Réflexion/ Idées : 《2020 : l’incontournable Islam (partie 2) 》 Par Ousmane Timera

Partie 2/1 : Les dessous philosophiques de la mondialisation actuelle qui expliquent pourquoi l’islam est incontournable pour l’avenir du monde.

L’Islam est incontournable. Ce n’est pas une simple déclaration emprunte de romantisme. L’actualité nationale et internationale le montre. C’est philosophique et politique. Il nous faut en profondeur le démontrer et dire pourquoi. Ce texte sera donc un peu difficile. Il dépasse le prêchi-prêcha qui nous est servi. Il vous respecte. Accrochez-vous. Elevons-nous.

L’Islam est incontournable ? Cela tient en ces deux points. Comprenons-les:

1) Il y a correspondance de l’Islam, en ses enseignements et réformes, en tant que négatif et opposition, avec les dessous philosophiques de la mondialisation actuelle. Ces derniers, en tant que projet de civilisation, sont devenus en effet le contraire exacte, le reflet négatif de la philosophie de l’Islam telle qu’exposée dans le Coran. Et leur échec actuel, tant sur le plan civilisationnel et socio-écologique, est une justification irrémédiable du projet cosmique (nous entendons par le terme « cosmique » ce qui prend en compte les choses avec l’ensemble de ce qui est, en ses relations et interactions infinies dans la mesure du possible) de l’Islam et sa réalisation à venir, libérées des interprétations éculées et/ou contre-coraniques du passé et du présent.

2) Il y a correspondance du projet coranique avec les revendications des peuples pour la dignité, l’égalité et le partage équitable des biens et du pouvoir, ainsi qu’avec la conscience de plus en plus accrue de l’humanité en tant que famille, quant à son unité et le besoin de sa réalisation solidaire, spirituelle et politique à l’échelle planétaire, au-delà des frontières et des spécificités ethniques, religieuses, culturelles et sociales. La réalisation de ce projet sera (les prémisses se réalisent sous nos yeux) prise en charge par l’humanité entière qui se rendra compte de la concordance qui existe entre ses aspirations et les inspirations du Coran.
C’est l’existence de ces deux éléments, que nous allons analyser plus en profondeur, qui rend l’Islam incontournable, en raison de sa vision et de son projet cosmique, pour l’avenir du monde tant sur le plan philosophique-religieux (la dimension spirituelle et symbolique de l’humanité) que sur celui géopolitique qui commande la politique (la dimension temporelle de l’humanité). Et c’est ce qui explique en partie, selon nous, le fond de l’excitation et de l’agitation de l’ordre mondial actuel contre/vis-à-vis de l’Islam.

Analysons le premier point et répondons à cette question :

Quels sont les dessous philosophiques de la mondialisation actuelle et qui expliquent ses dérives politiques et écologiques ? Dérives qui nécessitent et préparent une compréhension et une réalisation plus accomplies du projet de l’Islam, à la conclusion duquel l’expérience humaine arrivera (est en train d’arriver) bon gré mal gré.

Il faut le dire, les cinq siècles de suprématie occidentale sont sérieusement remis en cause. Nous assistons à un changement inédit des rapports de force au profit d’autres puissances et ères culturelles (notamment asiatiques). Le leadership mondial est en train de changer de main. Et cela ne se fera pas sans conflit.

L’occident, à travers ses élites financières, politiques et intellectuelles, veut garder sa place. Et il lui faut embrigader ses populations et ses moyens pour cet objectif. Quitte, pour ce faire, à revenir sur les Droits de l’Homme et sa philosophie égalitaire, devenue une croyance auprès de la majorité des populations européennes et américaines après l’amer expérience des deux guerres mondiales. Ce, afin que ces valeurs ne soient plus un obstacle moral dans la concurrence effrénée pour les richesses et les ressources ; et pour les replonger (ces populations occidendentales) dans la croyance nauséabonde de la suprématie raciale, civilisationnelle et religieuse, qui justifiera la (future, si rien ne s’y oppose) recolonisation directe de l’Afrique, du Monde musulman, de l’Amérique du Sud et d’une partie de l’Asie, avec l’exploitation outrancière des gens (à l’intérieur comme à l’extérieur des sociétés occidentales) au nom de la guerre économique et de la croissance.

Voilà ce qui explique en partie l’islamophobie et son inoculation médiatique et académique d’une part ; et d’autre part, concomitamment, la mise en pièce méthodique des droits sociaux et économiques et la mise au pas des États, de la démocratie et des populations, pour répondre à la logique froide du marché et aux besoins d’expansion des oligarchies financières.

Telle est la situation que nous vivons. Mais poussons plus loin notre réflexion. La mondialisation et globalisation actuelles, issues du modèle occidental, repose sur l’application de la loi de l’évolution et de la sélection naturelle dans les relations économiques, politiques et internationales. Elle est un reniement méthodique du sens, de la morale, du symbolique et du religieux qui reposent sur la transcendance divine, la dignité humaine et le dépassement de cette vie d’ici-bas vers l’au-delà qui le comprend. Ce, soit par la négation pure et simple ; soit par leur soumission à la justification idéologique de l’ordre des choses. Dieu et la religion, avant (dans une théocratie), l’homme et la démocratie ou les droits de l’homme, aujourd’hui (dans «l’anthropocratie»), sont des paravents qui servent à masquer et justifier la domination : ils en parlent d’autant plus qu’ils n’y croient pas/plus.

