Esclavage en Mauritanie : un militant disparaît et réapparaît au siège de la police politique (IRA-MAURITANIE)


Note d’alerte

Dans la soirée du 21 juin 2020, 4 éléments de la gendarmerie, à bord d’un véhicule banalisé et en tenue
civile, arrivent au village de Kseir Elbarka à 7 km de Adel Bagrou, près de la frontière avec le Mali ; les
visiteurs cherchent et s’emparent du jeune Mohamed Khatri membre du bureau Ira-M en Côte d’Ivoire,
fraichement revenu en famille, après un long séjour à Abidjan. Le groupe, auteur de l’enlèvement, n’a pas
décliné son identité, le motif du rapt ou la destination.

  1. A 21 h, Mohamed Elkhatri repartait de chez lui, aux mains de ses ravisseurs. 6 jours plus tard, l’appel
    téléphonique d’un fonctionnaire de police informe, Monsieur Mouchtaba Ould Mbareck, oncle du susdit,
    que ce dernier se trouve, depuis, à Nouakchott ; en conséquence, il peut le venir voir dans les locaux de la
    Direction générale de la sureté nationale (Dgsn). L’entretien ainsi proposé se déroula, le 26 juin, entre les
    2 hommes ; pour la première fois, Mohamed Elkhatri voit ou rencontre l’un des siens, depuis son
    arrestation, à 1370 km de la capitale. L’échange, sans doute à cause de sa brièveté, eut lieu sans pression
    physique mais en présence de tiers parmi le personnel de la sureté. Le détenu paraissait souffrir de fatigue
    et d’anxiété et affichait les symptômes de la démoralisation.
  2. Bien avant sa relégation, Mohamed Ould Khattri – petit-fils d’esclave – subit un lynchage sur les réseaux
    sociaux ; il y est gratifié de « raciste anti arabe…enragé anté-islamique… valet des juifs…membre de la
    bande criminelle de Ira-M, organisation de malfaiteurs inféodés au sionisme international et à l’Occident
    croisé », etc. Des bloggeurs de notoriété au sein de la communauté arabo-berbère, vivants à l’étranger ou
    en Mauritanie, l’accablaient d’insultes et de malédictions, essentiellement motivées en vertu de la religion
    et de la supériorité de race. Ould Khattri est accusé, au titre des lois contre l’incitation à la haine, d’avoir
    publié, sur sa page Facebook, le slogan « Frère hartani, si un bidhani t’indexe, brise-lui sa petite gueule».
    Or, sur son profil, Mustapha Nezih Bilal, recense, en détail, les éruptions de discours suprémaciste arabe
    que l’impunité consacre, si les auteurs sont arabo-berbères. La chronologie documentée, est accessible,
    ici : elle comporte l’identité, la photo et la localisation de chaque contrevenant. Aucun ne fut inquiété.
  3. Mohamed, isolé au secret depuis 9 jours, risque la violence au corps et le tourment moral, tous
    traitements infligés afin de briser sa résistance et, si possible, le retourner contre ses compagnons de lutte ;
    la réputation et le passif impuni des services de sécurité de la Mauritanie confortent la crainte de sévices
    systématiques, à l’encontre de prisonniers noirs. Jusqu’ici et malgré une pléthore de documents et de
    témoignages qui attestent des pratiques de torture ciblées dans le pays, aucun auteur présumé n’en a
    répondu devant un magistrat. Mêmes les mesures disciplinaires continuent à faire défaut.
  4. De l’ensemble des pratiques de contrainte en vigueur durant la garde à vue et plus souvent lors de la
    détention préventive de personnes de sexe masculin, nous rappelons la privation de sommeil, l’humiliation
    par la nudité, les coups de matraque électrique et de bâtons sur les mains et les pieds, la manipulation des
    parties génitales, la compression et le maintien du corps dans une posture de resserrement au moindre
    mouvement, enfin l’écartèlement graduel, dit Jaguar…

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 30 juin 2020

Racisme en Mauritanie : Abou Djiby Diop, le miraculé

Récit d’une bavure

Assalamou Aleikoum, chers parents et amis !


