Déclaration réconciliation et de partenariat politique (FPC / AJD/mr)

Suite à une médiation de bonnes volontés, les camarades Ibrahima Sarr président de l’AJD/MR et Samba Thiam président de FPC se sont rencontrés à Nouakchott le 18 juin 2018.
L’entretien, franc et direct, a permis aux deux leaders de revenir sur l’essentiel des contentieux et des malentendus qui continuent d’entraver le rapprochement de leurs partis. Ils ont reconnu que des questions de simples divergences stratégiques les opposant ont pu donner lieu à des surenchères contreproductives. Le président Samba Thiam a, pour l’occasion, exprimé ses regrets pour des dérapages assumés dans son camp.
Les deux présidents ont convenu, dans un esprit de dépassement et pour répondre aux vœux d’unité maintes fois réitérés de leur base, de s’investir dans la dynamique de réconciliation et de partenariat.

Fait à Nouakchott le 12 juillet 2018.

■Les Présidents

~Ibrahima Moctar Sarr AJD/MR

~Samba Thiam FPC

Source crédit: Proches Réseaux sociaux de 2 partis.

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Les tentatives d’expropriation d’héritage à Dafort : des incompréhensions autour de la décision du cadi de Ould Yengé.

Depuis mi-avril 2018, à Dafort, village soninké dans le Guidimagha mauritanien, certaines familles féodales s’acharnent sur de paisibles citoyens descendants d’anciens esclaves dans la communauté, par des tentatives d’expropriation d’héritage à caractère esclavagiste. Aujourd’hui 9 familles parmi la communauté d’anciens esclaves qui se sont émancipés du joug féodaloesclavagiste soninké (système de ladalamxu), risquent de jour en jour d’être expropriées de leurs champs légués en héritage familial depuis plusieurs générations. De ce fait, après 4 mois de démarches auprès des autorités départementales et régionales dans le Guidimagha, marquées par divers dysfonctionnements notamment la non prise en compte effective des auditions de nos membres plaignants chez les gendarmes dès les premiers signalements des harcèlements venant de féodaux, un avis judiciaire troublant et surprenant a été prononcé . Ces dossiers relevant des séquelles esclavagistes en milieu soninké, ont été vidés volontairement et méthodiquement de ce caractère pour en faire un cas de litige foncier classique. Ainsi le cadi de Ould Yengé s’est rendu à Dafort dans la journée du 2 juillet 2018 pour observations de champs en présence de 2 parties. Ce lundi 9 juillet, à Ould Yengé, devant les 2 parties, le cadi s’est prononcé pour une suspension des parcelles en litige et se décharge pour un niveau supérieur de juridiction.
De cette situation sensible de non application de lois mauritaniennes en la matière, nous faisons appel aux hautes autorités du pays, en premier lieu le président de la république, son excellence Monsieur Mohamed Ould Abdelaziz, afin veiller au cas de DAFORT qui défraie la chronique depuis plusieurs mois. Aujourd’hui par cette décision du cadi, les membres de cette communauté victime de cet esclavagisme coutumier, seront privés injustement de leurs champs qui constituent une source nourricière pour leurs familles depuis la création du site villageois en 1905.
Pour rappel, lors de la journée nationale contre l’esclavage et ses séquelles en Mauritanie tenue à Selibaby ces dernières éditions (6 mars 2017 et 2018) , la communauté des descendants d’anciens esclaves sous le vocable GANBANAAXU FEDDE, a exposé devant les officiels de l’Etat les différentes problématiques posées par le régime coutumier et féodal contre l’éveil d’émancipation dans nos localités rurales. Nous nous adressons aux autorités publiques, aux forces politiques et aux ONG de défense des droits humains, pour une implication sérieuse dans cette affaire de DAFORT, symptomatique d’un défi de l’ordre féodaloesclavagiste soninké face aux lois mauritaniennes dans nos zones rurales.