En d’autres termes, la séparation et opposition de la nécessité naturelle et de la liberté morale ou, en d’autres termes, de la politique et de la religion, au détriment du second qui s’atrophie (ou le contraire), est ce qui caractérise le modèle civilisationnel de la mondialisation actuelle. C’est une réduction philosophique et religieuse volontaire à l’ici-bas, au détriment de l’au-delà et de l’idéal. C’est un affaissement envers les seuls besoins naturels contre ceux du spirituel qui ne le nie pas et les englobe (du moins en Islam et dans la modernité). Ce qui déchiquette notre monde intérieur et épuise notre monde extérieur, en en faisant un moyen (dans les deux sens) et un combustible pour alimenter l’ordre naturel quantitatif des choses et celui des plus fort, qui se transposent comme idéal indépassable.

Il n’y a ainsi plus de dépassement possible de soi et du monde, car il n’y a plus d’au-delà vers lequel tendre et qui nous inspire. La seule chose qui s’impose c’est alors l’imitation de ce qui est considéré comme le summum (l’Occident) et la soumission de l’Être à cela. Et c’est le plus fort, dans le jeu naturalisé et normalisé des rivalités et interactions entre individus et entre peuples, qui doit avoir raison des plus faibles qu’il est naturellement normal, dans cette logique, d’exclure, d’exploiter et d’écraser.

C’est une conception qui insère et réduit l’homme et les relations humaines dans les lois de la nature, c’est-à-dire de la nécessité déterministe et du rapport de force; et fait du monde de la liberté, c’est-à-dire de la conscience, de la morale et de la religion, une chimère qui ne se sépare point de la réalité naturelle du phénomène humain, au détriment de son autre réalité spirituelle. Il n’est ainsi, de ce point de vue, qu’un animal évolué qui reste tributaire des lois naturelles auxquelles sont soumis, au même titre, les animaux.

Or à ce niveau réduit et restrictif de l’existence, les notions de dignité, de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité sont inexistantes, et ne peuvent servir tout au plus que de moyens (et non de fins) pour, de la part des plus fort, ruser contre les faibles et les soumettre (l’explication de la religion pour Marx) ; ou pour, de la part des faibles, désarmer les plus fort et leur volonté de puissance (l’explication de la morale pour Nietzsche).

Dans tous les cas, il s’agit bien d’un reniement de la dimension spirituelle de l’être humain, qui transcende sa dimension naturelle (sans la nier comme le prône l’Islam) et n’est pas soumise aux lois de la nécessité. Dimension d’où proviennent les idées de Dieu, de dignité et de fraternité humaine, de justice et de retour à la vie (Kant, Descartes, Ibn Khaldun, Ibn Taymiyya, al-Ghazali). Dimension humaine issue, selon le Coran, de l’esprit divin insufflé en lui (mais qui n’en fais pas un dieu ni un ange) et qui fonde sa dignité et son rôle de calife/lieutenant de Dieu sur terre.

C’est alors, dans cet oubli, l’isti’mâr (action de vitalisation et d’exploitation de la terre) qui se fait sans les principes de l’istikhlâf (la lieutenance selon des principes divins et cosmiques supérieurs) qui lui donne ses orientations divines et humaines de civilisation. C’est la source de la corruption (fasâd) de la terre et de la falsification (tahrîf) de la conscience humaine.

Voilà l’origine des excès économiques, technologiques et écologiques, dévastateurs pour l’humanité, de la mondialisation actuelle. Cela, en raison du détachement de son modèle vis-vis de tout principe transcendant divin (quelque-soit le nom donné à la divinité) et/ou de la falsification de l’idée que l’on s’en fait à travers la religion judéo-chrétienne, qui en est l’inspiratrice véritable. Nous y reviendrons (dans la prochaine partie).

©️ Crédit source : Post Facebook de l’auteur (24 janvier 2020)

IRA – MAURITANIE : COMMUNIQUÉ DE PRESSE

1. Tard en soirée du 13 janvier courant, Madame Mariem Aoufa, Directrice du département Amérique et Asie au ministère des affaires étrangères et de la coopération, publiait un avis de démission, sur son compte twitter ; l’avant-veille, elle y soutenait l’expulsion d’un Français, Jean-Marc Pelenc, chef d’une section, dans son pays, de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M) ; elle le qualifiait alors de « ce juif » et l’exposait ainsi au risque d’atteinte à l’intégrité physique, en lui imputant une relation – d’ailleurs fictive- avec le journal Charlie Hebdo, victime, en 2015, d’une tuerie terroriste, à Paris.
Par la même occasion, Madame Aoufa dit respecter peuples et religions, reconnait l’erreur et présente des excuses, aux personnes que son propos blesserait.

2. Ira Mauritanie prend acte de la contrition et salue le courage de l’auteur, dans un environnement mental où l’impunité et l’extrémisme religieux favorisent plutôt la banalisation du fait accompli. Un cas similaire mérite mention : à la fin de l’année 2019, le juge d’instruction du 1er cabinet près la Cour criminelle de Nouakchott Sud, Ethmane Ould Mohamed Mahmoud, renonçait à sa charge ; quelques semaines auparavant, en septembre, il livrait une mineure victime d’esclavage, à ses maitres et annulait leur détention, pourtant réclamée par le Parquet. Les deux évènements augurent d’une dynamique qualitative vers l’Etat de droit, malgré la sédimentation du passif et du déni, devant l’évidence de crimes aggravés de racisme.

