Mauritanie – Politique : Intervention du président et député Biram Dah Abeid au cours de la conférence de presse animée par le président du Parti Rag Omar ould Yali.



Mesdames et messieurs de la presse

Bienvenue à vous !

Nous avons souhaité nous adresser à vous, après un cumul exceptionnel de dysfonctionnements dans la gouvernance d’Etat. Parmi les évènements portés à votre connaissance, je souligne le détournement de fonds au siège de la Banque centrale de Mauritanie (Bcm), la découverte présumée d’un lot de faux dollars et les tentatives de cambriolage de bureaux de la Direction du budget et de la Cour suprême (Csm) ; à ces incidents – je n’en minore la gravité – s’ajoutent les contentieux de corruption en examen par la Commission d’enquête parlementaire (Cep). Selon toute probabilité, des scandales de même facture pourraient rajouter au discrédit d’une gestion publique, en panne dès le lendemain du 10 juillet 1978.

Notre propos, ici, ne consiste ni à exagérer la critique fût-elle légitime d’ailleurs, ni à démonter la faillite de l’hégémonie ethno-tribale. A cet égard, l’essentiel a été dit, réitéré et prouvé ; les derniers évènements confirment nos constats, de jour en jour. Vous vous souvenez avec quel scepticisme, une frange de l’opinion accueillit mon projet, formulé durant la campagne électorale en 2019, de confier, à une instance permanente de contrôle, le soin de vérifier et authentifier les diplômes et qualifications du personnel de l’Etat. A l’époque, je pressentais combien le pays s’enracinait dans la culture du faux, généreusement servie par la négligence, l’impunité, les ententes de clan, la pression des clientèles et le cynisme ambiant. L’autorité de l’Exécutif étant devenue une entreprise de prédation, elle ne produit plus que des passe-droits, des indulgences et des distributions rotatives de rente, sans se soucier de réduire les inégalités hérités, métastase de la gouvernance en Mauritanie. La clochardisation de la fonction publique et de ses bâtiments témoigne de la ruine. Oui, le modèle a dépassé ses limites et sa péremption menace les fondements de la cohésion sociale, du moins ce qu’il en subsiste.

Aussi, mon propos, ici, se résume en une injonction unique : l’heure impose d’oser la rupture, pour survivre, en paix.

L’objectif vital requiert d’abord la sincérité à l’application du droit, la réhabilitation de la justice, le nettoyage de la corporation des magistrats et l’avènement d’une transparence, tous azimuts. Ainsi quand tout semble perdu, un pouvoir légitime ou ambitieux de l’être gagne la confiance des gouvernés ou s’expose à l’insurrection. Or, à présent nos compatriotes ne croient plus à leurs dirigeants et regardent l’ensemble de l’élite, avec suspicion et impatience.

L’ampleur du défi exige une concertation nationale sur le devenir du pays, débat dont nul thématique ou acteur ne devrait s’exclure. Cette refondation, notre Parti radical pour une refondation globale (Rag), ne cesse de la réclamer, depuis longtemps, comme d’autres organisations interdites.

Aujourd’hui, le Président de la république et le Parlement ne sauraient éluder ni différer davantage l’instant de vérité, qui est le temps des réformes, à la racine et vite. Il lui appartient de prendre la population à témoin, d’en susciter la confiance puis le concours, sur la base d’un inventaire franc, qui n’esquive les fautes, les insuffisances, les erreurs, encore moins les crimes. Le moment est venu de reconnaitre, juger, présenter des excuses, réparer ; la part symbolique de l’exercice concerne, d’abord, les protagonistes actuels de la faillite. A force d’amnisties dénuées de raison juridique et de consensus, nous avons appris à banaliser le vol, l’usage de faux, les nominations pour faire plaisir, toujours aux mêmes. Je reviens, ici, sur la nécessité d’abroger la loi scélérate du 14 juin 1993, qui insulte la mémoire et le sentiment d’une composante de la communauté de destin.
Jusque-là, la Mauritanie se singularisait par le racisme et l’esclavage ; la voici atteinte au cœur de la crédibilité de ses institutions, ; les incidents que j’ai cités plus haut attestent d’une dérive vers l’Etat-voyou. Sortir de l’engrenage, a un prix, un seul : il faut aller loin, privilégier la générosité et le courage, bref oser mieux que des ravaudages de grand-mère, des demi-mesures et la sagesse fataliste du laisser le temps au temps.
Si le gouvernement et le Chef de l’Etat s’engage sur la voie du discernement et de l’équité, il mériterait notre soutien vigilant. En revanche, nous continuerions à combattre le maintien du statu quo, grâce au surcroit d’ardeur que commande l’urgence. Mon camarade Oumar Yali et moi n’avons failli au devoir de l’avertissement et de la proposition.
Tous deux, nous vous remercions d’accorder votre attention à notre propos liminaire.

