Afrique Politique | « Les élections au Niger ne doivent pas être source de tension ou de profondes inquiétudes » Par Souleymane Sidibé

Les élections au Niger ne doivent pas être source de tension ou de profondes inquiétudes pour entraîner le pays dans le K.O mais doivent servir comme des outils de lectures et de quiétudes.

Le défunt président Mamadou Tandja décédé, mardi 24 novembre 2020, à l’âge de 82 ans à Niamey a été évincé suite à un coup d’État militaire, le 18 février 2010. Il a été libéré en mai 2011. L’ancien président nigérien avait dirigé le pays de 1999 à 2010. Beaucoup de journaux africains et ailleurs nous disent qu’il a été évincé car il voulait modifier la constitution.

Certains observateurs notent avant ce putsch orchestré par Salou Djibo d’importantes négociations sur les accords miniers. Suite aux élections législatives, le militaire Salou Djibo transfert le 07 avril 2011 le pouvoir à l’ancien directeur technique de la Société des mines de l’Aïr (SOMAIR, filiale d’AREVA, Mahamadou Issoufou. Ce dernier est pourtant investi candidat de son parti, le PNDS, le 6 novembre 2010. Il gagnera au second tour face au candidat Seyni Oumarou du MNSD (le parti de Tandja) qui avait obtenu 23,24 % des voix au premier tour. Le président élu fera deux mandats avec sa deuxième victoire électorale en 2016.

Aujourd’hui, le Niger connaît des élections qui débouchent au second tour entre « M. Bazoum, bras droit du président sortant Mahamadou Issoufou, [qui] comptait 1,4 millions de voix, devançant l’ancien président Mahamane Ousmane (675.000 voix) soutenu par le principal opposant Hama Amadou, dont la candidature n’a pas été retenue en raison d’une condamnation par la justice» selon AFP.
Pour noter la complexité des politiques en Afrique, Hama Amadou a été un soutien de taille à Mahamadou Issoufou. Cela pousse à dire que le correspondant de RFI à Niamey, Moussa Kaka aura beaucoup de choses à dire concernant ce second tour qui opposera deux figures politiques nigériennes, « issues de la même région malgré les parcours qui diffèrent » dans une bataille politique qui sera rude. Les enjeux et défis sont nombreux comme la sécurité, l’éducation, la santé et l’insertion professionnelle,tutti quanti, dans un pays avec 7,6 enfants par femme.

In fine, on note que depuis 2010, le Niger connaît d’innombrables attentats. Samedi 02 janvier 2020, un attentat aurait fait 56 morts, du côté civil. Et là où les militaires s’attachent au pouvoir dans la région sahélienne, la protection des citoyens n’est plus une priorité car le combat est de monopoliser le fauteuil présidentiel en tant que chef d’Etat. Il faudrait alors des armés républicaines et des politiques qui prennent en mains les destinées africaines. Selon la demande du Juge Feu Keba Mbaye : « le pouvoir est fait pour servir ».

Ne faut-il pas alors des forces africaines pour juguler ce banditisme et terrorisme qui gangrènent les États en Afrique et particulièrement au Sahel? Est-il possible pour un candidat africain de gagner des élections sans que sa communauté ne soit au commandement des forces armées? Machiavel dit que la force est l’essentielle du pouvoir politique. Compte tenu de l’état de la maturité démocratique en Afrique, peut-il y avoir des élections sans intervention des armes, de puissances étrangères et multinationales? Où pourront aller le Niger et le reste de l’Afrique si la tribu, la communauté et l’appartenance ethnique sont des marqueurs de taille pour les élections?

Il reste tout de même à savoir si Mahamadou Bazoum aura le dessus avec un K.O au second tour comme l’on voit écrit noir sur blanc dans la presse. L’homme politique cherche à accéder au pouvoir: c’est sa vocation.