Rétro | Interview du Dr Koné Makan (Dates courant 2010 – 2011)

OCVIDH: Bonjour Docteur Koné Makan Djibril, pouvez-vous vous présenter aux mauritaniens, et partenaires intéressés par la vie sociale et politique de notre pays ?

KONE MAKAN: Bonjour et merci pour l’occasion que vous m’offrez. Cependant, il est difficile de parler de soi. Bon ! Je suis natif de Sélibaby -Guidimaka, où j’ai fait l’école primaire et le collège de cette ville, puis le lycée de Kaédi, le baccalauréat au lycée national de Nouakchott et mes études universitaires en Algérie. Dans ce pays frère, j’étais le correspond et « le référent » de la génération des étudiants mauritaniens de la fin des années 1980 à 2002. Certains compatriotes se reconnaîtront et leurs faits un petit signe de la main.

En France depuis 2002, j’ai milité dans le parti AC puis APP et dans des associations comme l’AVOMM, ARSEF, etc…

OCVIDH : Comment évaluez-vous la persistance de l’esclavage en Mauritanie ?

KONE MAKAN: Je l’évalue par un seul critère qui, à mes yeux paraît fondamental à savoir un manque de volonté politique allié à la culture de nos différentes communautés mauritaniennes. Le premier s’accommodant parfaitement de ces dernières parce qu’elles constituent souvent des ressorts hégémoniques dans le cadre de la domination politique et économique à la fois…voilà pour les faits. Face à cela, il me semble que le problème de l’Esclavage en Mauritanie a été jusqu’à une date récente circonscrit, et dénoncé uniquement en milieu maure et occulté dans les autres milieux négro-africains. En cela, le combat a été mené partiellement même si en milieu maure, l’Esclavage est plus visible en quelque sorte.

Dans la communauté Négro-africaine, on ne trouve évidemment pas les mêmes formes d’esclavage originel que chez les Maures, ni les mêmes logiques historiques spécifiques.

Ainsi, le dépassement de l’organisation sociale communautaire de type segmentaire et lignagère va se traduire par le passage au système esclavagiste. Ce système a été d’un « apport » non négligeable dans la constitution de l’identité négro-africaine dans la mesure ou, sans compter l’enrichissement proprement ethnique, on doit aux esclaves d’avoir permis un développement considérable de l’agriculture, par le défrichement de plaines entières et de l’expansion de la métallurgie du fer.

Chez les Soninké, qui forment en Afrique de l’Ouest une communauté connue par son dynamisme, l’attachement à la tradition et le sens de ses valeurs fondamentales dont la plus importante est sans doute la solidarité. Ils ont bâti, où contribué à fonder, les ensembles territoriaux les plus vastes et les plus prestigieux qu’ait connu la sous région sahélienne. Tous ces ensembles souvent admirablement dirigés et administrés ne le furent cependant que dans le cadre d’un système esclavagiste totalitaire et rigoureux dans le respect des traditions et, sous l’égide, de siècles durant de leurs seigneurs (Tunka Lemmu), avant tout grands propriétaires d’esclaves.

C’est grâce à cette maîtrise d’une grande quantité d’esclaves que les Tunka Lemmu ont pu défricher de grandes étendues de terres de cultures, s’octroyant ainsi un droit de la hache leur donnant pour longtemps une primauté foncière incontestable reconduite de génération en génération.

OCVIDH. Vous venez de créer l’A.R.M.E.P.E.S. Pourquoi ce besoin ?

KONE MAKAN: Contre les forces centrifuges en Mauritanie, les moyens pour les abattre ne sont pas de trop et je pense qu’il faut les diversifier. Ce cadre a pour vocation de combler un vide dans ce combat contre l’esclavage qu’une majorité de mauritaniens mène. Notre association pense apporter sa pierre à l’édifice à travers cette initiative en la formalisant par la constitution de l’A.R.M.E.P.E.S pour lutter contre l’esclavage sous toutes ses formes, promouvoir les droits humains, lutter contre les inégalités sociales, vulgariser les thèmes d’intérêts communs et promouvoir des œuvres socioculturelles.

OCVIDH: Comment jugez-vous la persistance de l’esclavage chez les Hratines qui font parler beaucoup d’eux en ce moment à travers leur leader Biram Dah Abeid?

KONE MAKAN: Biram Ould Abeid s’inscrit dans une filiation de l’élite Hratine qui a pris à bras le corps le combat contre l’esclavage. Je voudrais saluer ici son combat et dénoncer en même temps le verdict de la parodie de procès dont lui et ses camarades sont victimes. Sa condamnation ne fait que justifier si besoin est, l’engagement de tout un chacun contre la violation des droits élémentaires de l’homme et elle fera que notre mobilisation soit de plus en plus importante contre l’esclavage en Mauritanie. Nous disons aux hautes autorités qu’on ne peut bâillonner les militants des droits de l’homme par des mises en scènes où l’impunité et la protection des tortionnaires de la police sont la règle! Notre association demande sa libération sans condition et la reconnaissance officielle de l’IRA, comme structure d’utilité publique.

OCVIDH: Est-ce vous ciblez en priorité une communauté particulière, en l’occurrence Soninké ?

KONE MAKAN: Je n’aime pas ce terme « en priorité » ! Tout combat juste a vocation à être universel. Pour ce, on ne doit pas hiérarchiser le mal en général et les victimes en particulier. En même temps l’environnement militant en Mauritanie donne un sens à votre question en cela que l’esclavage en milieu Soninké n’a pas suscité une mobilisation officielle à l’image du Mouvement El Hor, de SOS Esclaves, de l’IRA et d’autres organisations de Défense de Droits Humains ou partis politiques. En milieu Soninké, l’esclavage est encore plus vicieux et les membres de cette communauté s’en sont bien accommodés à commencer par certains « intellectuels organiques » pour reprendre un concept de GRAMSCI. Cette situation m’interpelle et retient mon attention dans le cadre de l’initiative d’A.R.M.E.P.E.S, je vous l’avoue !

OCVIDH : Quels sont les objectifs à court et long terme de l’ARMPES ?

KONE MAKAN: A court et long terme, l’objectif est la promotion des Droits Humains. De ce fait la lutte contre les inégalités sociales qui s’incarnent de façon insidieuse dans la pratique de l’Esclavage en est la pierre angulaire, comme définit précédemment.

OCVIDH: Comment se caractérise la persistance de l’esclavage chez les Soninkés, les peulhs, les wolofs, dont on entend moins parler par rapport aux Hratines ?

KONE MAKAN: La pratique dans son essence est la même quelque soit la communauté retenue. Cependant, dans la société Soninké que je connais mieux l’esclavage n’a pas «connu d’abolition»! L’esclavage participe du fonctionnement, de la structure même de la société Soninké, quand bien même que sa cosmogonie n’appréhende pas son existence sans « ses esclaves ». Comme la plupart des sociétés africaines ici l’Avoir n’affecte pas l’Etre ; en d’autres termes on nait avec un statut social et on le demeure à vie.

Le statut détermine la place, le rôle et la fonction de l’homme. Il y a peu de temps encore dans certains villages de la région du Guidimakha, l’occupation de l’espace géographique procédait du statut des individus. Les conflits fonciers récurrents dans cette région procèdent de cette situation. Je rappelle, ici, les litiges fonciers récents de Diaguily et de Coumba NDaw qui ne sont pas des cas isolés en Mauritanie. En effet, dans plusieurs localités soninkés du Guidimakha et du Gorgol (Bouanze, Diaguily, Diadjibiné, etc.), le statut social et la question foncière se posent avec beaucoup d’acuité, sans une réponse politique et sociale juste.

Malgré l’évolution trompeuse des villages et l’urbanisation, la société soninké dans cette région reste arc-boutée à ce fonctionnement d’un autre âge qui est même transposé en Europe, et en particulier en France dans les foyers des travailleurs immigrés d’origine ouest africaine. Ce qui caractérise l’esclavage dans la société Soninké c’est l’idéologie du silence qui l’entoure et son intériorisation par tous les acteurs de la société !

OCVIDH: Que répondez-vous aux esclavagistes maures qui comparent le phénomène avec le système de castes dans les communautés noires ?

KONE MAKAN: Les esclavagistes dont vous parlez veulent éviter d’avoir mauvaises consciences ! Mais poser ainsi le problème c’est le dénaturer en grande partie, c’est l’escamoter, c’est même rire de la misère morale et matérielle des millions d’être humains en Mauritanie. L’esclavage pour ce qu’il est, c’est-à-dire une institution sournoise et insidieuse, un anachronisme social, un complexe d’œdipe de toutes les sociétés, un crime qu’il faut combattre où qu’il se trouve et par tous les moyens. En Afrique en général, on naît toujours prince ou guerrier ou chasseur ou pêcheur ou paysan ou éleveur ou bûcheron ou sorcier ou forgeron ou guérisseur ou griot ou marabout ou vannier ou zenaga ou boisselier ou assimilé ou affranchi…ou esclave, de telle tribu, de telle lignée, de tel clan, de telle région, etc.

L’esprit communautaire, l’harmonie du groupe, sa tranquillité, sa solidarité, n’existent que dans le respect scrupuleux des limites imposées à chaque sous groupe. Transgresser cette règle c’est porter atteinte à la quiétude de la société, c’est offenser les dieux c’est déclarer la guerre…

A tous les niveaux, le particularisme et la différence sont entretenus depuis la tendre enfance; pour éviter toute confusion. Que cela s’appelle le système des castes ou esclavage tout court, ce qui importe c’est que c’est l’humain qui est dénié de son humanité, piétiné et réduit au rang de bête !

OCVIDH: Il y a des préconisations de l’IRA d’après lesquelles pour sortir décisivement de l’esclavage, les Hratines au moins, voire les autres communautés noires, doivent quitter l’armée. Qu’en pensez-vous ?

KONE MAKAN: Quitter l’armée ? Pour aller où et faire quoi ? Dans le combat contre l’esclavage et les inégalités de toutes sortes, on peut avoir le même diagnostic et avoir des divergences sur les prescriptions ! Je ne connais pas les détails de ces préconisations, mais il me semble que pour avoir une certaine crédibilité, il faudra éviter les propositions farfelues qui relèvent plus du populisme qu’autre chose. Il faut prendre de la hauteur quand on prétend œuvrer à changer les choses. S’agissant de l’armée, la question qui doit se poser doit être relative aux modalités de son intégration et son rôle. L’armée ne doit pas être le monopole d’un groupe, sa composition doit refléter le visage de la Mauritanie. Pour ce, l’institution d’un service militaire obligatoire peut contribuer à amortir les déséquilibres et renforcera son rôle républicain…

OCVIDH: Quelles sont, d’après vous, les questions urgentes qui doivent être réglées pour sortir la Mauritanie du tiraillement racial, d’esclavage et d’apartheid ?

KONE MAKAN: Il faudra se méfier du poids des mots si nous voulons être audibles et crédibles pour nos concitoyens et partenaires : Certains mots comme apartheid ont un poids et ne prennent pas un sens opératoire quand il s’agit de la Mauritanie. On peut décrire la réalité sans la référence à l’émotion ! Toujours est-il qu’il y a un dénominateur commun aux mots que vous employez : l’humanité bafouée, et cela m’est inacceptable au-delà des adjectifs.

Ceci étant pour sortir la Mauritanie de sa situation actuelle, la seule chose qui vaille est de s’armer d’un volontarisme politique aux risques de l’impopularité parmi les siens et le traduire en actes. La Mauritanie compte aujourd’hui beaucoup de compétences humaines inexplorées et inexploitées.

OCVIDH. Il y a le débat sur ce que certains appellent « passif humanitaire », d’autres « crime contre l’humanité » et qui créée une vraie dissension ente les Arabo-berbères et les Négro-africains, comment qualifiez-vous l’affaire et quel est le positionnement de l’ARMEPES ?

KONE MAKAN: Là aussi, il faudra dépasser le stade du débat et des dissensions ! Les faits et les témoins sont là, ce n’est pas une invention de l’esprit. Je pense aussi, qu’il faut sortir de cette opposition entre les Arabo-berbères et les négro-africains, même si cela contribue à donner des arguments aux partisans de cette bipolarisation.

A un moment de l’histoire de notre pays, au-delà des mots, un génocide à été pensé mis en œuvre et exécuté. Certains de ses auteurs sont connus quand bien même ils figurent sur des listes détenues par des Organisations de Défense de Droits Humains comme la vôtre. Dans de pareilles circonstances la seule position qui vaille est que Justice soit rendue aux victimes sans frilosité aux risques de repousser à plus tard une confrontation. Mais en ce moment, je crains que les autorités qui dirigent la Mauritanie ne soient à la hauteur de cette nécessité.

OCVIDH: Qu’en est-il de la nostalgie du pays et la nécessité de confronter les réalités des injustices vécues par les Noirs en Mauritanie ? Vous vous rappelez de vos incursions en vélo avec le président de l’OCVIDH, Mamadou Youssouf Diagana ?

KONE MAKAN: Je pense qu’il faut éviter d’être nostalgique dans la vie, même si cela peut aider à s’indigner. Si la nostalgie peut aider à attiser en nous la flamme de la révolte qu’elle soit la bienvenue…Les moments que vous évoquez avec Mamadou Youssouf Diagana ont contribué à façonner nos parcours et trajectoires respectifs…. Rire. Je lui rappelle ses premiers coups de pédale sur mon vélo venant de France.

OCIVDH. Quel dernier message adressez-vous aux Mauritaniens ?

KONE MAKAN: Mon message aux Mauritaniens s’inspire de celui inscrit dans l’actualité par Stéphane HESSEL intitulé « indignez-vous ».

Entretien réalisé par,
FALL Moctar, Porte parole ocvidh
Président IRA France.
http://www.ocvidh.org

Source: http://www.ocvidh.org

©️ Crédit source : https://m.boolumbal.org/Interview-du-Docteur-Kone-Makan_a6135.html

Débat | Regardez « Muhammad Diakho : l’islam a-t-il aboli l’esclavage ? » sur YouTube

Une interview accordée par cheikh Muhammad Diakho Tandjigora à la chaîne YouTube Mizane TV. Penseur, professeur et écrivain, ce conférencier sénégalais d’ethnie soninké aborde ici la problématique de l’esclavage en islam. Il y expose ses réflexions avec pertinence.

Le Grand Entretien | Avec le président de L’EED, Mr Waly Diawara

À suivre ci-après en exclusivité l’interview avec le président de L’EED (Ensemble pour l’espoir et le développement), monsieur Waly Diawara.

Question 1 : Bonjour monsieur Waly Diawara, pouvez- vous vous présenter à nos lecteurs ? 

Waly Diawara : Je suis Franco-mauritanien, natif du village de Boully au Guidimakha en Mauritanie.

Âgé de 44 ans, je suis père de 3 enfants et vis actuellement entre le Sénégal, la Mauritanie et la France. 

Diplômé d’un DUT en Logistique et Transport, j’ai orienté mes études vers une Maitrise en transport et un troisième cycle en Management de la fonction Achats de l’école de commerce de Grenoble. J’ai par la suite occupé diverses fonctions en France dont celle de Directeur des Services et Moyens Généraux à l’Afpa. 

En parallèle de ma fonction de Président de l’association L’EED, je suis PDG de l’entreprise « Les Vergers du Sahel Mauritanie ». L’entreprise est spécialisée dans l’élevage, l’agriculture, l’agroalimentaire et la transformation. J’ai décidé de rentrer au Pays, pour être au plus près des projets, et apporter de façon directe ma contribution au développement du Pays.

