✓Côte d’Ivoire | « Adissa Touré, demain l’islam » | Par Mr Amara Bamba


Ses miracles font oublier que Adissa Touré a des idées. Un projet et une vision de l’islam qu’il faut reconnaître quand elle prie : « Ya Allah, accorde-nous un remaniement dans nos mosquées. Fasse que notre communauté soit dirigée par des Muminum. Débarrasse-nous de Tes ennemis actuels ».

La Dame de Kolia hisse la barre au niveau des qualitatifs de Muslim et de Mumin. L’islam est mené par des Muslimun qui ne sont pas des Muminun. Elle estime que l’heure du changement a sonné, que l’islam doit changer son leadership pour jouer son rôle. Adissa jouera sa part dans ce changement.

Muslim et Mumin ont des sens forts distincts même si les deux mots ont la même morphologie ; ils sont construits sur le même schéma. Dans l’usage, ils servent tous les deux à qualifier les mêmes personnes. Ce qui est source de confusion.

Dans le discours islamique, Muslim et Mumin, évoquent cependant deux états d’être différents. Deux types de rapports à Dieu qui peuvent diverger.

En français, le Muslim se dit « musulman » et désigne une personne qui suit les lois d’une religion que l’on désigne par islam. Les Muslimun font la prière rituelle, la Salat. Ils jeûnent durant le mois de ramadan, s’acquittent de la zakat et se rendent à La Mecque quand leurs moyens le permettent.

Le Muslim aime avoir des signes de reconnaissance matériels comme son prénom, ses vêtements. Il ne boit pas d’alcool. Ne mange pas de porc. Mais, par dessus tout, le Muslim atteste de l’unicité de Dieu et de la prophétie de Muhammad (psl). Le mot Muslim évoque une idée de communauté, donc une idée de règles et de lois à respecter. Le Mumin est différent.

Car les Muminun se réfèrent plus à des valeurs qu’à des lois. Et le mot renvoie plus à un état intérieur qu’à des apparences. C’est un état individuel qui concerne un rapport intime avec le divin. L’idée est portée au delà de la notion de communauté.

Mumin n’est pas une pratique spécifique qui soit apparente. Plutôt un état d’être, des croyances, des convictions, des certitudes et des vérités qui façonnent l’être entier dans ce qu’on qualifie de la foi.

On traduit le Mumin par « une personne de foi », qui vit dans la « Présence de Dieu ». Adissa Touré le décrit comme « une personne qui porte la crainte et l’Amour d’Allah ». C’est pkoi tout musulman accepte volontiers d’être qualifié de Mumin. Un compliment pas toujours mérité, toujours agréable.

Devenir Mumin est le projet de tout musulman. C’est au préambule de l’enseignement du Prophète. On ne rabâche pas cette idée. On la met en pratique pour connaître Dieu, se rapprocher de Lui et entrer dans Ses faveurs. En général, c’est ainsi qu’on passe de Muslim à Mumin. Oui, en général.

Il y a les cas de personnes que la foi domine de manière naturelle. Des femmes, des hommes, tous les âges, tous les niveaux d’instruction ou de culture qui adhèrent à la transcendance dans un élan instinctif qui place Dieu dans leur intimité. Ce sont des Mumin.

Muhammad Hamidullah citait les prophètes de Dieu dans cette liste puis ajoutait que : « En réalité ces gens n’ont pas besoin de lois car ils les respectent naturellement. Ils ont tendance à faire le bien quelle que soit la situation. » Leurs choix dépassent leurs seuls intérêts. Ils choisissent selon ce que l’on nomme « éthique » ; selon le sens des énergies cosmiques, universelles.

« Soyons généreux, disait Hamidullah, ils sont au plus 15 % ». L’immense majorité de l’humanité a besoin de lois pour cheminer vers Dieu. Le Muslim qui suit la loi n’a pas tjs la foi. Ses convictions peuvent être éloignées du niveau d’un Mumin. Ceux-là aiment les signes et symboles apparents de la religion. Ils récitent le Coran et sont souvent diplômés en sciences islamiques.

Adissa Touré ne veut plus les voir à la tête des musulmans. Ils sont des « Musulmans qui ne craignent pas Dieu » dit-elle en dénonçant ceux qui sont devenus imams en adorant des fétiches. D’un bout à l’autre de son estrade, Adissa se répète : « Que toutes les mosquées soient débarrassées des ces faux imams ! ». Puis une pause pour mettre la demande en Fatiha, en une prière, collective.

Pour purger les mosquées de la pègre spirituelle, Adissa et ses étudiants comptent sur la puissance de la Fatiha collective. La Fatiha est aussi la Sourate Du’a, pour appeler l’aide de Dieu afin d’assainir la direction de la mosquée. « Quand la tête du poisson est pourrie, tout le poisson est inutile » martèle Madame Touré, « Oh Seigneur, fasse que le leadership de ces filous prenne fin » !

