits de porter des armes et obligés à chanter les gloires du vainqueur. Avant l’ultime défaite militaire, la bataille de trop, ils étaient libres comme le vent et n’étaient pas des laudateurs. L’histoire de leur peuple brille et scintille. Oui, donner mon avis sur cette affaire n’était qu’un prétexte pour faire le griot de ces griots anciens généraux, conquérants de Marrakech et de l’Andalousie.

Dans l’immédiat, les lois de l’islam concernant les droits de la femme devraient fondre devant le droit international vu que le pays a ratifié pas mal de conventions et de traités très favorables à la femme. Mais il y a un pouvoir religieux qui tente de durcir la charia même quand elle est incompatible avec le droit international.

Comment tolérer qu’ au 3ème millénaire des femmes aient des tuteurs, dont l’absence peut annuler un mariage? C’est, parait-il, le faux alibi pour empêcher la dame de vivre avec l’homme de sa vie.

Est-ce normal que nos femmes soient emprisonnées dans leurs foyers sachant que seuls les hommes peuvent libérer leurs cous?

L’expression montre le caractère esclavagiste du mariage rompu uniquement par l’homme en enlevant la corde au cou de la pauvre mariée. Non! Chacun des deux partenaires doit pouvoir mettre fin à la relation.

Les femmes peuvent être bastonnées par leurs maris. On ne peut pas flirter entre des lois très rigides et la déclaration universelle des droits de l’homme. L’incompatibilité est manifeste et le monde musulman adapte ses lois en perpétuelle mutation pour épouser des réalités humaines très glissantes. Certains pays, comme la Mauritanie, le font par peur de sanctions internationales, d’autres n’ont jamais coupé de mains ni de têtes d’ailleurs.

En Mauritanie, des pseudo-guides injectent le venin de la division par les ethnies et les castes pour maintenir sous contrôle la population. Au profit de qui? De la junte ! Voilà pourquoi aucun général ne tente d’établir un État de droit.

Bien sûr, il ne faut pas tout imputer aux religions. Le supplice du pagne blanc, l’excision, l’abandon des épouses et bien d’autres dérives sont sociétales.

6 novembre 2022

Siree Tekruur

● Mot du Blog | Après le visionnage d’un épisode du film en pré-montage de Michael Hoare sur une phase tumultueuse de la vie politique mauritanienne.



Un événement organisé à Paris ce samedi 29 octobre 2022, par l’association Avenir vivable http://www.avenirvivable.ouvaton.org/. Au sein de la Halle Saint Pierre dans le 18ème arrondissement à quelques pas du touristique Sacré Cœur.

Avant la projection, un fils de monsieur Hoare nous a servis une brève présentation de 3 artistes peintres mauritaniens . Il s’agit d’Amy Sow, d’Oumar Ball et de Saleh Lo. Il a annoncé un chiffrage donnant que la Mauritanie compterait autour de 100 artistes peintres et que le domaine n’est pas assez valorisé.



L’épisode du film retrace une partie tumultueuse de l’historique politique mauritanien. Le réalisateur précise que d’autres épisodes ont été diffusés et en accès libre via sa plateforme YouTube https://youtube.com/user/HoareMichael. Et d’autres vont suivre prochainement.

Le titre de l’épisode du jour est « Des années 70 à la rédaction du Manifeste du Négro-mauritanien opprimé » devant le public d’une vingtaine de spectateurs, il retrace un pan de l’historique politique mauritanien. Archives télévisuelles et des témoignages d’acteurs de l’époque, le film est très instructif et donne un aperçu fouillé sur cette période politique tumultueuse dont les répercussions restent marquantes dans les enjeux tendus d’aujourd’hui. Notamment ceux qui sont liés à la problématique de la cohabitation entre communautés ethno-raciales en Mauritanie. La question sur l’identité du pays a surgi dès sa naissance, et j’ose remarquer qu’il n’a pas eu de baptême consensuel pour la jeune personnalité « Mauritanie ». Son premier président feu Moktar Ould Daddah opta pour un forcing unilatéral vers l’arabité au profit de son ensemble ethno-racial d’origine (arabo-berbère). En face l’ensemble negro-africain (hors haratines) se sentant piégé par un processus d’arabisation de la personnalité politique et culturelle « Mauritanie », a réagi avec de groupes contestataires qui émergent contre l’ordre étatique en déséquilibre progressif entre les 2 ensembles. Ainsi on notera l’affaire des dix-neuf du Manifeste de 1966, par la suite la composition clandestine des Flam (Forces de libération africaines de Mauritanie) en 1983. En 1986, le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé est sorti et non signé selon les propos de monsieur Ibrahima Abou Sall (co-rédacteur du Manifeste). Intervenant principal dans le film, monsieur Sall était présent physiquement dans la salle et ses réponses et explications ont été édifiantes avec quelques détails poussés. D’ailleurs j’ai des regrets de n’avoir pas filmé son intervention après le visionnage du film. Dans le documentaire, j’ai observé une analyse clinicienne dans certains propos du Chercheur mauritanien Abdel Wedoud Ould Cheikh. En substance dans un propros, il laissait entendre qu’à la genèse de cette Mauritanie au départ, il y’a eu affrontement pour le pouvoir (sources de richesses et de puissance) entre les milieux élitistes et lettrés issus des aristocraties ethno-raciales de deux ensembles (arabo-berbère et negro-africain).

À titre informatif, on apprend que le Manifeste d’avril 1986 est composé de 46 pages et a été traduit en arabe et en langue pulaar. Monsieur Sall, secrétaire des Flam au premier congrès (13-14 mars 1983) assure qu’ils ne trouvaient pas de traducteurs sooninké et Olof en qui ils ont confiance vu la situation de clandestinité de la mission.

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