La Mauritanie en 2019 : diagnostic et prescription

Introduction de Biram Dah Abeid

Paris, le 12 mai 2018

Certains d’entre vous s’attendent sans doute à m’entendre tenir un discours enflammé sur l’esclavage et le racisme ; qu’ils me permettent, cette fois-ci, de les prendre de court. Non pas que je renie les thématiques maitresses de notre lutte mais parce qu’il importe, aujourd’hui, d’élargir la vision et la réflexion, pour mieux cerner les enjeux du risque, désormais réel, de voir notre Mauritanie disparaître, à force de s’être fourvoyée, oubliée, avilie dans la résignation au fait accompli.

Si nous croyons aux principes d’équité que nous agitons et ruminons depuis des années, le temps n’est-il pas venu de les inscrire dans le champ du réel ? C’est à cet exercice, sans complaisance ni excès, que je vous convie, chers amis de la diaspora et compagnons de route !

Notre attachement à la démocratie ne vaut le slogan ni la salive tant que nous n’aurions décidé et agi en vue de faire coïncider, ici et maintenant, l’égalité de naissance et la justice citoyenne. Ainsi, le pluralisme et la régulation pacifique des conflits prennent sens ; une société qui ignore les règles aussi élémentaires du vivre-ensemble sombre dans la violence, tôt ou tard. Or, la démocratie présuppose l’effacement des discriminations, la pénalisation de l’esclavage et de l’exclusion de caste, l’abolition du népotisme et des arrangements tribaux.

Les défis énumérés plus haut constituent l’élan et l’horizon de notre lutte. Il est temps de les traduire dans le temps du concret. Parfois, nous donnions l’impression de brûler les étapes, de mettre la charrue avant les bœufs. Désormais, un ajustement s’impose ; oui, mon propos laisse entrevoir un début d’autocritique ; j’aurais d’autres occasions de la dérouler en détail.

Oui, des obstacles se dressent encore en travers de notre détermination et nous devons les dépasser sous peine de devoir nous contenter de la parole indignée tandis que le bloc de la prédation pille notre avenir et nous impose, chaque jour, la fade réalité de la faim, de la frustration et de la colère sans issue.

A. De quels préalables s’agit-il?

1. Je dois insister sur les droits civils et politiques, objet d’un Pacte fameux des Nations unies en 1970 ; je mets en avant cette catégorie de règles élémentaires, à défaut desquelles un groupe social se réduit à reproduire la loi du plus fort. Vous savez combien le plus fort ne le reste jamais à vie. L’histoire de l’espèce humaine déborde d’exemples pour qui sait en interpréter les signes.

Chez nous, depuis quelques années, le gouvernement s’est employé à mettre en œuvre l’enrôlement biométrique, afin de doter les divers services de l’Etat, d’outils de gestion et de prospective, autant que des instruments de contrôle des mouvements de population. A l’ère des menaces diffuses et de la sophistication de la criminalité à l’échelle du monde, la création d’un fichier universel des personnes répondait aux impératifs de modernisation et de prévention dont l’époque nous impose la nécessité. Je le confesse à demi, il aurait fallu saluer l’initiative – certes tardive ; hélas, les réflexes de contournement, la triche héritée et le vice congénital de se croire le plus malin firent vite dévier l’intention affichée, au service d’un dessein d’oppression insidieuse, je dirais honteuse aujourd’hui, quoique assumée depuis des siècles.

Assez tôt, le recours à l’informatisation, sous l’effet d’une batterie de critères destinés à marginaliser ceux dont le système craint le nombre et la probable solidarité, produisit une monstrueuse sélection, contre les pauvres, les analphabètes et les humbles. Il se trouve que la majorité des cadets sociaux sont des noirs d’ascendance subsaharienne. Il se trouve aussi qu’ils représentent le potentiel écrasant d’une majorité dont les pouvoirs successifs s’acharnent à empêcher l’éveil et la convergence, pourtant imparables.