4. En conséquence, l’Ira-M, Ong toujours interdite, félicite le gouvernement, sans doute vecteur d’un tel dénouement et l’encourage à une réforme, en profondeur, du personnel de l’Etat ; il importe d’y vérifier les diplômes, les aptitudes, le niveau de formation et surtout les causes indues de recrutement. Il n’est pas superflu de réaliser un tel audit, lequel implique la restauration du mérite, la fin des discriminations fondées sur l’ethnie et la langue, l’enseignement de la déontologie, du protocole et du savoir-vivre moderne. La composition des agents du ministère des affaires étrangères et de la coopération, en dépit de la diversité de leurs talents, témoigne d’inégalités et de privilèges, incompatibles avec les rudiments de la citoyenneté. Le grief n’épargne d’autres secteurs de la fonction publique mais il revêt, chez nos diplomates, un degré inouï d’injustice. Il appartient, au nouveau Président de la république, d’insuffler les réformes, jusqu’ici différées sous le prétexte de « laisser le temps au temps », la fameuse devise de la stagnation. Les nominations en Conseil des ministres attesteront du renouveau escompté ou l’infirmeront, assez vite.

5. Enfin, Ira-M, au nom de son ancrage universaliste, continue à diffuser et promouvoir les valeurs d’hospitalité, de tolérance et de xénophilie, gages d’unité de l’espèce humaine, envers et contre les passions de la supériorité et les démons du différentialisme. L’adhésion à une organisation de défense de la dignité de l’individu dépasse les obstacles de nationalité et de frontière.

Nouakchott – 14 Janvier 2020

©️ Crédit source : Réseaux IRA-MAURITANIE

Mauritanie : Violations des droits économiques et sociaux, sur fond de discrimination (IRA-MAURITANIE)

🔹️Note d’information

La brigade de gendarmerie en charge de la zone aurifère de Chami (Wilaya de Dakhlet Nouadhibou) arrêtait, le mardi 7 janvier 2020 à 15 heures, le nommé Mohamed Mohamed Lemine, descendant d’esclave, militant du mouvement de résurgence abolitionniste en Mauritanie (IRA – Mauritanie) et son représentant au niveau local.

L’interpellation de Monsieur Mohamed Mohamed Lemine intervenait à la suite d’un échange de propos entre celui-ci et le gendarme de quatrième échelon, Mohamed Salem, proche collaborateurs du capitaine Haddi Kleib nouvellement affecté au maintien de l’ordre sur le périmètre. La discussion des deux hommes tournait autour du défaut d’équité dans attribution de parcelles d’orpaillage ; en effet, le grief nourrit le ressentiment de milliers de chercheurs, d’extraction humble, devant les concessions et facilités accordés aux miniers et spéculateurs bidhane. La différence de traitement prolonge le privilège tribal et vient consacrer le passage, parmi les travailleurs manuels, de la condition de serviteur dès la naissance, à celle d’esclave moderne. Naguère comme aujourd’hui, la division sociale de la souffrance n’évolue ; mêmes misérables et soumis à l’épreuve du soleil et de la soif, le maitre d’antan et l’ancien captif vivent l’expérience perpétuelle de la différence, face à l’Etat. Malgré la ratification d’instruments du droit international qui protègent, la personne, de la précarité et du travail indécent, la Mauritanie rechigne à les appliquer, d’abord du fait de leur concours à la citoyenneté de pleine jouissance.

La connotation des termes proférés par le soldat, révèle l’usage d’expressions appartenant au registre du mépris, voire de la haine, tous déclinés en raison de la naissance ou de la race. Mohammed Mohamed Lemine subit la logique de l’affront et de l’exaction qu’endurent les membres d’ IRA – Mauritanie et la majorité des noirs de Mauritanie, à cause de leur engagement contre les inégalités, le déni de justice et l’occultation du crime.

Victime du zèle des forces de sécurité, Mohamed Mohamed Lemine n’échappe à sa condition, d’ouvrier fossoyeur, sans le sou, qui creuse son salut loin dans la rigidité du sol ingrat. Il ne dispose de secours, de soutien ni d’un avocat pour le soustraire au fardeau hérité de siècles d’arbitraire et d’impunité.

Nouakchott, le 9 janvier 2020
La commission de communication

©️ Crédit source : Réseaux IRA-MAURITANIE

Bref aperçu sur la vie du Pr. Cheikh Saad Bouh Kamara

Le Pr. Cheikh Saad Bouh Kamara, sociologue et éminent défenseur des droits de l’homme s’est éteint lundi 30 décembre 2019 à l’âge de 75 ans. Avant sa disparition, le défunt m’avait confié, avec Bios Diallo, le soin d’une biographie complète sur sa vie. Notre dernière entrevue date d’octobre 2019, pour des compléments d’informations. Le travail reste inachevé. Cependant, grâce aux quelques éléments que le défunt nous a fournis, j’avais esquissé un résumé de cette grande anthologie qu’est la vie du Pr. Cheikh Saad Bouh Kamara, qu’Allah l’agrée parmi ses privilégié. Voici le résumé sur la vie combien riche et foisonnante de l’illustre disparu.

Pr Cheikh Saad Bouh Kamara est issu d’une famille de savants. Son père, Tourade Kamara, est le fils du grand érudit Cheikh Moussa Kamara, auteur de plusieurs ouvrages. Certains écrits de ce dernier sont encore d’une actualité étonnante. Notamment son livre sur le «Jihad » qui alimente de nos jours la réflexion.

Sa mère est aussi fille d’un grand érudit de la tribu des Idawali de Tijikja. En effet Sidi Abdoullah Ould Cheikh Brahim, c’est son nom, est auteur du Wassit, l’ouvrage de Fiqh le plus enseigné dans les universités d’Al Azhar Chérif au Caire.

Cheikh Moussa Kamara

Savant théologien du Fouta, Cheikh Moussa Kamara était un intellectuel engagé. En témoigne sa Fatwa contre l’esclavage, par laquelle il refuse tous les présents qui lui sont offerts : femmes, or et esclaves . Mais son livre le plus emblématique est celui sur le «Jihad de Cheikh Oumar Foutiyou». Objet de controverses, à son époque, il demeure un sujet passionnant de nos jours. Dans cet écrit Cheikh Moussa, qui décèdera en février 1945 à Guanguel, une localité de Matam au Sénégal, s’élève contre le meurtre de musulmans au nom du Jihad.