Question 2 :  Quelle a été la genèse de l’association L’EED (Ensemble pour l’Espoir et le Développement) que vous dirigez ? 

WD : L’EED, Ensemble pour l’Espoir et le Développement est une association que nous avons créée en 2015. L’idée est née du constat déplorable du manque de structure et de moyens dans les domaines phares sociales, économiques et sanitaires. Malgré, la présence de plusieurs associations dans chaque village voulant endiguer ces maux, le développement local ne peut perdurer sans une cohérence globale.  Dans la mesure où, toutes les associations et toutes les localités partagent les mêmes réalités socioéconomiques, il fallait mettre en œuvre une organisation qui rassemble et massifie les ressources et les moyens. Nous devons sortir des logiques communautaires si nous voulons cheminer vers le développement. Le développement doit se faire à l’échelle d’une coopération entre les localités et les populations sans aucune autre considération. Pour faire court, le développement est possible uniquement si nous œuvrons ensemble dans ce but.

C’est à partir de là, que nous avons décidé de créer en Aout 2015 une association qui a pour objectif de mobiliser les ressources techniques, intellectuelles et économiques de toutes les bonnes volontés et citoyens à travers le monde pour contribuer à l’amélioration des conditions de ses bénéficiaires dans les territoires d’intervention de L’EED (France, Mali, Mauritanie, Sénégal). Notre ambition est de fédérer toutes les personnes autour d’engagements communs de solidarité et de mutualisation pour un véritable développement endogène. L’EED repose sur un modèle économique participatif où tous les acteurs contribuent et sont acteurs du développement.

Uniquement présent en Mauritanie et en France, L’EED a repoussé les barrières des frontières en intervenant au Mali et au Sénégal depuis 2019.

Aujourd’hui, L’EED intervient dans le domaine de la santé, l’éducation, l’agriculture, le développement durable et l’accompagnement social pour le développement et l’autonomisation. Nous comptons plus de 20 000 membres dans le monde et avons reçu la confiance de l’État, des collectivités territoriales, des associations locales, de la population locale, des populations originaires des régions mais habitant à l’étranger, des agences de développement, des coopératives pour ne citer qu’eux.

● Question 3 : Après quelques années d’activité L’EED, pouvez- vous nous présenter quelques réalisations phares et en projets, et également les difficultés rencontrées ?

WD : L’EED s’attache à améliorer les conditions de vie dans ses zones d’intervention. La santé est l’élément primordial, comme le dit si bien un proverbe oriental : « la santé est le trésor de la vie ». 

Brièvement je vais vous citer quelques-unes de nos réalisations :

Le Dispositif Aide Médicale appelé DiAiMe de L’EED permet l’accès aux soins de qualité pour les populations de nos territoires d’intervention en supprimant les barrières pour les personnes les plus nécessiteuses, grâce à la solidarité de toute la population. Son originalité s’inspire du système d’assurance santé français. Ce modèle économique inclusif consiste à impliquer le citoyen y compris le bénéficiaire. DiAiMe répond en premier lieu à un principe humanitaire, mais aussi à un objectif de santé publique et de pertinence de la dépense collective. 

97 389 actes de soins individualisés ont été réalisés en 2019 dont 45 773 femmes (47%), 37 982 enfants (39%) et 13 634 hommes (14%). Ce dispositif d’accès aux soins pour tous permet à L’EED de prendre en charge :

  • Les évacuations sanitaires d’urgence pour tous les patients,
  • Un « Pass_grossesse » pour toutes les femmes composées des prestations suivantes : échographie, prise de tension, pesée, analyse d’urine, mesure de la hauteur utérine, pharmacie… autant de gestes auxquels s’ajoutent des questions permettant de vérifier le bon déroulement de la grossesse pour toutes les femmes.
  • Carte santé de prise en charge des frais de pharmacie pour les populations défavorisées permettant ainsi de corriger les injustices sociales, face à la santé des populations

Dans le secteur de la santé, L’EED a, en plus, financé les formations de 10 Sages-femmes dans les écoles de santé publique de Sélibaby, Kiffa et Néma qui exercerons dans le futur centre de santé mère et enfant de L’EED à Sélibaby et organisé un dispositif de formation en France au sein de la clinique de l’Estrée à Stains et de l’hôpital privé de Vitry sur Seine pour 19 infirmiers et sages-femmes mauritaniens. 

Dans le domaine de l’éducation, 53 enfants ont bénéficié du programme annuel de voyage scolaire en France. En 2020, nous avons signé avec le Ministère de l’éducation nationale français et mauritanien, une convention pour la formation des enseignants et des directeurs d’école à travers une immersion dans les établissements scolaires de l’académie de Créteil dans un but de partage d’expérience. 

Depuis 2018, 2600 enfants bénéficient des services d’une cantine scolaire, en phase expérimentale.

L’accès à l’eau potable, est un engagement pris par L’EED : L’EED vient en aide aux populations de plusieurs localités périphériques de Nouakchott (communes de Dar Naim, Touzenine…) qui manquent cruellement d’eau. Grâce à nos partenaires, plusieurs localités bénéficient désormais d’une distribution quotidienne d’eau potable pouvant atteindre 3 citernes de 8000 litres par jour :   8 760 000 litres d’eau ont été distribuées en 2019 pour un coût financier de 27 555€.

Accompagnement social : L’EED a mis en place depuis 2015, avec le soutien de la ville d’Aubervilliers, une permanence d’accompagnement social située au 35 rue Heurtault 93300 Aubervilliers. Les samedis et dimanches, les bénévoles recherchent des solutions pour favoriser l’insertion et l’intégration en France des étrangers en France. Depuis le 1er Août 2019, un adulte relais a été recruté pour accomplir des missions de médiation au sein de la ville d’Aubervilliers grâce à une subvention de la ville d’Aubervilliers et la préfecture de la Seine-Saint-Denis

Dans le domaine de l’agriculture, je cite quelques réalisations non-exhaustives : 

  • Exploitation d’un champ agricole à Boully 
  • En 2019, l’action de L’EED a été consacrée à la sécurisation des productions et des champs à hauteur de 10km de grillage distribué à 12 coopératives agricoles pour permettre aux agriculteurs et aux coopératives agricoles de bénéficier de protection pour sécuriser les champs et jardins maraichers
  • 120 machines agricoles ont été mises à disposition des agriculteurs depuis 2017. 
  • Une boutique de distribution de semences est opérationnelle depuis 2017 à Sélibaby
  • En 2020, lors du Forum International de Développement Solidaire, un jury composé de Chefs de villages, de Maires, de représentants de l’état et de spécialistes sectoriels a été chargé de sélectionner les meilleurs projets des coopératives féminines ayant une existence réelle et une opérationnalité. Les gains des lauréats sont les suivants : 
  • Une dotation financière pouvant atteindre 200 000 MRO par projet sur une enveloppe globale de 2 500 000 MRO
  • Un lot de grillage ou un financement de grillage pour la protection des champs et productions maraichères pouvant protéger jusqu’à 1 hectares pour 10 lauréats de coopératives féminines.

Dans le volet environnemental, L’EED a reçu un financement à hauteur de 106 000 euros en partenariat avec la ville de Paris. Nous avons déployé un dispositif complet de gestion des déchets : du ramassage au tri et à la valorisation avec une installation d’une plateforme de tri. Le but de ce dispositif est d’éliminer l’insalubrité qui compromet la santé des habitants, dégrade leur environnement et génère une obstruction des canaux d’évacuation des eaux (provoquant des inondations, la propagation des maladies, destruction de la faune et la flore).  

En 2021, la vague d’implantation des plateformes de gestion et de valorisation des déchets va se poursuivre dans la région du Guidimakha.

Durant nos différents projets, nous devions nous assurer que nous n’étions pas là pour prendre la place de quelconque association ou organisation mais bien au contraire travailler conjointement avec elles. Au niveau de la population locale, nous n’avons pas rencontrées de difficultés particulières car les populations ont la volonté d’aller de l’avant. Bien au contraire, l’accueil des projets pensés conjointement avec eux a été très bien reçu.

● Question 4 : Courant 2020, dans la communauté soninké du Guidimakha et celle de la diaspora en France, différentes polémiques s’éclatent à propos de L’EED, pouvez- vous nous clarifier brièvement sur les tenants et les aboutissants ? 

WD : Je n’aime pas les ambiguïtés, vous connaissez tous les programmes de développement de L’EED, mais vous vous nourrissez et vous délectez de sensationnel même si vous connaissez la vérité, c’est la nature humaine. Beaucoup se divertissent de propos diffamatoires et mensongers, c’est la réalité de notre époque à cause des réseaux sociaux qui offrent cette possibilité. Je vais vous parler de 2 polémiques. 

Comme vous le savez déjà, un groupe d’individu a décidé de nuire à L’EED en proférant publiquement des mensonges. Je ne reviens pas sur les polémiques stériles créées de toutes pièces par des personnes dont les intentions sont connues de tous, afin éviter d’alimenter un débat décousu et dépourvu de sens. Beaucoup de ces gens confondent une association avec un parti politique. L’EED ne définit pas la politique de la nation, elle conduit avec ses moyens et à son échelle un programme de développement. Qu’avons-nous fait pour mériter une telle animosité gratuite ? 

Les polémistes sont connues de tous, L’EED n’est pas la seule victime de leurs démarches. Ils n’ont ni la capacité intellectuelle, ni morale de reconnaître nos réalisations. Ils ne sont animés que par des intentions malsaines et ont juste la velléité de détruire le peu que L’EED apporte aux populations. Ils déploient une énergie folle pour mettre à néant les acquis. La vraie question est pourquoi L’EED les dérange alors qu’ils ne sont ni adhérents, ni membre de nos clubs de réflexion. Le monde associatif est libre, nous avons tous le choix d’adhérer ou pas à une association si on en partage les valeurs et nous avons également tous le droit de créer une association.

Malheureusement, nous constatons que certaines personnes pensent que la vie associative est un lot de consolation puisqu’ils peuvent s’attribuer des titres comme s’il s’agissait d’une nomination à un gouvernement d’un État. Ces caprices sont dangereux car ils donnent de faux espoirs aux bénéficiaires. 

Les personnes mal attentionnées voient noirs partout et cherchent absolument à ternir l’image des autres. On ne peut briller en éteignant la lumière des autres. L’important est de penser par soi-même et se faire sa propre analyse, il ne faut surtout pas se presser à condamner une personne sans avoir au préalable rechercher par soi-même la vérité.  

Donner le meilleur de soi, vouloir le meilleur pour les autres tel est le chemin emprunté par L’EED. Y a-t-il une autre récompense du bien pour le bien ou le mal pour le mal.  

Les personnes qui critiquent se donnent malheureusement des rôles qu’ils n’ont pas. Certains pensent qu’ils sont divinement investis d’un pouvoir de contrôle, de remise en cause, de jugement, en s’érigeant garant de l’ordre et la morale. On ne peut être célèbre en proférant des mensonges et en se disant révolutionnaire, tout en passant sa vie dans l’inaction a commenté les actions et les projets des autres. Ne perdons pas de temps avec les bavardages, elles ralentissent les actions. Nous sommes victimes des commentateurs mais nous avons décidé nous d’agir sur la vie des personnes en leur donnant de la dignité. Les personnes qui tentent de spéculer sur les actions de L’EED pendant que nous aidons les femmes enceintes de nos régions, devraient sérieusement se remettent en question.

Quoi que tu fasses, un voleur, pense que tout le monde est un voleur, un menteur pense que tout le monde est un menteur. Les personnes qui parlent de L’EED, en pensant qu’il s’agit d’un état ou d’une grosse arnaque sont en général celles et ceux qui n’ont pas compris l’esprit de L’EED et les invitons à s’informer de plus près. 

La vie associative n’est pas du commerce où nous avons besoin d’avoir le monopole. Nous mettons en jeu beaucoup de notre temps, énergie et contribuons financièrement de façon personnelle quand on s’engage dans L’EED. Je rappelle que nous ne sommes rivaux ni concurrents d’aucune initiative, qu’elle soit en France ou ailleurs dans le monde si celle-ci prône le développement, bien au contraire, ce sont nos potentiels partenaires.

J’invite toutes ces personnes à déployer leur énergie à travailler. Si cette énergie était déployée pour construire, j’ai la ferme conviction qu’ils auraient pu apporter beaucoup plus que L’EED. Je reconnais volontiers qu’ils ont un certain talent car ils arrivent à faire croire aux gens que L’EED n’a rien fait depuis 5 ans, voire même pire, que L’EED est une arnaque. Il faut oser publiquement porter de telles calomnies alors que les réalisations de L’EED sont de notoriété publique (demandez aux 53 enfants et leurs parents qui sont partis en France, les infirmiers du Guidimakha ayant bénéficier d’une formation, aux 10 sages-femmes formées dans les écoles de santé publiques, aux patients dans nos villages, aux coopératives agricoles, aux résidents qui bénéficient de notre accompagnement social en France …). Leur talent, doit être canaliser dans une construction.  

Heureusement, que nous arrivons à prendre de la hauteur et de la distance face à toutes ces polémiques. Ainsi, nous ne les prenons pas personnellement et d’ailleurs je n’ai pas d’ennemis et je n’en aurais jamais car même ces polémistes savent au fond quel type de personne je suis. Je ne peux détester une personne ça demande beaucoup d’énergie. La vie est si courte, l’homme est tellement si vulnérable que je conseille à toutes et tous de se concentrer sur la construction et non la déconstruction car nous répondrons de nos actes devant Dieu.

La perfection est à Dieu. J’acceptes que nous ne soyons pas les meilleurs, j’admets que nous ferons de erreurs, je demande aux gens de nous détester en silence. Je préviens qu’ils vont avoir du travail car L’EED est dans une dynamique de croissance pour le bonheur des populations. 

Une autre polémique, pour le coup plus gigantesque et grave est née à l’issue d’un communiqué de L’EED en septembre 2020 à la suite d’une réunion de lancement du FiDéS à Tachott. Cette réunion conduite par nos équipes de L’EED Mauritanie accompagnées du Porte-Parole de l’Organisation Monsieur Oumar dit Boye SOUMARE et les cadres des deux localités : Tachott Berané et Tachott Botokholo.

Des individus qui n’ont jamais caché leur aversion aux projets que porte L’EED, ont fait croire que nous avions décidé d’organiser unilatéralement l’évènement sans consulter les populations des localités. Or c’est en 2019 que j’ai personnellement chargé le Maire de la commune de transmettre aux deux chefs de village notre souhait d’organiser l’évènement chez eux. En Février 2020, j’ai demandé à un membre de la direction de L’EED Mauritanie de se rendre à Tachott pour demander au Maire le résultat de cette consultation. Le Maire, confirme alors que les deux chefs de village acceptent et souhaitent à L’EED et à ses délégations la bienvenue. À partir de ce moment, 4 missions dont l’une a été conduite par la direction de L’EED Mauritanie est allée à Tachott Botokholo pour échanger sur le sujet, suivi d’une mission du Coordinateur National, puis du Vice-Président de L’EED Mauritanie et enfin par un superviseur de L’EED au Guidimakha. 

Malgré toutes ses missions, nous avons été estomaqués d’entendre sur les réseaux que L’EED avait pris une décision en dehors de toute consultation des notables de Tachott. Naïvement, nous avions pensé qu’un mensonge ne pouvait cheminer. À notre grande surprise, nous entendons des hauts représentants de cette localité affirmer avec certitude que L’EED n’a jamais évoqué ce sujet et n’a pas obtenu le feu vert. 