Je suis Abou Djiby Diop, celui que deux policiers avaient étranglé, au bord de la chaussée, non loin du Commissariat Elmina1, dans la capitale, le 20 juin 2020, peu avant 11 heures du matin.
Mon père s’appelle Djiby Hamady Diop, ressortissant du village de Waly, ma mère – Maimouna Samba M’Bodj, est de Maghama. Je suis né en 1980 à Sebkha, quartier de Nouakchott. J’habite le lotissement Samia, dans la commune d’Elmina et travaille au marché de la plage. Depuis longtemps, j’aide les équipes de pêcheurs à amarrer leurs pirogues. En contrepartie, je suis payé en nature. Je revends les quelques poissons sur place ou aux mareyeurs. Parfois, je les rapporte chez moi, pour ma consommation propre.
Peu avant 5 heures du matin, je me rends au stationnement dit « Arrêt bus » d’où je dois prendre un taxi, en direction de mon lieu de travail. Je n’avais en poche que 10 ouguiyas, donc pas assez. Aussi, me suis-je résolu à marcher. Sur ma route, deux individus, armés de couteaux m’interceptent et intiment l’ordre de leur donner mon sac à dos. Devant leur agressivité, je me sauve en courant. J’ai pris l’habitude de fuir les problèmes auxquels je ne peux faire face, tout seul. A toutes jambes, je me réfugie derrière un vieil homme qui lisait un Coran, assis, en plein air.
Hélas, les deux malfaiteurs ne tiennent pas compte de sa présence et me poursuivent encore ; nous tournoyons autour du vieillard qui continue sa lecture. Je me sens comme un animal traqué, un gibier. Le tumulte de notre querelle alerte les éléments de la Garde, postés au coin de la rue adjacente. Ils viennent à nous, curieux de connaitre la cause du bruit ; mes assaillants s’empressent de parler ; ils élèvent la voix et agitent les bras. J’apprendrai bien plus tard que mes agresseurs m’accusaient de m’être infiltré chez eux, vêtu en boubou, avec l’intention de commettre un vol. Je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient, en Hassaniya. Les policiers nous arrêtent, tous et nous emmènent au commissariat d’Elmina 1. Le duo qui me pourchassait eut l’occasion de resservir sa version des faits, dans la même langue que les policiers. A la suite de leur récit, ils recouvrent la libérté. Les policiers me demandent mon identité et ma localité d’origine, je réponds à leurs questions. Ils prolongent leur interrogatoire en s’intéressant à ma famille. Je leur précise que je vis avec mon épouse et mes deux enfants. Après l’interrogatoire, ils m’ordonnent d’entrer dans une petite cellule malodorante et referment la porte derrière moi. Pourtant, les objets que contenait mon sac prouvaient mon activité.
En début de matinée, les policiers m’extraient de la cellule et me reposent les mêmes questions. Ils me réclament mon numéro de téléphone, que je décline.
J’explique ma condition d’ouvrier journaliser, qui cherche à nourrir sa famille, désormais sans ressources du fait de mon absence. Mon deuxième enfant est tout petit, mon épouse vient d’accoucher, je suis d’une condition très modeste, je ne saurais me permettre de m’absenter de mon lieu de travail. Quand je pense à ma femme et à mes enfants qui comptent sur moi seul, je me dis que je n’ai rien à faire au Commissariat et décide, alors, de m’enfuir. Les deux policiers se lancent à mes trousses, et me rattrapent, à quelques mètres de là. Il se mettent à me tabasser de toutes leurs forces ; ensuite, ils me plaquent au sol et m’étranglent, le genou de l’un appuyé sur mon cou et le reste de mon corps immobilisé par le poids des deux. J’ai senti venir la mort et accepté, à cet instant, de ne plus bouger, ni parler, pour mettre toutes les chances de survie de mon côté.
Ils me ramènent au commissariat, me lient les pieds, grâce à une chaine en fer et me replacent à l’intérieur de la cellule. Plus tard, ils reviennent, me délient et exigent que j’atteste, de nouveau, mes identité et numéro de téléphone ; ils notent et me relâchent. Ils ont dû enquêter ou subir des pressions car je les sentais honteux. Ma détention ne dépassa pas une journée, mais une journée qui a failli être la dernière de mon existence. Je suis désormais libre mais sali face au monde entier : il a été dit que je suis étranger, voleur, délinquant, voire bandit notoire.
Quand l’information de ma mort a circulé, la police repartit à ma recherche. Ainsi, 4 jours après, le 24 juin, elle me retrouve et me reconduit au commissariat, le temps d’une petite discussion dont je ne comprenais pas trop les motivations, sauf peut-être me prouver (ou se prouver) que j’étais bien en vie, après mon passage entre leurs mains. Je ne leur ai rien dit de ma douleur mais il y a des choses à ne jamais infliger à un être humain car il nul n’en sort indemne. Je ne suis pas un menteur et moins un bandit ; tout ce que je leur ai exposé était clair, eux-mêmes l’ont reconnu, devant moi.
Ici, je veux d’abord remercier les bonnes volontés qui m’ont soutenu, sans me connaître, dès la sortie des photos de mon étranglement. A présent, je souhaite porter plainte. Je n’ai pas l’intention de laisser passer une telle injustice. C’est pourquoi, je prie, tous les mauritaniens, de m’aider dans cette démarche, afin de réparer le tort qui m’a été causé. Je souhaite poursuivre les auteurs de mon agression, qui ont failli entrainer ma fin. La police conserve leurs coordonnées. D’autres peuvent aussi subir mon sort, par hasard. J’ai été honni, mes parents à Waly et mes connaissances, partout ailleurs, ont enduré l’humiliation, avec moi. Je me retrouve couvert de honte et aurais pu mourir d’étouffement. Dieu merci, je commence à me remettre de mes courbatures et dois consulter un médecin.
Je sollicite, de mes compatriotes, si je peux prétendre encore au moindre droit dans ce pays, leur concours au rétablissement de ma dignité ; je forme le vœu de réhabiliter ma réputation de personne honnête. Je ne quémande pas car je sais gagner ma vie à la sueur de mon front.

