L’éditorial : L’ethnicisme dans la Politique en Afrique, cette fumée invisible de nos feux!

Un fief politique chez nous en Afrique peut être cette dénomination lisse et contenue pour éviter l’accentuation sémantique d’une réalité bien connue, qui est l’ethnicisation des données politiques.

Surtout en période bouillonnante d’élections présidentielles dans les pays où les ensembles ethniques sont relativement séparés et identifiés par/dans des zones géographiques. Ces derniers jours avec la situation postélectorale critique en Guinée Conakry, les appels fusent pour dénoncer le régime fraudeur d’une ex grande figure historique de l’opposition dans le pays de Sekou Touré. Monsieur Alpha Condé (issu de l’ensemble ethnique malinké) a vieilli et visiblement très mal en point et son clan ont fait du forcing avec un bricolage constitutionnel pour briguer un mandat semblant être de trop. Malheureusement en toute logique selon leurs calculs, il est déclaré vainqueur par la Ceni lors du scrutin du 18/10/2020, devançant un homme politique très connu, le libéral Cellou Dalein Diallo issu de l’ensemble ethnique Peul (ultra Majoritaire en Moyenne Guinée). Le leader du parti UFDG et ses alliés pressentaient les signaux à venir, et se fiant à leurs données recueillies, ont déclaré avoir remporté la victoire nettement sur le camp du pouvoir. Ainsi une crise est inévitable avec la répression orchestrée par les forces de sécurité sur les militants contestataires de l’opposition avec plusieurs morts à déplorer. La communauté internationale (La CEDEAO en tête) fait du sur-place avec des signaux à la fois illisibles et ambiguës.

De ce schéma simpliste d’un camp impopulaire refusant sa défaite électorale et d’une opposition victorieuse mais volée, le parfum « naturel » ethnocentrique dans nos réalités africaines se sent dans l’air à travers différents éléments médiatiques des uns et des autres. En effet qu’on soit sympathisant-observateur extérieur, militant engagé guinéen ou panafricain intéressé, des non-dits et des sous-entendus ici et là paraissent plus éloquents que ce qu’on ose exprimer ouvertement. Il est facile de détecter que les hâtives allégations d’ ethnicisation venant de certaines voix acquises pour la cause d’un camp ou d’un autre, nous donnent une certaine température du véritable « enjeu » intimement tu. Donc Condé se comporte en despote mais il serait aussi l’incarnation du pouvoir Malinké s’érigeant contre l’arrivée d’un Peul au sommet en fin en Guinée Conakry.

Fouillant en quelques clics sur certaines données sur les regnants (Présidents et présidents par intérim) depuis l’indépendance, je constate que les Malinkés ont été les plus nombreux. Et très probablement ces réalités historiques traversent et polluent l’éveil républicain transcommunautaire tant attendu pour faire VIVRE UNE VÉRITABLE CONSCIENCE DÉMOCRATIQUE dans nos pays. La chose est tellement profonde et tient notre inconscient collectif en tant que communauté. Oui, la communauté au sens étriqué africain, est une nationalité ethnique, tribale et culturelle qui ne relativise pas et se structure par opposition à une autre car en compétition hégémonique non officielle aujourd’hui mais agressive et un certain héritage des temps immémoriaux dit-on. Dans certains pays africains où l’ethnicisme politique est marqué, l’habillage patronymique dans les instances dirigeantes des partis politiques censés progressistes et républicains, ne peut gommer un fond identitaire purement ethnique et communautaire.