Dafor 9 juillet 2018

Communauté GANBANAAXU DAFORT (Familles et descendants d’anciens esclaves)

Sport/Tournoi Foot-L’EED 2018

Le calendrier intégral

Le Dimanche, 1er Juillet 2018 à 11h se tiendra au Stade Dr PIEYRE situé au 139 rue Henri Barbusse 93300 Aubervilliers :

«La cérémonie de lancement du Tournoi de Football 2018»

Nous serions heureux de vous compter parmi nous pour cette nouvelle saison, placée sous le signe du développement solidaire endogène des peuples maliens et mauritaniens.

Du 1er Juillet au 18 Août 2018, tous les samedis et dimanches de 10h à 17h, L’EED organise, la quatrième édition son tournoi de football réunissant 24 équipes, près de 672 jeunes ressortissants du Guidimakha (Mauritanie et Mali) en France avec le soutien de la ville d’Aubervilliers.

Cette compétition a pour but de créer un élan de fraternité et de cohésion entre les jeunes, autour d’un évènement sportif. L’EED fait du sport un outil de renforcement des liens, de promotion des idéaux de fraternité, de solidarité, de non-violence, de tolérance et de justice.

Au plaisir de partager ces moments forts avec vous. Nous comptons sur votre présence à partir de 10h45.

Source crédit: Page officielle FB L’EED

Rencontre: le président de Réseaux IRA, Biram Dah Abeid reçu à la Mairie de Paris.

Au cours de la dernière étape de sa tournée Européenne, le président des réseaux IRA dans le monde Biram Dah Abeid, a été invité par la maire de Paris Anne Hidalgo, à la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage, organisée le 10 mai 2018 à la place du général Catroux. Le président d’IRA a déposé une gerbe de fleures sous le monument du général Dumas, général de l’armée française, antillais descendant d’esclaves et père du chantre de la négritude Léon Gontrans Dumas.
Et toujours dans le cadre de ses activités avec la mairie de Paris, BDA a été reçu le 14 mai par l’ambassadricie chargée des relations internationales de la maire de Paris Patrizianna Sparaciano-Thiellay et sa conseillère Anaïs Mit. Au cours de cette entrevue le président d’IRA était accompagné par Ameth Gaye, vice-président d’IRA-France, Alexis Chaufrein et Elhadj Fall membres de la cellule stratégique de BDA en France.
Les échanges du jour ont porté sur les possibilités de coopération entre les deux parties.

Source crédit: IRA-France

La Mauritanie en 2019 : diagnostic et prescription

Introduction de Biram Dah Abeid

Paris, le 12 mai 2018

Certains d’entre vous s’attendent sans doute à m’entendre tenir un discours enflammé sur l’esclavage et le racisme ; qu’ils me permettent, cette fois-ci, de les prendre de court. Non pas que je renie les thématiques maitresses de notre lutte mais parce qu’il importe, aujourd’hui, d’élargir la vision et la réflexion, pour mieux cerner les enjeux du risque, désormais réel, de voir notre Mauritanie disparaître, à force de s’être fourvoyée, oubliée, avilie dans la résignation au fait accompli.

Si nous croyons aux principes d’équité que nous agitons et ruminons depuis des années, le temps n’est-il pas venu de les inscrire dans le champ du réel ? C’est à cet exercice, sans complaisance ni excès, que je vous convie, chers amis de la diaspora et compagnons de route !

Notre attachement à la démocratie ne vaut le slogan ni la salive tant que nous n’aurions décidé et agi en vue de faire coïncider, ici et maintenant, l’égalité de naissance et la justice citoyenne. Ainsi, le pluralisme et la régulation pacifique des conflits prennent sens ; une société qui ignore les règles aussi élémentaires du vivre-ensemble sombre dans la violence, tôt ou tard. Or, la démocratie présuppose l’effacement des discriminations, la pénalisation de l’esclavage et de l’exclusion de caste, l’abolition du népotisme et des arrangements tribaux.

Les défis énumérés plus haut constituent l’élan et l’horizon de notre lutte. Il est temps de les traduire dans le temps du concret. Parfois, nous donnions l’impression de brûler les étapes, de mettre la charrue avant les bœufs. Désormais, un ajustement s’impose ; oui, mon propos laisse entrevoir un début d’autocritique ; j’aurais d’autres occasions de la dérouler en détail.