À cette période, je me trouvais en Asie. J’ai demandé à mes équipes de France et de Mauritanie d’aller à la rencontre des notables des villages en France et à Nouakchott pour comprendre le phénomène. À notre grande stupeur, c’est à ce moment que nous avons compris que derrière se cachait en réalité des personnes influentes qui veulent contrecarrer le développement de L’EED au Guidimakha. Une manœuvre d’une grande ampleur est organisée par ces personnes ! Le Chef de village de Tachott Botokholo et le Maire ont refusé de participer à l’évènement. Nous avons alors pris acte de ce refus et décidé alors d’organiser l’évènement dans l’autre rive qui eux étaient prêts à nous accueillir. Il faut savoir que Tachott Berané pilote indépendamment son Comité de pilotage L’EED et bénéficie des activités de L’EED depuis 2017 (dispositif de soins gratuit, formation de leur infirmière, prise en charge financière de leur personnel de santé, participation de plusieurs enfants aux voyage scolaires) alors que Tachott Botokholo dispose des mêmes dispositifs mais depuis 2018. 

Nous avons alors entrepris de démarches pour l’organisation de l’évènement à Tachott Berané avec l’accord du village et de l’association du village. Des cadres du village ont même fait le voyage depuis la France et Nouakchott pour participer aux travaux d’organisation de l’événement. Dès lors que nos détracteurs ont compris que nous allions réussir à organiser notre événement, ils ont entrepris des manipulations envers certaines personnes du village de Tachott Berané pour créer la division. Malgré ces manœuvres, les populations de Tachott Berané ont accepté de maintenir l’évènement. C’est à ce moment, que les hommes politiques ont décidé de tout mettre en œuvre pour obtenir une décision administrative d’annulation de notre événement en évoquant aux autorités qu’une guerre civile se préparait et qu’il n’était pas possible d’accéder à la demande de L’EED alors même que, L’EED disposait d’une autorisation signée du Gouverneur de la région datée du 26 octobre 2020. 

Au-delà de cette autorisation les ministères partenaires avaient confirmé leurs participations à l’évènement avec la présence confirmée en ma propre présence de deux autres Ministres.

Le 20 novembre 2020 à 4 jours de l’évènement, je me suis rendu à Sélibaby pour rencontrer le gouverneur. Ce dernier m’explique qu’il n’était plus possible d’organiser l’évènement à Tachott à cause d’une possible insécurité si l’évènement ait lieu. Il m’expliqua que les deux chefs de village ont refusé l’événement. Le 21 novembre, j’ai demandé une médiation à un Maire afin qu’il puisse faire comprendre au gouverneur que cette situation résulte d’une manipulation politique dont nous connaissions les auteurs. Le gouverneur me demanda personnellement de me rendre à Tachott Berané pour amener le chef de village et des notables chez le chef d’arrondissement afin qu’ils confirment leur accord. Au moment où je me rendais chez le chef d’arrondissement en compagnie des notables, le chef d’arrondissement me contacta via le téléphone portable d’un habitant de Tachott Berané pour dire qu’il annulait notre entretien pour cause de COVID 19. J’ai alors compris que la manipulation avait atteint un degré très important et que par conséquent, cette affaire devait être portée au plus haut sommet de l’État. Je me suis rendu à Nouakchott dans la foulée pour porter l’affaire devant les autorités compétentes via des intermédiaires. J’ai alors eu confirmation de la machination orchestrée pour contrecarrer L’EED. 

À ce moment, nous avions un budget de plus de 53 000 euros pour la mise en place dans cette localité d’un dispositif de gestion et de valorisation des déchets. Tout cela, a été anéanti parce qu’une personne avait décidé d’entreprendre des initiatives pour réduire la progression de L’EED. Des milliers de participants ont été empêchés de participer à l’événement qui permettait aux populations de bénéficier de soins médicaux gratuits par un personnel de santé qui a fait le déplacement pour l’évènement (Médecins généralistes, spécialiste, infirmier, sages-femmes) durant le 3 jours de l’évènement, de financer à hauteur de 2 500 000 UM les projets des coopératives féminines, et le déploiement d’un projet de gestion des déchets financé par la ville de Paris. Nous n’acceptons pas de donner cette image de notre pays aux bailleurs et financeurs étrangers. Par le simple vouloir d’une seule personne, on peut empêcher le déploiement des projets.

Comment pouvons-nous encore au 21ème siècle vivre tout ça. Empêcher qu’une ONG dirigée par les enfants du Pays, apporte assistance aux populations. Une situation inconcevable dans notre conception de ce que peut être l’engagement citoyen. 

Nous avons été contraints d’organiser l’événement à Diadjibiné, une localité d’intervention de L’EED située dans la région du Grogol. Permettez-moi de rendre hommage au Maire de Diadjibiné, au Chef de village et à l’ensemble des notables, des résidents de Diadjibiné en France à Nouakchott et partout dans le monde ainsi les populations pour la démonstration de leur engagement pour le développement. Je n’oublie par l’engagement des Tachottois des deux rives victimes d’une machination, je vais leur dire que nous ne les abandonnerons jamais. Je ne peux passer sans remercies toutes les personnes qui ont compris et se sont engagées.

Pour mieux comprendre cette histoire qui reflète bien de choses malsaines dans notre pays, je laisse les personnes habitées à mener une enquête pour établir la vérité et empêcher désormais toute velléité des personnes se croyant au-dessus des lois, de priver les populations d’un accompagnement nécessaire pour leur développement. Nous n’abandonnerons jamais.

Je préviens que nous sommes au début de notre combat pour permettre aux mauritaniennes et au mauritaniens de vivre dignement, de prendre conscience que leur développement passe par leurs propres engagements. Nous nous battrons au côté de l’État pour la dignité de nos compatriotes à travers des projets qui participent à leur donner confiance. 

L’EED travaille toujours et depuis le début de son implantation en Mauritanie en parallèle avec les administrations du Pays dans une cohérence globale et coordonnée. Je remercie au passage, les forces de l’ordre du Guidimakha qui ont mis tout en œuvre pour faciliter la tenue de l’évènement à Diadjibiné.

  Question 5 : L’émergence de l’association L’EED coïncidait avec la résurgence de l’engagement porté par Ganbanaaxu FEDDE contre les mentalités féodalo-esclavagistes au sein de la communauté soninké, d’aucuns de part et d’autre voyaient en L’EED comme une caisse de résonance en faveur des réactionnaires soninkés pour contrer l’éveil abolitionniste, que pensez-vous de ces allégations ?

WD : Je rappelle que L’EED a été créé le 16 Août 2015. Si j’ai bonne mémoire, Ganbanaxu a été créé le 05 Octobre 2016. Soit, nous sommes devin soit nous sommes dans les secrets des dieux. Ceux qui pensent comme ça, ne méritent pas d’être cité. 

Vous pensez sincèrement que nous avons créé L’EED pour permettre la continuation d’un système sociétale quelconque ? Je défie quiconque de trouver un début de commencement de la moindre invective à l’endroit de qui que ce soit depuis la création de L’EED. Si vous pensez que le fait d’apporter une justice sociale en améliorant l’accès à la santé, à l’éducation et de développer nos filières agricoles pour notre autonomisation est un acte permettant la continuation d’un système sociétale, c’est que nous ne vivons pas sur la même planète. 

Dans quelle société vivons-nous ? La critique est bonne quand elle est là pour nous servir à améliorer les choses et ne pas répéter les mêmes erreurs, mais si elle est là pour détruire ce qui a été mise en place, ça s’appelle avoir le cerveau embrumé. On donne du crédit à n’importe qui de nos jours et c’est bien dommage.

Si vous êtes honnêtes avec vous-même et que vous disposez d’un sens critique, d’analyse et de réflexion, vous reconnaitrez volontiers le bilan de L’EED en seulement 5 ans au Guidimakha et son détachement sur ces questions en dehors de son scope. Notre objectif est de rassembler autour des questions fondamentales de notre développement pour donner à chaque personne son autonomie et rehausser notre dignité collective et individuelle.

Combien de membres de Ganbanaxu ont été membres de l’exécutif de L’EED ? Demandez-leur leur avis sur cette accusation fantaisiste et à mon sens dénoué de tout sens critique. C’est de la bêtise humaine de penser ça.

Personnellement, je suis connu pour mes positions en faveur de l’égalité parfaite entre les êtres au-delà même des ethnies et de toute autre considération néfaste à la cohésion et au mieux vivre ensemble. Je rappelle à chacun de mes discours, que nous partageons le même espace et donc nous sommes condamnés à nous respecter mutuellement, à partager et à vivre ensemble. 

Ce sont sincèrement des allégations qui n’ont pas besoin de réponses, car les faits parlent pour L’EED : 

Le système de santé (prise en charge des évacuations sanitaires d’urgences, des personnes vulnérables, des femmes) a été mis en place sans aucune considération ethnique ou autre.

Lorsqu’on s’intéresse de près aux bénéficiaires du voyage scolaire des enfants en France, on se rend compte de la diversité sociale des bénéficiaires (peul, soninké, maure) sans aucune distinction liée à des considérations spécifiques, 

Le financement des coopératives féminines permet également de faire bénéficier à toutes les couches de la société des financements.

Il faut qu’on sorte de cette société où tout le monde est devenu journaliste d’investigation. C’est un métier le fait d’informer les gens. Il faut faire des investigations pour informer de façon objective. Je dois être idéaliste en pensant que les gens sont en capacité de reconnaitre naturellement les faits. 

● Question 6 : Certaines voix semblent reprocher à L’EED, qu’une gouvernance personnelle serait mise en place autour de votre personne à vie et avec des éléments dociles suiveurs, que vous leur répondez ?

WD : L’égoïsme et l’égo sont incompatibles avec la vie associative. Il faut remettre les choses dans leur contexte, nous parlons d’une association. L’engagement associatif n’est pas un amusement bien au contraire, les associations ont un rôle d’intérêt général. Diriger une association requiert des compétences et une totale disponibilité. Pour tous types de management associatif, il est primordial d’avoir diverses compétences telles qu’avoir un rôle fédérateur, être capable de manager des équipes multiculturelles, maintenir une vision et des orientations, avoir la capacité à incarner quelque chose tout en ne décevant pas les bénéficiaires. Il faut être capable de se sacrifier pour se mettre au service des autres.

Notre seul objectif est de mettre fin aux maux de nos zones d’intervention, qu’importe qui le fait. Nous prônons le refus du statut d’observateur mais plutôt l’engagement comme acteur du changement.  Nous souhaitons alors à toutes les personnes, qui ont des initiatives associatives, toute la réussite dans leurs projets. Je peux affirmer ici, que nous serons aux côtés de toutes les associations de développement en particulier celles de nos territoires d’intervention. Nous faisons même appel à une coordination des ONG et associations au Guidimakha pour mieux porter les programmes de développement dans une cohérence globale à travers des états généraux que nous organisons à Sélibaby.

Pensez-vous réellement que tous les cadres de L’EED, qui sont bénévoles, prennent de leur temps libre pour me suivre aveuglément. Il faudra arrêter d’insulter cette belle intelligence collective qui fait du bien à nos territoires d’intervention. 

Si les gens veulent diriger alors qu’ils s’impliquent dans nos projets. Nous ne pouvons pas être leader d’une organisation tout en étant en dehors de cette organisation. 

Je préviens que je suis là pour longtemps et je confirme que les choses se feront de la manière qui a été définie avec mes équipes pas de la manière dont voudraient les nouveaux « sages ».

● Question 7 : Quels sont vos rapports de travail et de coopération avec les associations villageoises qui investissent le même champ que vous autour du développement multidimensionnel dans nos terroirs d’origine en Afrique ?

WD : Pour illustrer vos questions, je vous donne juste un exemple : lorsque nous avons obtenu le financement de la gestion des déchets à Diadjibiné. Nous avons travaillé avec l’association locale APD a qui nous avons délégué en lien avec la Commune, la gestion et le pilotage de l’activité de ramassage, de tri, de valorisation des déchets ainsi que les aspects de sensibilisation.

Nous souhaitons sous-traiter des activités aux associations locales et aux coopératives féminines dans un cadre formel exigeant.  Le développement ne peut se faire que si nous travaillons tous ensemble de concert.

Question 8 : En France, L’EED porte assistance à certains de ses adhérents ou non, concernant des régularisations au niveau fiscal, des rumeurs laissent entendre que des responsables de L’EED en font un service lucratif et pécuniaire, pourriez-vous nous édifier davantage ? 

WD : L’EED conduit depuis 2015, une activité d’accompagnement social accessible à tous, adhérents ou non-adhérents à Aubervilliers en permettant aux résidents étrangers de bénéficier d’une régularisation, de la naturalisation, d’une médiation socio-familiale, d’aide à la recherche d’emploi, de logement, d’appui à la déclaration d’impôt et autres. Cette activité d’accompagnement s’effectue sans aucune contrepartie. 

L’EED vit essentiellement des contributions de ses adhérents, des dons, des subventions et des activités génératrices de revenus en lien avec son objet social.

Nous exposons, à chaque usager qui se rend au bureau d’accompagnement social de L’EED, une présentation des programmes de L’EED, comme nous le faisons dans nos compagnes de sensibilisation dans les foyers de migrants et à l’occasion du tournoi de football annuel. Cette présentation aboutit souvent à une adhésion ou à une contribution individuelle ponctuelle.

Dès lors que les bénévoles de L’EED rendent des services (aide à la constitution de dossiers administratif pour demande de logement, de titre de séjour, rédaction de CV, lettre de motivation, naturalisation, déclaration d’impôt et autres), et après avoir pris connaissance des activités de L’EED, les usagers décident soit d’adhérer ou effecteur un don à L’EED. Chaque adhésion et don se fait via un formulaire signé par le donateur. 

Fin.

▪︎ 30 décembre 2020

Réalisé par KS pour le BLOG

Aboubacar Soumaré : «Je suggère aux acteurs politiques et de la société civile de notre valeureux pays à tenir des discours inclusifs …..»

Un député populiste et flirtant allégrement depuis quelques mois avec les abords des extrémistes religieux et des nationalistes arabes. L’opportunité du discours maladroit d’Emmanuel Macron sur l’Islam s’est présentée, pour ramener sur le devant de la scène la sempiternelle question des langues à l’assemblée, en l’occurrence le français; de manière forcée, avec une agression verbale, et un live Facebook à l’encontre du Ministre de l’économie, à l’assemblée pour répondre aux questions des députés, et qui a fait son intervention en français. Le maire de Sebkha, Aboubacar Soumaré réagit à cette actualité.

Comment percevez-vous l’intervention du député à l’encontre du Ministre de l’économie ?

Je désapprouve l’intervention du député dans la forme et dans le fond. C’était une intervention opportuniste. Je veux dire par là que ce n’était pas monsieur le Ministre Ousmane Kane qui était personnellement visé. C’était une intervention populiste qui ne correspond en rien aux valeurs que défendent les membres du parti à travers lequel il a été investi, l’AFCD. C’était juste une tentative du député de faire le buzz. De la politique des réseaux sociaux. C’était néanmoins intéressant de noter que le Président de l’Assemblée Nationale qui avait plusieurs fois décrié l’utilisation du français par le passé se retrouvait en défenseur de cette langue.

