✓Et si on arrêtait les blagues esclavagistes… | Par Mouhamadou SY



La parenté dite à plaisanterie (je précise que je n’aime pas ce terme réducteur) a été une invention sociale de génie. Son institutionnalisation a eu des effets régulateurs d’une efficacité difficilement égalable. Elle est encore vécue et remplit pleinement ses fonctions. Sa place dans nos politiques modernes est encore à trouver. Mais ceci arrivera le jour où l’africain sortira de la tendance « Je copie donc j’existe »! Ce n’est pas cela mon sujet de discussion aujourd’hui, donc je ne m’y attarderai pas.

Il y a, dans le volet le plus léger de cette invention sociale, un aspect consistant pour le coup à plaisanter avec son `cousin socialement désigné’ (ce à quoi je ne refuserai pas de reconnaître son rôle d’huilage), des formes d’usage qu’il faut revoir.

On entend certains (pas toujours déniés du sentiment de justice et d’égalité sociales) employer des termes comme « Maccuɗo am », « Korɗo am » dans un joug amical avec un cousin. Ces mots n’ont certes aucune intention de blesser l’interlocuteur qui en usera d’ailleurs pour répliquer. Notre discussion ne se situe donc pas au niveau du cadre de cette plaisanterie et encore moins de ses protagonistes du jour.

Ce que l’on peut cependant remarquer c’est qu’on utilise quand même là des mots auxquels on reconnait volontiers un certain nombre de tares -raison pour laquelle on les attribue faussement à son interlocuteur- et par là donc on « n’oublie » de se soucier de beaucoup d’individus qui vivent, et cette fois pas de manière fausse et encore moins plaisante, l’extrême douleur de leur contenu.

Des individus sont contraints par la société à subir en permanence le contenu de ces mots dans une injustice communément acceptée.

Utiliser ainsi le terme « Maccuɗo am » (mon esclave) comme moyen de plaisanter avec son cousin dit à plaisanterie, dans une société où l’esclavagisme est en cours sous une ou autre de ces formes, accepter de perpétuer un tel vocabulaire de plaisanterie est pour le moins inconscient, en tout cas incompatible avec la tenue que se doit un défenseur des droits.

D’ailleurs, la société peule, vu que c’est celle-ci qui constitue mon environnement social immédiat, pourvoit des termes alternatifs comme « Ko mi laamɗo maa », « Ko mi lawake maa » (Je suis ton roi, Je suis ton prince etc.). Remarquez qu’ici, il ne s’agit pas des termes duaux à ceux que l’on critique. Le terme dual à ces derniers serait « Ko mi dimo maa » (Je suis ton noble). Celui-ci n’a pas l’air trop usité, en tout cas pas dans mon entourage. Mais il l’est quand même au moins à travers l’usage de ses duaux.
Ces termes de Laamɗo et Lawake ne sont donc pas chargées de grands impairs car ils ne sont pas en rapport avec une injustice sociale encore vécue, comme l’esclavagisme ou l’oppression des femmes.

Il convient donc de nettoyer nos institutions sociales, les plus utiles d’entre elles. Il serait dommage que des aspects secondaires de plaisanterie se chargent d’autant de moisissures jusqu’à pourrir l’ensemble de l’édifice et nous faire perdre une des plus grandes avancées sociales de notre civilisation.
Il faut aussi, pour tout individu sensible à la justice et à l’égalité dans nos sociétés, veiller aux symboles que nous utilisons, à leur impact sur des individus qui pourraient en souffrir en voyant une partie de leur dignité dégradée.

Cette réalité d’esclavage n’est trop loin ni dans le temps, ni dans l’espace pour que l’on se permette d’en user de cette façon pour nos besoins de rigolade. Ces rires qui se veulent sains s’avèreront toujours au fond être de violentes moqueries, même à leur insu.

©️ Via le post Facebook https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1035746184016302&id=100027427912973

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