Propos recueilli, à Nouakchott, le 26 juin 2020, par Madame Coumba Dada Kane, Députée à l’assemblée nationale, Vice-présidente d’IRA – Mauritanie

L’édito – CriOsé: La féodalité nègre en Mauritanie : L’affaire se joue à l’honnêteté et à la cohérence.

Cet antiraciste proclamé très loquace qui est par ailleurs un féodal zélé qui s’efface étrangement face aux faits liés au régime féodalo-esclavagiste dans sa propre communauté.

Nous, la priorité qui s’impose à nous , c’est de se défaire du féodalisme nègre dans le Sud mauritanien, parler du racisme supposé d’ailleurs est presque du luxe si j’ose dire ainsi !
Les problématiques liées à nos coutumes féodalo-esclavagistes ne sont pas des « sous problèmes ». Un contact Facebook m’apprend en coulisses que pour certains engagés negro-mauritaniens pourtant « très affichés » pour l’avènement d’un véritable État de droit, le système des hiérarchies par la caste au sein de leurs communautés est un non problème. En précisant que pour eux cela fait partie de leur idéologie sociale et motive en partie leur engagement identitaire en prétentions nobiliaires et féodales face à d’autres membres de la communauté. Ils se croient défendre leur identité profonde en maintenant les castes et même celle des esclaves dans l’ordre social en place. En gros ils ne développent aucune approche sérieuse en intracommunautaire pour réformer le régime discriminatoire et ségrégationniste de castes. On comprend mieux pourquoi certains voulaient institutionnaliser l’ordre religieux coutumier et communautaire à un niveau de l’échelle de la Justice dans le pays…

Leurs desseins intimes seraient de vouloir remplacer le système décrié en qualificatifs pompeux aux visées progressistes, par leur système prêt à sévir déjà légendaire dans leur communauté qui est l’affreuse hiérarchisation hermétique des hommes par les castes. Dans leur logique sociale les hommes ne se valent pas et leurs prêches extramuros pour l’égalité citoyenne ne sont qu’un leurre fantaisiste et de foi douteuse.

Sur la question de l’esclavage en Mauritanie, nos compatriotes maures savent que certains milieux negro-mauritaniens mènent un militantisme (discours et posture) HYPOCRITE, et c’est VRAI et surtout très GRAVE pour l’engagement droit-de-lhommiste global.

Le temps passant face à certaines réalités longtemps tues chez nous, je réalise que nos cousins haratines ne pouvaient pas compter sur un VÉRITABLE éveil libérateur antiesclavagiste et abolitionniste venant du Sud (communautés soninkés et peuls) .

Peu d’espoir de réussite à vouloir légitimer les divisions ségrégationnistes chez soi et tout en réclamant une cohésion nationale sur la base d’égalité CITOYENNE.

Par KS pour le BLOG

Mauritanie – Les abus liés à l’ordre féodal à Dafor autour d’un périmètre pastoral : lettre d’alerte et d’information à l’opinion nationale et internationale.

un cliché pris de la plaque indicative du périmètre.