Nouakchott, le 9 juin 2020

©️ Crédit : Réseaux IRA-MAURITANIE

Système de castes en Mauritanie : du tribunal privé à la torture en public

Note d’interpellation


La victime de maltraitances infligées devant témoins et sans le secours d’aucun, est de nationalité malienne ; elle se nomme Modiba Doumbia, marabout-féticheur de son état, installé depuis 11 années dans le village de Dafort; il étendait aussi ses exploits discrets à l’intérieur du département de Ould Yengé, région du Guidimakha, au sud-est de la Mauritanie. Son premier hébergeur, à la fois tuteur et garant, serait Salou Fodié Camara. Le sieur Doumbia, négociant en services occultes, profitait de la tolérance par les dignitaires autochtones. Sollicité pour ses services à équidistance de la magie et de l’intercession des saints de l’Islam, il bénéficiait d’une rémunération plutôt enviable.
Or, la contestation des ordres statuaires qu’entretient la mémoire de l’esclavage en milieu Soninké, vient s’insinuer dans le métier du susdit et l’expose à perdre sa neutralité, au fil des conflits et règlements de comptes entre les deux camps. Les nobles reprochent, au médecin des âmes, sa proximité avec Gambanaxu, le courant hostile aux privilèges et inégalités de naissance. Le penchant indélicat indignait les tenants de l’autorité selon la tradition et le vote, alors réunis en la personne de Diadié Gagny Camara, édile de Dafort depuis 1988 et doyen des maires de Mauritanie.
Il accuse, le marabout, de charlatanisme et le met en demeure de quitter les lieux. Doumbia exclut de déguerpir avant d’empocher des montants, à lui dus, par certains villageois, en contrepartie de son magistère obscur. Face au refus relativement inédit ici, l’élu de la localité organise et conduit, le 18 juin 2020, une expédition punitive vers la demeure du rebelle, un domicile locatif. Diadié Gagny Camara, accompagné de son fils Mohamed Silly, se met-il à la tête de la foule armée de gourdins et d’une corde à bétail, comme en attestent les images. La meute humaine appréhende Doumbia, à proximité de la mosquée. Plusieurs hommes le maîtrisent, là, presque tous issus de la famille de l’ex-ministre Amédi Camara, proche collaborateur de l’ancien président de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdelaziz et toujours membre du parti au pouvoir, l’Union pour la république (Upr). Le déchainement de violence en bande, tel que constaté, de jour, implique plusieurs notables, dont un conseiller de commune, Kolly Mamady Camara, frère de Amédi, précité. Hadiétou Camara, meneur du comité de village et Demba Diani Camara, identifiables sur la vidéo, tenaient, chacun, un bout de la corde de fibre végétale qui entravait le marabout ; le second est aussi le cousin de Mohamed Silly et de leur parent commun, Ali Bakary Camara.
Ligotée, battue, humiliée et filmée, la victime n’a eu droit à aucun secours, parmi la foule présente. Son supplice s’est prolongé jusqu’à l’arrivée des éléments la police judiciaire, grâce aux instances du maire, auteur des représailles. Il leur remit le corps malmené de Doumbia. Ce dernier, quoique supplicié, continua de demander, au village, la restitution de l’argent saisi sur lui, d’un montant de 53700 ouguiyas nouvelles. La maréchaussée lui répliquait que la réclamation de sa créance doit se faire à Ould Yengé, chef-lieu du département. Or, il s’agissait d’une promesse de circonstance : Doumbia, les mains vides, blessé et dépossédé de tout, se retrouve, à la frontière du Mali, où le jettent les gendarmes.
Il importe de souligner l’enchainement des conséquences et demander, aux autorités, d’y remédier sans délai :

  1. Au travers de leur comportement, les citoyens et gendarmes incriminés engagent la responsabilité du gouvernement de la République islamique de Mauritanie, en violation des articles 3 et 4 de l’Acte constitutif de l’Union africaine (Ua) et de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, de 1984 ; notre pays a signé et ratifié les deux instruments de droit international et fut condamné, au titre du second, le 1er juillet 2005, lors du procès du capitaine Ely Ould Dah, devant la Cour d’appel de Nîmes. Jusqu’à ce jour, l’Etat mauritanien s’abstient d’exécuter, aux pénal et civil, l’un des arrêts pionniers de la compétence universelle en Europe. Ainsi, convient-il de rappeler à quel degré de causalité, l’impunité favorise-t-elle la récidive.
  2. La somme des preuves disponibles, enregistrements audio et image animée inclus, n’autorisent aucun doute quant à l’identité des commanditaires de l’infraction ; certains se vantent de leur forfait, au cours d’échanges sur des groupes électroniques de discussion. La population civile est passible d’une incrimination de délits de non-assistance, d’apologie de l’esclavage et d’incitation à la haine.
  3. Il appartient, au gouvernement et à la magistrature, d’entamer, vis-à-vis des parrains, exécutants et complices du crime, l’ensemble des mécanismes disciplinaires et de poursuites en justice. Un tel niveau de brutalité n’échapperait à la rigueur des lois que dans une cité disposée à se reconnaitre la distinction de l’amoralité. Le présent appel s’adresse, surtout, aux institutions locales en charge de défendre la dignité de l’individu, lui porter assistance et obtenir réparation, de la pression physique, de l’intimidation et des atteintes à l’intégrité du corps.
  4. A la lumière de l’évènement susrelaté, le Parlement est désormais tenu de produire une législation explicite en matière de protection de l’étranger, sur le sol de la Mauritanie ; en vertu du principe de réciprocité, l’adoption de cette norme éthique constitue une mesure de prudence qui contribuera – d’où l’urgence de l’anticipation – à préserver la sûreté et les biens de nos compatriotes expatriés.
    Initiative de résurgence abolitionniste en

Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 5 juillet 2020

Lien connexe : cliquer, et visionner les séquences de sévices, perpétrés, le 18 juin 2020, au milieu de la localité.

Ampliation : Haut-commissariat des Nations unies aux droits l’Homme, bureau de Nouakchott, Délégation de l’Union européenne et représentations diplomatiques en Mauritanie, Assemblée nationale, Commissariat aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile (Cdhahrsc), Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), Mécanisme national de prévention de la torture (Mnp).

Initiative de Résurgence Abolitionniste en Mauritanie
(Ira-M)


Nouakchott, 5 juillet 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Esclavage en Mauritanie : un militant disparaît et réapparaît au siège de la police politique (IRA-MAURITANIE)


Note d’alerte

Dans la soirée du 21 juin 2020, 4 éléments de la gendarmerie, à bord d’un véhicule banalisé et en tenue
civile, arrivent au village de Kseir Elbarka à 7 km de Adel Bagrou, près de la frontière avec le Mali ; les
visiteurs cherchent et s’emparent du jeune Mohamed Khatri membre du bureau Ira-M en Côte d’Ivoire,
fraichement revenu en famille, après un long séjour à Abidjan. Le groupe, auteur de l’enlèvement, n’a pas
décliné son identité, le motif du rapt ou la destination.