Le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara raconte que lorsque son père annonça la naissance prochaine de son fils à son grand-père, Cheikh Moussa Kamara, ce dernier s’acquitta de la prière prémonitoire dite Istikkara qui permet d’interroger l’avenir. C’est là qu’il suggéra de prénommer le futur enfant Cheikh Saad Bouh, du nom de son grand frère, qui lui-même portait le nom du grand Walyou de Nimjat, Cheikh Saad Bouh Ben Cheikh Mohamed Vadel. Puis, il prédit : «ton fils sera très maladif, et s’il survit à la mort il voyagera beaucoup à travers le monde, écrira des ouvrages et sera très célèbre. Mais il ne manquera pas d’ennemis, car sera rudement combattu, ce qui ne l’empêchera pas de porter la notoriété de la famille».

Cette lucidité dans la lecture des faits n’a rien de surprenant. Cheikh Moussa Kamara avait côtoyé les grands érudits de son époque, notamment Baba Ould Cheikh Sidiya des Oulad Berri et qui fit un pèlerinage, en 1930, à Nimjatt, lieu de la confrérie khadiriya. Déjà à son époque, il avait une méthode très scientifique dans ses démarches en donnant toujours la thèse, l’antithèse et la synthèse de ses réflexions.
Cheikh Tourade Kamara, père du Pr.Cheikh Saad Bouh, décèdera en septembre 1981 à Kiffa.

La famille maternelle

La mère du Pr Cheikh Saad Bouh Kamara est Zghouma Mint Sidi Ould Sidi Abdoullah Ould El Haj Brahim, savant et théologien de la tribu des Idawali de Tijikja.
La famille de Sidi Abdoullah Ould Hadj Brahim du Tagant est bien connue pour son érudition. Cheikh Sidi Abdoullah al Alawi (1733-1818) est l’un des plus réputés savants en Mauritanie. Son rayonnement a dépassé les frontières du pays, comme l’atteste son voyage au Maroc où le Sultan de Fez lui réserva un accueil mémorable, mais aussi au Caire, alors qu’il effectuait son pèlerinage à la Mecque. Il a écrit plus de 80 livres dans divers domaines.

Naissance de Cheikh Saad Bouh Kamara

Pr Cheikh Saad Bouh Kamara est né le 30 septembre 1944 à F’Dérick (région du Tiris Zemour). Il a passé, entre 1951 et 1956, son concours d’entrée en 1ère année du collège à Rosso dans la région du Trarza au Sud du pays. Il était sous la bonne protection, entre les mains, de Boubacar Daouda Fall, célèbre instituteur qui forma une grande partie de l’élite mauritanienne, dont l’ancien président de la République, Me Mokhtar Ould Daddah. En effet, le jeune Cheikh Saad Bouh Kamara avait été confié, par son père à maître Thierno, père de Fall Thiernoqui sera le fondateur du groupe scolaire Al Baraka. Parmi ceux qui ont enseigné Cheikh Saad Bouh Kamara, on peut citer Mohamed Saleh, ancien ministre sous Mokhtar Ould Daddah. Et parmi ses promotionnaires, beaucoup de cadres dont certains sont encore en vie. On peut citer : Saleck Ould Ely Salem, Abderrahmane Ould Moine, Mohamed Lemine Ould Moine, Abderrahmane Ould Boubou de l’UTM, Moustapha Ould Cheikh Ahmedou, ancien président de l’Autorité de régulation, Abdallahi Ould Ismaël, l’ancien ministre de Taya, Moustapha Ould Abeiderrahmane, Dr Diagana Yousouf, l’historien Bâ Moussa Bathily, etc.

Un homme dans les droits de l’homme.

Le 12 décembre 1984, date du coup d’Etat du colonel Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya contre le président Mohamed Khouna Ould Haïdalla en déplacement à Boujoumboura, le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara était chargé de mission à la Primature, poste qu’il occupait depuis 1980 sous le gouvernement de Ould Bneïjara. Nommé Président du Conseil d’Administration de la Société Mauritanienne d’Assurance (SMAR), son limogeage de son poste de conseiller à la Primature serait consécutif à une calomnie rapportée au Premier ministre. On l’accusait d’avoir refusé un Audit, en tenant ce propos : «j’ai été nommé par décret comme conseiller à la Primature et non pour masser les pieds du Premier ministre » répondra-t-il..

Pr Cheikh Saad Bouh Kamara soutient pour sa part un autre geste : «lorsque le Premier ministre tomba malade, j’étais le seul à l’avoir accompagné à l’aéroport pendant son évacuation en Algérie ». Mais le mal de son éviction sera fait !
Après le coup de force du commando du 16 mars 1981, mené par le commandant Kader et ses amis, le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara forma avec un groupe de cadre, une coalition qui comprenait Mme Bâ dite Simone, les Pr Saleh Baber, Dahi et Haïbetna Ould Sidi Haiba, en plus du futur doyen de la Faculté des Lettres,Diallo et Mohamed Ould Naji de l’ENS.