L’’etat civil mauritanien devient l’outil de la relégation sociale. Des ressortissants de toujours, auquel nul esprit sain ne contesterait la préséance historique sur le sol, peinent à se faire enrôler ; ainsi, impasse voulue, ne peuvent-ils voter ni se porter éligible aux suffrages de leurs compatriotes; attaché à la logique des privilèges, d’où sa posture défensive, le groupe hégémonique les soumets à des conditions de preuve, de témoignage, d’attestation et de vérification bureaucratiques, telles que leur désir de carte d’identité ou d’électeur s’émousse, s’évanouit dans le désarroi et l’acrimonie sourde. La liste des documents à produire confine à un concours d’élimination ciblée. Or, d’une échéance électorale à la suivante, leur masse enfle, de l’aveu même de l’actuel Chef de l’Etat, lors de sa déclaration fameuse à Néma, le 3 mai 2016 ; je cite « Les hratines sont nombreux et font trop d’enfants et rien ne peut être fait pour eux dans ces conditions »..

Ici, permettez-moi, je vous prie, un rappel comparatif. Vous savez, ce qui arrive ailleurs n’arrive pas seulement autres et, contrairement à l’idée répandue dans les cercles du pouvoir et la fraction réactionnaire de l’opinion, la Mauritanie n’est pas une citadelle à l’abri de l’évolution humaine. En Côte d’Ivoire où je suis allé à la rencontre de nos compatriotes, il aura suffi d’une politique similaire de suspicion à l’endroit d’une communauté, pour que le pays sombre dans le désordre et la haine, de 2001 à 2011. J’invite nos élites – épuisées ou émergentes – à méditer l’exemple afin de mieux en anticiper le risque de mimétisme chez nous.

2. Mais à admettre la levée de l’écueil de l’état-civil, comment arbitrer un scrutin en toute impartialité ? Ce sera le second volet de mon propos.

Oui, parlons de la Commission nationale électorale indépendante, la mal-réputée Ceni. Je souligne le dernier adjectif « indé-pen-dan-te » ; ainsi, l’aberration ne vous échappe : les membres de l’instance d’arbitrage du choix populaire sont nommés par le Président de la république, après consultation des segments partisans dont il admet la représentativité. Vous voyez, un peu, à quel point l’on se moque de vous, de nous tous ? Comment prétendre garantir la transparence et l’éthique, si l’on se place, d’emblée, dans la posture ubiquitaire du juge et de la partie, de l’arbitre et du joueur ?!!!! In fine, ne cherche-t-on plutôt à provoquer la protestation légitime, pour la mieux réputer trouble à l’ordre public, la réprimer et installer alors le pays dans un régime d’exception vernie?

Pour la stabilité de la Mauritanie et de l’environnement régional, nous demandons, instamment, aux autorités mauritaniennes, avec le concours des partenaires multilatéraux, des partis et de la société civile, de mener un exercice de raison et d’introspection, au terme de quoi des mesures courageuses permettraient de refonder la Ceni sur des bases de consensus inclusif. Comme toutes les choses précieuses, la paix a son prix ; chez nous, il paraît bien modique, au regard de ce que coûterait l’aventure désastreuse d’un passage en force.

Pour notre part, nous engageons, nos militants et soutiens en Mauritanie et ailleurs, à se mobiliser par les moyens pacifiques pour une Ceni du peuple, gardienne de l’impartialité pour l’alternance. Le verdict des urnes n’en serait que plus crédible.

Nous les appelons à se faire enrôler, partout et leur promettons notre aide active quels que soient les candidats auxquels irait leur préférence ; par delà le vote, disposer de documents d’identité fiable relève de la marche individuelle vers l’épanouissement, l’éducation, la santé et la participation au devenir de la cité.

B. A présent, malgré l’optimisme de la volonté, n’évacuons la lucidité du pire :

1. Le pays, pour survivre, a besoin d’une véritable transition, en vue de réussir l’alternance socio-historique. Vous connaissez l’état de l’économie et des finances publiques, leur faillite retentissante, le délabrement des services de base, des infrastructures, la destruction de l’écosystème naturel, l’aplatissement de la conscience, de la rapine, de l’’arnaque, l’arrogance affairiste, le délitement de la vergogne, la corruption banalisée, le chômage érigé en évidence existentielle…..Comment voulez-vous qu’une telle ruine puisse accoucher d’un ré-enchantement national ?