  1. A 21 h, Mohamed Elkhatri repartait de chez lui, aux mains de ses ravisseurs. 6 jours plus tard, l’appel
    téléphonique d’un fonctionnaire de police informe, Monsieur Mouchtaba Ould Mbareck, oncle du susdit,
    que ce dernier se trouve, depuis, à Nouakchott ; en conséquence, il peut le venir voir dans les locaux de la
    Direction générale de la sureté nationale (Dgsn). L’entretien ainsi proposé se déroula, le 26 juin, entre les
    2 hommes ; pour la première fois, Mohamed Elkhatri voit ou rencontre l’un des siens, depuis son
    arrestation, à 1370 km de la capitale. L’échange, sans doute à cause de sa brièveté, eut lieu sans pression
    physique mais en présence de tiers parmi le personnel de la sureté. Le détenu paraissait souffrir de fatigue
    et d’anxiété et affichait les symptômes de la démoralisation.
  2. Bien avant sa relégation, Mohamed Ould Khattri – petit-fils d’esclave – subit un lynchage sur les réseaux
    sociaux ; il y est gratifié de « raciste anti arabe…enragé anté-islamique… valet des juifs…membre de la
    bande criminelle de Ira-M, organisation de malfaiteurs inféodés au sionisme international et à l’Occident
    croisé », etc. Des bloggeurs de notoriété au sein de la communauté arabo-berbère, vivants à l’étranger ou
    en Mauritanie, l’accablaient d’insultes et de malédictions, essentiellement motivées en vertu de la religion
    et de la supériorité de race. Ould Khattri est accusé, au titre des lois contre l’incitation à la haine, d’avoir
    publié, sur sa page Facebook, le slogan « Frère hartani, si un bidhani t’indexe, brise-lui sa petite gueule».
    Or, sur son profil, Mustapha Nezih Bilal, recense, en détail, les éruptions de discours suprémaciste arabe
    que l’impunité consacre, si les auteurs sont arabo-berbères. La chronologie documentée, est accessible,
    ici : elle comporte l’identité, la photo et la localisation de chaque contrevenant. Aucun ne fut inquiété.
  3. Mohamed, isolé au secret depuis 9 jours, risque la violence au corps et le tourment moral, tous
    traitements infligés afin de briser sa résistance et, si possible, le retourner contre ses compagnons de lutte ;
    la réputation et le passif impuni des services de sécurité de la Mauritanie confortent la crainte de sévices
    systématiques, à l’encontre de prisonniers noirs. Jusqu’ici et malgré une pléthore de documents et de
    témoignages qui attestent des pratiques de torture ciblées dans le pays, aucun auteur présumé n’en a
    répondu devant un magistrat. Mêmes les mesures disciplinaires continuent à faire défaut.
  4. De l’ensemble des pratiques de contrainte en vigueur durant la garde à vue et plus souvent lors de la
    détention préventive de personnes de sexe masculin, nous rappelons la privation de sommeil, l’humiliation
    par la nudité, les coups de matraque électrique et de bâtons sur les mains et les pieds, la manipulation des
    parties génitales, la compression et le maintien du corps dans une posture de resserrement au moindre
    mouvement, enfin l’écartèlement graduel, dit Jaguar…

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 30 juin 2020

Racisme en Mauritanie : l’autopsie du déni (IRA-MAURITANIE)

Note de synthèse

• Les faits

Le 23 juin 2020, par « message-radio » du Directeur général de la sureté nationale (Dgsn), le Général de division Mesgharou Ould Sidi, deux policiers du commissariat de Elmina1 dans la capitale Nouakchott, dont un brigadier, permutent avec leurs collègues du Hodh oriental, respectivement à Bassikou et N’beiket Lahwache, à l’extrême Est du pays, près de la frontière du Mali. La mesure d’éloignement, suggérée comme sanction, clôt une intense polémique sur l’image d’un jeune noir que deux agents, de teint clair, étranglaient, à même le sol, deux jours auparavant et devant témoins. Certes, la torture et la « crise cardiaque » durant la garde à vue relèvent de la banalité du traitement, lors de la détention, d’africains subsahariens, fussent-ils citoyens ou étrangers. L’indignation consécutive à la diffusion de la photographie résulte de la protestation, aux quatre coins du globe, contre le racisme et le « négrocide », après l’homicide de Georges Floyd, par un agent de type caucasien, le 25 mai 2020, à Minneapolis, ville des Etats unis d’Amérique.

La victime se nomme Abou Djiby Diop, âgé d’environ 20 ans et ressortissant, pulaarophone, de Mauritanie et natif de la ville de Maghama ; les auteurs de l’étranglement sont le brigadier Balle Ould Zeidane et son collègue sans grade, Ahmed Salem Ely dit Eleyat, tous deux arabo-berbères.
Au moment de l’incident où il aurait pu perdre la vie, le contrevenant présumé, Abou Diop, séjournait au commissariat El Mina 1 où il répondait d’une accusation de larcin. Profitant de l’inattention de ses gardes, il se sauve à toutes jambes, aussitôt poursuivi par les susdits lesquels parviennent à l’immobiliser, dans la posture du mouton de sacrifice. Selon les témoignages recueillis auprès des riverains, les deux policiers multirécidivistes rivalisaient de brutalité envers les civils. A la suite de sa capture, Abou Diop se retrouve menotté et jeté dans une cellule ; il n’existe, depuis, aucune information fiable sur son sort. Point davantage n’a-t-il été possible d’identifier le lanceur d’alerte dont la photo, de qualité moyenne, atteste, cependant, du zèle à l’administration de la bavure sur un adolescent désarmé et plutôt chétif, de constitution.


