● Nabil Ennasri : «Al Qaradawi détenait une autorité quasi papale» | Exclusif Mizane.info

Que sait-on réellement du parcours d’Al Qaradawi ? Quelle a été sa contribution à la pensée musulmane contemporaine ? Comment expliquer son succès fulgurant et le déclin relatif de sa popularité ? Pour répondre à toutes ces questions, la rédaction de Mizane.info s’est entretenue avec Nabil Ennasri, docteur en science politique, auteur d’une thèse portant sur les relations entre le cheikh al Qaradawi et la diplomatie de l’Etat du Qatar, soutenue à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Exclusif.

Mizane.info : Qui était vraiment Youssouf al Qaradawi ?

Nabil Ennasri : Youssouf al Qaradawi faisait partie du cercle des oulémas les plus influents du monde musulman. Un ouvrage publié en 2009 le désignait comme un « global mufti » et comme l’un des deux savants musulmans les plus influents de la seconde moitié du 20e siècle dans le monde arabe. Son apport a été à la fois scientifique, livresque, idéologique et même philosophique, un apport presque sans commune mesure dans le monde arabe en termes de production.

Il a été le maître à penser pendant des décennies de la mouvance des Frères musulmans, avec un leitmotiv qui a traversé toute son œuvre et qu’il mettait régulièrement en avant : le concept de la wassatiyya (juste milieu, ndlr).

Ce concept force (wassatiyya), il le martèlera tout au long de sa vie et dans son œuvre. La wassatiyya signifie la modération dans la lecture des sources religieuses, ce qui le plaçait entre les franges les plus rigoristes et conservatrices, voire fondamentalistes, et celles qui tendaient vers un laïcisme et un libéralisme plus exacerbé.

Pour rester dans un registre descriptif de la manière dont il considérait sa position, il voulait incarner un juste milieu entre le rigorisme des uns et la dissolution des autres.

Comment expliquer les raisons de sa notoriété, de sa popularité et de son influence dans le monde arabe ?

Trois grandes étapes nous permettent de le comprendre. D’abord sa formation, typiquement azharite (tiré du nom de l’université islamique égyptienne Al Azhar, ndlr). Cette formation était considérée comme l’une des plus novatrices en termes de cursus religieux, dans les années 1950/70. A l’époque, la formation dispensée à Al Azhar était considérée comme la plus performante du monde arabe, au moment où les universités du Golfe émergeaient seulement. Al Qaradawi gravira tous les échelons de cette formation jusqu’à obtenir son doctorat en 1973. Cette formation typique et classique le plaçait d’emblée dans le rang des oulémas traditionnels. Son approche traditionniste lui a donc permis d’engranger un certain capital symbolique auprès de ses coreligionnaires.

Seconde étape, sa production. Plus de 100 ouvrages, et en comptabilisant l’ensemble de ses épitres et contributions dans plusieurs volumes, cela monte à près de 200 ouvrages, du jamais vu. Cette production lui a ouvert les portes d’une dizaine d’université dans le monde musulman et ailleurs, en Europe et aux Etats-Unis, dans les années 70/80, auprès des communautés musulmanes occidentales. Ajoutons à cette production, le cumul de ses fonctions universitaires dans le monde musulman qui lui ont permis de fortifier un magistère moral et religieux qui a pris de plus en plus d’importance au fil des années.

Troisième étape, sa capacité à prendre le train des mass médias et de ce qu’on appelait les autoroutes de l’information. Qaradawi fut l’un des premiers à le faire au Qatar, à la radio d’abord, à la télévision ensuite.

A la faveur de la prise de pouvoir du prince héritier Hamad ben Khalifa Al Thani en 1995, et du lancement de la chaîne Al Jazeera, Al Qaradawi est devenu l’imam cathodique qui s’est fait connaitre dans le monde entier grâce à sa célèbre émission « Ash-Shariah wal-Hayat ». Tout cela va s’imbriquer jusqu’à en faire un « global mufti », une personnalité incontournable du champ religieux musulman.

Une célébrité qui lui vaudra des critiques des deux côtés, à la fois par les tendances rigoristes qui jugeait ses positions trop libérales l’accusant de prendre trop de liberté par rapport aux canons de l’orthodoxie, et par les franges libérales et laïques qui le jugeait trop conservateur sur certains sujets.

Al Qaradawi va particulièrement s’impliquer dans les débats d’idées et de société et va s’intéresser également aux questions qui touchaient les musulmans vivant en Occident. Il s’engagera activement dans la construction d’institutions comme le Conseil européen de la fatwa, les écoles IESH. Il fut aussi le président-fondateur en 2004 de l’Union internationale des savants musulmans. Tout ceci fait de lui une personnalité unique dans le monde musulman.

Vous avez évoqué sa formation et sa grande production. Etait-il un savant généraliste ou avait-il des champs de spécialisation ? Quelles idées, concepts ou réflexions particulières a-t-il laissé en héritage ?

Du fait de sa formation, Al Qaradawi a abordé et traité de nombreux sujets dans l’ensemble des disciplines islamiques. Notamment, les usul al fiqh (les fondements de la jurisprudence religieuse) et leur implémentation dans un monde moderne. Il a en ce sens énormément contribué à une forme de renouvellement de la pensée.

Par exemple sur les questions économiques, il a fait partie des shari’a boards de très nombreuses institutions bancaires islamiques qui ont impulsé la finance islamique. Avec son ouvrage, Fiqh al Zakat, Qaradawi s’est efforcé de proposer une relecture et une réinterprétation contextualisée de la zakat dans un monde moderne très mouvant qui entrait de plein pied dans le monde arabe et musulman, loin des lectures traditionnalistes du monde rural.

Une réflexion, donc, autant sur les fondements que les pratiques et leur application dans le monde contemporain. Il abordait également les questions de dogme, de la foi, mais aussi de la langue arabe, puisque c’était également un poète. On lui doit plusieurs ouvrages sur la rhétorique (al balagha) de la langue arabe pour laquelle il était reconnu.

D’une part Youssouf al Qaradawi était reconnu comme une autorité savante dans le monde musulman et exerçait une influence prépondérante en ce sens, mais d’autre part certains de ses ouvrages étaient interdit en Egypte et en Arabie Saoudite. Comment comprendre ce paradoxe ? Que pouvez-vous nous dire sur la réception de son travail dans le monde arabe ?

Cette réception est très dépendante du contexte. Dans les années 60 et 70, al Qaradawi est très reconnu dans l’ensemble des pays du Golfe. Il va lancer l’université islamique du Qatar dont il sera le premier recteur. Son activité s’intensifie : il participe à de nombreux colloques dans le monde musulman, est invité par plusieurs universités, voyage régulièrement aux Emirats arabes unis. Avant la guerre du Golfe (1991), la pensée des Frères musulmans est relativement en symbiose avec celle des wahhabites saoudiens, ce qui va provoquer le phénomène de sahwa, le réveil islamique, phénomène très bien développé par Stéphane Lacroix et d’autres. Les seules querelles sont des querelles de dogme.

La guerre du Golfe va bousculer cette symbiose et créer une scission à l’intérieur du champ islamiste avec des littéralistes saoudiens qui vont critiquer la pensée politique des Frères dans le rapport à l’autorité et à l’Etat, ainsi que la légitimité démocratique de l’appel aux urnes et de la mobilisation populaire que Qaradawi a toujours validé.

L’un des marqueurs d’al Qaradawi est de s’engager pleinement dans les débats d’idées et de société les plus sensibles du monde arabe, en particulier la cause palestinienne, la guerre en Irak, l’Afghanistan, les Talibans, et après 2010, il exprimera son soutien aux révoltes arabes jusqu’à l’appel quasiment au meurtre de Kadhafi.

Ces positions vont faire pâlir sa popularité et le faire percevoir comme un porte-voix de la diplomatie qatarienne. Même chose pour sa lecture de la révolte bahreïnie comme n’étant non pas un soulèvement populaire comme cela a pu être le cas en Egypte, au Yémen et ailleurs, mais comme une révolte confessionnelle qui n’était pas l’expression populaire légitime du peuple bahreïni. Cela va contribuer à ternir son image.