En 1986, le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara est accusé d’être le conseiller des Forces de Libération Africaine de Mauritanie (FLAM). Accusations qu’il dément formellement.
Entre 1989 et 1991, création de l’Association Mauritanienne des Droits Humaines (AMDH) avec à sa tête Feu Diagana Mamadou Samba. Dans la foulée, le gouvernement créa la Ligue Mauritanienne des Droits Humains (LMDH), pour saper les activités de ce mouvement d’indépendants qui cherchaient à dénoncer les dérives du régime. C’est alors que les ennuis commencent pour le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara et ses amis. Le régime les accuse de préparer un coup d’Etat. En janvier 1992, avec la première mission conjointe en Mauritanie, menée par Anti Slavery, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et l’ONG Agir Ensemble, les membres de l’AMDH, dont le Pr.Cheikh Saad Bouh Kamara seront arrêtés par la Police Politique.
En juin 1993, suite à la Conférence mondiale sur les droits humains organisée par l’ONU à Vienne en Autruche, Hamdy Ould Mouknass est arrêté l’année suivante en 1994, en même temps que le Pr.Cheikh Saad Bouh Kamara et Diabira Maaroufa. Les défenseurs des droits de l’homme lancent alors l’escalade et c’est la fameuse signature des «50» qui exigent la lumière sur le Passif humanitaire qui aurait coûté la vie à plus de 500 négro-africains, dont la plupart des militaires exécutés extrajudiciairement entre 1990 et 1991, sans compter les déportations, les meurtres massifs et leur cohorte de fosses communes.

Ces revendications étaient nées alors qu’un climat de démocratie pluraliste soufflait sur le pays qui, à l’instar de beaucoup de pays d’Afrique, subissait les contres-coups du Discours de La Baule tenu par le président français François Mitterrand. La Mauritanie se dota alors, en 1991, d’une nouvelle constitution qui consacrait les libertés publiques et individuelles, la liberté d’opinion, la liberté des partis politiques, des syndicats et associations.

En 1997, les activistes des droits de l’homme multiplièrent leurs actions ainsi que leurs activités pour soutenir les victimes du Passif humanitaire, pour informer l’opinion publique nationale et internationale, à travers les rapports réguliers adressés à la FIDH.

En mars-avril 1997, la Commission africaine des droits de l’homme organise un forum à Nouakchott, alors que les membres de l’AMDH étaient pourchassés par la police qui empêcha ses délégués d’accéder à la salle de l’Assemblée Nationale où se déroulaient les assises.

L’idée de créer un Forum national des droits humains (FONADH), qui regroupe l’ensemble des organisations mauritaniennes actives commença alors à faire son chemin. Le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara sera brièvement interpellé lors de la visite, la même année 1997, du président Jacques Chirac à Nouakchott, visite au cours de laquelle, le Pr Kamara avait été reçu par le conseiller du président français en charge des droits de l’homme à l’ambassade de France.

En janvier 1998, le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara est de nouveau arrêté. Cette fois, il est envoyé en prison avec Boubacar Messaoud de SOS Esclaves, les avocats Me FatimataMBaye et Me Brahim Ould Ebetty. L’évènement malheureux s’est produit au moment du passage du Rallye Paris-Dakar. Deux autres activistes, Jemal Ould Yessa du mouvement Conscience et Résistance et le Pr.Abdel Wedoud Ould Cheikh, furent activement recherchés mais la police ne parviendra pas à mettre la main sur eux. A l’origine, de cette chasse aux sorcières, la diffusion d’un film sur l’esclavage.

Il convient de noter que le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara était membre depuis 1993 du Conseil d’Administration du Fonds de contribution volontaire de lutte contre l’esclavage créé en 1991-1992 pour venir en aide aux victimes de l’esclavage. Les membres du Fonds se réunissaient une fois par an à Genève. Quelques 10.000 dollars U.S furent distribués à l’époque entre 1993 et 2007. Le Pr.Cheikh Saad Bouh Kamara fut même contraint une fois de voyager avec un passeport de l’ONU, le sien ayant été confisqué pour l’empêcher de se rendre à Genève. Une fois sur place, il butera sur l’ambassadeur mauritanien auprès de l’ONU, Ould Mohamed Saleh qui ira jusqu’à soutenir que le Pr.Kamara n’est nullement un défenseur des droits de l’homme.

Le consultant itinérant

Après plusieurs décennies de combat pour les droits de l’homme, dans son pays et sur tous les fronts et tribunes internationales, Pr Cheikh Saad Bouh Kamara se consacre au Consulting international et poursuit une riche carrière d’expert. Il faut dire que la consultation n’a jamais été éloignée de son parcours, même quand il était plongé dans la défense des droits de l’homme. Sa première expérience dans le domaine remonte à 1980 avec la FAO dans la lutte contre la désertification. Puis, le PNUD et l’UNESCO sollicitèrent ses services dans plusieurs autres secteurs sociaux et de développement.

Pr Cheikh Saad Bouh Kamara se rendra trois fois à Madagascar où il forme des consultants sur place. En 1986-1987, lorsque le gouvernement mauritanien, demande à la FAO de lui envoyer un consultant, ce dernier lui répond qu’il y a sur place un expert consultant, en la personne de Cheikh Saad Bouh Kamara à Nouakchott. Autant dire un pied de nez !
Ce n’est qu’à partir de 1998 que le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara va se stabiliser relativement en Mauritanie, après des années de voyages à travers le monde, pris dans le tourbillon de l’expertise internationale.

En janvier 2001, il est nommé Premier Vice-Président de la FIDH et anime dans ce cadre, au cours de la même année, le Premier Forum Social Africain dont il devient membre lors de la rencontre de Bamako du 5 au 9 janvier 2002.
Après le coup d’état d’août 2005, contre le régime de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara se retrouve en novembre de la même année membre de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Il est alors désigné président de la Commission communication et éducation citoyenne.

Deux ans plus tard, en 2007, le Pr Cheikh Saad Bouh Kamara qui était professeur de Sociologie à l’Université de Nouakchott, est admis à faire valoir ses droits à la retraite à l’âge de 65 ans.