La dissimulation

Passé la séquence de la stupeur, voire de l’incrédulité devant la disproportion du geste et la charge symbolique de l’acte dans un environnement de racisme, l’engrenage du déni se mit à produire, sans discernement ni souci de la vraisemblance, l’habituel flots de relativisation, puis de démenti, enfin, d’invective, à l’endroit des défenseurs de l’égalité et de l’intégrité physique des gens. Dès 1987 – surtout grâce à la loi d’amnistie de 1993 – le système consolide une expérience touffue de contrefaçon, qui consiste à discréditer les militants des droits humains, au grief que leur refus de banaliser le mépris du noir, tient, en soi, d’une volonté de nuire à « l’identité arabo-islamique de la Mauritanie ». La fraude induite de la nécessité politique du mensonge devenait un réflexe, d’où la facilité du recours au faux.

Pour s’en rendre compte, il suffit que constater combien l’’intervention, sur les lieux, de l’honorable députée Coumba Dada Kane, eut l’effet étonnant de détraquer la machine : en 48 heures, l’affaire prit une tournure partisane. L’Etat de l’hégémonie ethno tribale et ses relais au sein de l’opinion se mirent à changer de version, d’une heure à la suivante. Il fut même insinué-comble d’inhumanité- que la victime venait du Mali et, à ce titre ne méritait tant de bruit.

• Epilogue et conséquences

A priori, Abou Djiby Diop aurait survécu, sous réserve d’une confirmation par un avocat ou une institution d’assistance aux prisonniers de droit commun. Sa mésaventure intervient dans le contexte de l’exécution de Abass Hamadi Diallo, près de Wending, pendant la nuit du 28 au 29 mai 2020, par un militaire en patrouille, le long de la rive mauritanienne du fleuve Sénégal. La communication des autorités, le réputa délinquant notoire, avant d’envoyer de l’argent à sa famille, aux fins d’en acheter le silence.

Au terme de deux décennies d’impunité d’une extrême violence à l’encontre de sa majorité d’ascendance noire, le gouvernement de la République islamique de Mauritanie porte la responsabilité de la négligence et de la fuite en avant, aux motifs éculés de patriotisme et de défense de l’ordre. Or, aucune des deux lignes de défense ne tient, longtemps, tant qu’elle s’appuie sur le fait accompli, comme fondement de la gouvernance. Partout, les honnêtes gens cessent de respecter une autorité qui les gave de promesses d’équité mais leur demande d’attendre encore, de patienter, d’espérer, de laisser le temps au temps. L’espoir déçu devient venin.

Pour le gouvernement de la Mauritanie, l’instant est plus que venu d’agir, avec courage et inventivité, en direction de la vérité d’abord, ensuite du compromis, au lieu de s’enfermer, toujours, dans les tripatouillages de dilettante, sous le sceau de l’improvisation et de l’incurie.

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 25 juin 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Mauritanie – Politique: La conférence de presse du député et président Biram Dah Abeid,Nouakchott, le 19 juin 2020

Commission Communication Initiative de Résurgence Abolitionniste(Ira-M) de la conférence de presse du député et président Biram Dah Abeid,
Nouakchott, le 19 juin 2020

  1. Comme docteur Martin Luther King, nous n’acceptons pas de nominations à des postes officiels ou semi, qui nous éloigneront d’une lutte inachevée. D’autres aînés ont éxpérimenté ce chemin sans landemain avant moi.
  2. Nous n’avons connaissance d’une seule condamnation d’arabo-berbères auteurs des crimes de génocide, d’esclavage ou de viol contre les populations d’ascendance noire africaine, tels les bambara, wolof, soninké, pulaarophones, les hratin et immigrés subsahariens…
  3. A l’exemple des afro-américains pendant les décennies antérieures à la conquête des droits civiques, nous sommes privés de l’enrôlement électoral, donc de la faculté de voter ; à ce titre, les nôtres sont empêchés de s’organiser comme le démontre l’interdiction des mouvements capables de vaincre l’hégémonie ethno-tribale, dans les urnes. Je citerai, ici, Ira-M, le Rag, les Fpc…
  4. La privation foncière frappe les noirs de plein fouet, souvent par la spoliation de leurs terres de culture et espace de pâture, au profit d’autres mauritaniens privilégiés, des multinationales de l’agrobusiness et des vendeurs de charbon de bois. Arrachés au sol nourricier dont la qualité se dégrade, ils s’exilent vers les villes et en deviennent le prolétariat corvéable, à vie.
  5. Cette discrimination d’Etat exacerbée qu’ont vécu les Usa après la fin de l’esclavage, se manifeste de nos jours en Mauritanie ; l’exclusion des afro-Mauritaniens du personnel civil et militaire de l’Etat en est la manifestation la plus courante…Le processus a été entamé au début des années 1980 et atteint son achèvement aujourd’hui, tant et si bien que les nominations monochromes se banalisent.
  6. Nos mouvements non-violents et légalistes sont accusés de racisme et de violence par le bloc conservateur où se retrouvent le pouvoir, des syndicats, des corporations d’imams, de blogueurs, de journalistes, d’hommes d’affaires, de dignitaires tribaux, etc. Le matraquage de l’opinion sous les discours de haine et de diabolisation des courants abolitionnistes, enracine, dans la société, le mépris du nègre, que la culture enseigne et reproduit, parfois sous couvert de religiosité. Ainsi, sommes-nous accusés de vouloir abâtardir l’univers arabo-musulman, d’en adultérer la pureté et la singularité.
  7. Dans le but de mieux nous retarder, distraire et contenir, des organisations prétendument progressistes, des pseudo défenseurs des droits de la personne, issus de milieux afro-mauritaniens, se retrouvent en demeure de nous critiquer au bénéfice du système. Beaucoup sont maintenus aux confins du stress alimentaire qui les expose à la compromission. Plus l’édifice des inégalités vacille, davantage leur nombre augmente et se dévalue.
  8. Le même procédé de diversion-détournement touche la communauté de lutte contre l’oppression de la femme ; l’on se souvient que de tels montages ont été réalisés pour détruire la réputation des pionniers des droits civiques aux Usa. A titre d’illustration, il convient de mentionner l’invention et la contrefaçon de 35 viols de femmes maures, dans la ville de Bassiknou en ce début du mois de juin 2020. Cette forme de propagande sensationnelle et vindicative, a été utilisée par le KKK(le groupe suprémaciste blanc le plus violent de l’histoire de l’Amérique) durant les années 50 et 60 ; elle visait à obtenir le discrédit et la défiance envers le combat des afro-américains; la méthode commence à prendre forme et favorise l’éclosion des premiers embryons du KKK en Mauritanie.
  9. La police de l’Etat mauritanien agit dans le sens de conforter et de rassurer les ultra-racistes arabo-berbères, en faisant régner la terreur au cours des marches pacifiques de Ira-M; il suffit d’observer les scènes de molestation et de torture, infligées aux militantes et militants, notamment l’acharnement symbolique sur les femmes. Les forces de l’ordre inique nous traitent en ennemi, lors d’une guerre, alors que nous sommes désarmés. A l’image du suprémacisme blanc aux Usa, la police agit en gardienne de la domination.
  10. l’Etat est le premier concepteur et producteur de violence -symbolique et physique – à l’endroit des afro-mauritaniens, quand il institue, de facto et selon ses normes, l’ostracisme et le bannissement des mouvements porteurs de la parole d’émancipation raciale, offre l’impunité automatique aux criminels d’esclavage avec le maintien de la loi d’amnistie de 1993, résume le message adressé aux « bons citoyens », en somme les mauritaniens de naissance convenable : « nous, l’Etat, vous protégeons de la justice et de l’étranger ».