Oui, des obstacles se dressent encore en travers de notre détermination et nous devons les dépasser sous peine de devoir nous contenter de la parole indignée tandis que le bloc de la prédation pille notre avenir et nous impose, chaque jour, la fade réalité de la faim, de la frustration et de la colère sans issue.

A. De quels préalables s’agit-il?

1. Je dois insister sur les droits civils et politiques, objet d’un Pacte fameux des Nations unies en 1970 ; je mets en avant cette catégorie de règles élémentaires, à défaut desquelles un groupe social se réduit à reproduire la loi du plus fort. Vous savez combien le plus fort ne le reste jamais à vie. L’histoire de l’espèce humaine déborde d’exemples pour qui sait en interpréter les signes.

Chez nous, depuis quelques années, le gouvernement s’est employé à mettre en œuvre l’enrôlement biométrique, afin de doter les divers services de l’Etat, d’outils de gestion et de prospective, autant que des instruments de contrôle des mouvements de population. A l’ère des menaces diffuses et de la sophistication de la criminalité à l’échelle du monde, la création d’un fichier universel des personnes répondait aux impératifs de modernisation et de prévention dont l’époque nous impose la nécessité. Je le confesse à demi, il aurait fallu saluer l’initiative – certes tardive ; hélas, les réflexes de contournement, la triche héritée et le vice congénital de se croire le plus malin firent vite dévier l’intention affichée, au service d’un dessein d’oppression insidieuse, je dirais honteuse aujourd’hui, quoique assumée depuis des siècles.

Assez tôt, le recours à l’informatisation, sous l’effet d’une batterie de critères destinés à marginaliser ceux dont le système craint le nombre et la probable solidarité, produisit une monstrueuse sélection, contre les pauvres, les analphabètes et les humbles. Il se trouve que la majorité des cadets sociaux sont des noirs d’ascendance subsaharienne. Il se trouve aussi qu’ils représentent le potentiel écrasant d’une majorité dont les pouvoirs successifs s’acharnent à empêcher l’éveil et la convergence, pourtant imparables.

L’’etat civil mauritanien devient l’outil de la relégation sociale. Des ressortissants de toujours, auquel nul esprit sain ne contesterait la préséance historique sur le sol, peinent à se faire enrôler ; ainsi, impasse voulue, ne peuvent-ils voter ni se porter éligible aux suffrages de leurs compatriotes; attaché à la logique des privilèges, d’où sa posture défensive, le groupe hégémonique les soumets à des conditions de preuve, de témoignage, d’attestation et de vérification bureaucratiques, telles que leur désir de carte d’identité ou d’électeur s’émousse, s’évanouit dans le désarroi et l’acrimonie sourde. La liste des documents à produire confine à un concours d’élimination ciblée. Or, d’une échéance électorale à la suivante, leur masse enfle, de l’aveu même de l’actuel Chef de l’Etat, lors de sa déclaration fameuse à Néma, le 3 mai 2016 ; je cite « Les hratines sont nombreux et font trop d’enfants et rien ne peut être fait pour eux dans ces conditions »..

Ici, permettez-moi, je vous prie, un rappel comparatif. Vous savez, ce qui arrive ailleurs n’arrive pas seulement autres et, contrairement à l’idée répandue dans les cercles du pouvoir et la fraction réactionnaire de l’opinion, la Mauritanie n’est pas une citadelle à l’abri de l’évolution humaine. En Côte d’Ivoire où je suis allé à la rencontre de nos compatriotes, il aura suffi d’une politique similaire de suspicion à l’endroit d’une communauté, pour que le pays sombre dans le désordre et la haine, de 2001 à 2011. J’invite nos élites – épuisées ou émergentes – à méditer l’exemple afin de mieux en anticiper le risque de mimétisme chez nous.

2. Mais à admettre la levée de l’écueil de l’état-civil, comment arbitrer un scrutin en toute impartialité ? Ce sera le second volet de mon propos.