Cette donnée ethniciste en politique est un poison irrésistible qui bloque l’exercice franc du jeu démocratique dans certains pays où des fortes structures aristocratiques formatent l’élément-membre en sujet socialisé et encarté au service de la communauté d’extraction d’abord et occasionnellement ailleurs en missionnaire. Une socialisation de contre-progressisme est inoculée insidieusement à tout le monde et s’en défaire est une mission subversive difficilement tenable. Même certains hauts diplômés bien informés d’un monde extérieur qui interpelle, se la jouent par exploitation politicienne. D’autres issus du noyau régnant de l’aristocratie interne cultivent « intellectuellement » des thèses nostalgiques pro-communautaristes qui sonnent nationalisme ou même royauté selon leur entendement et selon l’audience visée . Le pouvoir central d’un État républicain n’est acceptable pour eux que s’il est noyauté pour maintenir certains privilèges statutaires au détriment d’un état de droit ayant comme crédo; l’égalité citoyenne pour tous . Dans un article de Libération sur les soubresauts imbriqués et complexes des milieux Touarègues du Nord Malien, il en ressort clairement que parmi les mouvements indépendantistes, les Ifoghas (aristocrates internes) tiennent davantage à se défaire du Sud qui incarne l’état central malien. Et au contraire les Imghads (historiquement vassaux des premiers) sont enclins à la restauration du pouvoir central malien et à l’intégrité du territoire. Ici on y comprend aisément ce qui se joue en terme d’intérêt des uns et des autres. Les Ifoghas luttent pour la promotion de leur statut avec un État autonome qu’ils vont diriger selon l’ordre social établi et les Imghads préfèrent le maintien de l’ordre étatique républicain qui proclame l’égalité entre tous les citoyens https://www.liberation.fr/planete/2016/08/03/a-kidal-la-lutte-fratricide-des-touaregs-du-mali_1470136 .

L’ordre républicain dans nos pays ne peut pas garantir l’exercice démocratique que si un certain universalisme humaniste est cultivé profondément d’abord dans différentes communautés. Il faut une culture d’éveil humaniste pour ériger une communauté légale qui va au delà des principes théoriques . Une politisation des consciences par d’autres valeurs inclusives est nécessaire plus que jamais. Et le Droit et ses differentes déclinaisons s’imposeront sur les velléités dominatrices de factions communautaires qui profitent des passe-droits illégaux. Ces passe-droits qui sont à l’origine d’innombrables crispations politiques, sociales et intercommunautaires autour du pouvoir étatique.

L’ethnicisme comme identité politique est foncièrement déstabilisateur pour nos pays et nos communautés. Le cas ivoirien est parlant dans la décennie 2000 – 2010 et voire même aujourd’hui davantage. Un célèbre journaliste ivoirien vivant aux Antilles avait écrit dans un post FB récemment, en substance qu’aujourd’hui en Côte d’ivoire le camp au pouvoir fait du rattrapage ethnique, ce qui est source de problèmes autant que la problématique de l’ivoirité créée par d’autres qui étaient au pouvoir hier. La vie politique ivoirienne à l’approche d’une présidentielle dans quelques jours, connaît certaines turbulences qui inquiètent.

Et pourtant, on peut se donner les dispositions sociales et intellectuelles pour cultiver sincèrement et consciencieusement un universalisme salutaire comme anse ferme de nos démocraties.

Je reste interrogatif parfois en constatant qu’un jeune soninké mauritanien ayant un certain niveau d’instruction, puisse partager avec une étrange fierté immodérée un bref extrait vidéo dans lequel un président Gambien (A Barrow) parlant soninké à ses concitoyens soninkés. Également lors du Fiso en Gambie en 2020, certains milieux soninkés se seraient satisfaits outre mesure à voir et entendre un ex président malien par intérim Monsieur Traoré Dioncounda parler soninké en public. Et alors que ce même jeune soninké de Mauritanie saurait peu de choses sur la vie et la lutte historique d’un Thiam Samba (homme politique d’ethnie peul) ou d’un Ould Bedredine (Célèbre homme politique progressiste d’ethnie maure, paix à son âme) . Je peux en dire autant de jeunes maures, peuls ou haratines. Il y en a qui s’intéressent à l’actualité de ceux qui dirigent le Nigéria et le Sénégal aujourd’hui (Buhari et Sall, Tous peuls) au nom d’un Pulagu ethnocentrique . Et d’autres par panarabisme zélé peuvent fêter et regretter l’ex raïs irakien Saddam Hussein et feignent d’ignorer que le bagne morbide de Oualata ait eu lieu et qu’il y a des veuves et des orphelins qui attendent la vérité sur leurs proches disparus depuis plusieurs décennies.

Nos démocraties tiendront avec une conscience républicaine et universaliste et non à travers les courses à l’hégémonie partisane. Et mettre sincèrement les Droits Humains au cœur de nos engagements politiques, c’est à dire prioriser l’état de droit par le pouvoir à tous les niveaux.

– Par KS pour le BLOG

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