2. Un autre symptôme inquiétant mérite mention: l’évolution lente et laborieuse de l’État de droit butte sur la résurgence de pratiques autoritaires qui favorisent la régression sur les acquis de 2005 à 2008 : les interdictions des partis et d’organisations non-gouvernementales, sur une base insolemment raciste, les poursuite et condamnation de contestataires, à des peines disproportionnées, précédées de détentions préventives, elles-mêmes assorties de tortures, la persécution du capital privé en concurrence avec les intérêts de l’oligarchie, la concurrence déloyale du sommet du pouvoir aux acteurs économiques, la banqueroute des sociétés et projets publics, la dilapidations des financements obtenus, de l’extérieur, en dons, subventions et prêts à long terme, l’opacité dans l’exploitation du sous-sol et des richesses halieutiques, les surfacturations de dépenses par des fournisseurs-prêtes-noms, bref, la normalisation de l’imposture..

3. Avant dernier thème, le tableau s’assombrit, chaque année, avec la surenchère obscurantiste des fatwas et normes liberticides ; pareille dérive, absolument inédite dans le récit de ce peuple esclavagiste mais naguère si tolérant, va à l’encontre de ses préceptes religieux, culturels et de sa diversité culturelle ; il est à la fois triste et confondant qu’au moment où l’inventeur du l’extrémisme violent, l’Arabie Saoudite, tourne le dos à de tels dogmes, nos dirigeants aventuriers y foncent, tête baissée, sans même s’embarrasser de la contradiction flagrante de leur participation au G5 Sahel. Pourquoi combattre le terrorisme si l’on se met à appliquer le programme des groupes terroristes ?

4. Enfin, dernier argument à l’appui de mes alarmes, j’attire votre attention sur la permanence de la tension hystérique avec le reste du monde, après une décennie d’aversion agressive envers l’opposition, les défenseurs des droits humains, les étrangers, les Etats voisins. A présent, le pouvoir, se livre à la falsification de l’histoire, dans une entreprise de braquage par effraction sur la mémoire collective ; il nous impose un nouveau drapeau, un hymne rafistolé, nous invente des épisodes de résistance anticoloniale et encourage la haine de la langue française, non sans pousser à l’invective des Ong internationales de promotion de la dignité humaine ; comme aux pires heures de la guerre froide, sa police expulse les journalistes et les bénévoles de l’action humanitaire, obsédé par le délire de l’espionnite aiguë où tant de tyrannies ont sombré. Le comble de l’hostilité compulsive réside dans les campagnes de dénigrement, contre les rapporteurs spéciaux au Conseil des droits de l’Homme de l’Onu.

Mes amis, mes frères et compagnons de lutte, si le bilan et les perspectives que je dresse ici vous inspirent le doute, la divergence ou l’adhésion, sachez-le, je suis venus en discuter avec vous ; je suis venue chercher la contradiction sincère et frontale ; la foi chevillée au corps, en notre pays la Mauritanie, enfin réparée et debout, surtout ouverte à l’Autre, travailleuse, créatrice, libre, vouée à la joie, reconnaissante du mérite, émancipée de la médiocrité, m’a conduit devant vous.

Merci, encore, de m’avoir écouté. Débattons !

Source crédit: Réseaux IRA

NEWS GANBANAAXU: Rencontre à Nouakchott

SG ARMEPES-France Abdoulaye TRAORÉ

Notre secrétaire général Abdoulaye TRAORÉ participe comme invité aux activités du 5ème colloque de FRATERNITÉ de l’association Main dans Main. Cette association travaille depuis plusieurs années pour le rapprochement des communautés par son concept inédit appelé FRATERNISATION. L’événement de cette année se déroule du 10 Mai au 13 Mai 2018.

https://www.facebook.com/AMDMRIM2006/

La CECOM ARMEPES-France

Cérémonie de la présentation du livre:  » Plus jamais d’Esclavage; le Combat Pacifique de Biram Dah Abeid pour les Droits Humains en Mauritanie » à Rome le 9 mai 2018.

L

‘auteur de l’ouvrage est Maria Tatsos, est présente au siège de la Stampa Italiana, la maison d’édition qui habrite l’événement ainsi que les auteurs de la préface et de la postface de cet ouvrage sur la trajectoire de Biram Dah Abeid et de son organisation IRA-Mauritanie : le responsable de Amnesty-International Italie Giusepe Maimoune, et un universitaire anthropologue, spécialiste de l’esclavage, et ayant travaillé sur la Mauritanie.