Ses opposants lui ont aussi reproché d’avoir contribué à accentuer la confessionnalisation de la guerre en Syrie entre sunnites et chiites…

A mesure qu’il intervenait dans les débats publics, le cheikh Al Qaradawi est devenu d’autant plus clivant qu’il pouvait se positionner sur des sujets qui n’étaient pas religieux. A partir du moment où effectivement il va s’engager aux côtés des révolutionnaires et s’opposer frontalement à des régimes, étant donné le caractère extrêmement clivant de la guerre syrienne ou libyenne, il va devenir le porte-voix officieux de certains Etats, ce qui lui vaudra des foudres de critiques de ses aînés.

A l’instant où il entre dans l’arène politique en prenant des positions aussi tranchées, dans un contexte symbolique et physique aussi violent (crises syrienne, libyenne, bahreïnie), le contrecoup sera très fort en raison du caractère très politisée de ses positions. Ce qui s’en ressentira sur son image et fera baisser son audience dans le monde arabe.

Vous disiez récemment dans Le Monde que la mort de Youssouf Al Qaradawi marque « la fin d’une époque. » Qu’entendiez-vous par là ?  

Youssouf al Qaradawi avait une place structurante dans la pensée des Frères musulmans d’une manière générale, ce qui n’est pas peu de chose quand on sait que les Frères musulmans constitue l’un des pivots majeurs du champ religieux contemporain dans le monde arabe.  Il jouait un rôle de référent du fait de sa contribution en termes de grille de lecture intellectuelle, une contribution qui a permis à des musulmans de pratiquer leur foi dans un monde moderne en pleine mutation.

Il incarnait le rôle d’un Guide spirituel pour les Frères musulmans. Il était le seul à détenir cette autorité quasi papale pour reprendre les termes de Stéphane Lacroix et Thomas Piret, le seul à posséder un tel capital symbolique.

Sa disparition crée une forme de vide difficilement remplaçable par des mandataires secondaires par rapport à la posture papale qu’il avait.

Propos recueillis par la rédaction

©️ Repris via https://www.mizane.info/nabil-ennasri-al-qaradawi-detenait-une-autorite-quasi-papale/