Ce débat des langues, devrait être réglé et dépassé en 2020…

Je ne parle pas arabe. Et plus que cela, en particulier pour nous les soninko, la langue française est importante parce que c’est en France que nous immigrons pour nourrir nos familles et investir dans nos villages en Mauritanie. Nous voulons même obtenir en Mauritanie des diplômes en français pour mieux réussir notre intégration professionnelle en France et gagner plus d’argent pour mieux développer nos villages.

Les soninko n’investissent pas au Maroc ou à Las Palmas. Ils investissent chez eux en Mauritanie avec l’argent qu’ils gagnent en France en parlant français. Je suggère aux acteurs politiques et de la société civile de notre valeureux pays à tenir des discours inclusifs et de cohésion sociale plutôt que discriminants.

Comment un tel personnage s’est-il retrouvé au sein d’un parti comme l’AFCD, dont le leitmotiv est le renforcement de l’unité social ?

Il était président de son propre parti qui a été dissout avec les nouvelles lois. Il a atterri par défaut à l’AFCD comme simple membre.

Comment s’annonce son avenir au sein de ce parti ?

Je ne sais pas. Je ne fais pas partie de l’AFCD, même si j’ai une confiance totale en la bonne foi de ses membres fondateurs et des valeurs qu’ils portent et défendent avec force et conviction.

Source : Mozaikrim

©️ Crédit source: https://kassataya.com/2020/11/12/aboubacar-soumare-je-suggere-aux-acteurs-politiques-et-de-la-societe-civile-de-notre-valeureux-pays-a-tenir-des-discours-inclusifs/

Interview : Notre entretien RMI-info.com.

 

Koundou Soumaré: « les associations qui composent GANBANAAXUN FEDDE évoluent clairement dans la voie droit-de -lhommiste. »

Dans un entretien avec Rmi-info, le chargé de communication de Ganbanaaxun- Feddé, Koundou Soumaré a assuré que le mouvement s’inscrit « clairement dans la voie droit-de-lhommiste ». Il a précisé que le mouvement milite pour la fin de la violence symbolique et l’avènement des réformes sociétales chez les Soninké. Il a également rappelé la mort de 4 militants le 1 septembre dernier dont un responsable de Ganbanaaxun-Feddé dans un violent affrontement communautaire. En effet, il a dénoncé la détention arbitraire de l’un de leurs militants à Bouanzé dans le Guidimakha.

Au sujet des circuits de médiation traditionnelle, Soumaré précise que « de timides rencontres ont eu lieu entre notre mouvement et certaines associations communautaires en France mais sans aboutir à quelque chose de conséquent. » Avant d’ajouter que la présence des réserves au sein des rangs des progressistes qui sont liées aux pressions et pesanteurs sociales dans le milieu Soninké.

Selon le leader, même s’il y a des progrès enregistrés dans la première année du règne de Mohamed Cheikh El Ghazouani, les autorités doivent avoir le courage de libérer les rouages étatiques du prisme tribal et communautaire.

1-RMI-info : Comment se porte aujourd’hui le mouvement Ganbannaxu -Fede après ces quelques années d’existence? 

Koundou SOUMARÉ : D’abord mes salutations à toute l’équipe RMI-INFO et à vos lecteurs. Et j’introduis mon propos par une pensée pieuse à nos 4 camarades antiesclavagistes lâchement assassinés par une horde haineuse des miliciens féodalo-esclavagistes le 1er septembre dernier à Djandjoumé au Mali. 4 vaillants pères de famille de 44 ans à 73 ans, dont  Monsieur Mountakha Diarrisso qui était le responsable local Ganbanaaxu. Je pense à leurs familles actuellement à Nioro et parmi elles, des blessés à qui je souhaite un prompt rétablissement.  Aujourd’hui je dirais que l’éveil abolitionniste et anti-esclavagiste porté par GANBANAAXUN FEDDE, est plus que jamais porteur à travers le monde soninké et même au delà. Le caractère tabou et complexé qui entourait l’esclavage coutumier par ascendance qui fait partie d’une certaine structuration sociale dans nos communautés faites des castes et des hiérarchies, est levé comme jamais. Ainsi Ganbanaaxu FEDDE suit sa dynamique pacifiste de sensibilisation humaniste et citoyenne autour des problématiques liées à cet esclavage statutaire malgré les gesticulations nuisibles des voix réactionnaires nostalgiques d’un temps moyenâgeux. 

2- RMI-info: Pouvez-vous rappeler le contexte de sa création, ses orientations et les victoires enregistrées jusqu’ici ?

KS : le mouvement GANBANAAXUN FEDDE avait été créé le 5 octobre 2016, sous son aspect forum Whatsapp de sensibilisation, par Monsieur Gaye Traoré qui occupait à l’époque le poste de secrétaire général d’ARMEPES-France (Association des ressortissants mauritaniens pour L’éradication de pratiques de l’esclavage et ses séquelles). Monsieur Traoré est actuellement le président d’ARMEPES-France qui est la structure mère de ce mouvement devenu aujourd’hui transnational. Par la suite le mouvement GANBANAAXUN FEDDE est déclaré en cadre fédératif regroupant plusieurs associations antiesclavagistes évoluant principalement au sein des communautés soninkés en Mauritanie, au Mali, au Sénégal et dans la diaspora. Aborder les données sur le mouvement GANBANAAXUN FEDDE nous ramène nécessairement à l’association ARMEPES qui a été fondée courant 2010 à l’initiative de ressortissants mauritaniens majoritairement d’ethnie soninké . Dans la communauté soninké, l’esclavage coutumier par ascendance est bien ancré dans la stratification sociale. Et le phénomène couvert d’un certain tabou surgit souvent dans des débats crispés et contradictoires, notamment au niveau de sa légitimation religieuse. Dans les années 2000, un lettré  religieux malien d’ethnie soninké du nom de Mohamed Touré (vivant en Arabie Saoudite à l’époque) avait abordé dans plusieurs cassettes la question de cette légitimation de l’ordre coutumier de l’esclavage chez soninkés. Et sa compréhension penchait vers l’affirmatif laissant entendre que les individus castés esclaves statutaires vont le demeurer religieusement s’ils ne vont pas aller quémander leur affranchissement auprès leurs maîtres féodalo-esclavagistes. C’était de ce constat d’une argumentation ouvertement apologiste de l’esclavage entre personnes d’un même groupe sociolinguistique professant une même confession censée être fraternelle et solidaire, que des personnes avaient eu l’inspiration de fonder l’association ARMEPES- France. Parmi les initiateurs, je peux citer l’oncle Ibrahim Cissokho, l’oncle et Ustaz Abdoulaye Traoré, l’oncle Tougué Traoré, l’oncle Dramane Camara entre autres. Une mobilisation militante est axée sur la sensibilisation, les débats , les demandes de réformes sociétales et les actions de développement multidimensionnel au service de la communauté et voire à l’échelle nationale. Je dirais que la phase de la sensibilisation et de l’éveil militant font le succès du mouvement. Et en grande partie, c’est grâce à l’émergence et aux facilités communicationnelles via les réseaux sociaux notamment whatsapp et Facebook. 

3- RMI-info: Avant d’aborder le fond, parlons un peu de la forme, en l’occurrence,  des vos méthodes souvent décriées par vos détracteurs? Quelle inspiration est Ganbannaxu-Fedde ? Êtes-vous une organisation de défense de droits de l’homme, une congrégation religieuse ou une association caritative?

KS: Effectivement, nous avons tant entendu la fameuse réplique aux relents douteux d’ailleurs dégainée par certains « votre cause est juste mais vos méthodes sont mauvaises ». Je peux comprendre certaines voix extérieures à la communauté et ses réalités, mais d’autres personnes ne sont que dans une posture bien connue consistant à éviter le fond des choses. Ainsi pour certains milieux détracteurs issus de la communauté, aborder publiquement les problèmatiques liées à l’esclavage coutumier par ascendance, serait en soi une « mauvaise méthode ». Indexer les assignations sociétales qui discriminent les gens en fonction d’un passé accidentel de l’esclavage, peut perturber certains parce qu’ils y voient une menace pour leur hégémonie sociale et statutaire. 

Les associations qui composent GANBANAAXUN FEDDE évoluent clairement dans la voie droit-de -lhommiste. Dans le volet sensibilisation, certains membres connaisseurs du fait religieux y développent une réflexion discursive de  délégitimation de cet esclavage coutumier en convoquant des sources prouvées issues du Coran et de la tradition prophétique. Autrement, nous ne demandons que la primauté de l’égalité citoyenne à travers l’ordre régalien de nos États sur les velléités dominatrices du régime féodalo-esclavagiste intracommunautaire. 

4- RMI-info: Vous êtes présents en Europe et en Afrique? Mais où compte-t-on plus adhérents aujourd’hui? Avez-vous des liens avec la diaspora notamment des organisateurs du festival annuel des Soninké de l’Afrique l’Ouest? 

KS : j’hésiterais me lancer dans un chiffrage concernant nos adhérents proprement dits entre la France et dans nos pays d’origine. L’éveil GANBANAAXUN FEDDE a eu son envol en France autour de nos activités militantes et la mobilisation a eu ses effets positifs en matière de la prise  de conscience dans nos terroirs. Ainsi le régime coutumier foncièrement trompeur a été dévoilé et nos familles s’affirment en citoyens dignes en revoyant les rapports symbolisant la subordination sociétale entre les castés esclaves et leurs maîtres féodaux. Dans plusieurs villages face au refus systématique de milieux féodalo-esclavagistes à se remettre en question sur la nouvelle donne antiesclavagiste, émerge une communauté Ganbanaaxu aspirant à une autogestion sociale sans les humiliations symboliques liées au ladalenmaxu (rapports de domination féodale symbolique qui maintiennent les descendants d’esclaves dans une subordination perpétuelle). 

Dans les premières années d’ARMEPES-France, un des responsables avait été dépêché à Kayes lors d’une édition de Fiso (festival international de soninkés). En la personne de Monsieur Brahim Cissokho qui s’y était rendu pour sensibiliser la communauté soninké sur la problématique de l’esclavage coutumier par ascendance. D’après son retour d’expérience, l’accueil au message n’était pas à la hauteur, il avait constaté un certain évitement et de l’indifférence. Nous sommes ouverts et notre appel est destiné à tout Soninkara. Malheureusement certains milieux sont piégés par une légendaire suffisance quasi maladive en considérant que tout est parfait dans la société, chacun a sa place. J’espère que les choses vont évoluer progressivement chez eux afin qu’ils mettent à jour leur logiciel d’approche par rapport aux réalités de notre époque. Quelques timides rencontres ont eu lieu entre notre mouvement et certaines associations communautaires en France mais sans aboutir à quelque chose de conséquent. 

5- RMI-info: Ces derniers mois, votre engagement a commencé à avoir des échos retentissants sur la scène internationale. Une note des Nations unies a demandé aux dirigeants maliens de régler définitivement la question de l’esclavage? Pouvez-vous revenir sur cette affaire et le contexte ayant provoqué l’interpellation onusienne de l’État malien? 

KS : Dans mon propos introductif, j’ai abordé cette affaire de Djandjoumé, avec l’assassinat de 4 membres Ganbanaaxu par les milieux féodalo-esclavagistes sur place. D’après mes sources tenues de nos partenaires maliens, les familles de victimes de la soirée funeste du 1 septembre 2020 vivaient déjà dans une ostracisation sociale à cause de leur engagement antiesclavagiste. L’une des victimes, feu Mountakha Diarrisso (73 ans) avait été sauvagement attaqué et sa maison saccagée courant 2018. Un jeune homme d’une trentaine d’années l’avait agressé grièvement parce qu’on lui reproche d’oser ouvrir sa maison pour une réunion du mouvement anti-esclavagiste. Et ils étaient fréquemment entre Djandjoumé et Nioro sur des affaires judiciaires liées aux conséquences de leur rejet de cet esclavage par ascendance. Fin août et début septembre, une décision judiciaire de Nioro en faveur des familles antiesclavagistes au détriment des milieux féodalo-esclavagistes, avait intensifié l’acharnement haineux à l’encontre d’elles. La suite , on la connaît, un lynchage à mort de 4 pères de famille par les miliciens féodalo-esclavagistes du village et même certains proches (subalternes et obligés de l’ordre féodal) de victimes avaient pris part au massacre.  

C’était dans la suite de cet événement cruel que d’experts Onusiens avaient publié leur note à l’endroit des autorités maliennes. Dans nos pays, un certain lobby politique et intellectuel gesticule en coulisses pour soutenir le déni et distordre les réalités de cet esclavage intra-africain qui persiste pourtant dans nos communautés sahéliennes. Au Mali, l’instabilité sécuritaire et politique n’arrange pas l’engagement Ganbanaaxu, car une fois le régalien étatique faillit dans certaines zones comme dans la région de Kayes, les féodaux sont tombés avec une certaine impunité dans la violence brute contre les militants abolitionnistes. L’interpellation réitérée des autorités sur ce phénomène abject par des voix extérieures comme le cas des experts Onusiens, est une lueur d’espoir afin que ces violations des droits humains soient stoppées en protégeant des citoyens qui n’aspirent qu’à vivre dignement. 

6- RMI-info: Dans le Guidimakha, on vous accuse souvent d’être des « fauteurs de troubles » par les notabilités locales. Et souvent même, elles n’hésitent pas à faire intervenir les autorités administratives et sécuritaires.Il n’y a-t-il des voies et moyens pour engager un dialogue interne ? Qu’est-ce qui bloque au de là de la survivance des pratiques et esprit esclavagistes que les Soninké ont en partage les autres communautés nationales du pays? 

KS : Nous ne sommes pas des « fauteurs de trouble » , ce sont des accusations fallacieuses utilisées par certains esprits suprématistes dans le but de nous salir et de vaines tentatives à discréditer un engagement pacifique qui a déjà gagné la bataille morale. Ce que vous appelez « notabilités locales » ne représentent qu’une faction de l’ordre féodalo-esclavagiste. Cette faction est dans la belligérance aujourd’hui face à notre engagement d’éveil humaniste et citoyen qui revendique l’application de l’état de droit. Historiquement cette faction qui s’arroge l’exclusivité de positions d’honneurs et de dignités sociales, profitait d’une omerta intracommunautaire et se donnait une légitimité représentative auprès des autorités régionales. Nos dispositions au dialogue sont réelles et sérieuses dès le départ à l’échelle villageoise, mais les facteurs bloquants sont dûs en grande partie au refus de la faction réactionnaire à se remettre en question sur la vie sociétale devenue problématique aujourd’hui . Notamment l’ordre ségrégationniste et discriminatoire qui sévit hermétiquement en considérant qu’un descendant d’esclave ne peut avoir d’héritage social qu’une subordination coutumière de générations en générations. Diverses manœuvres d’intimidations sont ourdies auprès des autorités régionales contre nos familles et militants mais le temps passant avec la détermination et la résilience, notre engagement pour l’avènement d’une communauté soninké harmonieuse sans les violences symboliques de cet esclavage par ascendance. Je pense à un membre de notre mouvement emprisonné à Selibaby depuis quelques semaines. Ressortissant du village de Bouanze, il est une énième victime des pratiques fallacieuses d’intimidations avec une plainte venant de l’ordre réactionnaire local. Nous sommes confiants dans la noblesse de notre engagement et le Temps sera Juge d’ici bas et dans l’au-delà, In sha Allah. 

7- RMI-info: D’ailleurs, certains progressistes au sein de la communauté Soninké partagent avec vous la noblesse de votre combat. En revanche, ils expriment des réserves quant à la virulence de vos méthodes. Que répondez-vous à ceux-là?

