✓ Réactions | Projet de loi sur la double nationalité. Par Souleymane SIDIBE

Dans une réunion avec des personnes ressources dans le milieu associatif bordelais, une des intervenantes (grande humaniste et adepte de la pensée critique) affirme : « Le droit est aussi un instrument de lutte ».
Je dirai, par ailleurs, que dans certains pays, le droit est un instrument d’exclusion et de stigmatisation des populations. Tandis que les discriminations sont souvent de facto, elles peuvent aussi être de jure par des lois qui ne sont pas « traduisibles ». Voilà que les fondements tant recherchés dans le vivre-ensemble s’écroulent encore.

La loi sur la double nationalité en Mauritanie est incohérente. Elle questionne la législation mauritanienne sur plusieurs aspects :
– Primo, aucun pays ne doit exclure une partie de sa population au motif qu’elle a acquise une autre nationalité – je dis bien une partie car un grand nombre de mauritaniens ont la double nationalité.
On doit disposer de son droit à être mauritanien.ne et américain.nne, sénégalais.e ou marocain.ne. La constitution devrait garantir à chaque individu ce droit pour faire profiter aux pays les multiples ressources d’ailleurs : culturelles, technologiques et intellectuelles.

– Secundo, pour ne pas perdre sa nationalité depuis l’arrivée de l’ancien chef d’État, Mohamed Abdel Aziz, il faut écrire au président pour conserver, dit-on, sa nationalité. Je ne sais pas si c’est une loi promulguée ou un décret présidentiel (ordre exécutif) mais cela n’a aucun sens. Le président n’est pas et ne doit pas être l’incarnation de l’exécutif mais un représentant de ce pouvoir que lui confère la constitution après des élections au suffrage universel, en démocratie.

– Tercio, beaucoup de mauritaniens bénéficiant de la double nationalité travaillent dans les plus hautes sphères étatiques. Ils vont logiquement à l’encontre de cette « loi » interdisant les binationaux à exercer et à occuper les postes clés : ces mêmes postes vecteurs de développement. Ils voyagent sans inquiétudes par rapport à ceux qui n’ont pas de relations avec les pouvoirs publics. Viendra, le comble sous l’ère de l’empreinte digitale qui fait que beaucoup d’individus à leur arrivée à l’aéroport sont présentés comme étrangers. Et leurs empreintes digitales seront prises. Ils ne peuvent logiquement plus être recensés ou enrôlés dans les registres de l’état civil. Pour éviter la perte de sa nationalité, les plus « chanceux » arrivent à atterrir dans les pays voisins pour continuer leur chemin vers la mère patrie en voiture…

La nouvelle proposition de loi sur la double est « sympa » car les mauritaniens pourront enfin conserver leur nationalité d’origine et prétendre à une nouvelle sans être inquiétés par rapport à un titre de séjour dans la « terre de leur ancêtre » ! Elle reste, cependant, discriminatoire et n’est pas gage de succès car les mauritaniens qui excellent à l’étranger sont des binationaux ; pour la plupart. Ils ne pourront pas accéder à la haute sphère politique : suivant la loi. Surtout s’ils veulent se lancer dans la politique. Dans les partis d’opposition. C’est aussi dommageable car, de nos jours, les États naturalisent les hauts potentiels de tous bords pour créer des « champions League » en matière de savoir, cyber sécurité, politique, entrepreneuriats, formation universitaire et professionnelle, délocalisation d’entreprise, de multinationale, investissement…
Il faut alors des lois organiques qui ne reflètent aucunement l’exclusion. En avant pour le progrès cher.e.s mauritaniens.ennes plutôt que le retour à ce que nous vivions, l’exclusion par tous les moyens.

©️ Source crédit : Post FB de l’auteur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=4443933082293010&id=100000290871124

Mauritanie | Mohamed ould Abdel Aziz en détention préventive : chronique d’une seconde arrestation

Mohamed Ould Abdel Aziz, ancien président de la République Islamique de Mauritanie, est en détention préventive « à partir d’aujourd’hui (mardi 22 Juin, NDLR) », a indiqué à Cridem un de ses avocats, Maître Bah Mbareck.

A l’heure actuelle, ses avocats ignorent son lieu de détention préventive. «Ce serait certainement à la sûreté», confie à Cridem Maitre Taleb Khyar, un des avocats de l’ancien président de la République Islamique de Mauritanie.

Cette arrestation intervient quelques jours après le refus de l’ancien président de continuer à se présenter à la police, comme le lui imposent les conditions de son placement en résidence surveillée.

« Le parquet lui rapproche de n’avoir pas respecté les conditions du contrôle judiciaire alors qu’il [Aziz] a dit qu’il a toujours respecté les procédures judiciaires de son contrôle judiciaire et que c’est la police qui l’a empêché d’aller à la DGSN pour signer », a ajouté M. Mbareck.

Dans l’après-midi, « un mandat d’amener a été notifié à notre client qui s’est présenté au juge d’instruction aux environs de 18h30. Il y’a eu une séance d’instruction entre l’ancien président et le pôle de lutte anticorruption du parquet de Nouakchott-Ouest. Après délibération, il a été notifié à l’ancien président qu’il est placé en détention préventive », explique Maître Bah Mbareck. C’est la deuxième fois que l’ancien président est arrêté.

La première fois, c’était en août 2020 suite à la remise à la justice du rapport de la commission d’enquête parlementaire portant sur des crimes économiques durant la décennie passée par l’ancien homme fort de Nouakchott au sommet de l’Etat.

Il sera ensuite libéré puis placé sous surveillance dans le cadre d’une enquête sur « des soupçons de corruption », avant d’être inculpé le 12 mars 2021 pour entres autres corruption, détournement de biens publics et blanchiment d’argent.

Dans un communiqué diffusé dimanche 20 juin sur sa page Facebook, l’ancien président déversait sa colère, affirmant avoir « décidé de retourner à [son] domicile sans signer à la direction de la sûreté », justifiant son comportement par l’usage de la répression policière envers ses sympathisants.

« Je suis le seul parmi tous les impliqués dans le dossier de la décennie à se voir imposer l’assignation à résidence et à être traqué par des agents de la sûreté se déplaçant à bord de voitures civiles sans raison à part mes positions sur les échecs connus par le pays et incarnés par la corruption, l’injustice et le musellement des libertés », avait rappelé Ould Abdel Aziz.

Les avocats de l’ancien président feront face à la presse, ce mercredi 23 juin.

Babacar BAYE NDIAYE – Journaliste à Cridem

©️ Crédit source : https://cridem.org/C_Info.php?article=746397