● Interview | Birame Dah Abeid, «Aziz ne court aucun risque d’être jugé, car, selon les dire de ses proches, il dispose d’arguments dissuasifs»



~~~Sur ses relations avec Mohamed Cheikh Ghazouani, sur les reproches qui lui sont fait par ses détracteurs durant ses dernières sorties, sur les élections locales en vue, notamment la présidentielle de 2024, et sur une éventuelle coalition de l’opposition autour d’un front uni, le leader de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) et député à l’Assemblée Nationale, Birame Dah Abeid, revient en détail. Entretien.



Actualité oblige, quelle lecture faites-vous de la libération de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz dont l’assignation à résidence a expiré le 8 septembre 2022 ?

Mon impression est celle de tout Mauritanien. Nous avons assisté à une véritable tentative d’induire le peuple en erreur. On a joué avec les espoirs du peuple et ses sentiments. On a fait de sorte que le peuple ait l’espoir qu’il y a un début véritable de lutte contre la gabegie. Mais apparemment il s’avère que ce n’est pas le cas. Je pense que le ressenti du peuple après cette désillusion risque de faire très mal au président Ghazouani et à son clan. Le peuple se sentira floué et méprisé, considéré comme un jouet. Je pense que cette affaire va renforcer, chez les populations, l’impression de se retrouver, toujours, devant un dossier de représailles entre les différentes factions d’une même coterie qui a pillé et continue de piller le pays, parce que la reddition des comptes n’est pas dans sa logique.

Expliquez-vous davantage…

Ce que je viens de dire c’est que le sentiment populaire est d’autant plus exacerbé que la gabegie a continué de plus belle sous l’ère Ghazouani. Même après l’incarcération de Aziz et sa mise en accusation lui et certains de ses compagnons, la mauvaise gouvernance persiste et se banalise ; ses scandales réguliers défrayent la chronique, quasiment chaque mois.

Est-ce que vous pensez comme certains le disent, que si l’affaire de la décennie s’avère en définitive un simple jouet entre les deux dirigeants, ce serait un boulevard qui va être ouvert à Birame pour s’accaparer du pouvoir présidentiel ?

Je pense que l’opposant est de nature opportuniste mais mon rôle à moi consiste à interpeler les différents protagonistes qui méprisent le peuple et se jouent de sa colère légitime envers les cleptocrates toujours impunis. In fine, la population, dans sa diversité, nourrit le sentiment d’avoir été trahie, manipulée, aux seules fins de la conservation du pouvoir. Notre responsabilité d’opposant nous dicte de jeter la lumière sur cette imposture, d’enfoncer le clou pour amener le peuple à adopter une réaction citoyenne, en vue d’exiger davantage de redevabilité, au-delà des effets d’annonce, sans lendemain.

Vous avez certainement appris que Aziz a récupéré ses passeports et qu’il pourrait même voyager à l’étranger mais le Parquet a publié un communiqué selon lequel le dossier de Aziz et consorts est toujours en cours et qu’un procès aura lieu. Est-ce que vous pensez qu’il y aura un procès ?

Ah non, le flafla du Parquet n’a aucun sens. C’est une tentative désespérée de tromper le peuple, à nouveau. Je prends le pari que le dossier ne parviendrait pas jusqu’au prétoire. L’ex-Président Mohamed Ould Abdel Aziz dispose d’informations, voire de révélations, à caractère dissuasif. Lui et ce qui reste de ses proches loyaux sont en mesure de produire des arguments à même de décourager ceux qui veulent aller au procès. Ils l’ont toujours clamé : jamais le pouvoir de Ghazouani ne pourra les juger. Les deux segments du même noyau dirigeant sont embourbés dans une fange identique, comme le rappelle l’étroitesse des liens initiaux entre Aziz et Ghazouani. Les gens présents sur le banc des accusés et ceux actuellement en charge de la direction de l’Etat appartiennent à un vivier invariable, celui de l’oligarchie politico-militaire, du renseignement et du complexe tribalo-marchand. Leur fortune procède des ententes illicites, du trafic d’influence et des conflits d’intérêts. Dans le fond, aucun ne gagne à enfoncer l’autre.

« Ma récente visite à l’intérieur m’a prouvé que l’Etat est absent »


Vous venez d’achever une visite dans plusieurs régions du pays, quelles leçons tirez-vous de cette tournée ?

La leçon que je tire de mes visites dans les régions du Brakna, de l’Assaba et d’une partie du Trarza et du Hodh Gharbi que je viens de sillonner en quatre semaines, d’août à septembre 2022, reste l’absence de l’Etat. En dehors des symboles de l’autorité administrative et des casernes militaires, la gouvernance de proximité et les services universels de base font cruellement défaut. Au sein des quartiers populaires des villes et surtout à l’intérieur du pays, le hiatus s’impose au regard. L’Etat se limite aux bureaux et au contrôle du trafic routier. Il n’y a plus d’écoles, plus de services sanitaires, plus d’eau, les populations ont soif, l’encadrement paysan s’étiole, le personnel des eaux et forêts n’est plus visible en rase campagne, les services météo sont à l’abandon…Ici, l’on peut parler d’une faillite multidimensionnelle de l’Etat mais, pour le moment, en mode sourdine.

Vous voulez dire que l’Etat est aujourd’hui seulement au service des oligarques au détriment des populations ?

Bien sûr, les féodalités tribales et claniques, les groupes d’intérêt issus de la haute administration et les commis de l’Etat sont devenus les grands électeurs dans leurs circonscriptions. Il s’agit de mini-chefs d’Etats dans l’Etat, à l’image de Kankossa. Ce grand département est sous la coupe réglée de trois meneurs, Kaba Ould Elewa, Lemrabott ould Bonnahi et du notable général Ould Mohamed Radhi. Ces hommes, comme ailleurs en pays maure et soninké et poularophone, y font la pluie et le beau temps ; ils continuent à contrôler les populations et leur indiquer où aller et comment voter, en contrepartie de subsides. Vous pouvez rajouter, au constat, la difficulté, notamment pour les descendants d’esclaves et les gens de la ruralité, d’obtenir les documents biométriques de l’état-civil.

Cependant, nous avons mis un pied dans la fourmilière, en dépit de la campagne féroce visant, sans succès, à réduire notre audience lors de la tournée. L’accès de plus en plus exponentiel au téléphone portable à la connexion internet nous a servi de catalyseur décisif et facilite le travail de mobilisation. Nous comptons accentuer cet atout, afin de surmonter les réflexes de crainte envers le makhzen (pouvoir) et le chantage alimentaire, à l’encontre de nos partisans et sympathisants.

« Mohamed Cheikh Ghazouani n’a aucune chance de gagner la prochaine présidentielle »


Les images de votre visite tournent en boucle dans les réseaux sociaux et l’affluence des populations semble vous avoir galvanisé.

En effet, comme vous l’avez sans doute constaté, dans les images des accueils qui nous ont été réservés, il y a un basculement inédit et à 180°, des populations contre le parti au pouvoir. Je pense que cela va se sentir très prochainement au cours des élections. Durant la tournée et à son terme, j’ai conçu le doute, fort, que le président Ghazouani puisse remporter un second mandat. Il aura du mal à compétir dans la transparence et risquerait, alors de frôler l’humiliation.

Vous avez lancé il n’y a pas longtemps un appel pour une candidature unique de l’opposition à la présidentielle de 2024 pour créer une nouvelle transition démocratique en Mauritanie et une coalition forte autour des législatives et des élections locales. Avez-vous partagé l’idée avec d’autres leaders de l’opposition ? Si oui, quelle a été leur réaction ?

J’en ai parlé personnellement – Oumar Yali (président du parti RAG) aussi – avec certains dirigeants de l’opposition, au moins deux, qui ont signifié leur accord de principe, certes pas avec beaucoup de ferveur. Néanmoins, je pense utile de mieux promouvoir la perspective de l’unité par-delà les divergences. D’ailleurs, les rares partis de l’opposition reconnus, sont menacés de mort, surtout si chacun d’eux tente, à lui seul, de mener une confrontation avec le pouvoir.

La seule issue pour le changement non-violent et démocratique demeure l’union, le consensus minimal qui permettra de ressusciter une opposition unie et très forte, une opposition plurielle et démocratique qui va redonner espoir aux Mauritaniens. Toutes les composantes de l’alternative au statuquo – indépendants compris – ont la capacité d’obtenir la majorité, accéder au Parlement, dans les conseils municipaux et régionaux. Les mouvements de la diaspora disposent, à cet égard, d’un potentiel jusqu’ici négligé.

« L’opposition est condamnée à s’unir autour d’un front ou disparaître »

Vous pensez qu’une coalition forte des partis d’opposition est encore possible et qu’elle pourra battre l’appareil d’Etat et son parti ?

Oui, je crois avoir suffisamment répondu à la question. La victoire est à portée si nous savons nous départir des querelles de préséance et de la profusion des egos ; devant nous, se précisent les échéances de 2023 et 2024. Le délai se rétrécit et il nous appartient d’agir, ici et maintenant, avec la conscience aiguë de l’urgence.

En avez-vous parlé aux grands leaders, ceux de l’UFP, du RFD, de l’APP… ?

J’en ai discuté avec l’UFP et Omar Ould Yali s’en est ouvert à l’APP. Tous ont marqué leur faveur à l’idée. Il s’agit, à présent, de travailler à sa mise en œuvre. La liste n’est pas exhaustive et les démarches suivront leur cours.