Nous sommes une communauté considérée comme étant d’ascendance esclave selon le régime coutumier et féodal soninké. À Dafor , chef-lieu de la Commune du même nom , nous sommes plusieurs dizaines de familles qui se sont libérées du joug de vestiges sociétaux de l’esclavage coutumier. En effet depuis bientôt 4 ans , sous le vocable soninké Ganbanaaxu (être égaux en Droits et en DIGNITÉ) , nous avons subi d’innombrables actes d’intimidations et de provocations venant de tenants extrémistes de l’ancien ordre féodalo-esclavagiste soninké. En fin d’année 2019, lors du passage de Maître Bouhoubeïni , président de CNDH à Selibaby, Guidimagha, l’un de nos doyens, monsieur Bakary Camara avait remis un document retraçant les difficultés qu’on a pu rencontrer à cause de notre engagement éveil citoyen et humaniste contre cet esclavage statutaire intracommunautaire qui est foncièrement violent en terme symbolique et social. Nous sommes stigmatisés et reclus socialement dans la communauté féodale soninké. Par notre présente lettre de plainte et de signalement, nous vous exposons une situation insupportable de manipulation orchestrée par le Maire, monsieur Camara Diadie Gagny et les représentants coutumiers qui défendent l’ancien système féodal. Cette situation concerne un périmètre communal dans le village destiné à retenir périodiquement du pâturage en prévision de la saison sèche. Comme déjà décrit dans notre document remis à Maître Bouhoubeïni, les provocations de milieux féodalo-esclavagistes avaient conduit à une altercation autour de l’accès à ce périmètre courant du moi de mai 2019, l’affaire avait été portée aux autorités à Ould Yengé et à Selibaby. Avec l’appui du trés controversé procureur (souvent complice les féodalités soninkés de la Région) Selibaby, un arrangement à l’amiable avait été trouvé entre nos membres et les représentants coutumiers de l’ancien régime. Nous avons tenu à cet arrangement jusqu’à tout dernièrement où la partie adverse avec la complicité du Maire exige que nos familles qui refusent les coutumes esclavagistes reviennent à l’ancien système organisationnel d’esclavage statutaire afin de pouvoir bénéficier du périmètre de pâturage. Nous avons répliqué qu’il n’est pas question qu’on se fasse humilier dans l’ancienne organisation sociale discriminatoire et ségrégationniste à notre encontre. Ces derniers jours, nous avons alerté le chef d’arrondissement de Lehraj. Il est venu à Dafort ce jeudi 18 juin 2020 chez le Maire. Réunis chez le Maire avec les représentants coutumiers de l’autre clan, le chef d’arrondissement a réaffirmé que le périmètre est destiné à tous les citoyens et nous avons répété que nous participons à tous les travaux d’ordre intérêt général dans le village mais nous n’accepterons plus les tâches et les considérations organisationnelles liées aux séquelles sociales de l’esclavage coutumier. Malgré la mise au point faite par le chef d’arrondissement sur le cas du périmètre pastoral communal censé ouvert à tous les citoyens devant le Maire et ses complices, encore aujourd’hui ils entretiennent toujours un certain flou de chantage et de blocage pour contrer l’adhésion de nos familles pour avoir accès libre comme tout le monde. Le volte-face constaté, nous avons saisi de nouveau le chef d’arrondissement, mais ce dernier préfère entretenir toujours les ambiguïtés sur l’affaire du périmètre, ce qui dénote clairement sa complicité par évidence avec les vues du Maire et ses parents féodaux du village.
Cette situation de tensions perpétuelles a trop duré et nous vous la exposons par cette lettre d’alerte pour passer le message à qui de droit au niveau des hautes autorités publiques. L’alerte sera transmise aux organismes nationaux et internationaux défendant les droits humains.

©️ Communauté Ganbanaaxu de Dafor

Dafor 25 juin 2020

Racisme en Mauritanie : l’autopsie du déni (IRA-MAURITANIE)

Note de synthèse

• Les faits

Le 23 juin 2020, par « message-radio » du Directeur général de la sureté nationale (Dgsn), le Général de division Mesgharou Ould Sidi, deux policiers du commissariat de Elmina1 dans la capitale Nouakchott, dont un brigadier, permutent avec leurs collègues du Hodh oriental, respectivement à Bassikou et N’beiket Lahwache, à l’extrême Est du pays, près de la frontière du Mali. La mesure d’éloignement, suggérée comme sanction, clôt une intense polémique sur l’image d’un jeune noir que deux agents, de teint clair, étranglaient, à même le sol, deux jours auparavant et devant témoins. Certes, la torture et la « crise cardiaque » durant la garde à vue relèvent de la banalité du traitement, lors de la détention, d’africains subsahariens, fussent-ils citoyens ou étrangers. L’indignation consécutive à la diffusion de la photographie résulte de la protestation, aux quatre coins du globe, contre le racisme et le « négrocide », après l’homicide de Georges Floyd, par un agent de type caucasien, le 25 mai 2020, à Minneapolis, ville des Etats unis d’Amérique.

La victime se nomme Abou Djiby Diop, âgé d’environ 20 ans et ressortissant, pulaarophone, de Mauritanie et natif de la ville de Maghama ; les auteurs de l’étranglement sont le brigadier Balle Ould Zeidane et son collègue sans grade, Ahmed Salem Ely dit Eleyat, tous deux arabo-berbères.
Au moment de l’incident où il aurait pu perdre la vie, le contrevenant présumé, Abou Diop, séjournait au commissariat El Mina 1 où il répondait d’une accusation de larcin. Profitant de l’inattention de ses gardes, il se sauve à toutes jambes, aussitôt poursuivi par les susdits lesquels parviennent à l’immobiliser, dans la posture du mouton de sacrifice. Selon les témoignages recueillis auprès des riverains, les deux policiers multirécidivistes rivalisaient de brutalité envers les civils. A la suite de sa capture, Abou Diop se retrouve menotté et jeté dans une cellule ; il n’existe, depuis, aucune information fiable sur son sort. Point davantage n’a-t-il été possible d’identifier le lanceur d’alerte dont la photo, de qualité moyenne, atteste, cependant, du zèle à l’administration de la bavure sur un adolescent désarmé et plutôt chétif, de constitution.


La dissimulation

Passé la séquence de la stupeur, voire de l’incrédulité devant la disproportion du geste et la charge symbolique de l’acte dans un environnement de racisme, l’engrenage du déni se mit à produire, sans discernement ni souci de la vraisemblance, l’habituel flots de relativisation, puis de démenti, enfin, d’invective, à l’endroit des défenseurs de l’égalité et de l’intégrité physique des gens. Dès 1987 – surtout grâce à la loi d’amnistie de 1993 – le système consolide une expérience touffue de contrefaçon, qui consiste à discréditer les militants des droits humains, au grief que leur refus de banaliser le mépris du noir, tient, en soi, d’une volonté de nuire à « l’identité arabo-islamique de la Mauritanie ». La fraude induite de la nécessité politique du mensonge devenait un réflexe, d’où la facilité du recours au faux.

