● Lettre au Peuple de Mauritanie | Par Mr SY Mouhamadou dit Pullo Gaynaako.

Lettre au Peuple de Mauritanie

Il n’y a pas de mot qui puisse contenir le respect, la considération, l’admiration et la foi que j’ai à l’endroit du Peuple. La place à laquelle je le situe m’avait mené à bâtir la base idéologique de mon action publique sur l’idée fondamentale de sa primauté devant par exemple les notions de nation, d’État ou encore de république. Ce ne sera d’ailleurs qu’à la lumière de cette seule ligne que l’on peut saisir la logique de ma démarche, aussi bien celle militante que celle citoyenne. Voilà pourquoi je peux, quelque fois, avoir un regard, non pas méprisant, mais minimisant l’importance, par exemple, d’une frontière, pour laquelle je ne manque pourtant pas de mesurer l’enjeu stratégique gigantesque, au profit d’un respect, qui m’apparaît suprême, d’une réalité d’un ou l’autre de ces peuples dont des lignes inventées de toutes pièces continuent encore de transpercer les entrailles et insistent toujours à tuer à petit feu.
Ainsi, c’est pour moi une occasion lourde de sens de m’adresser à cette entité collective que ma conscience met au-dessus de toute autre. Qu’elle soit celle qui vit aujourd’hui sur l’étendue du territoire appelé mauritanien par des circonstances de son histoire récente est un pur hasard de l’existence pour lequel j’exprime également une grande reconnaissance.

Il est des moments de la vie d’un peuple qui se distinguent par la gravité de leur charge, par leur nature à sceller des sorts inédits et par leur caractère coriace à initier des tournants.
Notre Peuple vit incontestablement un de ces moments. Ne pas le reconnaître en tant que tel est une erreur dont les conséquences seront redoutables pour les générations futures. Si un État fondé sur ce Peuple, compte tenu de l’étendue de la mémoire de ce dernier, de la profondeur de son histoire et de la variété de ses expressions culturelles et linguistiques, qu’il s’appelât Mauritanie est un autre fait contingent de l’histoire, décide, au nom de quelques motifs nébuleux, de remodeler sa destinée identitaire, alors je dis que la gravité critique est atteinte et que nous sommes dans un tournant et qu’aucune de ces habitudes tueuses d’âmes ne devrait peser autant sur nos esprits à leur imposer le sentiment d’une situation banale.

Si je décide aujourd’hui de m’adresser à cette entité sacrée à laquelle, sans distinction, nous sommes, tous, parties, et, à travers son esprit immense et divers, convoquer la conscience particulière de chacun, c’est que précisément la criticité de la situation l’impose au-delà même de le justifier.

Cher Peuple, les habitudes ainsi que quelques exemples traditionnels ont inculqué à notre société l’idée d’un académique qui doit se confiner dans un jargon typé au milieu de ses affaires universitaires. Dans l’idéal, il ferait de temps en temps quelques figurations médiatiques entre deux défilés stylistiques lors de longues sorties textuelles sur des sujets totalement importés pourtant nullement importants. Il convient de mettre au clair que, quelque séduisante – car inoffensive – que puisse être une telle conception, je m’en dissocie au risque de gêner. Cette conception définit bien en effet ce que j’appellerai, volontiers, un intellectuel de diversion. Peu importe la profondeur académique dans laquelle je professe, vous me trouverez toujours sur le terrain des luttes et transformations sociales. Pourquoi ?
Parce que je suis tout simplement du Peuple et que rien de ce qui le concerne ne m’exclut. Donc on peut déjà mettre de côté les qualifications et les classifications dont personne n’est dupe sur les visées ultimes quand elles sont pointées par la réplique. Au passage, j’exprime ici toute mon admiration à d’autres qui ont décidé de briser cette barrière qui n’existe que pour justifier l’inaction.

Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était au moment même où l’on assiste à l’admission d’une aussi grande trahison dans la cour des principes législatifs qui régiront la vie de ce Peuple. Nous ne pouvons pas nous taire et nous dissoudre dans une insouciance honteuse alors que l’on élève une injustice grossière au rang d’une loi. Sommes-nous seulement si amnésiques ou manquons-nous autant d’acuité à n’être alertés par aucun de ces crimes déjà inscrits dans son compteur alors même qu’elle n’était qu’en phase de latence ? Combien d’autres, et de quelle ampleur, en commettra-t-elle quand elle agira, en toute légalité, en tant que droit ?