Au cas où le parti RAG ne serait pas reconnu d’ici les prochaines élections, quelle stratégie comptez-vous adopter ? Allez-vous réitérer l’option Sawab-RAG ou est-ce que vous avez entamé des pourparlers avec d’autres partis politiques ?

Je pense que la volte-face de Ghazouani face à son engagement de réhabiliter les libertés publiques, celles de s’associer et de créer des partis, recèle une erreur stratégique et politique suicidaire. A mon avis, le président Ghazouani, depuis son avènement en 2019, aura apporté, de l’apaisement, aux mauritaniens. Toutefois, l’acquis de la concertation avec les acteurs politiques ne peut produire des résultats durables que si le sommet de l’Etat respecte ses engagements. Hélas, il n’en est rien concernant le RAG et les FPC ou beaucoup plus simplement, l’application de la loi nationale sur les partis politiques, à titre d’illustration…

Les faucons, amenés par le ministre de l’Intérieur et les suprématistes tribalo-nasseristes ont eu finalement raison des intentions louables du président Ghazouani.

« Les faucons du pouvoir ont pris le contrôle de l’Etat sous la férule du ministre de l’Intérieur »

Ces faucons seraient donc d’après vous, contre la méthode Ghazouani de pacifier le climat politique et de rétablir la primauté de l’Etat démocratique ?

Pire, je pense qu’ils sont en train de conduire le pays vers l’inconnu. L’actuel ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, disciple et frère de Ghazouani, le membre le plus proche de sa famille, son éminence grise, a été placé à ce poste très sensible, en vertu de la confiance entre les deux. Or, j’ai peur qu’il ne conduise le pays vers un drame similaire à celui de 1989 ; son prédécesseur d’alors, le Colonel Gabriel Cyamper ou Djibril Ould Abdellahi, avait poussé Maawiya Tay, ouvert à ses débuts, à s’enfermer et à sévir, à la fin des années 80 ; l’on se souvient du lot d’exécutions extra-judiciaires et de déportations, de l’aventurisme diplomatique et des réfugiés encore installés au Sénégal et au Mali voisin. La non-réparation de tels crimes nous poursuit encore et tend à compliquer le vivre-ensemble à l’intérieur de la Mauritanie. Par ses agissements, le personnage incarne, semble-t-il, une menace majeure à la stabilité et à la paix. Son obstination à réduire le nombre des partis politiques et compliquer la reconnaissance des plus populaires témoigne d’une peur face au verdict incertain des urnes. Et cela nous inquiète.

En quoi cela vous inquiète-t-il ?

Sa proximité familiale avec le Président de la République et sa promptitude à régler des comptes avec tous ceux qui le contredisent l’élèvent, de facto, au rang d’un fauteur de trouble, au sommet de l’Etat. A force de lui déléguer les missions délicates, le Président de la République l’a institué régent, si ce n’est dauphin putatif. Naturellement, son zèle le conduit à empêcher, autant que possible, l’éveil, en politique, des Mauritaniens d’ascendance subsaharienne, comme s’y obstinaient tant d’autres gouvernements depuis 1978. Nous répétons que la bataille est perdue d’avance parce qu’elle ne prend pas en compte la démographie, l’éveil citoyen et la célérité de l’information. La gouvernance bédouine n’a pas d’avenir, à cause de sa désuétude.

Leur objectif consiste préparer une réélection facile de Ghazouani en éliminant les adversaires de taille. Selon leur entendement, il faut empêcher Birame, dès le scrutin général de 2023, de disposer du nombre de parrainages requis au titre de la compétition suivante. Le refus de reconnaître le parti RAG procède du projet, malgré la parole donnée….

« Rien ne peut empêcher ma candidature en 2024 »

Est-ce qu’ils pourront le faire ?

Evidemment non, car ils perdent de vue que le parrainage est institué seulement pour soulager l’Etat quand il doit prendre en charge des multitudes de candidatures farfelues. Il me semble que la mienne déroge : j’ai été élu député, en prison, dès 2018 ; en 2014 et 2019, l’élection présidentielle m’a conféré la place de second candidat, par la densité des suffrages, avec un score en progression constante. De surcroît, l’opinion publique nationale et internationale ne saurait concevoir ou trouver un justificatif à l’absence de Birame, autrement que par l’obstruction à ses droits de citoyen.

Je lance un appel à l’Union Africaine, aux Nations Unies, à l’Union Européenne, à la CEDEAO et à l’Organisation internationale de la francophonie et au National Democratic Institute, pour qu’elles surveillent de près les échéances de 2023 et de 2024, en Mauritanie. Nous attirons surtout leur attention sur les exclusions et discriminations relevant du découpage électoral et de la biométrie.

Comment les bailleurs de fonds et les partenaires de la Mauritanie pourraient-ils accepter de financer et de cautionner des consultations électorales dont les résultats entretiendraient une source de conflit civil, au moment où la sous-région Afrique de l’Ouest s’embrase ?

Je m’adresse, ici, à tous nos partenaires, en particulier la France et l’Espagne.

« La communauté internationale doit suivre les échéances électorales en Mauritanie »


Pourquoi la France et l’Espagne ?

Parce que la France et l’Espagne ont toujours cautionné les fraudes électorales en Mauritanie, au nom du sacro-saint principe de la stabilité à court terme. Je dis, à la France, que le délire anti-Français en Afrique résulte de ses erreurs de doctrine diplomatique mais il n’est pas trop tard pour réparer. La France doit se montrer de l’héritage universaliste de la république. Elle y gagnera, nous aussi…

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara

©️ Via https://aidara.mondoblog.org/2022/09/09/interview-birame-dah-abeid-aziz-ne-court-aucun-risque-detre-juge-car-selon-les-dire-de-ses-proches-il-dispose-darguments-dissuasifs/

✓Le Grand Entretien du BLOG | Avec l’ingénieur informatique Sidi Camara, le concepteur de l’outil numérique Khrankompé.

La rubrique du GEB (Grand Entretien du BLOG) vous revient avec l’interview qu’un jeune pépite ingénieur visionnaire nous a gentiment accordée. Il s’appelle Sidi Camara, jeune mauritanien du Guidimagha (Tachott) qui est le concepteur d’un support numérique facilement exploitable et accessible dédié aux contenus pédagogiques et d’enseignement en langue maternelle. Son dispositif numérique est appelé Khrankompé (en vocable soninké) qui veut dire « salle des cours », vient d’être promu parmi les 10 finalistes de la sixième édition du Challenge App Afrique sponsorisé par l’influent duo organe médiatique français à l’international RFI et France 24 . À nos questions, l’ancien boursier mathématicien diplômé en Algérie et par la suite en France à l’université de la Sorbonne Université Paris 6, explique succinctement les objectifs de son outil innovant porteur d’espoirs en matière d’accès aux contenus d’enseignement. Et il nous distille quelques prompts conseils pour l’intérêt que doit avoir la promotion de l’éducation dans notre communauté.

À Lire ci-après :

Question 1 : Bonjour Monsieur Camara Sidi Moussa, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Parcours éducatif et professionnel…

SC :Je suis Sidi CAMARA, je suis de Tachott, Mauritanie. J’ai eu le bac Mathématique en 2013 suite à quoi l’État m’a offert une bourse en Algérie pour une licence en Mathématique Informatique que j’ai obtenue en 2016. De 2016 à 2018 j’ai fait mon master en informatique à l’université Paris 6 (Sorbonne université, ex UPMC)

Depuis 2018 j’ai travaillé pour plusieurs entreprises de la région Lyonnaise et Parisienne en tant que Data engineer (ingénieur de données) et ingénieur machine learning.



Question 2 : Selon des sources médiatiques, vous êtes finaliste au Challenge App Afrique avec votre projet Khrankompé, nos vives félicitations à vous. Pouvez-vous présenter la nature de ce dispositif Challenge et votre projet Khrankompé ?

SC : L’objectif de Challenge App Afrique est d’imaginer le service numérique qui contribuera à l’éducation des enfants. L’objectif du concours est de prendre un lauréat parmi les entrepreneurs (en Afrique) dont les projets contribuent à l’éducation des enfants. Le lauréat bénéficiera d’un prix de 15 000 € et un accompagnement personnalisé.

Khrankompé: L’objectif de Khrankompé est de produire tous les cours du primaire expliqués en langue locale et accessibles en offline sur smartphone et support USB tout en conservant la langue d’écriture de l’enseignement.

~L’élément média : Facebook Challenge App Afrique




Question 3 : En quoi les contenus pédagogiques sur supports numériques peuvent convenir avec pertinence aux besoins en matière de politique globale d’instruction dans nos pays, en particulier en Mauritanie dans les zones rurales ?

SC : En Mauritanie le système éducatif est en français et arabe ce qui pose beaucoup de problèmes aux enfants dont la langue maternelle est autre que ces deux langues.
Les contenus pédagogiques sur support numérique permettent de déployer la solution à large échelle et à moindre coût tout en permettant à chaque enfant des cours de qualité et dans sa langue natale.


Question 4 : Quels conseils pouvez-vous donner pour l’émergence d’une grande mobilisation autour de l’école en milieux soninkés ?


SC : Que ceux qui ont eu un parcours scolaire exemplaire soient des exemples pour les plus jeunes en leur parlant :