KS : je crois avoir abordé cette donnée brièvement dans l’une de mes réponses tantôt.  Effectivement il y a des voix sincères qui expriment leur bonne volonté mais restent bloquées non par nos supposées « mauvaises méthodes » mais plutôt par les pressions et les pesanteurs sociales exercées par les milieux réactionnaires. Notre discours militant est structuré autour de la demande d’égalité citoyenne entre membres d’un même groupe sociolinguistique. D’ailleurs ce même groupe sociolinguistique peut s’estimer discriminé à une autre échelle (étatique notamment pour la Mauritanie), dans ses spécificités culturelles ou communautaires. Et d’ailleurs un activisme revendicatif est incité dans ce sens par tout le monde mais certains esquivent bizarrement dès qu’il s’agit des inégalités sociales causées par l’ordre féodal en interne . Des paradoxes et contradictions qui sont insupportables et heurtent le bon sens. 

8- RMI-info: On a vu qu’au centre du Mali, certains groupes armés ont instrumentalisé la question peule pour rallier des combattants dans leurs rangs. Des chercheurs et spécialistes crédibles craignent une certaine récupération de votre mouvement. Surtout, il a été observé ça et là, une dispute sur la gestion de certaines mosquées sans parler des prêches de certains de vos prédicateurs qui se revendiquent d’obédience wahhabiste?

KS : Je réitère mon propos, notre engagement s’inscrit dans la mouvance droit-de-l’hommiste classique et de demande de réformes sociétales. Nous sommes légalistes et tenons aux lois et dispositions prévues dans les textes fondamentaux de nos pays. Par exemple en Mauritanie, République islamique, nous ne réclamons qu’une gestion égalitaire à notre endroit en corrigeant les discriminations et les humiliations sociales héritées de l’ordre féodalo-esclavagiste d’antan. Les affaires communautaires dans nos villages de 2020 ne doivent pas être gérées comme 1920. Ainsi basant sur la loi nationale relative à la gestion du culte et des mosquées, nous estimons que la communauté  devrait être plus visionnaire en réformant l’ordre ancien basé sur une certaine hégémonie exclusiviste. Faute d’avoir un consensus à revoir les choses ensemble, les personnes castées esclaves formées en entité sociale méritent d’avoir une autogestion citoyenne et sociale en bon voisinage avec d’autres. Sur le sujet d’obédience religieuse supposée d’un tel ou tel, je crois que cela a une relation avec ce qui se constate relativement dans toute la communauté soninké. Un certain élan de revivification inspiré de différents courants religieux dans la Oumma. Nous sommes des Humains , cette indignité sociale assignée (esclavage statutaire) sur nous de générations en générations dans la communauté, reste la mobilisation principale afin de se soustraire pacifiquement selon les lois de nos pays et conventions internationales. 

9- RMI-info: En Mauritanie, les autorités évoquent toujours l’existence des séquelles d’esclavage. L’actuelle Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) inspire confiance aux yeux de la plupart des défenseurs des droits l’homme. Ses dirigeants communiquent plutôt sur la nécessité d’assurer aux victimes leurs droits fondamentaux notamment accès à l’état civil, le droit foncier, l’éducation et l’accessibilité aux soins de santé . Pensez-vous que cette démarche est apte à régler le problème de l’esclavage en Mauritanie? 

KS : Depuis une année, il est indéniable qu’une dynamique communicationnelle est enclenchée sur les problématiques liées à l’esclavage par la CNDH de Maître Bouhoubeïni. Après il faut davantage une redéfinition du langage utilisé pour nommer certaines tares d’aujourd’hui annexes à l’esclavage pratiqué dans le passé chez les soninkés notamment. Aborder d’une manière transversale et transcommunautaire, les séquelles esclavagistes, peut manquer de pertinence et de lisibilité sur les réalités spécifiques à chaque communauté. Chez les soninkés, les violences symboliques perpétuées par le ladalenmaxu (rapports de subordination sociétale entre familles d’anciens maîtres et familles castées esclaves) est à bannir pour de bon. C’est ce cordon coutumier qui structure l’ordre féodalo-esclavagiste soninké et relègue les descendants d’esclaves. Par ce biais on fera accepter les positions de seconde zone aux descendants d’esclaves dans la communauté. Droit d’aînesse non reconnu  pour eux et leurs compétences ignorées insidieusement s’il s’agit des honneurs liés aux statuts et autres privilèges . Et à ce niveau, la CNDH peut mieux faire, c’est à dire  inviter tous les protagonistes en séminaires citoyens, donner la parole libre à tout le monde sur la thématique. Certainement, on pourrait y avoir beaucoup de surprises sur la question « séquelles de l’esclavage » en Mauritanie, dans toutes les communautés confondues. Pour étudier et proposer des pistes particulières de correction dans chaque communauté concernant les discriminations et droits lésés à cause d’un passé esclavagiste ayant affectant l’ascendance de certains citoyens. 

10- RMI-info: le président El Ghazouani a bouclé sa première année à la tête de l’État? Que vous inspire-t-il? Quelles sont vos attentes envers lui et son gouvernement?

KS : De mon avis d’observateur, je dirais que l’année de règne du Président Ghazouani suscite un intérêt à divers degrés. Par rapport à sa méthode et sa personnalité que les mauritaniens découvrent avec une certaine surprise, sa gouvernance fait face à plusieurs défis. On remarque une forme de rupture interne dans le système du pouvoir qui tient le pays depuis juillet 1978 (hormis la brève parenthèse Sidioca). S’il arrive à libérer les rouages étatiques du prisme tribal et communautaire, à garantir une Justice Libre, à investir sérieusement dans l’Éducation Nationale, à permettre l’ouverture d’un débat sans tabous entre tous les mauritaniens (passif humanitaire, l’esclavage, l’unité nationale entre autres) l’Histoire retiendra son nom comme inspirateur consensuel d’une dynamique politique et sociale inédite qui ferait cette Mauritanie réconciliée tant attendue. Concernant les séquelles esclavagistes qui persistent dans la communauté soninké au Guidimagha notamment, je crois qu’une volonté ferme de la force publique régionale peut tout arranger et rapidement. Par la parole officielle, le gouverneur peut réaffirmer le régalien étatique et veiller à l’état de droit dans toutes nos contrées villageoises. Dans la même la lancée, préfets, chefs d’arrondissement , chefs de brigade et maires mobilisés, peuvent constituer des équipes mixtes de citoyens regroupant différents protagonistes, et chaque village verra ses différends pris en compte et solutionnés avec équité et pacifisme à la lumière des droits fondamentaux garantis par la constitution pour les uns et les autres. La Paix ne se refuse jamais si un ordre juste et digne y préside sincèrement . Ainsi une fois le corps social apaisé et réconcilié, les différents projets de développement annoncés ici et là gagneraient plus d’efficience dans nos terroirs au service de TOUS. 

©️ Crédit source: http://rmi-info.com/entretien-de-rmi-avec-koundou-soumare-de-ganbanaaxun-fedde/?preview=true&frame-nonce=a6ab35c514

Birame Dah Abeid : «J’adhère à la démarche du président de la République consistant à empêcher les applaudisseurs de remplir les travées d’accueil folklorique».

Dans l’interview qu’il nous a accordée, Birame Dah Abeid, député à l’Assemblée Nationale et président de l’Initiative de résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), revient sur l’actualité, avec la tournée du président Ghazouani (s’en tenir à l’orthographe officielle, dans tout le texte) à l’Est, l’affaire des imams haratine (hartanine est déjà un pluriel, donc pas besoin de s), la rencontre entre le président de l’UPR et celui des FPC et la loi sur les violences basées sur le genre, ainsi que d’autres questions brûlantes de l’heure.

  1. Le Rénovateur : Le président Mohamed Cheikh Ghazwani, s’est rendu dans les zones sinistrées du Hodh Charghi pour soutenir les populations. Que vous inspire cette démarche et en quoi diffère-t-elle de celles menées, par le passé ?

Birame Dah Abeid : la tournée que SEM. Mohamed Cheikh Ghazwani a effectuée dans les zones sinistrées de l’Est représente une nouveauté, tant dans l’approche que dans la démarche, de la part du sommet de l’autorité en Mauritanie. Elle intervient dans une période non électorale ; l’on ne dira pas qu’il est parti récolter des voix. Les thèmes abordés sont également sans équivoque. Il n’a pas attaqué l’opposition ou de présumés ennemis de l’Etat, comme cela se faisait du temps de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya ou de Mohamed Abdel Aziz qui ont toujours instrumentalisé les tournées politiques pour fustiger leurs adversaires politiques ou créer des ennemis imaginaires, en usant de la théorie du complot, afin d’abuser le peuple.

Plus intéressant encore, le sérail partisan de Nouakchott, notamment la classe des politiciens et notables, les hommes marchands d’influence, les affairistes en gravité perpétuelle autour du pouvoir, ainsi que le personnel administratif – tous si prompts à vider la capitale pour accueillir le président de la République – ces gens n’ont pas pollué l’événement. Ils ne furent conviés, ni convoqués pour aller serrer la main du Chef de l’Etat à sa descente d’avion. Ainsi, il a été mis fin aux rassemblements tribaux très coûteux et dont la seule finalité était de magnifier les dinosaures locaux aux yeux du peuple, lequel ne faisait qu’entrevoir le visiteur, de loin, sans pouvoir lui transmettre ses doléances.

Vous constaterez que les administrations n’ont pas été vidées comme du temps de Maaouiya ou de Ould Abdel Aziz, de cette aristocratie politique, tribale et bureaucratique de Nouakchott qui s’était habituée à faire bonne figure lors des fêtes carnavalesques. J’exprime ma reconnaissance, au Président de la République, d’avoir refoulé les applaudisseurs, alors privés de l’occasion de remplir les travées d’accueil folklorique. Bien au contraire, il a su offrir, aux population locales, l’opportunité de dire leurs doléances et de se faire entendre directement par lui.

  1. Le Rénovateur : vous avez rencontré les imams de Nouakchott, venus vous poser leur différend avec le Ministère des Affaires Islamiques. Qu’en est-il réellement ?

Birame Dah Abeid : en vérité, il s’agit de Hratin, professionnels du culte en Mauritanie. Ils se sentent floués, lésés et exclus du recrutement de 800 imams et muezzins, tel qu’organisé par le Ministère des Affaires Islamiques. Selon leurs allégations, le ministre leur a annoncé l’embauche de 400 imams et de 400 muezzins ; il aurait précisé qu’en vertu des orientations du Chef de l’Etat, un quota de 200 est accordé aux haratine, au titre de la discrimination positive.

Mais à la fin du processus, le quota de 200 n’a pas été respecté. Finalement, seuls 42, parmi eux, seront sélectionnées. Ils se sentent trompés et discriminés et prétendent que le ministre n’a pas, non plus, été magnanime à leur égard. Depuis plusieurs mois, ils tentent de régler ce problème à l’amiable et en interne, mais l’attitude de la tutelle leur a semblé méprisante. J’ai compilé les informations fournies par eux et je leur en ai demandé davantage ; ils comptent me transmettre le complément la semaine prochaine, tout en préparant une rencontre avec les journalistes. Après consolidation du dossier, je compte l’adresser au Chef de l’Etat, au Premier ministre et au Ministre de tutelle. Vous savez bien que la religion reste le monopole d’une caste, qui en vit, au sens d’un gagne-pain, depuis des siècles. Là aussi, une réforme profonde s’impose et sera sans doute l’un des chantiers les plus délicats du mandat en cours. Le département des affaires islamiques dispose d’un budget colossal, dont l’opacité de gestion découle des privilèges accordés à la corporation de l’Invisible. Il n’est plus question de fermer les yeux sur de telles faveurs. Les mauritaniens qui sont soif, faim, souffrent du défaut d’assurance-maladie et de la banqueroute de l’école publique, sont en droit d’exiger la justification des dépenses.

  1. Le Rénovateur : quelle lecture globale faites-vous de la rencontre entre le président de l’UPR et le président des FPC ?

Birame Dah Abeid : J’en ai une lecture positive. La Mauritanie est appelée à sortir, assez vite, de la situation, de la confrontation -si ce n’est du face-à-face ethnique – où les pouvoirs successifs l’ont enfermée. L’initiative doit venir du Président de la République et du pouvoir. L’ouverture que le président Mohamed Cheikh Ghazouani a entamé est louable mais ne peut trouver son sens complet si elle manque d’atteindre les victimes et survivants des injustices et des marginalisations cumulées, comme nos compatriotes négro-mauritaniens et Hratin.

Samba Thiam est l’un des dirigeants historiques, voire l’un des fondateurs des Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) dont il incarnait la figure de proue, pendant plus de vingt ans. Il a effectué son retour au pays et décidé d’intégrer la politique locale, en assumant le devoir et le droit d’être un compétiteur, selon la Constitution et nos lois ordinaires. A ce titre, il a décidé de créer un parti ; il en a déposé les instruments, en bonne et due forme, au ministère de l’Intérieur. Sa formation mérite la reconnaissance et la garantie d’agir pour persuader et prétendre au suffrage universel, à égalité des autres acteurs de la compétition.

Aussi, je ne puis dire que du bien, de la démarche entamée par l’UPR. Je garde espoir que le président Mohamed Cheikh Ghazwani tienne sa promesse de réconcilier les Mauritaniens, les intégrer et permettre à chacun de savourer son humanité entière. Je m’attends à ce que la question globale du «passif humanitaire», soit à l’ordre du jour, pour dépasser le stade du déni et de la discorde. Il est temps d’édifier l’opinion et la jeunesse, sur les disparitions forcées, les assassinats collectifs, la torture, le caractère raciste des radiations dans la fonction publique, les expropriations, les déportations. Il est plus que temps d’achever le retour des réfugiés, encore suspendus au Sénégal et au Mali. La vérité amère des violations de la dignité humaine de 1986 à 1991 ne saurait rester dans les limbes de l’oubli. Elle a valeur pédagogique et préventive. Ne pas la publier et refuser d’abroger la loi d’amnistie de 1993 constituent une insulte à l’unité nationale et une illustration de la citoyenneté périphérique.

  1. Le Rénovateur : beaucoup se demandent pourquoi Birame Dah Abeid a déserté l’Assemblée Nationale depuis plusieurs mois ?

Birame Dah Abeid : en effet, je me suis absenté tous ces mois de l’Assemblée nationale car le parti au pouvoir dispose d’une majorité automatique. Donc, il n’y a aucun espoir qu’un projet du gouvernement soit bloqué par une opposition si minoritaire. C’est pourquoi, j’ai privilégié la démarche qui consiste à m’adresser directement à l’Exécutif et à son chef. Je pense que c’est à partir de là, que nous pouvons obtenir des concessions, des orientations et des décisions favorables à nos revendications.

  1. Le Rénovateur : mais vous perdez là une précieuse tribune, surtout sur les questions cruciales discutées au sein de l’hémicycle ?

Birame Dah Abeid : sur le plan affectif et symbolique dans la ligne des coups d’éclats, c’est peut-être vrai. Cependant, ma méthode assure plus de résultats, au profit de la population, de la démocratie et des droits de l’homme, à l’inverse de celle résonnante et redondante, de la dénonciation à tout-va.

  1. Le Rénovateur : on parle beaucoup ces derniers temps de départs de militants de votre mouvement IRA, comment l’expliquez-vous ?