Voici, en somme, le diagnostic que je me suis toujours fais de la situation de la gouvernance raciale en Mauritanie ; il s’agit du verrou principal qui plombe la citoyenneté, la cohabitation, la démocratie, le développement et surtout la paix bâtie sur un fondement sain.

Après la proclamation plus que discutable d’une prétendue victoire dans les urnes, le Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, recevait le pouvoir, de son prédécesseur, nuitamment, du 22 au 23 juin 2019 ; en trois jours, de concertation avec ses proches conseillers et certains de mes amis proches, j’ai cru devoir désamorcer la situation explosive du moment. Notre franchise et sincérité ainsi que l’amour du pays, attendu de tout mauritanien de bonne foi, devraient inciter le nouveau Chef de l’Etat à comprendre que l’époque devient gourmande en démocratie, droits de l’individu, aspiration à la dignité humaine, y compris pour les noirs. Le 21ème siècle consacre la libération irréversible du descendant d’africain subsaharien. Il est bien temps d’en prendre conscience, en Mauritanie, sous peine de rater le rendez-vous de l’histoire et se retrouver anonyme parmi les vaincus !

Aussi, j’espère qu’avant la fin de sa première année de mandat, le Président de la république va se ressaisir et permettre, à la majorité des mauritaniens, de se sentir fiers de vivre sur une terre des justes.


Nouakchott, 20 juin 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Biram Dah Abeid : La situation du pays est difficile et nous espérons que le président se souviendra de ses engagements (vidéo) (Page Mauritanie FB)



Biram Dah Abaid, membre du parlement (Nouakchott), a déclaré que la Mauritanie connaît des situations difficiles, appelant le président mauritanien Mohamed Ould Ghazwani à se souvenir de ses engagements.

Vendredi, à Nouakchott, le député a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il avait décidé de donner au président mauritanien un délai de deux mois, ajoutant: « Nous espérons qu’il procédera à une véritable réforme dans cette période ».

Il a ajouté qu’il traitera avec le président mauritanien, Mohamed Ould Ghazwani, selon le niveau de changement et de réforme qu’il entreprend au profit du peuple mauritanien.

Biram , a critiqué la situation dans le pays, ajoutant que la période récente « a vu une restriction des libertés ».

ALAKHBAR


Traduction page Mauritanie

©️ Crédit source : Page Mauritanie FB https://www.facebook.com/297319407063485/posts/2831060473689353/ – 19 juin 2020