La cérémonie ouverte par la vice-présidente de Stampa Italiana, et le modérateur, qui représente la maison d’édition Paoline, donne la parole au responsable d’Amnesty international. Ce dernier loue l’engagement de Biram Dah Abeid qu’il qualifie de défenseur de droits humains, incorruptible et plein d’abnégation, digne héritier de Nelson Mandela. Ricardo Noury met l’accent aussi sur la persistance de l’esclavage et la discrimination en Mauritanie et la nécessité de les éradiquer. Il fustige le fait que le gouvernement italien reçoit le ministre de la défense mauritanien, membre d’un gouvernement coupable de perpétuation de l’esclavage.

Maria Tatsos, l’auteur, décrit Biram Dah Abeid comme un Ghandi Africain dont la force des idées, des mots et des actions ont bouleversé la société mauritanienne; les fortes secousses que Biram Dah Abeid et son organisation ont infligé à la société, ont permis aux hratin, et aux autres cadets sociaux, naguère résignés et effacés, de prendre la parole et l’initiative. Tatsos rappela les péripéties de la confrontation idéologique et religieuse entre Hratin et Beydane à travers deux camps protagonistes: Biram Dah Abeid et IRA d’une part, érudits maures et pouvoir mauritanien d’autre part. L’écrivaine souligne que pour le moment, pouvoir et groupes dominants ont perdu la bataille médiatique, sur le plan diplomatique et à travers l’angle de la légitimité par le droit international; elle atteste aussi que la popularité grandissante dont jouit IRA et son président, au sein des populations mauritaniennes, dénotent de l’affaiblissement de l’emprise des groupes dominants sur le peuple, et surtout sur les franges hratin. Mais hélas, le rapport en images accompagné de forts commentaires, sur la situation de l’esclavage en Mauritanie, révèle la désolation, la persistance de l’esclavage domestique, l’esclavage foncier, les viols systématiques, la privation de l’État civil et l’énorme pauvreté. Maria Tatsos constate à travers son exposé que l’esclavage continue à sévir sous toutes ses formes, caché tant bien que mal, par les autorités mauritaniennes.

L’universitaire Giusepe Maimoune, fait remonter le début du militantisme anti-esclavagiste hratin en Mauritanie à 40 ans, date de la création de Elhor; mais pour lui le vrai défi posé à l’État Mauritanien, au sujet de la question de l’esclavage et des Hratin ou celle du racisme, c’est avec la création et l’activisme intérieur et extérieur de IRA. Pour Maimoune les actions, activités et discours téméraires de Biram Dah Abeid et ses compagnons, ont permis d’implanter IRA dans toutes les villes et tous les villages de Mauritanie; et que la Mauritanie a acquis une célébrité qui lui a tant manqué, grâce à la renommée internationale du leader d’IRA-Mauritanie et à la médiatisation de ses actions ou discours. L’universitaire italien a souligné que l’interdiction du mouvement IRA et le parti RAG qui en est une émanation, a limité l’efficacité de Biram Dah Abeid et ses compagnons; néanmoins, pour Maimoune, le score de 9 pour cent aux dernières élections présidentielles, est très bon et il considère que c’est autour de l’ouverture ou non du jeux démocratique en Mauritanie, que l’issue de la confrontation va se décider. Maimoune affirme que le bouleversement profond et globale que IRA et son président ont commencé à imprimer pour la Mauritanie, dénote que leur action est multiforme et dépasse le cadre d’une simple activité pour les droits humains, et vers une opération de changement sociétal et politique globale.