Ce qui va lui permettre de s’adonner à ses passions. Les voyages, notamment. Il continue à sillonner le Continent africain où il anime sans arrêts des conférences.
En 2009, il est nommé président de la CENI après les fameux Accords de Dakar qui avaient mis fin à la crise politique née du coup d’Etat contre le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Aballahi.

En marge de ses multiples actions, le Pr Kamara publie sans arrêts. En 1986, il est co-auteur de l’ouvrage «Le Sahel face au futur » édité par l’OCDE ; en 1990, il publie aux éditions FAO «Espace pastoral mauritanien ». En 1988, suite à uneconsultation offerte par l’ambassade de France, il est de nouveau co-auteur de «Urbanisation de la Mauritanie ». Enfin, son dernier ouvrage, somme de ses réflexions, «Afrique Espérance » paru aux éditions L’Harmattan en 2011.
Le Pr. Cheikh Saad Kamara s’est éteint le lundi 30 décembre 2019 à Nouakchott. Qu’ Allah lui accorde son Paradis céleste et l’honore de la compagnie du Prophète (PSL), de ses compagnons, des Véridiques et des Hommes Justes.

Cheikh Aïdara et Bios Diallo

©️ Crédit source: Post Facebook du journaliste Cheikh Aïdara

Le député Ogo Bakary Coulibaly sur la question de l’esclavage qui secoue la communauté soninké

Lassana Sow – Suite à une sortie médiatique de son honorable Biran Dah Abeid aux ondes de la Radio Diaguily le samedi 28 Décembre sur la question esclavagiste et ses séquelles en milieu soninké, l’honorable député Ogo Bakary Coulibaly issu de cette communauté n’a pas raté l’occasion de donner son point de vue sur ladite question épineuse qui divise aujourd’hui les soninkés.

Vous pouvez lire l’intégralité des propos de son honorable Ogo Bakary Coulibaly comme si vous étiez en direct à la Radio Diaguily.

Je tiens à saluer d’une manière particulière l’honorable Biran Dah Abeid lui notifié toute ma considération, mon respect pour son patriotisme et encourager sa constance dans le combat qu’il mène pour l’établissement d’un état de droit en Mauritanie.

Ainsi je salue son aversion pour le communautarisme, le régionalisme et le tribalisme. Sur ce, je souhaite la reconnaissance de votre parti RAG par le pouvoir actuel en place.

Compte tenu des engagements de son Excellence Mohamed Ould Cheikh Ghazaouni président de la république de mettre en place un état fort et moderne au service du citoyen, d’une société fière de sa diversité et réconciliée avec elle-même. Je considère que certaines de vos préoccupations majeures ont été prises en compte, et cela explique votre décision de travailler en concert avec le régime en place pour l’encrage de la démocratie dans notre cher pays.

Concernant la question épineuse et d’actualité sur l’esclavage en milieux soninkés, il est malheureusement arrivé à un point ou on parle de deux clans. Le clan des réfractaires des nouvelles réformes de notre vie sociale, dû à un confort et un privilège acquis juste par leurs classifications sociales donc non méritoire et non référentielle à notre chère religion l’islam qui prône l’égalité entre les hommes et que seul la vertu en ALLAH les distingue.

Et celui qui prône tout simplement le vivre ensemble dans l’égalité et le respect malheureusement aujourd’hui considéré par les féodaux comme un groupe extrémiste. En conclusion, j’attire l’attention avec humilité mes compatriotes soninkés que l’ordre coutumier est nul et non avenu, les lois de la république sont les seules références auxquelles sont soumis les citoyens.

Source/ Radio Diaguily

©️ Crédit source : cridem.org (http://cridem.org/C_Info.php?article=731085)

Mauritanie : Mort du combattant de la liberté, Cheikh Saad Bouh Kamara, à l’âge de 75 ans.

Durant toute sa vie, il a mis le doigt sur les maux de l’Afrique…Cheikh Saad Bouh Kamara est décédé ce lundi soir du 30 Décembre 2019, à Nouakchott. Retour sur le parcours d’un combattant de la liberté.

« Je ne fais pas que seulement décrire et observer, je réagis pour que les choses changent, en douceur et sans violence ». Cette phrase prononcée, sur la chaine panafricaine Africa24, en 2011, lors de la présentation de son livre « Afrique : Espérance », résumée à elle seule, la nature de l’homme, un militant des droits de l’Homme endurci.

Professeur émérite de sociologie, Cheikh Saad Bouh Kamara a porté aussi la casquette de consultant international en développement.

Une stature qui lui a permis d’être en surplomb sur les réalités des pays africains et de donner naissance à l’ouvrage « Afrique : Espérance », fruit de plus de 30 ans de recherches et d’enseignement de la sociologie en Afrique, couvrant des thèmes d’actualités socioéconomique, culturelle et politique.

Cheikh Saad Bouh Kamara, « l’ami des jeunes », a connu la prison, sous le règne du dictateur Mâouiya Ould Sid’Ahmed Taya, alors qu’il était président de l’association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH), dirigée aujourd’hui par l’illustre avocate, Mme Fatimata MBAYE.

Son combat pour la liberté et l’amélioration des droits de l’Homme en Mauritanie notamment sur la question de l’esclavage sera récompensé en 1998 par le Comité international de lutte contre l’esclavage d’Anti-Slavery International basé à Londres.

Le 31 octobre 2018, l’Ambassadeur de France en Mauritanie, M. Robert Moulié lui décernait, au nom de la République française, les insignes de Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur.

Sur toutes les questions, il était écouté. Même sur le plan politique où il prônait « des concessions réciproques dans l’intérêt de la démocratisation du pays ».