Pour s’en rendre compte, il suffit que constater combien l’’intervention, sur les lieux, de l’honorable députée Coumba Dada Kane, eut l’effet étonnant de détraquer la machine : en 48 heures, l’affaire prit une tournure partisane. L’Etat de l’hégémonie ethno tribale et ses relais au sein de l’opinion se mirent à changer de version, d’une heure à la suivante. Il fut même insinué-comble d’inhumanité- que la victime venait du Mali et, à ce titre ne méritait tant de bruit.

• Epilogue et conséquences

A priori, Abou Djiby Diop aurait survécu, sous réserve d’une confirmation par un avocat ou une institution d’assistance aux prisonniers de droit commun. Sa mésaventure intervient dans le contexte de l’exécution de Abass Hamadi Diallo, près de Wending, pendant la nuit du 28 au 29 mai 2020, par un militaire en patrouille, le long de la rive mauritanienne du fleuve Sénégal. La communication des autorités, le réputa délinquant notoire, avant d’envoyer de l’argent à sa famille, aux fins d’en acheter le silence.

Au terme de deux décennies d’impunité d’une extrême violence à l’encontre de sa majorité d’ascendance noire, le gouvernement de la République islamique de Mauritanie porte la responsabilité de la négligence et de la fuite en avant, aux motifs éculés de patriotisme et de défense de l’ordre. Or, aucune des deux lignes de défense ne tient, longtemps, tant qu’elle s’appuie sur le fait accompli, comme fondement de la gouvernance. Partout, les honnêtes gens cessent de respecter une autorité qui les gave de promesses d’équité mais leur demande d’attendre encore, de patienter, d’espérer, de laisser le temps au temps. L’espoir déçu devient venin.

Pour le gouvernement de la Mauritanie, l’instant est plus que venu d’agir, avec courage et inventivité, en direction de la vérité d’abord, ensuite du compromis, au lieu de s’enfermer, toujours, dans les tripatouillages de dilettante, sous le sceau de l’improvisation et de l’incurie.

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)
Nouakchott, le 25 juin 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Mauritanie – Tribune : Impuissance ? Par AOC

Biram est rentré la semaine dernière au pays. Frais émoulu après plus de trois mois de confinement en Europe. Et ne s’est pas fait prier pour dire tout haut ce que le reste de l’opposition pense tout bas : il est temps pour le pouvoir de se ressaisir. Presqu’un an d’exercice et ses promesses de normaliser la scène politique, en autorisant les organisations et les partis non reconnus, n’ont connu aucun début d’exécution. Pire, les symboles de la décennie honnie sont encore aux premières loges, gouvernails de l’économie en mains : fer, pétrole, gaz et énergie ; alors que le pays pensait avoir tourné pour de bon la sombre page. Ceux qui le narguaient hier, privilégiant les intérêts d’un clan au détriment de ceux du peuple, et dont les noms sont quotidiennement cités dans des dossiers sulfureux, marchés douteux et malversations en tout genre, sont maintenus contre toute logique en des postes sensibles. Comme si le pays ne pouvait pas se passer de ces (in)compétences ! Biram l’a dit, le peuple le répète à longueur de journée : cette situation est intenable ! Les grandes réformes passent d’abord par les hommes qui vont les mettre en valeur et ce n’est pas avec du vieux pourri jusqu’à la moelle qu’on pourra faire du neuf. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire qui sera rendu dans quelques semaines sera-t-il le déclic susceptible de séparer enfin le bon grain de l’ivraie ? Prions que la montagne n’accouche pas d’une souris… qui serait évidemment impuissante à contenir le flot grandissant des amertumes populaires.

AOC

©️ Crédit source: http://lecalame.info/?q=node/10544

Mauritanie – Politique: La conférence de presse du député et président Biram Dah Abeid,Nouakchott, le 19 juin 2020

Commission Communication Initiative de Résurgence Abolitionniste(Ira-M) de la conférence de presse du député et président Biram Dah Abeid,
Nouakchott, le 19 juin 2020

