✓Vers une rupture avec les métiers réservés aux hommes en Mauritanie

Saadani Bint Abeidna est la première femme à avoir créé un atelier de réparation automobile à Nouadhibou, la capitale économique du pays, et à avoir intégré un secteur considéré exclusivement destiné aux hommes.

Saadani n’a que 31 ans. Mariée et mère de trois enfants, elle est diplômée d’un BTS en maintenance de véhicules à moteur. Elle a activement fait des formations professionnelles dans plusieurs entreprises pour améliorer ses compétences et pour augmenter ses chances d’intégrer le marché de l’emploi. Cependant, malgré ses qualifications, ses demandes d’emploi sont restées sans succès. C’est ainsi qu’elle a décidé de ne pas céder à l’échec et de suivre son ambition et son désir de travailler et de gagner sa vie.

La réparation automobile est un travail difficile et souvent qualifié de travail d’homme. Cela est particulièrement vrai en Mauritanie, où les emplois et les compétences nécessaires pour effectuer un tel travail sont largement dominés par les hommes. Les femmes pratiquant une activité physique ou s’essayant à des métiers occupés en majorité par les hommes se voient fortement stigmatisées par une société dans laquelle ces activités jugées masculines sont inappropriées pour les femmes.

• Freins à l’entreprenariat féminin

Saadani a rencontré de nombreux obstacles. Tout d’abord, d’ordre financier. Elle a pris la difficile décision de vendre ses propres avoirs pour financer son projet. Ensuite, et principalement, elle a dû supporter la pression sociale et défendre son projet hors-normes. Malgré ces défis, Saadani a décidé d’aller de l’avant, d’aller à l’encontre de la stigmatisation sociale et de se frayer un chemin vers une nouvelle réalité où les femmes ont l’opportunité de s’engager dans des activités génératrices de revenus souvent réservées aux hommes.

Il s’agit d’une nouvelle réalité qui s’impose lentement et qui annonce des changements potentiels dans la société mauritanienne. Ceci aura certainement un impact substantiel sur l’avenir de la composition structurelle du tissu socio-économique en Mauritanie. Une nouvelle réalité où la femme jouera un rôle clé dans la promotion de l’économie locale et nationale et contribuera à l’évolution de la société mauritanienne.

La part de la main-d’œuvre féminine dans la population active a légèrement augmenté, passant de 29,5% en 2010 à 31,5% en 2020. Malgré cette légère augmentation, plus de 50,8% des femmes sont au chômage et ne cherchent pas d’emploi. La plupart des femmes actives effectuent des tâches qui ne sont pas rémunérées et ne génèrent pas de revenus. Dans ce sens et selon le ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports, le taux d’emploi est de 27,22% pour les femmes alors qu’il atteignait 59,71% pour les hommes en 2017.

Selon les derniers indicateurs de genre en Mauritanie (2014), le ratio des femmes en position de direction dans le secteur privé est remarquablement faible : 4,5% par rapport au total des entreprises. L’égalité entre hommes-femmes dans les postes de direction reste un objectif loin à réaliser !

• Initiatives innovantes et courageuses par les femmes mauritaniennes

Compte tenu des difficultés rencontrées par les femmes pour accéder aux marchés du travail locaux, plusieurs initiatives entrepreneuriales innovantes ont émergé, particulièrement des initiatives « non traditionnelles » lancées par des femmes mauritaniennes telles que Saadani Bint Abeidna.

Le laboratoire d’accélération du PNUD en Mauritanie, explore la possibilité de dupliquer ces nouvelles initiatives qui conduiront potentiellement à un changement significatif et auront des retombées positives par rapport aux différents défis de développement.

C’est dans cette perspective que le laboratoire d’accélération étudie cette nouvelle tendance comme étant un indicateur de changement dans la société mauritanienne et qui devrait faire des femmes un acteur important en matière d’inclusion économique et sociale. Par conséquent, l’équipe du laboratoire d’accélération a contacté Saadani pour que son expérience profite à d’autres groupes de femmes vulnérables afin qu’elles soient mieux équipées. Le PNUD œuvre également à faciliter leur participation dans des activités génératrices de revenus et à surmonter la stigmatisation sociale et les obstacles à leur succès.

«J’invite toutes les femmes ayant des idées de projets à foncer. Ne laissez pas les obstacles vous empêcher de réaliser vos rêves. Il est temps pour vous d’être indépendantes financièrement et de devenir des managers de vos propres entreprises», déclare Saadani.



Elle rajoute «Je vous exhorte à obtenir l’éducation et la formation nécessaires pour améliorer vos compétences et votre savoir-faire afin d’avoir plus de chances d’atteindre vos objectifs. Ne devenez pas dépendantes des autres… » poursuit-elle.

Nécessité d’appuyer ces initiatives !

L’exploration de cette nouvelle orientation dans la dynamique de l’entreprenariat est d’une grande importance pour le laboratoire d’accélération et aussi les programmes du PNUD Mauritanie et s’aligne étroitement avec les objectifs de développement durable (particulièrement ODD 5 et ODD 8). Plusieurs collaborations potentielles peuvent être envisagées dans ce sens pour que les femmes puissent se faire une place dans des activités économiques considérées, souvent, exclusivement destinées aux hommes.

© Crédit source : https://www.africa.undp.org/content/rba/fr/home/presscenter/articles/20201/vers-une-rupture-avec-les-metiers-reserves-aux-hommes.html

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