~ de leurs parcours,

~ des opportunités offertes par l’éducation,

~ la différence entre un ingénieur et un manœuvre.

• Que l’éducation devienne prioritaire sur l’emigration.

• La mise en place des événements mettant en avant le succès scolaire


Question 5 : Votre avis sur le régime éducatif hybride (semi privé et madrassas) qui existe en parallèle des écoles publiques dans nos localités villageoises ? Inconvénients et avantages pour l’avenir de nos enfants ?


SC : Pour moi ces madrassas ne devront jamais se substituer à l’école nationale et qu’elles devront plutôt être mises en place sous forme de soutien scolaire. Car ces madrassas n’assurent pas un parcours scolaire pérenne (pas de bac, pas de collège, ..etc). En général, les enfants deviennent déscolarisés après un certain temps et en sortent sans profession et aucun bagage scientifique.

12 mars 2022

Entretien réalisé par KS pour le BLOG

✓Interview exclusive de Jemal Ould Yessa | Par Majabat média.

Chaque sortie médiatique du leader de gauche et militant des droits de l’Homme, Jemal Ould Yessa, provoque un vif débat au sein de l’opinion publique.


En cause, ses avis et positions politiques qui sortent de l’ordinaire et de la pensée communément partagée en Mauritanie.

Positions que certains qualifient de radicales voire extrêmes, tandis que d’autres estiment que ce sont des idées ambitieuses et progressistes de la part d’une personnalité dont le dernier souci serait de plaire à tout le monde et de chercher le consensus.


Ould Yessaa, fils de la classe aristocratique et de l’ « Émirat » traditionnel, qui s’est révolté contre le système social et politique du pays, dirigeant pendant longtemps le mouvement  » Conscience et résistance » , mouvement connu pour son opposition radicale au système d’Ould Taya.



Ould Yessa soutient toujours les mêmes positions “révolutionnaires”

concernant le racisme, l’héritage passif) humanitaire, la lutte ou l’ inégalités des classes, de l’arabisation et autres questions soulevées, lors de son interview pour ce deuxiéme numéro du journal Mejabat.


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Majabat : En tant qu’observateur vigilant des affaires nationales, avez-vous identifié le principal obstacle à un changement, en rupture d’avec les époques de répression, de corruption et de prise du pouvoir par la force ?



– Oui, bien entendu, des progrès partiels retiennent l’attention. Depuis la chute de la dictature de Ould Taya, les niveaux de coercition politique ont nettement diminué et la corruption, à l’époque banalisée dans le cadre du clientélisme PRDS, est redevenue une faveur ; elle se restreint désormais à un groupe de prédateurs, quasiment tous de l’ethnie arabo-berbère. Pour se convaincre de la mainmise ethnique sur l’économie, il convient de consulter la liste des chefs de fédérations du patronat. Le quasi-monopole s’étend, d’ailleurs, à deux domaines où la masse laborieuse est issue de la majorité noire du pays. Je cite la pêche artisanale et l’agriculture, deux secteurs d’activité auxquels le maure d’extraction nomade répugne, en général, en vertu de la dévalorisation de l’effort physique.

Vous connaissez la genèse du capital privé national, à partir des accointances et des réseaux de relations tribales, entre les juntes au pouvoir depuis 1978 et leurs relais parmi les chefferies et les commerçants bidhane. Des milliards de prêts bancaires complaisants ont été dépensés et l’ardoise effacée, en vue d’asseoir le fondation matérielle de la domination. A cause de la prédation directe sur les ressources de l’Etat, du bénéfice de privilèges indus, en passant par les conflits d’intérêt, les faux diplômes, l’immunité fiscale et la spoliation des terres de culture au sud, une minorité de hassanophones s’est emparée du pays, au point de lier l’avenir collectif, à sa propre conservation. C’est dans cette prise d’otage que se débat la Mauritanie, depuis bientôt 40 ans…L’expression « République islamique des maures » (Rim) ne me semble pas si excessive quand il s’agit de qualifier la géographie et la démographie réelles des privilèges de naissance et de statut social dont il sera question durant les journées consultatives nationales, autrement appelées « dialogue »…enfin, si le rendez-vous est respecté. Concernant la dévolution et la régulation violente du pouvoir d’Etat et les ruptures de légitimité, nous ne sommes pas encore immunisés d’une énième « putscherie », même si, à l’instant, la probabilité me paraît, plutôt, minime. Je puis me tromper.


Comment sortir du cycle de la faute et de l’échec ? Le principal obstacle, de nature à retarder le discernement et les bonnes pratiques en matière de cohésion et de restauration de la confiance, entre les populations et l’autorité centrale, demeure le déficit de concertation et d’audace. Au niveau de l’évaluation comparée des performances en démocratie et droits humains, la Mauritanie devance, et de loin, la majorité de l’aire arabo-islamique mais je ne vois pas, là, un exploit, tant cet univers abrite, entretient et exporte les pires atteintes à la dignité de l’individu.



Majabat : Nous sommes aux portes d’un dialogue qui « n’exclut personne ni question ». Doit-on s’attendre à une exception dans ce genre d’exercice, contournant les préoccupations habituelles de la classe politique, pour insister davantage sur les thèmes plus larges, corrélés à l’amélioration de la gouvernance et à la résolution des attentes chez les exclus ?



– Le dialogue serait couronné de succès, si toutes les parties y vont avec sincérité et conscience de devoir sacrifier des concessions, aux fins d’obtenir un consensus, une formule de dépassement des contradictions structurelles : il importe de souligner, ici, le sexisme ambiant, les entraves à la citoyenneté en termes d’égalité d’accès aux droits, la résorption de l’impunité des crimes de masse à visée raciste, l’occultation de l’esclavage et l’usurpation du foncier rural, notamment aux dépens des autochtones travailleurs des champs. Le problème concerne, non seulement les natifs de la Vallée du fleuve Sénégal mais, également, les descendants d’esclaves au centre et à l’Est de la Mauritanie. Beaucoup continuent à entretenir des parcelles arables dont les anciens maîtres détiennent les titres. Malgré l’ordonnance nº 83-127 portant réorganisation foncière et domaniale et en dépit de ses clauses de préemption au profit de ceux qui « font vivre » le sol, le texte, de facto, n’est pas appliqué à tous.

Sur la majorité de l’espace hassanophone, la tenure traditionnelle est en vigueur. Les Hratine restent des ouvriers agricoles sans acte de propriété ; les conflits subséquents ne cessent de croître ; il subsiste, là, un risque de clivage belligène et le présage d’un effondrement de la communauté de destin, déjà en lambeaux, depuis 1978. Il faudrait aussi régler – disons vider – le potentiel des contentieux liés à l’exploitation de la terra mortuis, ces espaces laissés à l’abandon que ne délimite aucune marque de colonisation ou de mise en valeur. Aujourd’hui, il est ardu d’aller s’installer sur un périmètre vacant et vierge de labour, sans obtenir l’autorisation préalable de la tribu qui en revendique la possession. Certaines vendent le visa d’installation, d’autres l’accordent par générosité ou nécessités de prestige. Néanmoins, à la moindre querelle avec les nouveaux venus, les voici sommés de quitter les lieux…

Est-il normal de tolérer une telle concurrence au droit, un tel mépris envers l’autorité publique ? Voici un autre défi que le dialogue devrait désamorcer, sous peine de provoquer le regain de l’anarchie précoloniale, la fameuse Seyba ou raison du plus fort…Cependant, gage de réussite oblige, les participants au dialogue, dans leur diversité, influenceraient le rapport des forces en participant au débat, sans poser de condition ni s’en faire dicter. Le principe – réitéré par le Président de la République – de ne pas censurer ni évincer – me semble le signe de prémices prometteuses. Le moment est venu de s’asseoir, tout déballer, discuter, s’écouter et de ne s’interdire nul compromis dès lors que le règlement proposé se réfère à la triple exigence : liberté-égalité-fraternité. Certes, la devise appartient à une autre nation mais elle résume bien, par sa prétention à l’universalité, le besoin d’équité et d’épanouissement qui habite l’espèce humaine, peu importent les frontières et le legs de la mémoire.

Majabat : Quels sont les conditions et les résultats les plus importants qui, s’ils étaient atteints, vous permettraient de constater le succès du dialogue ?



– Si le succès du dialogue devait requérir une attestation, celle-ci résiderait, par exemple, dans l’abrogation de la loi d’amnistie de 1993 et de l’article 306 du code pénal. Les deux infamies représentent un motif de honte pour la Mauritanie et reproduisent la violation la plus spectaculaire de ses engagements auprès du reste du monde, dûment signés, ratifiés et intégrés au préambule de la Constitution. Il ne faut pas oublier, non plus, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que notre gouvernance viole si souvent, après son adhésion en novembre 2004. Le texte et bien d’autres de facture similaire impliquent l’interdiction, aux civils de détenir des armes d’assaut ; nous pouvons comprendre qu’une communauté garde, dans son folklore, un rapport sentimental aux symboles – en l’occurrence les festivités – mais l’expression du patrimoine mémoriel exclut la détention de fusils à rafales ; en réalité, l’on assiste, ici, à une forme de discrimination dangereuse parce qu’elle consacre l’attribution d’un moyen de contrainte aux seuls maures ; l’autorisation implicite de milices à vocation militaire compromet les assises du pacte à l’origine de la création de la Mauritanie, pendant le congrès d’Aleg, en mai 1958.