Birame Dah Abeid : le tintamarre orchestré autour de ces départs supposés massifs est un désir que certains prennent pour des réalités, mais ils vont déchanter. L’ancien président Mohamed Abdel Aziz, durant toute sa décennie, a financé, encouragé et soutenu, au travers des médias, des services de renseignement et des moyens de la puissance publique, des défections, plus ou moins gonflées, au sein du mouvement. Vous connaissez le résultat, au cours des élections présidentielles de 2014 et de 2019. Nous perdons parfois des militants en vue et en gagnons beaucoup, parmi les anonymes. Cette dynamique contradictoire se poursuivra mais n’entamera en rien l’accumulation des forces jusqu’au stade critique où la demande d’égalité et de partage dictera l’agenda de l’Etat. Cet aboutissement est inéluctable à nos yeux et nous travaillons sur le long terme afin d’en accélérer la réalisation, sans violence. Que certains partent maintenant, demain ou reviennent plus tard, n’y change rien.

  1. Le Rénovateur : par rapport à la reconnaissance de IRA et du parti RAG, quel espoir pour leur reconnaissance avec le nouveau projet de loi en gestation sur les associations ?

Birame Dah Abeid : en effet, le nouveau projet de loi sur les associations repose sur le régime déclaratif d’où le renforcement de la paix civile et du contrôle démocratique, initiés par le Président de la République Mohamed ; je pense que de nombreux mouvements et partis politiques, dont les nôtres, seront reconnus parce que nous représentons la Mauritanie de demain, c’est-à-dire le pays de l’égalité, du travail et du mérite.

  1. Le Rénovateur: on entend de moins en moins parler d’esclavage, surtout avec votre mouvement. Cela veut-il dire que ce problème est résolu ?

Birame Dah Abeid : ce problème n’est pas du tout réglé et reste épineux. Il continue de perdurer, car des milliers de personnes sont encore exploitées, humiliées et maintenues dans l’ignorance et le fatalisme. Des domestiques, femmes et enfants surtout mais aussi des hommes, demeurent attachés aux familles des maîtres ; ils travaillent sans être payés et très peu détiennent des pièces d’état-civil. Bien léger et complaisant, celui qui oserait nous vendre la thèse éculée des « séquelles » en voie d’extinction. Jusqu’à ce jour, en termes d’actes forts, notamment de la part de la justice, nous n’entrevoyons de progrès. C’est pour cette raison que nous privilégions la concertation avec le sommet de l’Etat au lieu d’aller à la confrontation.

  1. Le Rénovateur : une affaire de viol suivi de meurtre a secoué récemment Nouakchott. En tant que député, que pensez-vous de ce phénomène d’autant plus que le projet de loi sur les violences basées sur le genre n’est pas encore voté ?

Birame Dah Abeid : ce meurtre suivi de viol est extrêmement violent, douloureux et révoltant. Il nous interpelle, d’abord par son atrocité et la facilité avec laquelle les présumés auteurs l’ont exécuté. Il démontre que la criminalité contre les femmes, n’est plus l’apanage des repris de justice et des habitués du milieu carcéral. Maintenant, des personnes issues de la classe moyenne, journalistes et activistes des droits de l’homme, habitués à la fréquentation de de hautes personnalités, semblent impliquées dans cet homicide. Hélas, par esprit de corps, des bloggeurs et défenseurs des droits de l’homme prennent la défense de ces présumés responsables, pourtant arrêtés sur les lieux, avec la victime.

Je pense plus que jamais que nous devons nous engager dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, y compris dans le cadre conjugal. Nul n’a le droit de s’opposer au mariage d’une fille majeure ni de lui imposer un époux. Nul n’a le droit de marier une mineure, quand bien même elle accepterait son conjoint, à moins de modifier la loi pour autoriser la majorité sexuelle et maritale à 15 ans. Nous devons également mener une véritable bataille contre les obscurantistes et les zélateurs de la domination masculine, qui se cachent derrière la religiosité, pour autoriser qu’un homme frappe son épouse ou sa fille, les affame, humilie ou prive de leurs droits élémentaires. La loi de protection des femmes et des filles contre toute forme de violence doit être votée et massivement, sans réserve ni atténuation du texte par des amendements de pure hypocrisie. En ce sens, je suis féministe et l’assume, sans ambiguïté. Je ne désespère de convaincre les parlementaires ainsi que le ¨gouvernement.

Le Rénovateur paru ce 15/09/2020


Propos recueillis par
Cheikh Aïdara

Entretien de RMI avec Docteur Sao Ousmane : « le prochain pari du gouvernement actuel serait celui de la lutte pour l’emploi et de la lutte contre la pauvreté. »

RMI info : Présentez-vous à nos lecteurs

Mr SAO : Avant tout, je vous remercie ainsi que les membres du RMI info pour cet entretien.

Je m’appelle Sao Ousmane, de nationalité mauritanienne et je suis originaire de la vallée du Fleuve dans la région de Gorgol (Kaédi). Sur le plan associatif, je suis membre actif de l’association Fedde Hirnangue Bossoya, association qui regroupe plusieurs villages autour de Kaédi. Je suis coordinateur de l’association des jeunes du village de Jooke en Europe et sympathisant actif de plusieurs autres associations humanitaires nationales et internationales en France. Depuis quelques années maintenant, avec des compatriotes, nous avons créé l’association Cadre de Concertation et de Dialogue des Mauritaniens de la Diaspora (CCDMD) que j’ai l’honneur de présider. Cette association est basée en Europe et regroupe des membres disséminés sur tous les continents. Elle vise à renforcer les liens entre tous les mauritaniens de la Diaspora. Concernant le plan des études scolaires et universitaires, j’ai fait mes années de primaires, secondaires et universitaires à Nouakchott puis je suis parti en France pour des études doctorales. Actuellement je suis chercheur basé en France, titulaire de deux doctorats, le premier en Géologie du quaternaire option géologie de la préhistoire avec un double focus sur la reconstitution des paléoenvironnements et la protection du patrimoine culturel mauritanien, et d’un second doctorat en sociologie politique et relations internationales titré Organisation des Unités sociopolitiques, culturelles et juridiques de la population mauritanienne et relations internationales.

RMI info : Vous avez été un soutien du candidat Ghazouani durant les élections présidentielles en juin 2019 : Quelle appréciation faites-vous de la gouvernance du Président mauritanien Ghazouani ?

Oui effectivement, j’ai été et je suis encore un soutien du Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. Durant les élections présidentielles de 2019, je me suis même rendu en Mauritanie, mon pays, pour soutenir le candidat Ghazouani. Pendant cette période électorale, j’ai intégré son équipe de campagne comme conseiller chargé de communication auprès du Directeur National de Campagne. Une mission que j’ai prise avec sérieux et honneur d’autant plus que j’ai pu rencontrer par la même occasion des hommes et des femmes d’état de valeurs investis-es pleinement pour la réussite du candidat et de son programme. Pour répondre à une question que les gens me posent souvent « mais pourquoi le soutenez-vous ? ».

Je l’ai soutenu parce que je crois tout d’abord en l’homme et ensuite je pense que son programme représente le meilleur programme qu’un homme politique peut présenter à son peuple. En politique, il faut faire des choix, des choix de conviction, des choix de valeurs, des choix constructifs… Je suis citoyen mauritanien après tout, j’aime mon pays, quels que soient mes choix, l’engagement pour mon pays sera toujours sans limite. In chaa ALLAH.

RMI info : En quoi son programme est-il le meilleur ?

Dans son programme, le candidat s’engage à ne laisser personne sur les trottoirs ajoutant que son but est que la prospérité prévale, se définissant comme le candidat de la justice sociale. Il a promis d’améliorer les conditions des fonctionnaires et d’œuvrer à la tenue d’un dialogue politique permanent jusqu’à réconcilier les Mauritaniens à la politique. Il a promis par ailleurs de résoudre les problèmes de la Jeunesse, d’encourager les initiatives individuelles, de faciliter l’obtention de microcrédits, d’y attirer davantage de jeunes et de développer l’enseignement technique et professionnel. Il a enfin affirmé que l’état prendra en charge les personnes handicapées afin de les intégrer dans le secteur de l’emploi. Sans oublier la question de la Diaspora (mauritaniens de l’extérieur), il s’est engagé à fournir une plateforme de dialogue et d’échanges entre la diaspora et les décideurs politiques. Il veillera entre autres à ce que les structures soient mises en œuvre pour permettre à la diaspora d’avoir un impact positif à la fois au niveau des pays d’origine et d’accueil. Des mesures à saluer et à concrétiser car pour moi, le lien entre la migration internationale des compétences et le développement du pays d’origine doit être reconnu et soutenu par beaucoup d’acteurs.

RMI info : Puisque vous parlez d’avenir, quelle analyse faites-vous des 365 jours du pouvoir du Président Ould Ghazouani et que vous inspire la formation du nouveau gouvernement avec le départ du premier Ministre après une année?

Je fais une analyse globalement positive. Tout d’abord souligner impérativement que durant les 365 jours le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani est resté jusqu’à preuve du contraire maître de son agenda. Un agenda qu’il maitrise avec précision et c’est un point positif pour affronter les défis qui attendent la Mauritanie. Fidèle aux principes du dialogue, j’estime que l’avènement du président Ould Ghazouani inaugure une nouvelle ère démocratique axée sur plusieurs thèmes.

1- La lutte contre la corruption et la gabegie,

2- La lutte contre la pauvreté sociale, contre le chômage et pour la création durable de l’emploi,

3- Le dialogue social et national inclusif entre les partis politiques et le forum civil,

4- Le combat contre le terrorisme qu’il faut impérativement gagner,

5- Un autre point important est la lutte contre le Covid 19. Une situation spéciale devenue par la force des chose un programme de lutte et de prévention.
Pour le premier point, je pense que les derniers évènements montrent que la police des crimes économiques et financiers mène actuellement une enquête préliminaire sur des présomptions de corruption révélées par le rapport de la CEP (commission d’enquête parlementaire sur les crimes économiques) au cours de la dernière décennie. Une démarche à encourager car cela peut contribuer ainsi que celles qui la suivront, à la moralisation et à la gestion transparente des ressources publiques. Cette nouvelle manière participe aussi à la séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif et donc au renforcement du pouvoir législatif. Pour le reste, laissons la justice faire son travail tranquillement et évitons les commentaires inappropriés d’aucune importance au stade actuel des choses.
Pour le second point Il faut noter que depuis les années 1980, le chômage semble être un phénomène irréversible. Les gouvernements ont multiplié les politiques de lutte contre la crise dans le but de freiner sa progression. Pour comprendre cette problématique, il faut tout d’abord déterminer les différentes catégories de chômage à savoir le chômage : frictionnel, conjoncturel et structurel qui sont définit ainsi selon les économistes et spécialistes.

a) Chômage frictionnel : Le chômage frictionnel résulte d’imperfections du marché du travail. Observable même en situation de plein-emploi, il correspond à un chômage d’adaptation lié aux délais d’ajustement de la main d’œuvre entre deux emplois.

b) Chômage conjoncturel ou cyclique : Le chômage conjoncturel est un chômage économique dû à une insuffisance de la demande globale. Une baisse de cette demande (la consommation des ménages, les investissements, …) conduit les entreprises à avoir un stock de produits non désirés et à réduire leur production et leur investissement ; cela peut conduire à des licenciements et/ou des délocalisations.

c) Chômage structurel : Le chômage structurel est dû à des inadéquations entre les qualifications des individus et les emplois. Il y a une inadéquation entre l’offre et la demande. Les progrès technologiques jouent un rôle déterminant dans l’existence de ce type de chômage. Les progrès impliquent des modifications dans les caractéristiques (connaissances, savoir-faire, …) des postes d’emploi.

d) Chômage classique : Il correspond généralement à des personnes qui ne parviennent pas à trouver un emploi, en raison du nombre de demandeurs d’emploi supérieur à l’offre d’emploi.

e) Chômage saisonnier : Un chômage lié aux variations d’activité au cours de l’année dans certains branche d’activités et qui varie sensiblement selon les périodes de l’année (ex. Tourisme, agriculture…)
Dans notre contexte : La pauvreté correspond à une insuffisance de revenus, entrainant des privations et l’incapacité pour une population de satisfaire ses besoins (se nourrir, accéder à l’eau potable, se loger, se soigner, s’éduquer) et le président Ghazouani a mis en place le programme « Taazour » avec une Délégation Générale de rang ministériel directement rattachée à la Présidence de la République, cette délégation regroupe les programmes et projets de lutte contre la pauvreté, l’exclusion et la marginalisation inscrit dans le programme et engament du président de la République. Il faut aussi noter qu’un nouveau programme dénommé « CHEILA » destiné à la modernisation des communes les plus pauvres. Ce programme est mis en place pour offrir des services intégrés d’éducation, de santé, de logement, d’aménagements hydro-agricoles, de semi-mécanisation de l’agriculture, d’énergie, de financement de la micro-entreprise et de formation professionnelle. Il faut aussi souligner par ailleurs, qu’un autre programme dénommé « Dari » est mis en place pour les populations des quartiers précaires des principaux centres urbains pour le bénéfice de logements sociaux. Mais pour mener à bien les programmes cités, le gouvernement doit passer par les bonnes performances économiques d’où la nécessité de mettre en place une politique de relance économique qui aura pour but de favoriser la croissance. Dans le cas de notre pays, l’état doit augmenter les dépenses publiques tout en décidant en même temps d’augmenter les revenus d’une certaine catégorie de la population (augmentation des minima sociaux ou du salaire minimum) pour stimuler la consommation. Ce type de politique, d’inspiration keynésienne, est généralement utilisé quand le chômage est élevé et la croissance faible.

Sur le dialogue social inclusif, je pense qu’il faut encourager le Président de la République et son gouvernement pour cette nouvelle forme de gouvernance, basée sur le respect de tous. A mon avis, cette nouvelle forme de gouvernance contribuera à coup sûr à la pacification du pays et permettra de réduire certaines inégalités qui rongent la société mauritanienne et fera disparaitre certaines incompréhensions qui gangrènent la société mauritanienne dans son ensemble. Pour rappel le Président avait dit durant son investiture, « Mohamed Ghazouani sera le président de tous ». Les mauritaniens ont besoin d’être rassurés et je crois qu’il est sur le bon chemin. En Mauritanie, le dialogue social est plus que nécessaire, se parler, s’entendre et se comprendre pour résoudre les problèmes au quotidien, s’écouter, trouver des compromis est une obligation pour l’unité et la cohésion des citoyens. A noter que l’objectif d’un dialogue n’est pas de mettre tout le monde d’accord mais de pouvoir à nouveau discuter et émettre des opinions différentes qui puissent être entendues par tous.