Oui, je parle de la loi faussement dite d’orientation de l’éducation nationale mais qui, dans les faits, ne fait orienter, et ce de façon arbitraire et colonialiste, que la dynamique identitaire s’opérant à l’intérieur de ce Peuple. Une dynamique que différents empires, de puissance incomparable à celle de l’État actuel, ont pourtant maintenue en équilibre à travers le temps, nous faisant ainsi hériter à la fois d’une diversité culturelle et des mécanismes de maintenance de sa cohérence interne en tant qu’ensemble au-delà des rapports de parenté culturelle, linguistique et biologique ainsi tissés. Oui, au bout des luttes fatales de notre longue histoire, au bout des nécessaires confrontations souvent intestines, nous avons su préserver l’honneur du Peuple : ses identités diverses. Nous avons même su les intriquer, par des mécanismes auxquels l’on a déjà fait allusion, de façon à les rendre si interdépendantes qu’il leur incombera toujours une reconnaissance mutuelle et une démarche d’ensemble quant à l’assurance de leur survie. Nous avons ainsi connu, et ce au bonheur et à la revigoration de tous, des interpénétrations artistiques, littéraires, philosophiques, techniques, scientifiques et linguistiques fécondes. Cependant, aucune puissance, ni celle des mille ans de nos ancêtres du Ghana, ni le Tekrour, ni les mandingues et encore moins les expansions de la confédération du Djolof au 15ème siècle, n’a entrepris une politique d’un totalitarisme culturel à en redéfinir l’identité des peuples, couverts ou vaincus, et à bâtir cette dernière à l’image de celle des détenteurs du pouvoir. Manquaient-ils de puissance pour l’assoir ? Absolument pas. Si vous voulez comprendre les fruits que nous sommes d’une telle dynamique incubée depuis encore plus longtemps que les évènements cités, dans notre sociologie et souvent même jusque dans certains aspects de notre psychologie, alors vous serez obligés un tant soit peu de consulter notre histoire, ne serait-ce que celle tronquée sur cette partie de la terre qui nous abrite depuis l’entrée en jeu de cette phase temporelle et qui a servi de foyer géographique à notre marmite de l’histoire. Nous en sortirons alors avec une meilleure connaissance des contours de ce bouillonnement et de quelques-unes de ses raisons profondes. La politique étatique d’aliénation culturelle et linguistique est de date récente sur cette zone géographique. Elle s’y est invitée en force surtout depuis l’arrivée de la composante arabe au 15ème siècle. Celle-ci avait procédé par, non seulement la domination (ce qui resterait très courant), mais l’assimilation des populations berbères ; et une fois la nouvelle identité arabo-berbère constituée, les derniers conflits interétatiques consommés
avant qu’intervint la colonisation occidentale, après que fut acquis le découpage colonial des territoires, qu’une indépendance fut accordée, l’on sortit cette entreprise de l’armurerie, l’on la dépoussiéra et lui redonna une nouvelle vie. Les quelques voix visionnaires du congrès d’Aleg n’avaient pas réussi à peser sur la balance. Il ne leur manquait pourtant pas de clairvoyance et d’esprit d’anticipation. Ce n’est pas pour rien que la fédération a été suggérée et défendue, elle le sera encore plus vivement un peu plus tard après l’indépendance effective. Le même esprit d’État prédateur qui avait conduit à l’assimilation des berbères est le
même qui a fondé l’État postcolonial de Mauritanie : il n’y a aucune place au partage, il n’y a que reddition et réduction. Contrairement à la politique des grands empires cités, il n’y a plus aucune place à la diversité et au respect de la poursuite de la destinée culturelle de chaque communauté, mais il faut uniformiser, arabiser. Ce sont ainsi des coups constitutionnels et des reformes de force du système éducatif qui se sont succédés depuis l’indépendance. Tout cela dans la seule ligne de l’arabisation et de l’effacement des autres cultures et langues. On peut vous vendre l’idée de la langue de ciment, tout en sachant que de façon mécanique son avènement sera suivi de la disparition des autres comme ce fut le cas dans plusieurs pays, et faire sa publicité jusqu’à ce que vous finissiez par l’acheter ; on peut même vous convaincre qu’elle est incontournable en brandissant des mots magiques aussi muets que «pragmatisme», «modernité» ou encore «communication». Mais là on n’utiliserait qu’une facette de votre esprit. Votre esprit se laisse peut-être convaincre, mais se laissera-t-il persuader ? Se laissera-t-il persuader qu’abandonner sa langue est la seule façon de bâtir un État ? Se laissera-t-il persuader que renoncer à sa culture est la seule façon de garantir une cohésion ? Évidemment que non ! La persuasion en demande plus que la conviction.
L’intuition et l’instinct nécessaires à sa mise en marche ne sont pas réunis ici. Vous avez la bonne intuition de ne pas vous laisser persuader, peu importe que vous soyez convaincus ou pas par la construction que l’on soumet à votre raison. Oui, parce que, au fond de vous, vous savez que l’on vous a caché des choses. Des choses que vous ressentez au plus profond de vous, peu importe votre difficulté à les extérioriser. Vous êtes en effet imbibés de cultures diverses qui ont vécu sous des empires, à dimensions incommensurables à celle d’un État de dimensions moindres et pendant des durées incomparables, mais qui n’ont jamais requis une uniformisation linguistique pour se former et s’imposer. Car cette question est profondément liée à la philosophie de vie et ne répond aucunement à une quelconque nécessité qui s’imposerait à un gouvernement. Voilà la raison profonde qui fait que peu importe votre niveau de conviction, vous n’êtes pas pour autant persuadés. Et voilà qui devrait suffire à vous déconvaincre de cette tromperie odieuse et d’acquérir une intime conviction de ce dont vous êtes si profondément persuadés. L’on m’objectera, en se cachant derrière des préjugés, que les temps ont changé, comme si rien qu’à user de ces paroles évidentes on aurait asséné un argument valable, je n’aurais qu’à reprendre l’expression de Moctar Ould Daddah lui-même qui qualifiait la Mauritanie de « la Suisse de l’Afrique ». Mais qu’a-t-il vraiment appris de l’exemple suisse ? La Suisse, quant à elle, a su gérer avec équité et respect ses quatre langues nationales sans traitement de faveur. Elle en tire un bénéfice humain et économique. Nous vivons les mêmes temps que l’actuelle Suisse et nous disposons même d’un nombre égal de langues nationales ! Des exemples d’État à traitement multilingue comme régime linguistique adopté font légion. Cela nous ramène encore une fois à un choix idéologique mais absolument pas à une nécessité de gouvernance comme le régime mauritanien tente de nous le convaincre.