Arrivée de BDA à Nouakchott: Forte mobilisation policière

Biram Dah Abeid, longtemps absent du pays, d’abord pour des raisons de santé, puis suite à la fermeture des frontières et au confinement imposé par la pandémie du coronavirus, est arrivé ce jeudi 18 juin 2020 à l’aéroport international de Nouakchot-Oumtounsi. Les militantes, les militants, les sympathisants et les sympathisantes du Mouvement abolitionniste IRA-MAURITANIE, assoiffés de voir leur leader avaient, en nombre imposant, fait le déplacement à partir des trois Wilaya , des neuf Moughataa et de tous les quartiers de Nouakchott. C’etait pour lui réserver un accueil motorisé dont toutes les mesures à cette fin ont été prises dans le cadre du respect scrupuleux des recommandations relatives à la lutte contre la propagation du covis_19 (port du masque, de gants, deux personnes au maximum par véhicule, observer une distance de cinq à dix mètres entre deux voitures qui se suivent , interdiction de sortir des voitures, et dispersion des véhicules au terminus du trajet). Mais, deux à trois heures avant l’atterrissage de l’avion de la compagnie Air France, huit groupes de forces de l’ordre bien armés s’étaient positionnés tout au long de la route de l’aéroport Nouakchott Oumtounsi.
Ainsi la première vague de militants venus à l’accueil s’est trouvée bloquée au premier barrage avant même la sortie de Tevragh Zeina. Il a fallu presque une heure de négociation pour arriver à libérer le passage à un vehicule devant ramener chez lui le président , l’honorable député Biram Dah Abeid.
Aux yeux du plus humble des mortels, les huit barrages sur la route Nouakchott-Aéroport le blocage des militants dès le premier barrage, militants très assoiffés de voir leur leader, et retenir pendant longtemps la voiture de l’honorable député constituent une forme élaborée de provocation. Heureusement discipliné, tout le monde bloqué à la première passe, a simplement rebroussé chemin mettant ainsi en échec les mauvaises intentions des forces de l’ordre et du coup, respecter les consignes de leur chef Biram Dah Abeid, à savoir, ne pas répondre à la provocation.
Une fois encore, le président , Honorable député et son mouvement abolitionniste Ira-M ont montré devant cette épreuve combien difficile, un haut degré de responsabilité. En effet, tout le monde sait que les militants de Ira-M ont depuis toujours été battus, blessés, emprisonnés, traînés par terre par les forces répressives chaque fois qu’ils réclament le plus simple droit . Ce soir du 18 juin 2020, plaçant au-dessus de tout la situation dans laquelle le pays est plongé par le coronavirus, ces militants dont tout le monde témoigne de l’engagement ont été empêchés d’accueillir leur leader, et donc auraient pu, céder au soucis de confrontation qui animent les forces de l’ordre vu l’importance de l’événement et l’énormité de la provocation. À ceci s’ajoute l’agression protocolaire, zéle et abus de pouvoit qui ont consisté à retenir l’honorable député et opposant le plus légitime, pendant cinq heures d’horloge sous pretexte de test pour covid_19 alors que la compagnie Air-France et la mission diplomatique de Mauritanie à Paris avaient exigé et obtenu du président et son épouse, un test datant de moins de 72 heures, réalisé à Paris et qui s’est avéré négatif Dieu merci.
Toute cette patience et tout ce sang froid face à ces manoeuvres, qui se sont malgré tout soldés par plusieurs blessés dans les rangs de Ira-M et des véhicules immobilisés par la police, sont des leçons de sagesse et une preuve de l’intérêt national accordé au pays par le mouvement abolitionniste Ira-Mauritanie; et ce contrairement à l’idée que ses détracteurs de tous bords s’évertuent à créditer.

Nouakbhott le, 19/06/2020
Président du parti Rag
Ancien sénateur
Ancien ministre
Oumar Yali

Mauritanie : hausse préoccupante des privations de liberté (IRA-MAURITANIE)

● Note de synthèse

Depuis le début de 2020, le sort des blogueurs et lanceurs d’alerte, déjà préoccupant sous la gouvernance de l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, ne cesse de se détériorer.

I. Une suite sans fin

  1. Le 2 juin, la police procède à l’arrestation Salma Mint Tolba, biologiste et auteure présumée d’une série d’audio remettant en cause des aspects de la riposte sanitaire du gouvernement ; elle accusait, ce dernier, de gonfler le chiffre des contagions, pour mieux capter l’aide extérieure. Dans la foulée, deux autres personnes, qui auraient participé à la diffusion de tels document la rejoignent : il s’agit de Mohamed Ould Semmane et Sidi Mohamed Ould Beyah. Quelques jours plus tôt, un communiqué du gouvernement annonçait l’ouverture d’une enquête sur de telles allégations. La virulence de la réaction aux fauteurs de doute et de panique, laissait entrevoir la fermeté de la réaction officielle. Mohamed Abdallahi Ould Bounenna est capturé par les forces de l’ordre qui le conduisent dans un lieu secret ; le lendemain l’y suit un autre écrivain en ligne, Mohamed Salem Ould Soueid Ahmed.
  2. Le 3 juin 2020, le journaliste et influenceur Eby Ould Zeidane reprend le chemin du Commissariat de police, quelques mois après son interpellation durant plusieurs jours, en février. Il subissait alors un interrogatoire en compagnie d’un groupe éclectique de militants de la laïcité, de féministes et de promoteurs des droits de l’individu. Les interrogateurs, d’un niveau de culture général qui témoigne assez de l’effondrement du savoir, opposent, aux prisonniers, des accusations dont le cumul paraîtrait absurde du point de vue de la rationalité : blasphème, apostasie, conversion aux christianisme ou judaïsme, prosélytisme évangéliste, athéisme viennent assaisonner l’appartenance à l’Alliance pour la refondation de la Mauritanie (Arem), une association non-autorisée. A défaut d’assumer, face aux partenaires du pays, la répression contre des jeunes défenseurs de la laïcité dont les mots constituent l’unique arme, l’Etat met en avant le crimes d’«atteinte au sacré», une infraction improbable dans la réalité, puisque d’essence immatérielle. D’ailleurs, la majorité des motifs de peine de mort en Mauritanie renvoie à des griefs sans prolongement physique, donc des opinions.

Les raisons inavouables

Eby Ould Zeidane, contradicteur « systémique » des islamistes, réussit, lors de sa première arrestation, à recouvrer la liberté, en même temps que d’autres détenus de la période, à l’exception de 6 majeurs auxquelles manquait le soutien d’une tribu. Tous seront oubliés dans les méandres de l’univers carcéral. Ahmed Mohamd Elmokhtar, Abderrahmane Haddad, Othmane Ould Boubacar, Mohamed Ould Jeddou, Mohamed Ould Amar et Mohamed Ould Hayda croupissent en maison de correction, à Dar Naim, co-pensionnaires de délinquants à machette, d’assassins et de jihadistes ; au moment d’investir leurs cellules, ils achevaient 15 jours de garde-à-vue, dans le local de la Direction de la sûreté de l’Etat (Dse). A la fin du mois de mai 2020, Eby ould Zeidane publie de nouveaux textes sur Facebook ; il y critique le dogmatisme des sociétés islamiques, la validité de la polygamie et celle du jeûne du Ramadan, au regard du cycle de la lune. Selon lui, ses coreligionnaires ont beaucoup dévié de la voie du Prophète Mohamed. Dans ses commentaires, il argumente que les musulmans ont déformé le message de l’Envoyé et escamoté des passages explicites du Coran ; le 3 juin, la police se saisit de sa personne et lui impute des faits d’apostasie et de blasphème, punissables d’élimination du corps, sans délai ni repentir, si l’on considère l’article 306 nouveau, du code pénal.