La lutte contre le terrorisme est un combat de toujours qu’il faut impérativement remporter. La situation sécuritaire au Sahel appelle nécessairement à une reconsidération des paradigmes qui, jusqu’ici, ont guidé l’option strictement militaire qui a montré ses limites car à mon avis je crois qu’il y a aujourd’hui, un vrai problème de perception du conflit avec un hiatus entre approches internationales globales et perceptions locales. La Mauritanie en raison de sa position géostratégique contraignante y jouera un rôle d’une importance capitale pour toute solution finale. Mettre l’accent sur la lutte contre le financement du terrorisme en contrôlant les transferts physiques de capitaux aux frontières et de mettre en place une coopération totale et constante de toutes les institutions financières, ainsi que celle des entreprises et professions non financières désignées, afin de détecter et de combattre partout les flux financiers destinés au terrorisme.
Enfin le 5e et dernier point concerne la lutte contre la propagation du virus Covid 19. Elle est d’ailleurs inscrite dans le programme des gouvernements et des infrastructures sanitaires adaptées doivent être érigées pour parer à toutes éventualités et de prévenir l’avenir.
Le prochain pari du gouvernement, selon ma compréhension des choses serait celui de l’emploi et de la pauvreté sociale qu’il est urgent de mener et de réussir. Pour gagner ce pari, il requiert de réaliser sur une période longue une croissance économique soutenue, équitable et au taux le plus élevé possible. Cela suppose l’édification d’une économie d’offre compétitive et performante. On parle d’extrême pauvreté lorsque l’insuffisance de revenus ne permet pas de satisfaire ses besoins essentiels comme se nourrir, accéder à l’eau potable, se loger, se soigner, s’éduquer. La mesure de la pauvreté d’une population peut se faire de manière relative par rapport à un niveau de revenus. Il faut souligner que la pauvreté en tant que problème social est un mal pénétrant qui affecte multiples aspects de la culture et de la société. Par conséquent, les revenus parmi les membres des communautés demeurent invariablement faibles, l’accès aux services tels que l’éducation, les marchés et la santé ne sont que peu développés et les capacités de prises de décisions sont insuffisantes. Cette pénurie affecte également les installations sanitaires communales et l’eau courante, de même que les réseaux routiers et les facilités de transports et de communications. C’est ce qu’on appelle la pauvreté multidimensionnelle. Il est en outre important de souligner que les efforts des pays voulant résoudre par eux-mêmes le problème du chômage sont voués à l’échec car ce défi dépasse nos frontières nationales. Une collaboration régionale pour le renforcement des capacités requises afin de résoudre ce problème est de ce fait indispensable. La Mauritanie pourrait être à l’origine de cette initiative.
En ce qui concerne le départ du premier ministre, je n’ai pas de commentaire à faire, car nous sommes dans une République et cette dernière fonctionne sous l’emprise de la constitution, de la loi et du règlement. De cette constitution, le Président de la République y est investi de dispositions relevant de son rang et de ses fonctions pour incarner la plus haute institution du pays et de choisir librement ses collaborateurs civils et militaires. C’est une prérogative constitutionnelle et institutionnelle indiscutable dans une république qui se respecte.

RMI info : Que pensez-vous du rapport de l’ Assemblée nationale sur la gestion de la décennie d’Abdel Aziz ?

Je crois que l’assemblée nationale a fait son travail en rédigeant son rapport sur la situation économique du pays. Elle est dans son rôle et ce rapport doit se faire à chaque fois que nécessaire. Notre pays a besoin d’institutions fortes, neutres et indépendantes afin de promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance. C’est une nouvelle donne qu’il faut saluer et encourager. Pour ce qui concerne le volet judiciaire du dossier en question, faisons confiance à la justice de notre pays. Le respect de la justice et de la présomption d’innocence me donne le droit de ne pas commenter un dossier en cours de procédure. Il faut dire que l’exercice du pouvoir politique a pour but, l’un de ses buts au moins, l’instauration et la préservation d’une société ordonnée, stable et notre pays en a besoin plus que d’autres.

RMI info – La question de l’esclavage divise les Mauritaniens : une partie des mauritaniens continuent de dire que la pratique de l’esclavage est persistante en Mauritanie, et d’autres nous parlent des « séquelles d’esclavage ». En tant que docteur en sociologie, qu’en pensez-vous ? En tant que citoyen averti, de quel côté êtes-vous ?

Dans aucun des côtés pour répondre directement à votre question. Je prône une approche méthodique et explicative car je pense que beaucoup de Mauritaniens aimeraient comprendre, comme moi, les faits et les replacer dans leur contexte. En tant que sociologue, mon rôle n’est pas d’être dans un camp, et en tant que citoyen averti, je me refuse catégoriquement de rester cloisonner selon les camps car pour moi notre pays mérite mieux que cela. Même dans cette attitude volontaire, je m’inscris résolument dans la disparition totale de certaines situations sociales qui n’ont rien à voir avec le progrès social.
Ceci étant dit, nous constatons qu’en Mauritanie, certaines personnes ont un sérieux problème sémantique avec les mots : apartheid, esclavage, séquelle, éradication, discrimination, inégalité sociale, évolution sociale, progression sociale, féodalité, hiérarchisation sociale, tribu, ethnie, communauté, cohabitation et j’en passe. Des mots qui doivent avoir leur sens sur le plan juridique, sociétale et politique. Pour moi chaque mot à son sens, chaque phrase à ses mots. Il faut tout juste veiller à ce que les personnes responsables les utilisent avec le contexte du moment en évitant les surenchères inutiles. Des inégalités politiques et sociales, il en existe et c’est à l’Etat de veiller à la réduction de ces inégalités pour le bien de tous. Il faut donc encourager l’Etat dans son combat qui consiste à éradiquer certaines de ces survivances et séquelles et pour cela, je fais appel à notre intelligence collective et à la maturité du peuple mauritanien pour lutter contre ces considérations qui ne cessent de nous gangrener. Le pays a une grande chance d’avoir des compétences dans toutes les couches sociales, il suffit tout juste de faire preuve d’esprit d’ouverture et d’acceptation de l’autre pour l’intérêt de la Nation mauritanienne.
Pour rappel, dans son rapport de 1994 sur la pauvreté en Mauritanie, la Banque mondiale écrit que malgré le fait que l’esclavage ait été aboli par la loi de 1981, il subsiste encore sous différentes formes et qu’il prendra beaucoup de temps à disparaître. Bien avant, la première Constitution de la Mauritanie indépendante de 1961 a établi le principe d’égalité entre les citoyens. La Constitution de juillet 1991, dans son préambule, évoque le droit à l’égalité. L’ordonnance du 5 juillet 1981 a aboli l’esclavage sur l’ensemble du territoire national. Pourtant à cette époque, la situation ne s’était pas pour autant améliorée car l’ordonnance n’avait pas été suivie d’une application effective. Puis une autre loi a rectifié et a endurcit les peines de celles de 2007 incriminant l’esclavage qui n’avait pu être appliquée en raison du coup d’État de 2008. Dans la même logique, le parlement mauritanien a adopté le 13 août 2015 une nouvelle loi contre l’esclavage inscrivant cette pratique comme crime contre l’humanité sous peine de 10 à 20 ans d’emprisonnement pour les auteurs. Cette nouvelle loi a été d’ailleurs saluée par Urmila Bhoola, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les formes contemporaines de l’esclavage.
Le constat que je fais de la situation, est que la communauté maure à l’image de celle des Négro-mauritaniens, est très stratifiée. Cette division sociale très poussée est protégée par le système des castes. Le système des castes dans nos sociétés induit la transmission générationnelle des savoirs, des charges et des ordres, on parle de la biologisation des rapports sociaux. Le professeur Abdel Weddoud Ould Cheikh a d’ailleurs dit que l’esclavage chez les Maures est « une institution aussi ancienne que les Maures eux-mêmes ». Nous pourrions en dire autant des sociétés négro-mauritaniennes construites sur une base inégalitaire d’ordres et de castes restées inchangés malgré les bouleversements intervenus de la fin du Moyen-Âge à nos jours. Les légendes et les mythes fondateurs des Etats traditionnels de l’espace mauritanien nous signalent l’existence et l’ancienneté de l’esclavage dans l’espace culturel du Tékrour et du Wagadou, autrement dit dans l’Empire ouest-africain du Ghana.
Actuellement, les enjeux politiques sont en ce sens devenus le terreau fertile à partir duquel les uns s’ingénient à maintenir leurs anciens privilèges et leurs prééminences, et les autres à améliorer leur sort par une représentation politique et une affirmation de soi. Ce jeu de remise en cause des anciens ordres contribue à la reproduction « mécanique » de deux camps qui s’affrontent sempiternellement : l’un milite pour une renégociation des hiérarchies sociales anciennes, l’autre pour leur maintien. En effet, selon les protagonistes des contestations, aucune liste ne doit désormais être d’une seule coloration statutaire. Un tel procédé, s’il calme les ardeurs à court terme, n’est pas de nature à réduire la portée des contradictions entre les deux identités rivales : il ne s’agit là que d’une paix fourrée, d’un dosage socio-identitaire qui perpétue l’écart entre les différentes composantes de la société. Mais sans perdre de temps sur le danger palpable de la fausse dichotomie de ces deux perspectives, il est plutôt nécessaire de souligner l’idée qu’un enrichissement mutuel des modes traditionnels et occidentaux de gouvernance est possible. Celui-ci n’est envisageable qu’au travers d’un engagement urgent, profond et de long terme en faveur d’une réforme des règles et normes traditionnelles mauritaniennes jusqu’à présent inchangées. Il faut aussi éviter de faire de cette affaire « un fonds de commerce politique » pour des politiciens sans scrupule qui ne croient qu’en leur survie politique personnelle. Donc vigilance.

RMI info : Vous êtes président de l’association Cadre de Concertation et de Dialogue des mauritaniens de la Diaspora, une association regroupant des mauritaniens en France et dans le monde. Que pensez-vous du rôle de la diaspora dans son ensemble?

Depuis toujours on peut souligner que l’action de la diaspora est essentiellement une action privée, individuelle ou bien le fait de petits groupes, mais dans la plupart des cas, c’est une action informelle. Son rôle est aujourd’hui évident et reconnu partout. Non seulement elle aide les familles, mais aussi, elle investit, crée dans les villages des projets de développement. Elle contribue au développement de son pays d’origine. Avec la crise sanitaire (Covid19), son rôle a été essentiel pour participer efficacement à l’élan de solidarité demandée par nos gouvernants : non seulement la diaspora agit par des incitations économiques, par la compréhension fine de leurs besoins (ressources humaines …), mais aussi par une stratégie d’influence ciblée. La binationalité économique de la diaspora n’est plus à démontrer. Il est évident que chaque fois qu’elle a pu agir de son propre chef, la diaspora n’a pas hésité à le faire, mais il est aussi vrai qu’une telle action ne suffit pas pour transformer les choses de manière significative. Il ressort de ces expériences qu’une intervention rondement menée de la diaspora au niveau communautaire peut être vitale pour le développement communautaire et la paix intrarégionale. Les membres de la diaspora qui ont réussi peuvent ainsi devenir des modèles et apporter à la jeunesse l’encadrement et la vision nécessaires pour la construction pacifique de la nation. Parce que plusieurs de ses membres sont des modèles et des mentors dans leurs familles et leurs quartiers, la diaspora doit mieux participer à la mise en exergue de valeurs qui font la fierté d’être mauritanien. L’unité factuelle de tous les mauritaniens, quel que soit leur ethnie, leur apparence politique, fait que nous sommes heureux de nous retrouver entre mauritaniens, entre africains pour parler de nos pays. Comme disait Napoléon Bonaparte « la première des vertus est le dévouement à la patrie ». Voilà une des caractéristiques de notre Diaspora.

RMI info : Que pouvez-vous nous dire de la jeunesse et des jeunes ?

Samuel Ullman disait que : « La jeunesse n’est pas une période de la vie. Elle est un état de l’esprit, un effort de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort ». La jeunesse représente une force vive, elle est riche des aspirations propres à ce moment de l’existence. Mais aujourd’hui encore, des conditions de vie précaires (chômage, exclusion, pauvreté, particulièrement nuisibles aux jeunes défavorisés) gâchent ce potentiel et cette énergie. Ils constituent incontestablement un groupe d’âge décisif, capable de raisonner et d’agir avec maturité. Leur participation ne peut pas être reléguée à un avenir incertain : c’est dès maintenant que nous avons besoin de leur concours. Il est nécessaire de dépasser l’idée selon laquelle les jeunes, un jour, « hériteront » de la Terre ; en réalité, ils ont dès aujourd’hui un rôle important à jouer dans l’édification du monde. C’est à juste titre qu’ils exigent d’être entendus et de pouvoir s’exprimer pour que soit reconnu la valeur de leur apport à la société. Nos Etats se doivent de donner à nos jeunes la volonté et la possibilité de participer à un projet collectif.

RMI info : Vous avez soutenu une première thèse de doctorat en Géologie du quaternaire (option géologie de la préhistoire, reconstitution des paléoenvironnements et protection du patrimoine culturel matériel et immatériel mauritanien).

Oui effectivement avant la seconde thèse en Sociologie politique (organisation des unités sociopolitiques et culturelles de la population mauritanienne) soutenue en 2014, j’ai pu soutenir en 2010 une première thèse en sciences. Ce travail de thèse, débuté en Master Recherche à la Faculté des sciences de l’Université de Perpignan est donc essentiellement consacré à l’étude sédimentologique en vue d’établir la reconstitution des paléoenvironnements sédimentaires qui se sont succédés dans le secteur du Guelb er Richât (Adrar de Mauritanie). Dans mes recherches doctorales, la notion de patrimoine se profile comme un élément de reconnaissance de la richesse et de valorisation des lieux constituants, par là même, un facteur de développement local dans certaines régions. Le patrimoine culturel reflète l’identité d’un territoire et relie une population à son passé. Il s’enracine dans l’histoire, l’architecture, les traditions d’une communauté et les ressources naturelles d’un terroir. C’est un héritage culturel partagé qui garantit les identités locales. En ce sens, la valorisation du patrimoine culturel est liée à la façon de le représenter. La thématique de la valorisation du patrimoine culturel occupe une place majeure dans notre champ de recherche. Elle prend en considération l’importance des patrimoines et des traces culturelles dans la représentation des territoires. Elle pourrait ainsi optimiser le processus de patrimonialisation et l’adapter aux attentes de la société. Il est à noter que la création patrimoniale se distingue d’une région à une autre.

RMI info : Dr Sao, un dernier mot à nos lecteurs :

Je voudrais tout d’abord vous remercier et ensuite avec la situation actuelle encourager mes compatriotes mauritaniens de poursuivre la sensibilisation sur la nécessité de maintenir les mesures barrières afin de prévenir la propagation de la pandémie du COVID 19. En dernier j’encourage les responsables de la nation à travailler à l’élaboration et au renforcement de dispositifs permettant d’impliquer plus significativement la jeunesse dans le développement du pays. Cet effort peut notamment passer par des échanges entre les jeunes vivant au pays et leurs concitoyens de la diaspora qui représentent une force extraordinaire.

Propos recueillis par Saidou Wane

©️ Crédit source: http://rmi-info.com/entretien-de-rmi-avec-docteur-sao-ousmane-le-prochain-pari-du-gouvernement-actuel-serait-celui-de-la-lutte-pour-lemploi-et-de-la-lutte-contre-la-pauvrete/

Interview/ Birame Dah Abeid, Président du mouvement IRA et député au Parlement: « La Mauritanie a changé… »

« J’ai abordé ces questions avec le président de la République et notamment l’exclusion continue des franges de la population d’ascendance africaine et d’origine servile. Celle-ci dénote de la dérive injuste, sectaire du pouvoir depuis plusieurs décennies, une situation qu’il faudrait corriger car elle menace la paix civile, l’unité nationale et la pérennité de l’Etat mauritanien. »

Au sortir d’une audience accordée par le président de la République Mohamed Ould Cheikh Ghazwani le 28 août dernier vous avez déclaré à l’occasion d’une conférence de presse que la Mauritanie a changée depuis l’alternance de 2019 ? Qu’est ce qui vous pousse à dire cela ?