Majabat : Le problème de la marginalisation et des exclus devient une préoccupation des pouvoirs publics. Quelle est votre lecture de la nature et de l’ampleur de ce problème et de ses relations avec l’histoire et les politiques de développement en Mauritanie?



-Je dois juste vous rappeler qu’à force de s’obstiner à négliger les enjeux de coexistence pacifique, ils vous reviennent à la figure ; vous avez beau dépenser de l’argent et des discours lénifiants dans l’espoir d’acheter le silence des victimes, vous ne parviendriez jamais à étancher leur soif de réparation. Dieu merci, il existe un minimum de justice internationale sur quoi nos gouvernants n’ont pas de prise ; le procès de Ely Ould Dah au sud de la France en 2005 et le renvoi récent de l’un de nos généraux, à peine nommé par les Nations unies au titre d’une mission de maintien de la paix, soulignent les limites du déni. Pourvu que le désaveu diplomatique serve à ouvrir les yeux, de nos dirigeants, quant à l’urgence de l’introspection et de l’autocritique. Apprendre de ses erreurs relève de la salubrité mentale. Déjà, publier la vérité à propos de la tentative d’épuration, exécutée de 1986 à 1991, constituerait, à la fois, une thérapie et une prophylaxie, pour se prémunir du ressentiment et de la récidive. Nombre de hassanophones le croient encore, en 1989, Israël, le Maroc et le Sénégal se seraient ligués contre la Mauritanie, laquelle n’aurait dû sa survie qu’au soutien de Saddam Hussein (le bourreau des kurdes et des chiites). Cette légende tarde à s’éteindre car aucune autre version ne la concurrence.



Majabat : Parfois, surgit une polémique sur la marginalisation culturelle de composantes de la nation. Le sujet comporte-t-il une réflexion sur la coexistence entre ces composantes ? Quelle est sa relation avec la réticence à résoudre les choix linguistiques ?



– Surgir n’est pas l’adjectif approprié, il s’agit davantage d’une latence d’abus cumulés, sédimentés. L’arabisation idéologique -certains diraient « au rabais » -des années 1980, a été conçue pour écarter de la fonction publique et des forces armées et de sécurité, les groupes non-hassanophones (pulaar, soninké, wolof, bambara) afin de « faire de la place » ; à qui, donc ? Le calcul initial consistait à privilégier l’entrisme, dans l’appareil d’Etat, de générations émergentes d’étudiants et de cadres maures, formés à la hâte, aux confins du monde arabe ou allaités à la source d’un imaginaire hanté et saturé par les mythes du moyen Orient. Le plan ayant tardé à produire un effet radical en matière de remplacement – ou de substitution – des élites, les incidents frontaliers de 1989 avec le Sénégal, offraient l’opportunité d’accélérer la réalisation intégrale du dessein. J’insiste, ici, sur le lien causal entre l’arabisation bas de gamme, la violence suprématiste, le règne de la corruption et de la fraude et l’avènement de l’extrémisme religieux dont la Mauritanie incarne, aujourd’hui, le principal vecteur d’expansion en Afrique de l’Ouest et plus loin.

Je ne puis vous dire exactement combien d’apprentis-terroristes, y compris d’Afrique et d’Europe, viennent s’abreuver aux sources du fanatisme dans les nouvelles Mahadhras où l’enseignement de la poésie, de la généalogie et de la musique s’efface, désormais, derrière les cours de fiqh aljihad, l’étude des lois de la guerre sainte. Ces établissements, irrigués de pétrodollars depuis 4 décennies, participent à la radicalisation et maintiennent un racisme tacite envers les noirs d’ascendance subsaharienne. Pire, les autorités ne disposent d’une base de données fiable sur le nombre de pensionnaires étrangers, leurs provenance et durée de leur séjour en Mauritanie. Les élèves, venus des 4 coins du monde, y apprennent, toujours, comment jouir de ses esclaves, se les partager en temps de travail selon la répartition de l’héritage ou soumettre les servantes au droit de cuissage. Oui, la Mauritanie actuelle n’est pas la destination rêvée pour un noir et le constat dépasse bien les questions de langue ou de culture.


Vous savez, si l’affaire de l’arabisation n’avait pas été instrumentalisée pour récompenser la médiocrité, diffamer le mérite et ralentir la dynamique de modernisation du pays, elle serait bien moins contestée aujourd’hui ; un entretien de presse ne saurait satisfaire à l’étude d’un enjeu aussi vaste. Nous en reparlerions, à l’occasion d’un ouvrage documentaire. Les témoins du déclin national sont légion, Dieu merci et la plupart gardent le souvenir de la descente aux enfers, enclenchée dès l’avènement du régime militaire. Je forme le souhait qu’ils écrivent, nombreux et se prêtent aux moyens de l’audiovisuel ; ainsi, ils nous épargneraient la perte de mémoire si propice aux braqueurs et contrefacteurs de l’histoire. Cette bataille du sens est en passe d’être gagnée par les révisionnistes ; s’ils remportent la partie, c’en serait fini du projet Mauritanie et de notre avenir commun. Si ces questions passionnelles ne sont pas résolues, notre ambition de développement ne dépasserait le stade de l’intention et nous perdrions du temps et de l’énergie en discordes, à l’infini.

Dans un contexte de diversité raciale et de polarisation identitaire, la tentation du monolinguisme mauritanien représente un piège. Plus vous y tendez, moins vous préservez la cohésion sociale de long terme. S’agissant de l’hystérie anti-Français, je souhaite bon vent à ses initiateurs. Qu’ils commencent à arabiser les contrats des mines et de l’énergie, les écoles de médecine et de pharmacie, le libellé des opérations bancaires, les documents de transit et les offres d’emploi dans le secteur privé…

Majabat : Le conflit social est perçu, maintenant comme ayant atteint un niveau de tension sans précédent. Considérez-vous, avec confiance, sa gestion par les autorités actuelles ? Avez-vous des espoirs ou des craintes à propos des possibilités de son développement conflictuel, dans le futur ?



– Le pouvoir du moment, sans le savoir ou s’en rendre compte, ploie sous le fardeau d’une psychologie spécifique que singularisent la superstition (baraka, tazabout, fétiches et amulettes, intercession, propitiation, culpabilité, rétribution post-mortem). La décision politique est, tributaire de considérations relevant tantôt de l’administration de l’invisible, tantôt de l’indulgence due aux notabilités, quelle qu’en soit l’ethnie. A titre d’exemple, l’on a vu, par deux fois, à la commune de Dafort, dans le Guidimakha, des agents de la municipalité en train d’humilier et d’entraver de présumés fauteurs de dissidence, à la manière d’un bœuf promis à l’égorgement. L’Etat n’a engagé aucune poursuite contre les auteurs, pourtant filmés et audibles. Les critères de rationalité et de lucidité ne président pas toujours à la gouvernance actuelle en Mauritanie. Les nominations en conseil des ministres témoignent de la dérive. Seulement voilà, partout sur terre, une loi immuable cristallise le rapport des humains à la paix : la paix est une plante qui réclame sa rançon ; sa rançon est l’équité, c’est ainsi qu’elle s’arrose, jour et nuit ; sans équité, pas de stabilité.

Vous ne pouvez exiger, longtemps, de quelqu’un qu’il renonce à la révolte légitime et endure sa propre aliénation, en attendant le moment où vous lui consentiriez un peu de justice. Votre patience ne peut compenser sa frustration ; pire, elle l’exacerbe. Pour revenir à votre question, je crains, hélas, que les autorités en place n’aient pas assez compris le sens de la politique moderne : gouverner, à l’heure des théories complotistes et de la démocratisation des gadgets de la communication, réclame de la compétence, beaucoup de technicité, le sens de l’innovation, la réactivité et un sens élevé de la morale au service de tous, sans distinction ni préférence d’ordre privé. Un pouvoir qui ignore ce genre d’hypothèque, le minimise, mise sur la lassitude des gens ou escompte leur adaptation à l’injustice, finit piétiné sous les bottes de la soldatesque ou victime de lynchage par la populace. Le pire, dans le domaine du contrat social n’est pas d’en résilier les termes d’un commun accord. Le danger procède, surtout, de la faculté de susciter une surcharge d’espoir et de la décevoir, en vulgarisant des actes de triche, de dol et de mauvaise foi.

Personne ne se réjouit de se faire tromper et les Mauritaniens n’échappent à la règle, d’où que le ressentiment multidimensionnel plane, maintenant, sur la totalité du pays : il draine de l’amertume et le sentiment anxiogène d’avoir été floué et de subir le tâtonnement des dilettantes. Des révolutions engendrent la revanche sanglante et élèvent, au sommet de l’autorité, des populistes et des illuminés qui excellent à aggraver et canaliser l’aigreur et la hargne des multitudes, avant d’ériger une autre tyrannie. Un dirigeant instruit de ce genre de péril est appelé à l’éviter, pour sa propre sécurité d’abord, ensuite au nom de l’intérêt général.