M. Kamara a été vice-président de la Fédération internationale des droits de l’homme, et président de la Commission électorale nationale indépendante de Mauritanie. « Il nous a fait découvrir Auguste Compte, Emile Durkheim, Max Weber et tant d’autres sociologues », témoigne un de ses anciens étudiants, à l’Université de Nouakchott.

Un témoin « des années terribles » s’est éteint à l’âge de 75 ans.

Par Babacar Baye NDIAYE

[Rédaction de Cridem, Décembre 2019]

©️ Crédit source : cridem.org

Diogountouro-Guidimakha (Mauritanie) : L’immixtion des juges français dans les sales affaires intérieures d’un village soninké, par Ba Boubou

Bref rappel des faits :

Au courant de l’année 2018, dans une réunion hebdomadaire du village, le chef coutumier et son clan et les dirigeants de l’Association des Ressortissants de Diogountouro (ARD) de 1901, ont déclaré oralement le solde de compte de l’association : 147. 000euros comme à l’acclimaté, sans aucun document (relevé bancaire, rapport financier, etc), attestant le fonds en place. Ce genre des déclarations du chef et son clan sur le compte de l’association ne date pas d’aujourd’hui, car c’est un système instauré avec les anciens immigrés du village. Oui, aux déclarations orales, mais il faudrait que les déclarations orales soient accompagnées des faits matériels attestant la bonne foi des uns et des autres. En effet, en janvier 2019, les jeunes du village ont sollicité le chef coutumier et les dirigeants de l’association les relevés bancaires et tout autre document attestant la bonne gestion de leur argent (Caisse du village). Apres plusieurs négociations, le chef et son clan ont totalement refusé de fournir un quelconque document (ni révélés bancaires, ni document financier, entre autres).
Par ce refus lapidaire du chef et son clan et les dirigeants de l’association, les jeunes ont saisi le juge des référés (juge d’urgence et provisoire) du TGI de Bobigny du fait, « d’une discrimination basée sur la pratique de l’esclavage de la part du chef et son clan et les dirigeants de ladite association ; une gestion opaque et détournement des fonds publics. Ils demandent au juge tout document comptable susceptible d’attester de la gestion transparente des fonds de l’association ». Et enfin, dans leur requête adressée au juge, ils demandent également, « la désignation d’un mandataire ad hoc afin de procéder, notamment, à la convocation d’une assemblée générale et de faire cesser les diverses irrégularités alléguées quant à la gestion de l’association ». La saisine du juge des réfères permet aux plaignants d’obtenir des mesures provisoires et rapides dans l’attente du procès qui règlera le litige. Comme vous le savez, ce magistrat des référés ne juge pas du principal, c’est-à-dire il n’est pas juge du fond, il est le juge provisoire et d’urgence. Sur la base de cette requête, le juge a rendu une ordonnance le 13 mai 2019, en déclarant irrecevable les demandes formées par les plaignants, car le juge trouve que les plaignants n’avaient pas l’intérêt et la qualité à ester en justice puisqu’ils n’étaient à jour de leurs cotisation au moment de l’action judiciaire.
Cependant, n’ayant pas été satisfaits de la décision rendue par le juge unique du tribunal de grande instance de Bobigny, les plaignants ont interjeté appel de l’ordonnance rendue par le juge des référés devant la Cour d’appel de Paris en juillet 2019. Les parties sont convoquées pour une audience le 4 novembre 2019 devant la 3eme chambre civile de la Cour d’appel de Paris et, le 4 décembre 2019, la Cour d’appel a rendu un arrêt de 9 pages sous le N ° R G 19 /10 6 1 0 – N° Po r t a lis 35L7-V-B7D-B77X4, pour confirmer l’ordonnance entreprise par le juge des réfères du TGI de Bobigny. La Cour a motivé son arrêt sur le fait, que les plaignants n’étaient à jour de leurs cotisations lors de la saisine du juge des réfères : « faute de démontrer leur qualité d’adhérents de l’association à la date de la saisine de la juridiction des référés, les appelants ne rapportent pas la preuve de leur qualité pour agir. L’ordonnance entreprise sera en conséquence confirmée en toutes ses dispositions ». Or, les jeunes après plusieurs tentatives sans succès auprès du chef coutumier et son clan, ils ont suspendu leurs cotisations, car le chef et son clan étaient dans l’incapacité de fournir tout document attestant la gestion transparente et limpide de leur argent.
Les questions qui intriquent tout le monde : Pourquoi le chef et son clan ont-ils refusé de fournir les documents prouvant la bonne gestion de la Caisse villageoise ? Que cachent-ils, le chef et son clan derrière cette somme gigantesque de 147. 000euros ? Le chef et son clan n’ont-ils pas alimenté le soupçon de corruption et de détournement des biens publics ?
Pourquoi aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation et de la nouvelle technologie une simple demande de compte rendu des fonds communs avait mis le feu aux poudres ? Si on est blanc comme neige, un simple clic, on imprime tous les relevés bancaires. Comme le souligne publiquement un des cousins du chef, M. Samassa, un jeune intellectuel, véridique et fidèle à ces principes d’homme honnête, je cite : « Je ne suis membre de l’ARD mais je pense que rendre compte de gestion n’est pas un crime », avant d’ajouter que, « chaque membre de cette association est en droit de demander des comptes. De même que chaque responsable de cette association doit donner des comptes annuels avec possibilité … oui, les gestionnaires doivent rendre compte » ; et il a conclu par cela, « nous imaginons comment beaucoup de chefs coutumiers ont dilapidé les ressources des pauvres citoyens ». Effectivement, je suis du même avis que cet homme honnête. M. Samassa, vos principes et valeurs sont aux antipodes de certains proches irresponsables et corrompus du chef, tels que Bouly et Mamadou, pour ne citer que cela.