Cher Peuple, je ne vais pas prolonger le rappel des données historiques, ni m’appesantir sur les justifications chiffrées du salut qu’il y a à la promotion et au respect méticuleux de la diversité culturelle. Nous n’épuiserons pas aujourd’hui ce sujet passionnant.
Pour revenir à la loi à proprement parler, il convient de rappeler que depuis qu’elle a transféré la lutte linguistique et identitaire sur les bancs de l’école, avec la cascade de reformes faisant la promotion de la seule langue arabe et brisant tout équilibre que devrait observer un état multilingue, la Mauritanie a ainsi compromis le terrain scolaire. Il était donc logique qu’un projet de loi sur le système éducatif suscite autant d’intérêt et d’attention. L’État n’a pas manqué à l’anticiper. Comment pourrait-il en être autrement vu son expérience en la matière acquise avec 60 ans de pratique ? Il s’est empressé d’organiser une comédie législative après un casting des plus sournois. Dans cette comédie, nous avons assisté à une romance impensable jusqu’alors, mais bien exécutée par des acteurs, pris dans les rangs des plus proches des cercles de défense des langues, déterminés à mener à bien leurs rôles assignés.
Dans quel but ? Pour quel recel espéré à l’horizon ? Le partage du butin nous en dira certainement un peu plus.
Face à un article 65 incohérent, illisible, obscur à bien des égards, sciemment chargé d’équivoques pour permettre de futures interprétations révocatrices, d’aucuns se sont hasardés à se livrer aux justifications les plus tordues. Et pourtant cet article fondamental qui, à lui seul, décline toute la politique linguistique de la nouvelle école, en d’autres termes l’issue de la lutte linguistique que l’État avait déléguée à l’école, reste toujours dangereusement obscure et sujet à interprétations. Aucun numéro de prestidigitation, même performé par un expert en droit, n’a encore pu effacer ces contradictions qui sautent aux yeux de n’importe quel profane honnête.
Face à la doublure de fermeture que constitue l’annexe, où, sous forme d’une injustice qui ne dit pas son nom, la loi prévoit de soumettre à une évaluation éliminatoire le droit fondamental d’apprendre dans sa langue, déjà sujet à interprétation, certains se sont quand même disponibilisés à la supporter voire à la défendre sous petites modifications éventuelles.