A titre d’intuition, non de preuve empirique, j’accorde le bénéfice du doute au Chef de l’Etat et à quelques-uns de ses ministres. En revanche, je mets en cause la disponibilité d’une fraction de son entourage, à favoriser une refondation ambitieuse de la Mauritanie, sur des bases de distinction par le rendement, l’intégrité et la « redevabilité », au sens anglo-saxon du mot. Certes, la cour d’un prince, fût-il élu, évolue et se renouvelle et c’est dans cette perspective que je place le vœu d’un sursaut de scrupules, à l’abri de la pression de la rue et des menaces de sédition. Les femmes et hommes de qualité ne manquent pas, à l’intérieur du pays. Gouverner, n’est-ce pas prévoir ? Or, prévenir suppose la conscience des afflictions à quoi votre mode de gouvernement vous expose, vous et le peuple dont vous avez recueilli les suffrages et nourri la crédulité. Si vous parvenez à affiner le sens de l’observation sociale et le goût de la vérité, au sein de vos collaborateurs, alors, vous êtes sauvés et l’imminence du salut mobiliserait vos compatriotes, avec l’intensité d’un élan collectif, d’un souffle de volontarisme qui annonce des lendemains enchanteurs. Je veux y croire. Contrairement aux apparences, le renouveau s’avère à portée des Mauritaniens, s’ils acceptent d’en payer le prix ; il n’est pas trop tard.



Majabat : Le Président de la République a récemment fait part de son mécontentement face au retard pris dans la mise en œuvre de son programme des nouvelles mesures de lutte contre la corruption. Comment voyez-vous ce « réveil tardif » ?



-Le Président exprime son mécontentement et nous devrions plutôt lui reconnaître le mérite de la sincérité mais l’intention, même charitable, ne change rien à la réalité du postulat : l’appareil d’Etat est tenu par les résidus recyclés du Prds. Tant qu’ils sont là, la plus ambitieuse des réformes tournerait toujours à la farce, entre leurs mains. Vous savez, à la longue, les meilleures fantaisies peuvent lasser.



Majabat : La Mauritanie compte une grande diaspora dans les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao), et d’énormes intérêts économiques au sein de cet espace ; pourtant ses relations avec cette organisation restent volatiles et en deçà du niveau requis ; Comment la situation affecte-t-elle les Mauritaniens, là-bas ?



-Vous oubliez de souligner que la Cedeao n’a pas chassé la Mauritanie. Nous en sommes sortis au motif de mieux nous arrimer à un l’Union du Maghreb arabe (Uma), un ensemble encore mythique. A présent, nos ressortissants en Afrique subsaharienne, principalement dans le Golfe de Guinée, endurent les conséquences du retrait : impossibilité d’ouvrir un compte bancaire, d’obtenir un permis de conduire, de se plaindre du racket, importations taxées, carte de séjour à 300 000 francs, à quoi s’ajoute une amende d’établissement illégal de 60 000 francs. Certains accords bilatéraux avec des pays membres nous assuraient les mêmes avantages que les nationaux ; hélas, la plupart de ces clauses n’ont pas été renouvelées. Le droit communautaire a pris le dessus. Nos compatriotes lésés se plaignent auprès de leurs ambassades et consulats. Or, ceux-ci tardent à recevoir les consignes appropriées et naviguent à vue. Le moment est plus que venu de se montrer enfin adulte, pour revenir au point de départ, en somme une adhésion pleine et entière, à la Cedeao. Le fameux accord d’association ne semble pas produire une incidence réparatrice sur le sort de dizaines de milliers de mauritaniens expatriés. Persévérer dans l’erreur n’est pas signe d’intelligence….

source
@majabatmedia
· Société de médias/d’actualités

© Repris via https://www.chezvlane.com/Interview-exclusive-de-Jemal-Ould-Yessa_a26254.html

✓Le Grand Entretien du BLOG | Avec Mr Mahamadou Marega (Étudiant à L’UCAD)

– Nous vous présentons l’interview accordée par un frère soninké de Golmy au Sénégal. Âgé de 33 ans, Monsieur Mahamadou Marega, étudiant à L’UCAD – Dakar, est déjà titulaire d’une licence en Études Arabes (option Pensée Islamique). Il s’exprime souvent à travers de posts FB pleins de sagesse et d’inspiration intellectuelle. Nous lui souhaitons une paisible continuation dans l’ensemble de ses projets. Nos vifs remerciements pour sa disponibilité en répondant à notre sollicitation.

Lire ci-dessous ses éléments de réponse à nos questions.

Question 1 : Bonjour Monsieur Muhammad Marega , pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Mahamadou Marega :
Je m’appelle Mahamadou Marega.
Je suis étudiant, à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Et je suis titulaire d’une licence en études arabes (option pensée islamique).


Question 2 : En tant que jeune africain universitaire , êtes-vous engagé dans une Cause (politique, associative, culturelle ou sociale) d’intérêt général ? Si oui dans quel cadre et avec quels moyens pour atteindre vos objectifs ?

• MM : Pour le moment, je ne suis membre de façon active dans aucune association à caractère politique, social, culturel ou humanitaire. Même s’il y a des associations avec qui, je suis en phase sur le plan idéologique et que je défend de façon sympathique.

Question 3 : Ces dernières années la communauté soninké connaît des soubresauts sociaux autour de la problématique de l’esclavage par ascendance, quelle analyse faites-vous de la situation ? Vos commentaires sur la dynamique abolitionniste transnationale en cours portée par le mouvement Gambanaaxu Fedde..?

MM : effectivement, la société sooninké traverse des grands problèmes d’ordre sociétal, politique et économique. Et la problématique de l’esclavage par ascendance fait partie de ces problèmes-là, il faut le reconnaître. Par ce que pour résoudre un problème ça commence d’abord par reconnaître son existence. Le nier, c’est le condamner à se développer et à se complexifier. Bref, notre société est conservatrice et inégalitaire, et il y a beaucoup de paradigmes qui ne conviennent plus à notre époque. L’esclavage par ascendance est l’une des tares congénitales de notre société. Nous devons y faire face pour l’éradiquer par tous les moyens possibles. En ce qui concerne le mouvement Gambanaaxu Fedde, je pense que franchement parler, c’est un mouvement avant-gardiste et humaniste de par sa philosophie qui prône l’égalité et la justice sociale. Cela dit, un tel mouvement doit être soutenu, parce qu’il y va de l’avancée de notre société.

Question 4 : Quelles pistes de solutions pensez-vous nécessaires pour débloquer les régimes d’organisation coutumière dans certaines sociétés ouest-africaines figées dans des hiérarchies sociales datant d’une époque lointaine (par exemple le cas soninké) ?

MM : comme je l’ai dit plus haut, la société conservatrice qui obéit à une stratification socioprofessionnelle qui, répondait autrefois à des besoins sociétaux, mais force est de reconnaître que le système d’organisation sociale et coutumière n’a plus sa raison d’être. Car, il constitue un véritable obstacle au développement du Soninkara. D’où la nécessité de mener un combat aussi intellectuel que pratique en vue de le changer.


Question 5 : Votre pays, le Sénégal a connu certains mouvements contestataires et d’autres qui y couvent liés à la vie politique, qu’est-ce qui perturbe réellement la démocratie sénégalaise connue comme relativement sereine en comparaison à d’autres pays voisins historiquement ?

MM : Il y a deux points, à mon humble avis, qui perturbent et empêchent la démocratie sénégalaise de jouer pleinement son rôle : le fait que la justice n’est pas indépendante, puisque sans une justice indépendante devant laquelle tous les citoyens sont égaux et justiciables, et d’autre part, le manque d’équité social en matière de redistribution de richesses. Ce qui crée une frustration chez beaucoup de gens, notamment, les jeunes qui n’ont plus des perspectives d’avenir et les événements du 23 Mars en ce sens sont une preuve éclatante.


Question 6 : Le fait culturel, politique et social autour de la Religion dans nos communautés et nos pays, constitue une donnée importante, complexe et à la fois sensible, quelle lecture globale faites-vous de cette situation ?

MM : Mon avis, le fait culturel et le fait religieux sont indissociables puisque la culture est le réceptacle de la religion, mais cela ne veut pas dire que la religion doit être complètement moulée dans le fait culturel. Seulement, avoir l’intelligence de lire le corpus religieux sous la lumière de nos réalités socioculturelles, faute de quoi il y aura toujours des tensions ou des incompréhensions qui peuvent empêcher la religion de jouer pleinement son rôle à la fois éducatif et spirituel.

-Fin

Entretien réalisé par KS pour le BLOG

✓Le Grand Entretien du BLOG | Avec la sociologue et militante Dieynaba NDIOM

À la fin de cette année 2021, la rubrique Le Grand Entretien du Blog (le GEB) reçoit l’interview d’une dynamique militante mauritanienne, Madame Dieynaba NDIOM. Engagée féministe et membre active du parti FPC (Forces Progressistes du Changement) de Samba Thiam, la sociologue a répondu favorablement à notre sollicitation d’entretien. Nos vifs remerciements à son endroit. Retrouvez ci-dessous le contenu de cet entretien.

✓Question 1 : Bonjour Madame Dieynaba N’diom, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Dieynaba NDIOM : Je m’appelle Dieynaba NDIOM, Féministe, Femme politique et Sociologue de formation.


✓Question 2 : Quels sont vos engagements militants (associatifs et politiques) en Mauritanie ?