Déjà, le 30 janvier, des garçons et une fille, invités à une fête d’anniversaire, se retrouvent inculpés d’imitation des femmes, d’après le réquisitoire du procureur, incapable de prouver l’homosexualité des susdits, passible, elle, de l’exécution. Le Parquet évoquera la célébration de la date de naissance comme une attestation d’hérésie car elle prend les mécréants pour modèle et leur impose une peine de deux ans d’incarcération, assortis de rabaissement moral. Le reste de leur existence portera le sceau de l’infamie.

• Tuer, par raccourci

Il y a lieu de le souligner, les agents en charge de l’enquête ont pu, à chaque fois, récupérer les téléphones portables des prévenus, extraire le contenu et le diffuser, à grande échelle, sur les messageries instantanées et les groupes de discussions de Facebook. Les fuites occasionnent, alors, la révélation de l’identité des victimes ; dès le début des fuites, les familles s’empressent de les abandonner et une partie du peuple, fanatisé par le wahhabisme périphérique et celui des institutions de l’Etat, les agonit d’injures et de menaces de pendaison, d’égorgements et autres civilités de rigueur parmi les gardiens de la foi pure. Bien entendu, les prévenus comparaissent brièvement devant un juge, avant de recevoir la sentence. A Dar Naïm, ils cessent de bénéficier de soins et s’enfoncent dans la honte et l’isolement, en perpétuelle peur de se faire poignarder. Leur survie rime avec le danger, chaque jour, en particulier ceux justiciables d’infractions à incidence confessionnelle. La propagation de l’apologie du meurtre pieux et sa banalisation ont produit, au sein de la population des villes, un état mental de prédisposition à tuer pour Dieu, sinon emprisonner, torturer et bannir en son nom. A l’inverse, les élus peinent à légiférer contre le viol, au prétexte que l’homme disposerait, en vertu de la chari’a, d’une supériorité ontologique sur la femme.

• Aux sources d’une faillite

Certes, les vagues d’arrestations illustrent une option autoritaire au sommet de l’Exécutif. Cependant, à l’examen des circonstances l’actuel gouvernement n’abrite même pas le semblant d’une idéologie de l’ordre qui occasionnerait un usage excessif de la brutalité. De facto, les violations constatées de la dignité des gens découlent, plutôt, de l’absence de technicité, de l’ignorance et de l’incompétence, à tous les échelons de l’appareil sécuritaire. A l’improvisation s’ajoute le degré d’infiltration de la police et de l’administration par l’extrémisme religieux et les zélateurs de la négrophobie. Cette évolution aggrave l’incurie et explique, la succession de plus en plus rapprochée, des alertes. A aucun moment, les autorités ne semblent avoir perçu le dilemme où elles se débattent, de combattre le terrorisme dans le cadre de la coalition du G5 Sahel et d’appliquer, au pays, le programme de Daesh, grâce à l’appui de fractions de l’opinion favorables à l’avènement d’un Etat jihadiste sur le sol de la Mauritanie. La plupart des organisations de la société civile, les partis reconnus, le Parlement et les ambassades accréditées à Nouakchott, s’aveuglent face à l’évidence du lien entre le takfirisme ambiant, la perte de la qualité des services de justice et la facilité du recours privé à la violence.

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)


Nouakchott, le 6 juin 2020

Communiqué de presse de la section IRA-M de Nouadhibou

● Section Ira-M de NDB
COMMUNIQUE

Lors de la mission effectuée à Nouadhibou en novembre dernier par le député Président Biram Dah Abeid accompagné par son staff politique et de droit de l’hommiste, plusieurs rencontres d’écoute ont été organisées avec les populations de la wilaya. Aussi, différentes corporations proffessionnelles, syndicales comme les orpailleurs, les pécheurs artisanaux, mais aussi des délégués syndicaux dans les representants des différents services régionaux de l’État ainsi que les responsables et directeurs des societés d’État. Dans ce cadre, les travailleurs de la Snim à Nouadhibou ont missionné deux délégués syndicaux, Leid Maoloud Bila et Ba Thierno, à la rencontre du député et président Biram Dah Abeid et son staff composé de son exéllence Omar ould Yali, l’honorable Coumba Dada Kane et le représentant régional Sidati Mohamed Hamady. Aprés avoir ecouté la somme des complaintes des délégués des travailleurs, le député-président et son staff ont été réçu par l’Administrateur-Directeur Général de la Snim, son exellence Mokhtar ould Diay en vue de plaider les problémes posés par les travailleurs et s’encquérir de la situation de la société.