  1. Comme docteur Martin Luther King, nous n’acceptons pas de nominations à des postes officiels ou semi, qui nous éloigneront d’une lutte inachevée. D’autres aînés ont éxpérimenté ce chemin sans landemain avant moi.
  2. Nous n’avons connaissance d’une seule condamnation d’arabo-berbères auteurs des crimes de génocide, d’esclavage ou de viol contre les populations d’ascendance noire africaine, tels les bambara, wolof, soninké, pulaarophones, les hratin et immigrés subsahariens…
  3. A l’exemple des afro-américains pendant les décennies antérieures à la conquête des droits civiques, nous sommes privés de l’enrôlement électoral, donc de la faculté de voter ; à ce titre, les nôtres sont empêchés de s’organiser comme le démontre l’interdiction des mouvements capables de vaincre l’hégémonie ethno-tribale, dans les urnes. Je citerai, ici, Ira-M, le Rag, les Fpc…
  4. La privation foncière frappe les noirs de plein fouet, souvent par la spoliation de leurs terres de culture et espace de pâture, au profit d’autres mauritaniens privilégiés, des multinationales de l’agrobusiness et des vendeurs de charbon de bois. Arrachés au sol nourricier dont la qualité se dégrade, ils s’exilent vers les villes et en deviennent le prolétariat corvéable, à vie.
  5. Cette discrimination d’Etat exacerbée qu’ont vécu les Usa après la fin de l’esclavage, se manifeste de nos jours en Mauritanie ; l’exclusion des afro-Mauritaniens du personnel civil et militaire de l’Etat en est la manifestation la plus courante…Le processus a été entamé au début des années 1980 et atteint son achèvement aujourd’hui, tant et si bien que les nominations monochromes se banalisent.
  6. Nos mouvements non-violents et légalistes sont accusés de racisme et de violence par le bloc conservateur où se retrouvent le pouvoir, des syndicats, des corporations d’imams, de blogueurs, de journalistes, d’hommes d’affaires, de dignitaires tribaux, etc. Le matraquage de l’opinion sous les discours de haine et de diabolisation des courants abolitionnistes, enracine, dans la société, le mépris du nègre, que la culture enseigne et reproduit, parfois sous couvert de religiosité. Ainsi, sommes-nous accusés de vouloir abâtardir l’univers arabo-musulman, d’en adultérer la pureté et la singularité.
  7. Dans le but de mieux nous retarder, distraire et contenir, des organisations prétendument progressistes, des pseudo défenseurs des droits de la personne, issus de milieux afro-mauritaniens, se retrouvent en demeure de nous critiquer au bénéfice du système. Beaucoup sont maintenus aux confins du stress alimentaire qui les expose à la compromission. Plus l’édifice des inégalités vacille, davantage leur nombre augmente et se dévalue.
  8. Le même procédé de diversion-détournement touche la communauté de lutte contre l’oppression de la femme ; l’on se souvient que de tels montages ont été réalisés pour détruire la réputation des pionniers des droits civiques aux Usa. A titre d’illustration, il convient de mentionner l’invention et la contrefaçon de 35 viols de femmes maures, dans la ville de Bassiknou en ce début du mois de juin 2020. Cette forme de propagande sensationnelle et vindicative, a été utilisée par le KKK(le groupe suprémaciste blanc le plus violent de l’histoire de l’Amérique) durant les années 50 et 60 ; elle visait à obtenir le discrédit et la défiance envers le combat des afro-américains; la méthode commence à prendre forme et favorise l’éclosion des premiers embryons du KKK en Mauritanie.
  9. La police de l’Etat mauritanien agit dans le sens de conforter et de rassurer les ultra-racistes arabo-berbères, en faisant régner la terreur au cours des marches pacifiques de Ira-M; il suffit d’observer les scènes de molestation et de torture, infligées aux militantes et militants, notamment l’acharnement symbolique sur les femmes. Les forces de l’ordre inique nous traitent en ennemi, lors d’une guerre, alors que nous sommes désarmés. A l’image du suprémacisme blanc aux Usa, la police agit en gardienne de la domination.
  10. l’Etat est le premier concepteur et producteur de violence -symbolique et physique – à l’endroit des afro-mauritaniens, quand il institue, de facto et selon ses normes, l’ostracisme et le bannissement des mouvements porteurs de la parole d’émancipation raciale, offre l’impunité automatique aux criminels d’esclavage avec le maintien de la loi d’amnistie de 1993, résume le message adressé aux « bons citoyens », en somme les mauritaniens de naissance convenable : « nous, l’Etat, vous protégeons de la justice et de l’étranger ».

Voici, en somme, le diagnostic que je me suis toujours fais de la situation de la gouvernance raciale en Mauritanie ; il s’agit du verrou principal qui plombe la citoyenneté, la cohabitation, la démocratie, le développement et surtout la paix bâtie sur un fondement sain.

Après la proclamation plus que discutable d’une prétendue victoire dans les urnes, le Président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, recevait le pouvoir, de son prédécesseur, nuitamment, du 22 au 23 juin 2019 ; en trois jours, de concertation avec ses proches conseillers et certains de mes amis proches, j’ai cru devoir désamorcer la situation explosive du moment. Notre franchise et sincérité ainsi que l’amour du pays, attendu de tout mauritanien de bonne foi, devraient inciter le nouveau Chef de l’Etat à comprendre que l’époque devient gourmande en démocratie, droits de l’individu, aspiration à la dignité humaine, y compris pour les noirs. Le 21ème siècle consacre la libération irréversible du descendant d’africain subsaharien. Il est bien temps d’en prendre conscience, en Mauritanie, sous peine de rater le rendez-vous de l’histoire et se retrouver anonyme parmi les vaincus !

Aussi, j’espère qu’avant la fin de sa première année de mandat, le Président de la république va se ressaisir et permettre, à la majorité des mauritaniens, de se sentir fiers de vivre sur une terre des justes.