Oui, parlons de la Commission nationale électorale indépendante, la mal-réputée Ceni. Je souligne le dernier adjectif « indé-pen-dan-te » ; ainsi, l’aberration ne vous échappe : les membres de l’instance d’arbitrage du choix populaire sont nommés par le Président de la république, après consultation des segments partisans dont il admet la représentativité. Vous voyez, un peu, à quel point l’on se moque de vous, de nous tous ? Comment prétendre garantir la transparence et l’éthique, si l’on se place, d’emblée, dans la posture ubiquitaire du juge et de la partie, de l’arbitre et du joueur ?!!!! In fine, ne cherche-t-on plutôt à provoquer la protestation légitime, pour la mieux réputer trouble à l’ordre public, la réprimer et installer alors le pays dans un régime d’exception vernie?

Pour la stabilité de la Mauritanie et de l’environnement régional, nous demandons, instamment, aux autorités mauritaniennes, avec le concours des partenaires multilatéraux, des partis et de la société civile, de mener un exercice de raison et d’introspection, au terme de quoi des mesures courageuses permettraient de refonder la Ceni sur des bases de consensus inclusif. Comme toutes les choses précieuses, la paix a son prix ; chez nous, il paraît bien modique, au regard de ce que coûterait l’aventure désastreuse d’un passage en force.

Pour notre part, nous engageons, nos militants et soutiens en Mauritanie et ailleurs, à se mobiliser par les moyens pacifiques pour une Ceni du peuple, gardienne de l’impartialité pour l’alternance. Le verdict des urnes n’en serait que plus crédible.

Nous les appelons à se faire enrôler, partout et leur promettons notre aide active quels que soient les candidats auxquels irait leur préférence ; par delà le vote, disposer de documents d’identité fiable relève de la marche individuelle vers l’épanouissement, l’éducation, la santé et la participation au devenir de la cité.

B. A présent, malgré l’optimisme de la volonté, n’évacuons la lucidité du pire :

1. Le pays, pour survivre, a besoin d’une véritable transition, en vue de réussir l’alternance socio-historique. Vous connaissez l’état de l’économie et des finances publiques, leur faillite retentissante, le délabrement des services de base, des infrastructures, la destruction de l’écosystème naturel, l’aplatissement de la conscience, de la rapine, de l’’arnaque, l’arrogance affairiste, le délitement de la vergogne, la corruption banalisée, le chômage érigé en évidence existentielle…..Comment voulez-vous qu’une telle ruine puisse accoucher d’un ré-enchantement national ?

2. Un autre symptôme inquiétant mérite mention: l’évolution lente et laborieuse de l’État de droit butte sur la résurgence de pratiques autoritaires qui favorisent la régression sur les acquis de 2005 à 2008 : les interdictions des partis et d’organisations non-gouvernementales, sur une base insolemment raciste, les poursuite et condamnation de contestataires, à des peines disproportionnées, précédées de détentions préventives, elles-mêmes assorties de tortures, la persécution du capital privé en concurrence avec les intérêts de l’oligarchie, la concurrence déloyale du sommet du pouvoir aux acteurs économiques, la banqueroute des sociétés et projets publics, la dilapidations des financements obtenus, de l’extérieur, en dons, subventions et prêts à long terme, l’opacité dans l’exploitation du sous-sol et des richesses halieutiques, les surfacturations de dépenses par des fournisseurs-prêtes-noms, bref, la normalisation de l’imposture..

3. Avant dernier thème, le tableau s’assombrit, chaque année, avec la surenchère obscurantiste des fatwas et normes liberticides ; pareille dérive, absolument inédite dans le récit de ce peuple esclavagiste mais naguère si tolérant, va à l’encontre de ses préceptes religieux, culturels et de sa diversité culturelle ; il est à la fois triste et confondant qu’au moment où l’inventeur du l’extrémisme violent, l’Arabie Saoudite, tourne le dos à de tels dogmes, nos dirigeants aventuriers y foncent, tête baissée, sans même s’embarrasser de la contradiction flagrante de leur participation au G5 Sahel. Pourquoi combattre le terrorisme si l’on se met à appliquer le programme des groupes terroristes ?