Cher Peuple, je ne parle pas au nom d’une organisation. Mais je peux parler des actions d’une organisation qui s’est engagée, corps et âme, en ce moment décisif de notre histoire. Je veux nommer l’Organisation pour l’officialisation des langues nationales (OLAN). Que j’y adhère n’a aucune espèce d’importance. Ses actes sont déjà posés dans l’espace publique et peuvent être analysés avec objectivité. En tant qu’organisation, c’est la seule à intervenir dans le débat en ayant en vue des considérations d’ordre identitaire contenues dans la loi au-delà des lectures purement éducationnelles. On a pu observer une telle position chez des personnes isolées également.

Dans ce débat, on nous a présenté les associations dites culturelles, non pas à la lumière de la cohérence de leur position ni de la mesure de leur travail antérieur qui est à saluer, mais comme un argument absolu. Mais faut-il rappeler que, malgré leurs travaux et réalisations, ils n’ont aucunement le mandat du Peuple à décider du sort des langues concernées.
Oublions-nous seulement qu’appartenir à ces associations, aussi souhaitable et respectable que cela puisse être, n’est pas synonyme d’accomplissement d’une quelconque œuvre majeur pour ces langues ? Plusieurs sont ceux qui ont abattu des travaux d’extrême importance quant à la survie de ces langues sans appartenir et encore moins militer dans ces associations culturelles. Donc, loin de les discréditer, nous devons toutefois faire attention à leur accorder une confiance aveugle dans un moment aussi critique. Louer certains aspects de leur œuvre, leur mérite dans l’enseignement des langues et son déploiement, est un dû qu’aucun individu sensé ne leur refusera. Elles n’ont toutefois pas le monopole de ce mérite car, rappelons-le une nouvelle fois, des initiatives parallèles ont fait au moins autant bougé
les lignes du développement des langues que la somme de leurs actions, que cela soit dans les pays voisins qu’en Mauritanie même ou dans la diaspora, que cela soit hier ou aujourd’hui,
que cela soit dans l’alphabet ou dans le développement disciplinaire scientifique, que cela soit dans l’apprentissage standard ou dans les nouvelles formes technologiques, que cela soit en sensibilisation culturelle ou en développement du journalisme. Donc leur mérite est bien justifié, mais le monopole de ce mérite ne l’est pas du tout. Il s’apparente ainsi à une forme d’imposture, pour une association, que de s’arroger la position d’interlocuteur privilégié dans une question qui dépasse largement son cadre en concernant le sort des communautés tout entières.
Par ailleurs, il a été remarquable que le manque d’argument ait atteint de telles latitudes qu’il a fallu que des associations et des personnalités associées soient réduites à faire l’inventaire de leurs actes (ou même brandir leur âge) afin de faire passer des positions. Aucun membre de OLAN, et il y en a beaucoup qui pourraient s’y livrer avec des données non moins dignes d’intérêt, ne les a rejoints sur un tel terrain qui défie la pudeur et l’honneur. Mais comme nous l’avons dit, chaque acteur joue son rôle et l’avenir nous renseignera amplement sur les motivations des uns et des autres.