Nouakchott, 20 juin 2020

©️ Crédit source: Réseaux IRA-MAURITANIE

Biram Dah Abeid : La situation du pays est difficile et nous espérons que le président se souviendra de ses engagements (vidéo) (Page Mauritanie FB)



Biram Dah Abaid, membre du parlement (Nouakchott), a déclaré que la Mauritanie connaît des situations difficiles, appelant le président mauritanien Mohamed Ould Ghazwani à se souvenir de ses engagements.

Vendredi, à Nouakchott, le député a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il avait décidé de donner au président mauritanien un délai de deux mois, ajoutant: « Nous espérons qu’il procédera à une véritable réforme dans cette période ».

Il a ajouté qu’il traitera avec le président mauritanien, Mohamed Ould Ghazwani, selon le niveau de changement et de réforme qu’il entreprend au profit du peuple mauritanien.

Biram , a critiqué la situation dans le pays, ajoutant que la période récente « a vu une restriction des libertés ».

ALAKHBAR


Traduction page Mauritanie

©️ Crédit source : Page Mauritanie FB https://www.facebook.com/297319407063485/posts/2831060473689353/ – 19 juin 2020

Arrivée de BDA à Nouakchott: Forte mobilisation policière

Biram Dah Abeid, longtemps absent du pays, d’abord pour des raisons de santé, puis suite à la fermeture des frontières et au confinement imposé par la pandémie du coronavirus, est arrivé ce jeudi 18 juin 2020 à l’aéroport international de Nouakchot-Oumtounsi. Les militantes, les militants, les sympathisants et les sympathisantes du Mouvement abolitionniste IRA-MAURITANIE, assoiffés de voir leur leader avaient, en nombre imposant, fait le déplacement à partir des trois Wilaya , des neuf Moughataa et de tous les quartiers de Nouakchott. C’etait pour lui réserver un accueil motorisé dont toutes les mesures à cette fin ont été prises dans le cadre du respect scrupuleux des recommandations relatives à la lutte contre la propagation du covis_19 (port du masque, de gants, deux personnes au maximum par véhicule, observer une distance de cinq à dix mètres entre deux voitures qui se suivent , interdiction de sortir des voitures, et dispersion des véhicules au terminus du trajet). Mais, deux à trois heures avant l’atterrissage de l’avion de la compagnie Air France, huit groupes de forces de l’ordre bien armés s’étaient positionnés tout au long de la route de l’aéroport Nouakchott Oumtounsi.
Ainsi la première vague de militants venus à l’accueil s’est trouvée bloquée au premier barrage avant même la sortie de Tevragh Zeina. Il a fallu presque une heure de négociation pour arriver à libérer le passage à un vehicule devant ramener chez lui le président , l’honorable député Biram Dah Abeid.
Aux yeux du plus humble des mortels, les huit barrages sur la route Nouakchott-Aéroport le blocage des militants dès le premier barrage, militants très assoiffés de voir leur leader, et retenir pendant longtemps la voiture de l’honorable député constituent une forme élaborée de provocation. Heureusement discipliné, tout le monde bloqué à la première passe, a simplement rebroussé chemin mettant ainsi en échec les mauvaises intentions des forces de l’ordre et du coup, respecter les consignes de leur chef Biram Dah Abeid, à savoir, ne pas répondre à la provocation.
Une fois encore, le président , Honorable député et son mouvement abolitionniste Ira-M ont montré devant cette épreuve combien difficile, un haut degré de responsabilité. En effet, tout le monde sait que les militants de Ira-M ont depuis toujours été battus, blessés, emprisonnés, traînés par terre par les forces répressives chaque fois qu’ils réclament le plus simple droit . Ce soir du 18 juin 2020, plaçant au-dessus de tout la situation dans laquelle le pays est plongé par le coronavirus, ces militants dont tout le monde témoigne de l’engagement ont été empêchés d’accueillir leur leader, et donc auraient pu, céder au soucis de confrontation qui animent les forces de l’ordre vu l’importance de l’événement et l’énormité de la provocation. À ceci s’ajoute l’agression protocolaire, zéle et abus de pouvoit qui ont consisté à retenir l’honorable député et opposant le plus légitime, pendant cinq heures d’horloge sous pretexte de test pour covid_19 alors que la compagnie Air-France et la mission diplomatique de Mauritanie à Paris avaient exigé et obtenu du président et son épouse, un test datant de moins de 72 heures, réalisé à Paris et qui s’est avéré négatif Dieu merci.
Toute cette patience et tout ce sang froid face à ces manoeuvres, qui se sont malgré tout soldés par plusieurs blessés dans les rangs de Ira-M et des véhicules immobilisés par la police, sont des leçons de sagesse et une preuve de l’intérêt national accordé au pays par le mouvement abolitionniste Ira-Mauritanie; et ce contrairement à l’idée que ses détracteurs de tous bords s’évertuent à créditer.

