La culture est-elle nos ancêtres étaient comme ça et nous devrons être comme ça ? Par Boulaye Diakhité, chercheur en sociologie

Si toutes les cultures méritent la même attention, elles n’ont pas socialement le même intérêt. Il s’agit ici d’une réflexion de ce qu’on appelle chez les soninkés notre culture.
Dans cette courte analyse, je ferai de mon mieux de ne pas rencontrer tout ethnocentrisme dans ce qu’on appelle notre culture. S’il arrive dans mon analyse que la culture soninké se veut le centre de toute chose, que tous les autres groupes étant mesurés et évalués par rapport à elle donc elle est à disqualifier. Il s’agit d’un vocabulaire à parler des autres cultures, qu’il y a une référence à l’animalité et à la barbarie. C’est une façon de conserver sa légitimité en délégitimant les autres.

Ce qu’on appelle notre culture chez les soninkés : Je vivais dans un royaume je dois continuer à vivre dans le royaume, mon ancêtre cautionnait l’esclavage et je dois le cautionner. Non ce n’est pas de la culture ça, il s’agit de quand on pense ça nous arrange. Dans la culture soninké, on trouve plus le naturel que le réel ; l’immobilité sociale que la mobilité sociale. Je m’explique dans la conception soninké, c’est la nature qui veut qu’on soit marabout, esclave, guerrier etc… c’est à dire l’individu ne devient pas, l’individu né. Or, personne ne naît pilote, médecin, etc. On devient. Ce qui est valable pour tout ce qu’on prétend de naturel. Dans cette conception naturelle de la culture, il n’y a rien de vrai, on devient sociologue, médecin, chef de village, marabout etc. Si la culture était naturelle nous n’aurons pas à souffrir. Mon père est sociologue, je deviens sociologue puisque je porte ces gènes mais malheureusement ce n’est pas le cas. Mon père est riche, je deviens riche ; je n’ai pas besoin de travailler ; combien de personnes sont nées ayant des parents riches devenus pauvres ; de pauvres étant devenus de riches. Il n’y a pas une loi de la nature valide cette théorie de la culture soninké. Si on devient donc on n’a le choix de changer et choisir ce qu’on veut devenir.

– Devenir ou même penser à devenir imam, élu politique est renvoyé aux origines génétiques de l’individu soninké ;
– Penser à devenir chef de village est génétique ;
– Des familles entières privées à des responsabilités parce qu’ils sont descendants d’une caste dite inférieure.
– Devenir esclavage génétique ; marabout génétique, chanteur lié aux gènes des esclaves et griots ; pourtant on trouve aujourd’hui dans les gènes de ce qu’on appelle marabout et guerrier de bons chanteurs et danseurs ;
– Étranger installé dans un village soninké, on lui donne des gènes esclaves ; pourtant les soninkés se considèrent comme des grands voyageurs, migrants à s’en tenir à la conception soninké de l’esclavage, il n’existerait aucun soninké noble ;
– Un espace villageois, ces citoyens ne jouissent pas de mêmes droits fondamentaux.

Ce pourquoi, toutes ces questions qui nous amènent à mettre une interrogation à ce qu’on appelle notre culture et qu’est ce que la culture ?

La culture est un terme polysémique, issu d’un long processus de construction historique. Elle est la somme des savoirs accumulés et transmis par l’humanité. Ici on peut parler de changement social. S’il y a changement social, il y a changement culturel. La société soninké est connue pour son conservatisme. Elle est contre tout progressisme. Ce qu’on appelle notre culture soninké reste en faveur des valeurs et normes traditionnelles (esclave et dépendance). Notre système est contre l’indépendance des individus, contre les lois de la république. L’ethnocentrisme est au cœur du modèle culturel soninké. Nous n’avons d’autre choix que de le disqualifier.
La culture va au delà de toute distinction de peuples et de classes. Le mot culture est souvent associé aux idées de progrès, d’évolution, d’éducation. Le terme culture est un terme proche de la civilisation. La civilisation est un processus qui arrache l’humanité à l’ignorance et l’irrationalité. Elle est un processus de raison et d’amélioration. Ce processus de civilisation est lié au progressisme, même si certains sont plus civilisés, la raison humaine a pour vocation entrer tous les humains dans ce mouvement.

©️ Crédit source: post Facebook de l’auteur (du 2/12/19)