S’il y a une actrice qui n’est pas passée par le casting et qui, à partir d’une position de spectatrice espérée, s’est levée et a foulé la scène, c’est bien OLAN. Une organisation née au moment du constat de la supercherie. Nous ne reviendrons pas ici sur sa genèse mais c’était l’inconnue que l’État ne semble pas avoir prévue. Qu’il y ait des contestations isolées et disparates, il l’avait certainement envisagé, mais qu’une organisation se mette sur pied en un temps record et acquière assez tôt une détermination aussi prononcée, certainement pas. En plus de la violence de la répression policière sur ses militants, OLAN a posé un acte qui a eu
un retentissement international. Deux jeunes femmes, toutes deux faisant partie des instances dirigeantes de l’organisation, déterminées à poser un acte pour faire avancer leur cause. Armées d’un courage rare et d’une intelligence phénoménale, elles le feront et impacteront tous les enjeux de la journée. Souzy Boye à la caméra, quand Salimata Ba interrompt l’hémicycle. L’Agent de sécurité de l’assemblée, surpris, tentera de résoudre le problème à la source en agrippant le cou de Sali et l’étranglant. Le sang froid de Souzy est sans égal ! Elle sait ce qu’il est en train de se jouer. Sali, comme une lionne, se débat sans perdre de vue son message. Elle s’extirpe des mains du malheureux agent et terminera sa phrase qui sera entendue dans l’hémicycle ainsi que par des millions de personnes à travers le monde. Ce seront 17 secondes d’image qui feront le tour du monde et inscriront les noms de ces jeunes femmes dans les annales de la lutte des langues. Sali souffrira de cette strangulation et Souzy sera honteusement frappée en sortant de l’assemblée.

Cher Peuple, l’action de cette organisation que je connais de l’intérieur peut être symbolisée par l’acte de Sali et Souzy. Ce qui fait la particularité d’OLAN dans le contexte de cette loi, c’est qu’elle a saisi la situation au-delà de la présentation qu’en a voulu faire l’État. Elle a compris qu’il y avait là fondamentalement une question de survie culturelle au moment où
d’autres discutaient matières à enseigner. Elle a ainsi initié la lutte multiforme pendant d’autres s’obstinaient à faire du commentaire de texte. OLAN ne cherche qu’un traitement équitable des cultures et langues du pays devant la loi et continuera ses actions, contre vents et marées, jusqu’à la prise en compte de ses revendications. Ceux qui sont motivés par des places au nouvel institut annoncé peuvent tout faire pour avoir leur motivation, à savoir l’institut. Mais cela n’est pas la motivation d’OLAN. Elle continuera sa lutte contre cette loi, sa promulgation, elle appelle à une refondation de l’école plus conforme aux réalités. Elle invite à un débat plus sérieux, sans cachoterie, loin d’un simulacre de concertation. Elle appelle à un vrai dialogue sur le sujet où se dégagera un consensus respectueux de la diversité, soucieux de la survie des langues qui ne passe que par leur officialisation, et garanti par une loi.

Des idéologies de l’uniformité n’ont que trop saigné notre mémoire depuis longtemps respectueuse de notre diversité. Elles ont bafoué notre histoire et veulent compromettre notre avenir en tant que Peuple.

Cher Peuple, je me permets de t’appeler à supporter cette noble lutte des langues. Je ne te demanderai pas de rejoindre aucune organisation que cela soit. Cela serait abuser de ton écoute. Ce que je te demanderais c’est de faire tout ce qui est dans ton pouvoir, peu importe le chemin adopté, dans le but de prendre en main cette question qui détermine ta survie et ton honneur. Ne trahis pas ton histoire. Ne te méprends pas sur ton propre compte. Tu viens de loin, je te conterai encore et toujours ton passé, nous n’accepterons jamais qu’on appauvrisse autant que veulent le faire les adeptes de l’uniformité tes perspectives d’avenir.
Il n’y a aucune humanité dans l’effacement des cultures, il n’y a aucun salut dans l’uniformisation mécanique, il n’y a aucun pragmatisme dans la programmation d’une mort
sure de la diversité.

Mouhamadou Sy dit Pullo Gaynaako

Le 14 août 2022

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