Birame Ddh Abeid (BDA) : Effectivement, tel est le cas. En effet, le changement en Mauritanie que j’ai évoqué dans ma dernière conférence de presse se vérifie d’abord par la décrispation du climat politique, le dégel intervenu entre l’opposition et le nouveau Chef de l’Etat. Lui-même a pris l’initiative de retisser le fil du dialogue, d’engager des rencontres d’échanges avec la classe politique y compris de toute obédience.

Nous avons ainsi tourné la page de l’invective, des insultes et des accusations que son prédécesseur distribuait à l’endroit de ses opposants, sans aucune retenue.
Je note également la levée des poursuites judiciaires, indument engagées contre des opposants et des personnes supposées proches d’eux.

Il y a lieu de noter, également, l’ouverture des média publics, à l’opinion dissidente ; Aujourd’hui nous y avons accès et pouvons y dérouler nos messages. Leur accès nous était étaient interdit, jusqu’à une date récente.

Une avancée mérite mention, en somme, la volonté par le Président de la République, de respecter la séparation des pouvoirs, d’où la marche acceptable de la Commission d’Enquête Parlementaire (CEP) et les prémisses d’une enquête judiciaire autour de son rapport sur la gabegie de la décennie écoulée.

J’ajoute, à la liste, la respectabilité accrue des élus du peuple, naguère humiliés, vilipendés et torturés par l’ancien pouvoir et ses acolytes ; à présent, ils peuvent jouer leur rôle en tant que superviseurs du travail de l’Exécutif, des dépenses des deniers publics et du respect de l’Etat de droit. Et dans le cadre de cette mission, ils sont reçus, avec tous les égards au sein des départements ministériels. Je pense qu’il s’agit, là, d’un début de changement, d’ailleurs inédit et inespéré, qui nous permet de transmettre la flamme de l’espoir à nos populations quand elles luttent pour une rupture pacifique en Mauritanie.

Au cours de votre audience avec le président Ghazwani vous avez parlé des inégalités et de l’exclusion. Pouvez-vous nous en dire plus ?

BDA : J’ai abordé ces questions avec le président de la République et notamment l’exclusion continue des franges de la population d’ascendance africaine et d’origine servile. Celle-ci dénote de la dérive injuste, sectaire du pouvoir depuis plusieurs décennies, une situation qu’il faudrait corriger car elle menace la paix civile, l’unité nationale et la pérennité de l’Etat mauritanien. En effet, il est inconcevable et dangereux que les différents corps civils et militaires de l’Etat se composent d’une seule communauté. Il n’est pas plus acceptable que les richesses du pays et le pouvoir politique restent circonscrits entre les mains du pré-carré de quartiers résidentiels et administratifs de la capitale, allant du Carrefour Madrid et englobant Tevrak Zeina, Soukouk et le Ksar Nord. En effet, ce sont les résidents de cette infime portion du territoire de Nouakchott qui dirigent la Mauritanie dans tous ses leviers de commandements, dépensent ses richesses, se distribuant les terres, les licences de pêche, les mines, les banques, l’aide financière extérieure, le personnel du corps diplomatique ; ceux qui vivent ailleurs, notamment les quartiers périphériques populeux et les campagnes de l’intérieur du pays, continuent d’éxpérimenter les affres de la misère et de l’humiliation. D’ailleurs, si vous consultez la liste des personnalités entendues ou indexées dans le rapport de la CEP, vous noteriez la proportion écrasante des tribus maures. A lui seul, ce document témoigne, par ricochet, de l’ampleur des inégalités et discriminations dans mon pays.

Nous espérons que le président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani apportera une solution à cette carte sociopolitique et économique hideuse, afin de juguler ce genre de disparités entre cet îlot d’opulence insolent et le reste de la Mauritanie dévastée par la déscolarisation, l’absence de couverture et d’assurance santé, voire d’eau potable, le délabrement des routes et la flambée du chômage.

Avez-vous reçu des assurances au sujet de la légalisation de votre parti, le RAG ?

BDA : Oui, et elles ne sont pas nouvelles, de la part du président de la République. J’ai pu entendre que les mauritaniens bénéficieront, tous, de droits que leurs confèrent les lois et la Constitution, notamment la faculté de s’associer, de se présenter aux élections, d’élire et se faire élire.

Selon certaines sources lors de l’audience avec le président Ghazwani, ce dernier vous aurait reproché vos critiques à l’endroit de l’ex président Aziz et vous aurait demandé de rester dans le cadre de l’objet de l’audience. Qu’en est-il au juste ?


BDA : A en croire une publication du journaliste Cheikh Haidara, le Président m’aurait dit sa volonté de renoncer à un second mandat, qu’il ne serait pas intéressé par le pouvoir. Il serait dérangé par mes critiques acerbes contre son prédécesseur Aziz, ce qui l’inciterait à me demander l’objet de ma demande d’audience, etc.

Je dirais à ce propos que je connais très bien la source malsaine de cette information et de cet acharnement ; Je voudrais préciser ici que je ne suis pas tenu de livrer tout le contenu de mes entretiens avec le président de la République et ce n’est pas dans mes habitudes de le faire. Je livre, de manière précise à l’opinion publique et à mes soutiens, ce qui alimente et anime l’espoir des mauritaniens pour un avenir meilleur ; je ne partage en public que les informations positives en vue d’entretenir l’espoir et de reconstruire la cohésion de mes compatriotes, pour plus d’épanouissement, d’entente, de paix des cœurs, bien entendu sous l’égide de l’Etat de droit.

Donc, je laisse à ce piètre manipulateur éhonté le soin de propager à sa guise cette information erronée, ce qu’il caresse et appelle de ses vœux c’est-à-dire le fait de voir le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani désister de sa candidature à un second mandat en 2024. Je ne suis pas le porte parole, le porte-venin de cette personne mal intentionnée et moins encore celui du président Ghazwani. Donc, ses intentions électorales.

Quand à assainir la scène politique, c’est-à-dire les rapports partisans entre le pouvoir et l’opposition, il m’apparait bien que la réalisation de l’objectif préoccupe le Président Ghazwani. Et il est faux, archi-faux de dire que j’ai abordé le sujet de son prédécesseur, lors de mes deux rencontres avec le chef de l’Etat ; je ne l’ai fait ni en octobre dernier et encore moins ce 28 août 2020.

Je ne fais pas partie de ceux qui ont pris la poudre d’escampette et qui se sont enfuis, la peur au ventre, incapables d’affronter l’ancien président lorsqu’il s’est érigé en despote, en tyran durant ses onze dernières années de règne. Je ne fais pas partie non plus de ceux qui sont restés au pays en adoptant un profil bas ou en léchant les bottes du tyran. Moi Birame Dah Abeid, je me suis dressé la tête haute, le verbe haut et me retrouvait plus d’une fois en prison, enferré. J’ai tenu tête, dans ma demeure, la rue et hors du pays, à Mohamed Ould Abdel Aziz et cela durant plus de dix ans et j’ai passé la moitié de son règne en cellule, à intervalles réguliers. Donc ce n’est pas moi qui ai besoin de rattraper le temps, de recouvrer le courage, de racheter la témérité, de perdre ma dignité, pour m’en prendre à Aziz alors qu’il est devenu un citoyen lambda, vomi de tous, vilipendé par le premier venu, ceux qui l’adulaient, le déifiaient ou se sont enfuis jusqu’à la fin de son règne. Moi, mes comptes je les ai réglés avec Aziz lorsqu’il était encore fort et dangereux. Maintenant c’est aux fugitifs et lécheurs de bottes, c’est aux lâches de s’en prendre à Aziz.

Je souligne aussi que la source mensongère qui a induit votre confrère Cheikh Haidara en erreur fait semblant de méconnaitre une qualité commune au Président Ghazwani et moi. Par son éducation et la confiance en soi, mon interlocuteur ne commet jamais d’impolitesse, surtout pas du genre à interrompre un visiteur qu’il reçoit. C’est lui faire mauvaise presse que de lui prêter ce genre de tempérament.

Quand à moi Birame Dah Abeid, aucune personne, aucun homme ne peut tenter de m’interrompre ou de me faire taire sur aucun sujet quelconque, pour la simple raison que je suis libre et réfractaire aux ordres inadmissibles, aux normes de bienséance et au droit. Et c’est méconnaître Birame que de lui prête les tares de courtisan.
Je voudrais aussi informer davantage vos collègues et l’opinion publique que la nature de ma rencontre avec le chef de l’Etat ne peut pas être qualifiée d’une simple demande d’audience. Non. La rencontre a été longtemps travaillée, organisée, mûrie… Ses thèmes ont été décortiqués de part et d’autre avant le jour J. Et c’est l’occasion, encore une fois pour moi, de remercier vivement le Président de la République Mohamed Ould Cheikh Ghazwani.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que vous avez été un allié de l’ex président Mohamed Ould Abdel Aziz ?

BDA : Je vous pose une question : Mon alliance avec Aziz se manifeste en quoi ? Ce n’est là que le recours des lâches, incapables de tenir tête à Ould Abdel Aziz. Ce sont ces lâches qui tentent de se dédouaner vis-à-vis de la performance de Birame Dah Abeid et du mouvement IRA. Cette notoriété a été gagnée de haute lutte, grâce à de gros sacrifices. Leur lâcheté ne leur permet pas d’aller aussi loin que nous et c’est pourquoi ils sont obligés de se rabattre sur des ragots. Il faut plutôt me dire que le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) a été l’allié de Aziz qu’il a soutenu au lendemain du coup d’Etat contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Là je dirai oui.

Le parti Hatem a été l’allié de Aziz, parce que certains de ses membres avaient été cooptés dans son gouvernement après le putsch de 2008.
Tawassoul a été l’allié de Aziz. Cette coalition s’est manifestée pendant les éléctions sénatoriales, avec une présentation de listes communes entre ce parti et l’Union Pour la République (UPR).

Par ailleurs, je peux comprendre que les opposants de Aziz aient été ses alliés. Ils n’ont pas été envoyés en prison comme Birame, lui, embastillé jusqu’à la dernière année de Aziz au pouvoir. En plus, ils sont restés fonctionnaires. Ils ont continué à percevoir les salaires et n’ont pas été congédiés de leur travail par Aziz, comme Birame. Ces opposants, Aziz leur réglait leurs soins contrairement à Birame. Ceux qui pourvoyaient aux miens, ils se connaissent et peuvent témoigner.

Donc, l’on pourrait dire à la rigueur que les partis d’opposition, les ONG de la Société Civile étaient des alliés de Aziz car il les a légalisés ou leur a permis de continuer à exister. Birame a été privé par Aziz de récépissés, pour l’ONG IRA et le parti RAG. Tous ces gens, je peux dire qu’ils sont les alliés de Aziz car leurs rassemblements et leurs manifestations n’étaient pas réprimés durant le règne de Aziz, à l’inverse des militants du mouvement IRA, confrontés à la répression et à la torture.

Et puis ces opposants n’ont pas été diabolisés sous Aziz comme Birame l’a été par le biais de la diplomatie, des mosquées et des partis fantoches. Ce ne sont pas les opposants de Aziz dont les pieds de leurs épouses et de leurs enfants furent fracturés mais c’étaient Birame et les siens. Donc comment pourrait se manifester mon alliance avec Aziz ? La violence contre ma famille ? La répression de mes camarades? Mon emprisonnement, ma torture et la torture de mes amis ? L’interdiction de notre ONG et de notre parti ? Notre diabolisation dans les mosquées, les média, les milieux diplomatiques ? La confiscation de mon salaire durant tout le règne de Aziz ?
L’alliance dont il est question révèle plutôt notre action, manifestée par des faits incontestables et connus de tous. Nous avons opté pour une action frontale et nous avons tenu le discours le plus dur qui se résumait à une dénonciation systématique et sans complaisance du régime de Aziz aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cette dénonciation a usé de tous les canaux disponibles (presse, réseaux sociaux, forums internationaux…) Notre discours était celui qui présentait le minimum de concessions à Aziz alors que l’opposition d’alors accompagnait Aziz dans sa diabolisation de Birame et de notre formation interdire, Radical pour une Action Globale (RAG). Je me demande encore en quoi pourrait se matérialiser cette alliance ? Il faut un élément concret. Pendant les deux dernières élections présidentielles (2014 et 2019) j’ai été le candidat le plus combattu par Aziz. Tous les candidats ont bénéficié des signatures des maires et des conseillers du parti au pouvoir. J’en ai bénéficié aussi comme Mohamed Ould Mouloud, Kane Hamidou Baba et d’autres. La liste est longue.

Peut-être que cette prétendue proximité se manifesterait par le fait que Aziz m’a emprisonné à la veille des dernières élections, ce qui m’a pas empêché de gagner des communes et une forte minorité de députés et des conseillers régionaux. Si le fait de m’emprisonner pour m’empêcher de concurrencer les riches, constitue une preuve de l’alliance, quel bénéfice en ai-je tiré, à la fin? Peut-être que la CEP et la police des crimes économiques, les tribunaux seraient bien inspirés d’ouvrir un dossier pour faire apparaître les montants que Aziz m’aurait versé, en contrepartie de mes longues périodes d’emprisonnement, mes amis de l’Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA)et moi, en dédommagement de la violence que ma famille, mes militants et moi avons subi ; en contrepartie des dénigrements que j’ai subi à l’intérieur et à l’extérieur. Le montant pourrait alors s’élever à des sommes faramineuses. La CEP et la police des crimes économiques sont tenues de ne pas occulter ces fonds astronomiques. Et combien alors Aziz aurait-il accordé à ces dizaines de milliers de personnes qui ont joué du théâtre à son service ? Quel était le mode de paiement de ces foules qui soutenaient Birame? Comment tous ces militants ont pu signer leurs contrats ? Et qui sont les autres acteurs de l’orchestre du théâtre décennal que Birame Dah Abeid aurait joué avec Aziz ?

Je vous rappelle que les jury qui ont décerné des prix et des médailles à Birame Dah Abeid sont entre autres ceux des Nations Unies, de Front Line Defender, de Weimar, du Département d’Etat Américain, du ministère Hollandais des Affaires Etrangères (Prix Tulipe), du prix Martin Luther King, de l’université de Louvain en Belgique pour l’octroi du doctorat Honoris Causa, du Times Magazine en 2017 pour les cent personnes les plus influentes du monde. Toujours en 2017, le Jury du Magazine africain et de Jeune Afrique m’ont retenu pour mon classement parmi les quinze africains les plus influents du continent. Et en février 2020, je rappelle l’octroi du Prix Courage à Genève, au titre de la défense des Droits de l’Homme.

Tous ces jurys aguerris avec leurs probité et crédit moral sont-ils membres de l’orchestre théâtral qui a joué avec Aziz et Birame de 2008 à 2019 ? Aziz les a-t-il achetés ou Birame les a-t-il payés ? Où sont-ils les dindons de la farce ? Ils ont pu reconnaître Mandela, Martin Luther King, Jimmy Carter et j’en passe. Ils ont pu reconnaître ces leaders avec leurs moyens d’identifier et de coopter les personnalités méritantes. Mais, avec Birame, ils seraient été myopes et tombés sur la mauvaise personne, selon les chantres de la médisance et les lâches.
Maintenant Aziz est parti et l’on va voir ce qui va advenir de Birame, de l’IRA et du RAG. Peut-être doivent-ils inventer un nouveau employeur pour Birame et les réseaux Ira, s’ils ne veulent pas couler ou convaincre Ghazwani de jouer le même théâtre avec eux !

Propos reccueillis par Bakari Guèye

©️ Crédit source: http://cridem.org/C_Info.php?article=739980