• DN : Je suis engagée dans deux associations mauritaniennes :
Voix des Femmes, qui est un collectif de jeunes féministes mauritaniennes
Initiative pour la Santé de le Reproduction, qui est une association qui travaille sur toutes les questions liées à la santé de la reproduction, comme son nom l’indique.
Sur le plan politique, je suis engagée au sein du parti FPC (Forces Progressistes du Changement), dont je dirige la fédération de Nouakchott.

✓Question 3 : En étant une femme engagée publiquement, rencontrez-vous des écueils sociaux et discriminants liés au genre? Et également quelle analyse faites-vous autour de la condition féminine en Mauritanie aujourd’hui en 2021 ?

DN : Pas spécialement dans les organisations où j’évolue, cependant les organisations associatives comme politiques sont à l’image de notre société, toutes les pesanteurs socioculturelles y sont palpables. Les conditions des femmes en Mauritanie sont de plus en plus difficiles sur quasiment tous les plans : Niveau juridique, toujours pas de loi sur les violences que subissent les femmes, dans le milieu familial, professionnel, dans l’espace public etc. Niveau politique, avec l’actuel régime ; c’est plutôt la régression sur le nombre de femmes dans les postes de responsabilité. Niveau social, nous sommes restés cette société très conservatrice avec un système social très hiérarchisant et discriminatoire, d’où les relations de pouvoirs sont omniprésentes.

✓Question 4 : Ce 28 novembre 2021, jour du 61ème anniversaire de l’indépendance nationale, une manifestation a été réprimée dans la ville de Bababé, pouvez-vous nous donner quelques éclaircissements sur ces événements en tant que militante politique ?


• DN : Comme chaque 28 novembre, depuis 30 ans actuellement, une partie de la Mauritanie demande justice sur les crimes commis, c’est également l’occasion de revenir sur tous les épisodes sombres de la Mauritanie à l’égard de sa composante noire, qui continue d’ailleurs de plus belle sous d’autres formes. Ainsi, différents événements (sit-in ; marche ; conférence de presse…) se font chaque 28 novembre à Nouakchott et/ou à l’intérieur du pays. Cette année à Bababé s’est tenue une manifestation, comme les années précédentes, mais violemment réprimée. Plusieurs jeunes blessés, ce qui a valu leur évacuation sur Dakar pour des soins. La lecture que j’en fais, connaissant bien ces jeunes, le pouvoir n’a fait que renforcer leur détermination. La répression atteint rarement les esprits déjà éclairés.

✓Question 5 : En Mauritanie, les problématiques liées à l’esclavage font partie de l’actualité d’une manière sporadique, selon vous pourquoi arrive-t-on pas à éradiquer ce phénomène pour de bon ?

DN : Comme je disais plus haut, notre société est conservatrice et surtout très discriminatoire. Nous avons beaucoup de tares, beaucoup de soi-disant valeurs qui ne sied plus à notre époque. L’esclavage est l’une des pires pratiques qui existe dans notre société. Nous devons faire face à cette réalité et la combattre avec toutes nos forces, même si nous savons que des murs se dresseront, car entre les privilégiés de cette pratique et notre Etat si frêle, le chemin est encore très long.

✓Question 6 : Autour de ce même phénomène (l’esclavage ou ses conséquences sociétales) , historiquement un certain tabou couve en milieux negro-mauritaniens (hors haratines), réellement qu’en est-il dans la société Peul? Le construit culturel qui tient à une certaine hiérarchisation sociale ne constitue-t-il pas un écueil pour l’émergence d’une mobilisation militante d’envergure cohérente et transversale dans le champ revendicatif à l’échelle nationale?

DN : La société peul, comme les autres communautés est définie par une hiérarchisation sociale, qui même si jadis répondait à des métiers socio-professionnels, aujourd’hui n’a plus sa raison d’être et elle constitue un frein à ce que nous pouvons construire ensemble. L’intersectionnalité entre nos différents combats est notre seule issue vers une Mauritanie juste et fière de sa diversité.

Fin

~ 18 décembre 2021

Entretien réalisé par KS pour le BLOG

✓TV.TOOBA [Vidéo] | Regardez « Interview de Biram Dah Abeid » sur YouTube

L’interview du député Biram Dah Abeid accordée à la plateforme TV Tooba depuis Paris. Au micro d’Ibrahim Diallo, le leader abolitionniste mauritanien revient sur plusieurs points sur la vie sociale et politique du pays.

©️ Crédit source : Chaîne Youtube TV Tooba

✓Entretien de RMI avec Chebih CHEIKH-MELAININE

• Pour suivre l’émission via la chaîne Youtube RMI-info :

On ne présente plus Chebih CHEIKH-MELAININE dans le paysage politique mauritanien. À la fois penseur, homme politique et écrivain, Chebih est une personne ressource. Dans cet entretien, il apparaît, comme à l’accoutoumé, en tant qu’ un homme de gauche toujours proche du peuple. Il fut ministre à trois reprises et mène toujours une grande influence sur la vie politique mauritanienne.

Chebih CHEIKH-MELAININE vient de publier “Confession d’un esclave”. À cette occasion, il accordé à cette occasion une interview exclusive à RMI-info.com.

Dans cette première de la saison de votre émission l’Entretien de RMI, Chebih CHEIKH-MELAININE revient, à la fois sur son livre, et son parcours professionnel. Enfin, à travers ses analyses toujours percutantes, il revient sur certains aspects de la vie et l’actualité politique mauritanienne .

©️ Crédit source : https://rmi-info.com/entretien-de-rmi-avec-chebih-cheikh-melainine/

✓Le président Ghazouani à France 24 : «il n’y a pas d’atteinte aux libertés en Mauritanie»

Sahara Médias – Le président mauritanien Mohamed O. Cheikh Ghazouani, dans une interview accordée à France 24 et diffusée samedi, a affirmé qu’il tenait à ce qu’autre atteinte aux libertés n’intervienne en Mauritanie, commentant la loi controversée sur la protection des symboles nationaux.

Ould Ghazouani a tenu à rassurer les mauritaniens, « comme il est de mon devoir de le faire qu’il n’y aura aucune atteinte aux libertés en Mauritanie, ni en ce qui concerne les blogueurs, les journalistes ou toute personne qui se serait exprimée même sans écrire ».

Le président mauritanien a encore dit que tout mauritanien a le droit de critiquer tout homme politique, avant d’ajouter que le niveau des libertés dans le pays demeurera au même niveau « et s’améliorera » et qu’il n’ y a aucune intention de toucher aux libertés.

A une réponse relative à l’existence en Mauritanie, de la corruption de façon endémique ou non, le chef de l’état a dit qu’il ne pouvait pas attester l’existence de la corruption endémique mais qu’il ne pouvait pas non plus en nier l’existence.

« La Mauritanie a des richesses et nous devons œuvrer pour en bénéficier et il est inapproprié de dire le pays a des richesses et moi je suis pauvre ».

Il a ajouté qu’il souhaiterait que « le citoyen mauritanien ne réfléchisse pas de cette manière, je voudrai qu’il soit plus réaliste ».

Ould Ghazouani a encore dit qu’il ne s’agit pas là d’un manque d’intérêt pour les opprimés et les pauvres, « tous les mauritaniens savent notre intérêt pour ces couches fragiles et déshéritées et qu’elles figurent en premier dans nos préoccupations.

Nous avons créé pour cela la délégation générale (TAAZOUR) qui entreprend un travail gigantesque et important pour lutter contre l’exclusion et la pauvreté.

Elle a un programme concret qui touche directement le citoyen et qui prenne en compte ses besoins ».

Le président mauritanien a enfin déclaré : « nous entreprenons un travail important qui s’améliorera avec le temps ».

©️ Crédit source : https://cridem.org/C_Info.php?article=747570

✓À suivre « Interview du président des réseaux IRA dans le monde, député à l’assemblée nationale » sur YouTube | En date du 24 juillet 2021 – Plateforme mauritanie.com

Interview du président des réseaux IRA dans le monde, député à l’assemblée nationale, M. Biram Dah Abeid par les sites Mauritania-com. Plusieurs sujets sont abordés sans tabou, notamment la question du projet de loi sur la double nationalité, puis, le fameux projet de loi nous dit-on pour protéger les symboles de l’état et la visite effectuée récemment par le député qui était accompagné par le présidente du RAG, M. Oumar Ould Yali et d’autres cadres IRA-Mauritanie dans le Trarza, Brakna et Gorgol.



L’accueil, surtout, les doléances des populations qu’ils ont pu recevoir sur place. Qu’on l’aime ou pas, nul ne pourra nier que le président Biram Dah Abeid est profondément préoccupé par la situation que vivent les populations les plus vulnérables à l’intérieur du pays, qui sont les plus exposées aux injustices. La photo de l’image nous rappelle ce mai 2017, lors qu’il a voulu se rendre dans le Guidimakha en traversant le fleuve qui nous sépare du Sénégal par Gouraye pour s’acquérir de la situation sur place.

Les féodaux du Guidimakha et leur homme fort de l’époque Mohamed Ould Abdel Aziz l’ont empêché d’entrée en contact manu-militari avec les populations afin de dissimiler l’esclavage coutumier par ascendance qui se perpétue encore dans la région avec la complicité de certains cadres de la région (ministre, directeur, député, maire etc…) qui sont adoubés par l’administration locale. Le directeur Alioune Sow et son staff remercient le député et son équipe pour le temps qu’ils ont voulu accorder aux sites mauritania-com

©️ Crédit source : Post et élément YouTube par l’activiste des droits humains Diko Hanoune