L’histoire de l’imamat en Côte d’Ivoire est à écrire. Le Conseil supérieur des imams (Cosim) est la référence nationale, secondée par le Conseil des imams sunnites (Codis). L’imam Aguib Touré est arrêté (en 2018) pour des propos de mosquée, les conseils d’imams touchent à leurs limites. On découvre la fragilité du « métier d’imam », une fonction sensible au carrefour d’intérêts multiples.

Aujourd’hui, Adissa Touré veut démasquer certains imams afin de les dé-mosquer. Elle les décrit comme « des gens qui récitent le Coran, ils ont appris l’islam, le hadith. Mais ils ne connaissent pas Dieu ». Ces sont des musulmans qui ne sont pas des Muminun. « Il y a d’autres métiers. Ils peuvent faire du transport, du commerce au marché. Mais ils n’ont pas à diriger notre communauté ».

Après la colonisation, le musulman de Côte d’Ivoire se réconcilie avec l’école qu’il avait boycottée sur des bases religieuses. Désormais, l’enfant le plus brillant devient ingénieur. Celui qui est moyen entre au service de l’Etat : fonctionnaire. Les enfants peu brillants se consacrent alors au Coran. Ils deviennent ensuite transporteurs ou commerçants sur les marchés. C’était le schéma classique.

Depuis 1993, la Côte d’Ivoire a une ambassade en Arabie Saoudite où nos imams peuvent se former désormais. Perso, je ne voyais que la wahhabisation de la pensée et du discours. Je ne soupçonnais pas ce vide spirituel que dénonce la Dame de Kolia. En voulant nettoyer l’islam du clergé informel des imams-sorciers, Adissa Touré se donne un objectif délicat qu’elle a les moyens d’atteindre.

Hier, lundi 2 août, la première grande croisade de « Dieu me suffit » a pris fin. C’est en millions que l’on compte les visiteurs de Kolia. Les statistiques ne font pas la vérité. Mais, pour le moment, rien ne s’oppose à notre intuition de départ. Un phénomène Adissa est là pour être la cible désignée de l’establishment. Plus Adissa sera critiquée, plus « Dieu me suffit » sera solide et grand.

Oui, Adissa va déranger encore et encore parce qu’elle n’est pas un homme mais une femme. On n’a pas besoin de le dire ; ça s’entend de loin. C’est un des avantages d’Adissa Touré sur ses adversaires.

Oui Adissa est musulmane. Pas très orthodoxe car soufie, de la congrégation Tidjane. Cela est une assurance car les Tidjanes sont des Tidjanes, que ça plaise ou non: ils n’ont rien à prouver à personne.

Sauf que Adissa ne fait rien comme tout le monde. Car c’est bien une Tidjane sans Cheikh !! Elle s’est auto-illuminé ! C’est aussi ça le don de Dieu. Dieu n’est limité par aucune règle.

Le Cheikh Boikary Fofana n’est plus. Son héritage est préservé. L’islam de Côte d’Ivoire poursuit sa voie. Adissa Touré œuvre à la revivification spirituelle. Un chemin moins savant mais plus spirituel qui vise à asseoir une éthique dans la gestion des mosquées et des groupes de musulmans.

J’ai un problème perso avec Adissa. J’ai vérifié partout, on me dit qu’elle est Touré. Oui ! Cette anomalie me dérange. Mais personne n’est parfait ! Adissa ne sait pas dire si mardi vient avant ou après mercredi. Un erreur de jour à la naissance ; ça te change Bamba en Touré. Ce sont des choses qui arrivent.

Adissa est avec les djinns ou pas ? Le prototype du faux débat. le rendez-vous idéal de petits esprits qui sont obsédés par le besoin d’avoir raison. Perso, le oui ou le non, ne change rien pour moi. Car je ne sais rien des djinns et ils ne m’intéressent pas.

Et s’il faut se justifier, je dirai que je suis humain. Je ne m’intéresse pas au djinn et ma raison est que je suis humain. J’ai tant de choses à découvrir sur mon monde; ma personne, ces femmes et tous ces hommes que mobilise « Dieu me suffit »… Aux djinns, je dis bof !!

Ce que je vois en Côte d’Ivoire me renvoie à moi, à Hustaz Fofana Boikary… Je repense à Hustaz Tidiane Bâ et je prie pour eux. Je pense et je prie pour Hustaz Muhammad Lamine Kaba ! Ils sont tous entrés dans nos vies et ont marqué nos âmes à une époque où cela était possible. Nous avons changé, l’époque a changé.

Dieu envoie toujours la bonne personne au bon moment pour la bonne raison. Chaque époque a eu ses Abu Jahal, ses Suail Ibn Amr, ses Abu Sofiane. Toute époque a ses Abu Bakr, ses Oumar ibn Khattab, ses Kahlid Bin Walid et Amr Bin Ass, ses Ibn Massoud, etc…

Je prie donc pour Adissa Touré. Petite dame à frêles épaules a qui Dieu vient de confier l’avenir de l’islam en Côte d’Ivoire ! Face à la foule, seule. Face aux langues de serpents, seule. Face à son destin, seule. « Dieu me suffit », prend tout son sens ici !

©️ Crédit source : Post FB de Monsieur Bamba Amara https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1207685616373254&id=100013954804767 du 3/8/2021