Par Coumba Dada Kane, vice-présidente d’IRA-MAURITANIE

Pour commencer mon propos, permettez-moi de vous faire une confession.
Ce n’est point une digression. Vous allez comprendre pourquoi ?
Pour rédiger cette intervention sur la problématique des droits de l’homme dans notre pays, laissez-moi vous dire que j’ai passé des heures et des heures devant mon ordinateur sans pouvoir écrire une phrase.
En effet, il y a beaucoup de choses à dire : la nomenclature des violations des droits de l’homme est extensible, les formes diverses et variées.
Si bien qu’on en vient à se demander si le Mauritanien pour ne pas dire « le citoyen mauritanien »,- vous percevez la nuance, a des droits garantis par la Constitution.
La Mauritanie est devenue ces dix dernières années un Etat policier où donner son avis, exprimer ce qu’on pense vous expose à la sanction suprême : intimidation, menace, gardes à vue, torture, privation des droits civiques (passeport, carte d’identité, acte de naissance, acte de mariage par l’Agence Nationale des populations et des titres sécurisés) jusqu’à la prison.
Finalement, en Mauritanie c’est la pensée unique qui a droit de cité. La contradiction est un délit voire un crime.
Le citoyen est muselé. La presse est réduite au silence ou la faction émergeant chez la politique: la propagande et l’apologie du régime sont les seules voix audibles.
On assiste au déni total de la citoyenneté et au saccage des piètres acquis dans le domaine des droits humains, l’unité et de la concorde nationales, et la destruction des symboles ayant valeurs de patrimoine et de consensus nationaux.
Vous suivez mon regard ! Je ne saurais être plus claire.

Vous conviendrez avec moi que le fondement de la démocratie, de l’Etat de droit et de la citoyenneté, c’est la justice.
Or en l’absence de pluralité politique, d’opinion et d’idées, on ne peut pas parler de droit de l’homme.
Le respect des droits de l’homme ne doit pas être une injonction dictée de l’extérieur, il ne doit pas être mesuré sur la base de la création d’une pléthore d’institutions dans le seul dessein de capter des financements et pour faire plaisir aux institutions de BRETTON WOODS.
Le respect des droits de l’homme, c’est une culture, une philosophie, une conviction et une pratique : il sous-tend des valeurs et des principes chers à notre religion, l’islam.
En effet, il s’agit de respecter l’homme, la personne humaine, la créature la plus respectée d’ALLAH SOUB HA WE TAALAH.
Voilà qui m’amène à parler du député Biram Dah Ould Abeid.
L’homme est un prisonnier d’opinion. Un prisonnier politique.
Ses interventions dérangent au sommet de l’Etat par ce qu’il est porteur d’un discours nouveau non pas par la thématique, mais par son style.
Il met à nu les tabous sociaux et les injustices des classes dominantes et les obscurantistes.
Vous me parlez des droits de l’homme en Mauritanie, de quel droit et de quel citoyen mauritanien ?
La persistance des pratiques esclavagistes est la seule réponse que j’oppose à ceux qui soutiennent qu’en Mauritanie, les droits de l’homme sont respectés.
Il existe encore dans notre pays des citoyens de seconde zone : un tour dans les quartiers El Mina et Sebkha, pour ne citer que ces deux exemples où les citoyens sont astreints dans leurs maisons parfois à partir de 19 h, presque tous les jours à cause des patrouilles des forces de l’ordre, et ce au nom d’une dérive sécuritaire.
Dans ces territoires de la ville de Nouakchott, ce ne sont pas les bandits qui font la terreur mais paradoxalement, ceux qui représentent les autorités.
Allez dans les commissariats de police, dans les tribunaux, les prisons!
Que d’abus ! Que d’injustice ! Que de violations !
Le citoyen est livré à lui-même : malheureux et dégouté par des institutions prédatrices.

Cette situation a fini par crée un désamour, une désaffection entre le citoyen et l’Etat.
Plus de confiance à la justice, l’Etat n’est plus impersonnel et impartial. C’est un Etat sélectif dont les principes ne sont pas valables pour tout le monde.
Les manifestations des organisations des droits de l’homme et des opposants sont réprimées, les veuves des douloureux évènements de la fin des années 80 sont humiliées, l’espoir de voir les bourreaux de leur mari traduits devant les tribunaux s’envole chaque jour, le passif humanitaire reste entier malgré quelques tentatives de rafistolage sans conviction, juste pour soigner l’image du pays.

En Mauritanie toute tentative de promouvoir les droits de l’homme doit avoir pour socle la réduction de la fracture sociale, communautaire ou ethnique, elle-même aggravée par la posture de l’Etat : un Etat injuste et partial, ouvertement raciste.

Les droits de l’homme en Mauritanie, ce n’est pas pour demain. L’école publique pouvait un jour réussir cette mission mais hélas, il n’ya plus d’espoir.

Les écoles d’excellences et militaires nouvellement crées réservées presque exclusivement à une catégorie d’enfants d’une seule communauté nationale parmi les autres, savamment sélectionnés sont l’expression délibérée de bâtir le projet machiavélique d’une Mauritanie, laissez moi dire, exclusionniste où les citoyens continuent de vivre la discrimination, la séparation et la stratification.

Tant que l’élément racial, tribal, régional et la naissance continuent de régner en maitre absolu, la république et les droits de l’homme restent une chimère.

Madame Coumba Dada KANE

Vice-presidente IRA-Mauritanie

Députée à l’Assemblée Nationale.

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