Au cours de ces rencontres, le Député et President Biram Dah Abeid et la délégation qui l’accompagne ont longuement discuté avec Monsieur l’administrateur Delegue General de la SNIM tous les aspects de nature à permettre aux travailleurs de recouvrer leurs droits et à ce poumon de l’économie nationale de continuer à fonctionner normalement. Les mesures issues de la dernière réunion du Conseil d’administration de la Snim en faveur du personnel laborieux, mesures concrétes, fortement appréciées par les travailleurs , font partie des résultats globaux enregistrés suite aux discussions avec les autoroutes administratives de la Wilaya, chacune dans son domaine de compétences. C’est l’occasion pour nous d’exprimer notre satisfaction du fait que le Conseil d’Administration a souscrit à l’attribution de trois, trois et demis et quatre salaires pour les trois catégories du personnel, l’augmentation de dix pour cent ainsi que l’élevation de l’enveloppe sociale de 500 à 650 millions d’ouguiya.
Au nom des populations de Nouadhibou en général et en particulier des foyers de la main-d’oeuvre de la SNIM, nous exprimons nos remerciements à l’Administrateur-Directeur-Général et au Conseil d’Administration de la Snim et faisons part de toute notre reconnaissance au Député-President Biram Dah Abeid et son staff dirigeant, pour les demarches entreprises en vue de contribuer aux réglements des problémes des Nouadhibois et l’amélioration substantielle des conditions de vie des travailleurs.

©️ Section Ira-M de Nouadhibou.
Noudhibou le 02/06/2020

Mauritanie : l’armée tue encore : bavure ou ligne politique. (IRA-MAURITANIE)



🔹️Note d’alerte

Pendant la soirée du 28 mai 2020, Abass Hamadi Diallo, né en 1986, à Dabano, près de Wending, dans le département de Mbagne, accompagnait son neveu et un commerçant qui sollicitaient son aide au transport de leurs marchandises, du village vers la rive du fleuve Sénégal; au titre des mesures de sécurisation des frontières, contre les risques d’infiltration du Covid-19, une patrouille militaire les surprit, à l’œuvre de la contrebande. Le groupe tente de s’échapper, sans doute en souvenir des tueries racistes de 1989-1991 dont la région garde le traumatisme. Lors de la fuite, Abass est atteint d’un tir d’arme à feu, au travers de la poitrine et en décède.

● Le déni

Le lendemain, un communiqué de l’Etat-major général des armées, tel qu’affiché sur la page de l’Agence mauritanienne d’information (Ami), évoque un passeur arrêté, des fugitifs et une mort accidentelle, à cause d’une « balle de sommation ». La victime y est décrite comme un récidiviste, en conflit avec la loi et condamné. Le texte plaide la thèse de la bavure mais justifie le meurtre, suggérant le lien de cause à effet, entre le présumé passé de délinquant et son élimination physique. D’ailleurs, la déclaration se contredit : le civil désarmé aurait menacé un agent de la force publique, qui plus est porteur d’un outil létal. En somme, feu Abass Hamadi Diallo payerait, selon le décret du hasard, le prix de sa rébellion au droit. Il est assez effrayant, du point de vue de la morale et de la compétence, que les services de communication du ministère de la Défense osent servir, à l’opinion, un tel niveau de cynisme. Compte tenu de la mémoire des massacres ethniques auxquels les lois et la pratique confèrent l’impunité en Mauritanie, il fallait des mots de prudence et de compassion et l’engagement à diligenter une enquête neutre, pour rendre justice.

● La maladresse

Le 30 mai, les autorités dépêchent une délégation, auprès des villageois et de la famille du défunt, afin de leur remettre, en guise de dédommagement, la somme d’un million d’ouguiya anciennes (2500 euros). Preuve de la stupéfaction et de l’indignation suscités par le geste, la chefferie et les ayant-droits rejettent l’offre. Alors, le préfet remet le montant, à Assane Seck, maire de Mbagne. Pourtant, de son propre aveu, ce dernier informait le ministère de l’Intérieur, de l’ampleur du mécontentement au sein d’une population, soucieuse d’éviter la contagion de la pandémie. Déjà, le 18 mai, des jeunes de Wending, mobilisés en faveur de l’interdiction d’accès au territoire, se retrouvent détenus, durant 4 jours dans la ville d’Aleg et comparaissent devant un magistrat. Ils subissent la pression et la menace parce qu’ils dénonçaient, y compris grâce aux réseaux sociaux, la complicité de soldats et commerçants clandestins. Hélas, l’avertissement ne retiendra l’attention requise.

● Une vieille habitude

Il convient de souligner, ici, les nombreux précédents d’homicide de noirs – citoyens et d’étrangers – soit au cours d’une manifestation pacifique soit lors d’un contrôle de police ou de gendarmerie. Certains finissaient leurs jours, quelques heures après le placement préventif dans un commissariat de police. La même histoire se répète car, de facto, la vie d’un kowri ou d’un hartani, tous d’ascendance subsaharienne, revêt une valeur relative en République islamique de Mauritanie, le seul pays de la région où le Directeur général de la sûreté nationale (Dgsn), le Général Mohamed Ould Meguett – et bien d’autres officiers et fonctionnaires de la haute administration – figurent sur la liste des tortionnaires pendant les années de plomb ; aucun juge ne les a jamais interrogés. Le sort de Abass Hamadi Diallo vient le rappeler au oublieux, la loi d’amnistie de 1993, ne couvre plus seulement les crimes d’hier mais exempte, de poursuite, les bouchers de demain. Son maintien constitue un gage d’immunité et un permis de ségrégation. En plus des nominations discriminatoires dans l’appareil d’Etat, la banalité du négrocide doit cesser. Il est plus que temps de remettre la force légitime au service d’une gouvernance de la redevabilité et de la transparence. Rendre compte relève du minimum, en matière de normalité politique.

● Jusqu’à quand ?

A présent, si la Mauritanie prétend devenir un Etat de droit, le gouvernement faillirait gravement à esquiver l’obligation éthique de réclamer et de publier la vérité, avant d’appliquer une sanction qui fait sens, répare et dissuade. Le Colonel Abdallah Ould Hadi, commandant de la 7ème région militaire et son subordonné le Lieutenant- colonel Elghassem Ould Abdella, du sous-groupement 71 savent qui a tiré et pourquoi. Ils n’ignorent, non plus, l’identité des hommes en uniforme, auteurs ou receleurs de trafic transfrontalier.

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 31 mai 2020