4. Enfin, dernier argument à l’appui de mes alarmes, j’attire votre attention sur la permanence de la tension hystérique avec le reste du monde, après une décennie d’aversion agressive envers l’opposition, les défenseurs des droits humains, les étrangers, les Etats voisins. A présent, le pouvoir, se livre à la falsification de l’histoire, dans une entreprise de braquage par effraction sur la mémoire collective ; il nous impose un nouveau drapeau, un hymne rafistolé, nous invente des épisodes de résistance anticoloniale et encourage la haine de la langue française, non sans pousser à l’invective des Ong internationales de promotion de la dignité humaine ; comme aux pires heures de la guerre froide, sa police expulse les journalistes et les bénévoles de l’action humanitaire, obsédé par le délire de l’espionnite aiguë où tant de tyrannies ont sombré. Le comble de l’hostilité compulsive réside dans les campagnes de dénigrement, contre les rapporteurs spéciaux au Conseil des droits de l’Homme de l’Onu.

Mes amis, mes frères et compagnons de lutte, si le bilan et les perspectives que je dresse ici vous inspirent le doute, la divergence ou l’adhésion, sachez-le, je suis venus en discuter avec vous ; je suis venue chercher la contradiction sincère et frontale ; la foi chevillée au corps, en notre pays la Mauritanie, enfin réparée et debout, surtout ouverte à l’Autre, travailleuse, créatrice, libre, vouée à la joie, reconnaissante du mérite, émancipée de la médiocrité, m’a conduit devant vous.

Merci, encore, de m’avoir écouté. Débattons !

Source crédit: Réseaux IRA

Cérémonie de la présentation du livre:  » Plus jamais d’Esclavage; le Combat Pacifique de Biram Dah Abeid pour les Droits Humains en Mauritanie » à Rome le 9 mai 2018.

L

‘auteur de l’ouvrage est Maria Tatsos, est présente au siège de la Stampa Italiana, la maison d’édition qui habrite l’événement ainsi que les auteurs de la préface et de la postface de cet ouvrage sur la trajectoire de Biram Dah Abeid et de son organisation IRA-Mauritanie : le responsable de Amnesty-International Italie Giusepe Maimoune, et un universitaire anthropologue, spécialiste de l’esclavage, et ayant travaillé sur la Mauritanie.

La cérémonie ouverte par la vice-présidente de Stampa Italiana, et le modérateur, qui représente la maison d’édition Paoline, donne la parole au responsable d’Amnesty international. Ce dernier loue l’engagement de Biram Dah Abeid qu’il qualifie de défenseur de droits humains, incorruptible et plein d’abnégation, digne héritier de Nelson Mandela. Ricardo Noury met l’accent aussi sur la persistance de l’esclavage et la discrimination en Mauritanie et la nécessité de les éradiquer. Il fustige le fait que le gouvernement italien reçoit le ministre de la défense mauritanien, membre d’un gouvernement coupable de perpétuation de l’esclavage.

Maria Tatsos, l’auteur, décrit Biram Dah Abeid comme un Ghandi Africain dont la force des idées, des mots et des actions ont bouleversé la société mauritanienne; les fortes secousses que Biram Dah Abeid et son organisation ont infligé à la société, ont permis aux hratin, et aux autres cadets sociaux, naguère résignés et effacés, de prendre la parole et l’initiative. Tatsos rappela les péripéties de la confrontation idéologique et religieuse entre Hratin et Beydane à travers deux camps protagonistes: Biram Dah Abeid et IRA d’une part, érudits maures et pouvoir mauritanien d’autre part. L’écrivaine souligne que pour le moment, pouvoir et groupes dominants ont perdu la bataille médiatique, sur le plan diplomatique et à travers l’angle de la légitimité par le droit international; elle atteste aussi que la popularité grandissante dont jouit IRA et son président, au sein des populations mauritaniennes, dénotent de l’affaiblissement de l’emprise des groupes dominants sur le peuple, et surtout sur les franges hratin. Mais hélas, le rapport en images accompagné de forts commentaires, sur la situation de l’esclavage en Mauritanie, révèle la désolation, la persistance de l’esclavage domestique, l’esclavage foncier, les viols systématiques, la privation de l’État civil et l’énorme pauvreté. Maria Tatsos constate à travers son exposé que l’esclavage continue à sévir sous toutes ses formes, caché tant bien que mal, par les autorités mauritaniennes.