Nouakbhott le, 19/06/2020
Président du parti Rag
Ancien sénateur
Ancien ministre
Oumar Yali

Tribune : Déboulonner ou pas déboulonner ? Par l’essayiste Mohamed Lam

De façon générale, je suis contre le déboulonnage ou la destruction des statues de personnages historiques. Ce sont des éléments d’histoire qu’il ne faut pas effacer mais qu’il faut assumer. C’est une erreur que de penser que c’est la seule solution pour rendre aux descendants malheureux de l’histoire leur dignité. Il faut laisser les statues mais exiger la contextualisation. Il faut surtout lutter pour obtenir plus de statues de personnages méconnus et dont leurs actes ont été insuffisamment enseigné dans les manuels scolaires. L’histoire a été raconté par les vainqueurs. Mais aujourd’hui, les descendants des « vaincus » demandent la restitution complète du passé et donc du récit collectif. Ce qui est doit être entendu.

Des mouvements citoyens reclammant l’effacement dans l’espace public des statues de figures historiques controversées refont actuellement échos presque partout dans le monde.

Christophe Colomb, décapité à Boston. À Miami, sa statue est repeinte en rouge, vendalisé. En Viriginie, elle a fini dans un lac. En Angleterre, c’est la statue d’Edward Colston, armateur négrier, qui a été déboulonné. En Belgique, la statue du Roi des Belges Léopold 2 est, elle, méconnaissable, retiré d’un square car complètement repeinte en rouge. En Martinique, deux statues de Victor Shoelcher ont été détruite lors de la commémoration de la journée de l’esclavage. La statue de Colbert, auteur du code noir, est également la figure la plus emblématique la plus ciblée.

On se rappelle également, il y a quelques années, au Ghana, que la statue de Ghandi a été vendalisé. Ghandi, accusé d’avoir tenu, entre 1893 et 1915 des propos racistes et quasiment homophobes contre les Noirs en Afrique du Sud. Mahatma est pourtant présenté comme la figure de l’indépendance en Inde et de la non violence mais affirmait que « les indiens sont infiniment supérieurs aux Kaffirs ». Le mot Kaffir, étant utilisé à l’époque par les colons anglais pour désigner les personnes noires.

Toutes ces statues exposent publiquement l’histoire des figures du passé qui ont contribué à un certain moment soit à légitimer l’esclavage et ou la colonisation des peuples soit ont tenu des discours d’inégalités entres les humains.

Certains observateurs pensent que déboulonner n’est pas la solution. Il faut systématiquement expliquer, de la façon la plus pédagogique possible, leur histoire et leur part de responsabilité et de leur degré d’implication dans le passé. C’est la proposition de l’historien Pascal Blanchard que je partage évidemment. Le problème est que cette pédagogie explicative n’a pas été suffisamment faite voire pas du tout. La plupart des figures historiques dont les statues sont plantés dans les plus grandes villes d’Europe, d’Amérique et d’Afrique, ne fait pas l’objet de contextualisation.

D’autres pensent justement qu’il faut soit déboulonner ou placer ces statues dans des musées avec explications à l’appuie.

Kalvin Soiresse Njall, député (écologique) belge pointe justement le doigt sur la question du traitement de l’histoire et de la mémoire coloniale en Belgique. Pour lui, ce pays est resté très longtemps dans une sorte de déni de son passé qu’il refuse de voir en face. Le député Njall affirme donc qu’une société qui ne regarde pas son passé est une société qui se ment à elle même.

Rappelons que la Belgique colonisa le Congo. La statue de Léopold 2, l’une des figures de cette colonisation, est déposé sans être accompagné d’une contextualisation pédagogique. Contexte historique dans lequel le peuple congolais était sous domination Belge.

Lorsqu’on n’explique pas une histoire, on a tendance à laisser penser qu’on la nie, et quand on fait paraître ce doute le risque est grand. Aujourd’hui, la non prise en compte des responsabilités historiques des uns et des autres a provoqué les demandes de déboulonnage partout dans le monde. Les mouvements qui deboulonnent le font parce qu’ils estiment que le passé n’est pas assez assumé dans le monde occidental.

L’affaire George Floyd a provoqué une indignation planétaire. Le racisme dévoilé en plein jour depuis son assassinat a donc conduit à une prise de conscience mondiale sur l’histoire du racisme, les figures, les récits et les personnages qui qui l’ont été.

En Afrique, les traces de la colonisation et de l’esclavage restent encore présentes dans beaucoup de pays. Monuments, forts, ponts etc. L’île de Gorée ou la maison des esclaves en est la trace indélébile.
Mais ce passé est raconté, expliqué enseigné. Joseph N’Diaye, conservateur de cette maison, de son vivant, n’aurait jamais demandé sa destruction parce qu’il considérait qu’il faut raconter cette histoire de la manière la plus complète possible.

Au contraire, il faut dire l’histoire et ne pas laisser planer le doute ou le déni.

Déboulonner et oublier ou pas déboulonner mais expliquer, telle est la grande question du monde déconfiné.

Mohamed Lam

©️ Crédit source: Reçu de l’auteur