Le premier est à la source de tout le malheur du village. Après avoir détourné l’argent du village (6000euros, voire plus), fait croire au village que l’argent a été volé ou perdu à Dakar. Comme par hasard, c’est l’argent du village qui s’est fait voler/perdre et non son propre argent. Le second, demanda la générosité du chef et son clan, en faisant croire que sa somme de 2000euros ait volé dans sa chambre au foyer. Puis le chef et son clan ont débloqué 2000euros de la Caisse du village pour lui octroyer afin qu’il puisse aller passer ses vacances tranquillement. D’autres ont également détourné à d’autres manières différentes. Les uns couvrent les autres afin d’éviter toute dénonciation publique. Bref, la liste est longue et les faits sont accablants. Je pense que ces comportements mafieux et corrompus et cette gestion dispendieuse doivent être dénoncés par tous. Rester neutre devant les faits accablants et nauséabonds, cela revient à approuver et à être complice. Car le complice et l’auteur principe sont tous punis de la même peine. Etre neutre devant les comportements punis par la loi et la morale, c’est être lâche tout simplement. Comme disait un avocat, « la neutralité est une autre forme de lâcheté ». Tout à fait vrai !
Par ailleurs, Cette association (ARD) a perdu toute sa crédibilité et sa légitimité depuis le départ des hommes intègres et honnêtes (Aly Bakari Sylla et Djiby Sagna). Ces deux hommes sont d’une sagesse abyssale. Ils ont su bien géré les fonds communs sous leur règne. Ce sont des hommes incorruptibles et soucieux de l’intérêt commun et la quiétude du village. Leurs valeurs et leurs principes moraux sont aux opposés de l’actuel dirigeant de l’association. Car, on ne gère pas la Caisse du village comme on gère la tontine des femmes immigrées. Forcement quand on n’a pas la légitimité et les compétences on reste soumis aux ordres du chef coutumier et son clan. Quand on n’a pas de tête, il faut avoir des jambes. En France, l’argent ne se ramasse pas par terre. Oh combien de fois, Dieu seul est témoin, ces immigrés se réveillent à 5h du matin, en laissant femmes et enfants chez eux, courir derrière les métros et les trains pour aller travailler afin de pouvoir nourrir leurs familles. Et à la fin du mois, le chef coutumier et son clan courent vers eux pour demander les cotisations. A leur tour, quand ils demandent le chef et son clan le compte rendu de leur argent, on leur refuse de délivrer tout document attestant la bonne gestion de la caisse du village. Je vous laisse imaginer le reste.
Après l’arrêt rendue par les juges de la Cour d’appel de paris, nous avions pris contact avec les responsables des jeunes et du camp d’en face. Les jeunes nous ont confirmé que toutes les options sont sur la table et qu’ils n’excluraient rien du tout pour faire valoir leur droit. Et l’autre camp d’en face crie victoire. Ce que nous déplorons, ce sont les comportements irresponsables et inappropriés des uns et des autres. Je pèse mes mots, surtout celui du chef coutumier, qui crie au couloir et dans toutes les chambres du foyer « on a gagné…on a gagné ». Or, un chef doit se comporte comme un chef justicier digne de ce nom. A mon sens, le mot « chef » est synonyme de la sagesse, de la paix, de l’amour et de la justice. Le Roi doit être un faiseur de paix. Malheureusement, cette qualité fait défaut chez notre Roi. La fonction sacrée et légitime du Roi, n’a jamais été vilipendée autant que cela.
Nous déplorons également les sommes colossales dépensées à ce feuilleton judiciaire dont les seules gagnants sont les avocats. En étant habitué de ce milieu judiciaire et juridique, nous pouvons estimer la somme dépensée depuis le début de ce feuilleton judiciaire s’élève environ 10. 000euros, voire plus. Cette somme aurait pu servir au village à construire des nouvelles salles d’école et acheter des tables et des chaises pour les enfants du village dont l’école a fort besoin. Car, les élèves alternent leurs cours (matin pour certains et après-midi pour d’autres faute des salles et des tables-bancs pour tous). Cette somme aurait pu également aider le village à équiper le dispensaire, car les patients quittent le village pour aller se soigner soit au Sénégal, soit au Mali.
Par ailleurs, le juge n’a pas la réponse à toutes les questions du Droit, comme le médecin qui n’a pas la solution à toutes les pathologies. La Cour d’appel a laissé une marge de manœuvre (c’est-à-dire une porte ouverte aux négociations) aux parties en conflits, car elle a évoqué « l’équité » et « l’inapplicabilité » de l’article 700 du code de procédure civile. Cela nous laisse entendre que les parties peuvent reprendre les négociations à tout moment au lieu de saisir le juge de fond. Je lance un appel à toute la sagesse des uns et des autres (responsables, sages, intellectuels, hommes de bonne volonté…), de ne pas laisser prendre le village en otage par quelques irresponsables de tout bord, qui ne pensent qu’à leur propre sort. Dieu, seul sait que ce beau village égorge des sages, des intellectuels, des responsables véridiques et une jeunesse dynamique, qui aiment participer à la consolidation et au développement durable de ce beau village.
Enfin, je demande aux parties de sursoir leurs actions judiciaires et de privilégier le dialogue et la négociation afin de pouvoir trouver une solution négociée, efficace et véridique à ce conflit qui pourrit le lien social. Car la justice négociée permet de préserver le lien social et nous dirige vers une pacification de nos relations. Elle recèle l’apaisement des ruptures de la communauté avec la mise en avant de l’intérêt de la communauté. Rien que L’INTERET DE LA COMMUNAUTE.

Boubou BA
Membre du Centre de recherche CHAD à Paris

©️ Crédit source : Reçu de l’auteur ce 23/12/2019