L’universitaire Giusepe Maimoune, fait remonter le début du militantisme anti-esclavagiste hratin en Mauritanie à 40 ans, date de la création de Elhor; mais pour lui le vrai défi posé à l’État Mauritanien, au sujet de la question de l’esclavage et des Hratin ou celle du racisme, c’est avec la création et l’activisme intérieur et extérieur de IRA. Pour Maimoune les actions, activités et discours téméraires de Biram Dah Abeid et ses compagnons, ont permis d’implanter IRA dans toutes les villes et tous les villages de Mauritanie; et que la Mauritanie a acquis une célébrité qui lui a tant manqué, grâce à la renommée internationale du leader d’IRA-Mauritanie et à la médiatisation de ses actions ou discours. L’universitaire italien a souligné que l’interdiction du mouvement IRA et le parti RAG qui en est une émanation, a limité l’efficacité de Biram Dah Abeid et ses compagnons; néanmoins, pour Maimoune, le score de 9 pour cent aux dernières élections présidentielles, est très bon et il considère que c’est autour de l’ouverture ou non du jeux démocratique en Mauritanie, que l’issue de la confrontation va se décider. Maimoune affirme que le bouleversement profond et globale que IRA et son président ont commencé à imprimer pour la Mauritanie, dénote que leur action est multiforme et dépasse le cadre d’une simple activité pour les droits humains, et vers une opération de changement sociétal et politique globale.

Allocution de Biram Dah Abeid

Aujourd’hui encore, je vis, avec vous, des moments où ma lutte, celle de mes compagnons, est magnifiée, en Italie, par la belle langue de ce peuple, héritier d’un empire et produit d’une bataille mémorable contre le fascisme, une autre forme d’esclavage, comme le rappelait le moins anonyme des Turinois, le prosateur de l’urgence, Primo Levi, dans son livre « Si c’est un homme ». Oui, nous avons choisi de devenir des hommes, debout, à l’inverse de son personnage, cet être résigné à son sort, orphelin même de la volonté de survie.
L’écrivaine Maria Tatsos, s’est investie pour vous rendre compte de notre longue marche et léguer, aux générations futures, la trajectoire des derniers témoins de l’esclavage de naissance dans le monde arabo-musulman. Maria, emboîte ainsi le pas, de la plus belle manière, à bien des figures de l’humanisme engagé dans votre pays. Aussi, citerais-je, entre autres compagnons de route, Ivana Dama, feu Marco Panella, Ricardo Noury et Giusepe Maimoune ; je n’oublierai, non plus, l’amitié admirable de Francesca Doria et de Marisa Sovoia.
Permettez-moi, s’il vous plaît, de rendre hommage à toutes les militantes et militants pour une Mauritanie de l’égalité ; compatriotes ou étrangers, ils ont maintenu, intacte, afin de la transmettre encore et toujours, la sève de l’universalisme en actes. Au nom de notre appartenance commune à l’espèce humaine, mon souvenir, empreint de fierté, va vers les mauritaniens, d’extraction esclavagiste ou descendants de maître, qui ont décidé l’éradication du système de privilèges par le sang ; d’autres, moins visibles, mènent, souvent de manière diffuse, des formes de refus et de résistance dont témoigne, aujourd’hui, l’écriture ardente de Maria Tatsos, un texte où le lecteur pressent la verve de Curzio Malaparte et beaucoup de Pier Paolo Pasolini, idéaliste de la transformation sociale.
Maria, chers amis, je dois me mettre à apprendre l’italien, pour ne plus me contenter des traductions vers l’Arabe et le Français. Grace à votre ouvrage, j’irai à la rencontre du plus albanais des Sardes, Antonio Gramsci dont les expressions « société civile », « intellectuel organique » et « hégémonie culturelle» décrivent tant notre combat. En relisant les « Cahiers de prison », peut-être découvrirais-je, enfin, le secret ambivalent des écrivains d’Italie, quand ils excellent à exposer la souffrance de l’Autre mais aussi en magnifier l’espoir, comme une forme de rachat, j’allais dire de rédemption, devant la cruauté de la vie.
Alors, oui, continuions, ensemble, à espérer et agir, sans trop rêver. Seul l’effort collectif paie.
Je vous remercie.

Crédit source: le président de Réseaux IRA