Allocution de Biram Dah Abeid

Aujourd’hui encore, je vis, avec vous, des moments où ma lutte, celle de mes compagnons, est magnifiée, en Italie, par la belle langue de ce peuple, héritier d’un empire et produit d’une bataille mémorable contre le fascisme, une autre forme d’esclavage, comme le rappelait le moins anonyme des Turinois, le prosateur de l’urgence, Primo Levi, dans son livre « Si c’est un homme ». Oui, nous avons choisi de devenir des hommes, debout, à l’inverse de son personnage, cet être résigné à son sort, orphelin même de la volonté de survie.
L’écrivaine Maria Tatsos, s’est investie pour vous rendre compte de notre longue marche et léguer, aux générations futures, la trajectoire des derniers témoins de l’esclavage de naissance dans le monde arabo-musulman. Maria, emboîte ainsi le pas, de la plus belle manière, à bien des figures de l’humanisme engagé dans votre pays. Aussi, citerais-je, entre autres compagnons de route, Ivana Dama, feu Marco Panella, Ricardo Noury et Giusepe Maimoune ; je n’oublierai, non plus, l’amitié admirable de Francesca Doria et de Marisa Sovoia.
Permettez-moi, s’il vous plaît, de rendre hommage à toutes les militantes et militants pour une Mauritanie de l’égalité ; compatriotes ou étrangers, ils ont maintenu, intacte, afin de la transmettre encore et toujours, la sève de l’universalisme en actes. Au nom de notre appartenance commune à l’espèce humaine, mon souvenir, empreint de fierté, va vers les mauritaniens, d’extraction esclavagiste ou descendants de maître, qui ont décidé l’éradication du système de privilèges par le sang ; d’autres, moins visibles, mènent, souvent de manière diffuse, des formes de refus et de résistance dont témoigne, aujourd’hui, l’écriture ardente de Maria Tatsos, un texte où le lecteur pressent la verve de Curzio Malaparte et beaucoup de Pier Paolo Pasolini, idéaliste de la transformation sociale.
Maria, chers amis, je dois me mettre à apprendre l’italien, pour ne plus me contenter des traductions vers l’Arabe et le Français. Grace à votre ouvrage, j’irai à la rencontre du plus albanais des Sardes, Antonio Gramsci dont les expressions « société civile », « intellectuel organique » et « hégémonie culturelle» décrivent tant notre combat. En relisant les « Cahiers de prison », peut-être découvrirais-je, enfin, le secret ambivalent des écrivains d’Italie, quand ils excellent à exposer la souffrance de l’Autre mais aussi en magnifier l’espoir, comme une forme de rachat, j’allais dire de rédemption, devant la cruauté de la vie.
Alors, oui, continuions, ensemble, à espérer et agir, sans trop rêver. Seul l’effort collectif paie.
Je vous remercie.

Crédit source: le président de Réseaux IRA

ALERTE À DAFORT: TENTATIVES D’EXPROPRIATION D’HÉRITAGE À CARACTÈRE ESCLAVAGISTE.

Depuis le 17 Avril 2018, plusieurs familles de notre communauté connues comme anti- esclavagistes et refusant le système humiliant de l’esclavagisme statutaire par le lada soninké, sont approchées par certains éléments issus de la féodalité villageoise. À ce jour 6 familles de la communauté GANBANAAXU DAFORT sont menacées de cette expropriation à caractère clairement esclavagiste.
Toutes ces familles font partie de celles qui se sont défaites du joug psychologique et social de l’esclavagisme statutaire soninké véhiculé par le système de ladalamaxu*. Comptant sur le régime coutumier et féodal sur le foncier, les féodaux aux mentalités esclavagistes veulent sévir contre des paisibles citoyens dans cette localité (Commune de Dafort) du Guidimagha faisant partie de l’arrondissement de Lahraj. Depuis plusieurs mois, les autorités régionales et nationales sont alertées sur les comportements agressifs incessants à l’endroit de la communauté citoyenne GANBANAAXU dans le corps social soninké du Guidimagha.
Encore une fois , nous faisons appel aux autorités administratives, aux organismes nationaux de défense des droits humains (CNDH ET TADAMOUN), aux organisations indépendantes (SOS-ESCLAVES, AMDH, AMEES, IRA-MAURITANIE, UVDS, ORGANISATION CONTRE LES DISCOURS EXTRÉMISTES, BIT ET D’AUTRES), sur ces tentatives d’expropriation foncière à caractère esclavagiste qui violent ouvertement la Loi mauritanienne en la matière et rentrent dans les dispositions pénales contenues dans la loi 2015-031 qui criminalise les pratiques esclavagistes en Mauritanie. Notamment les articles suivants :

Article 12 : Quiconque s’approprie les biens, les fruits et les revenus résultant du travail de toute personne en la considérant esclave ou extorque ses fonds est puni d’une réclusion de cinq (5) à sept (7) ans et d’une amende de deux cent cinquante mille (250.000) à cinq millions (5.000.000) d’ouguiyas.

■Article 14: Quiconque prive frauduleusement d’héritage toute personne, en considérant qu’elle est esclave, est punie d’une réclusion de cinq (5) à sept (7) ans et d’une amende de deux cent cinquante milles (250.000) à cinq millions (5.000.000) d’ouguiyas.
Également les autorités compétentes doivent prendre leurs responsabilités face à cette situation sensible à l’approche de la saison de pluies. Nos éléments sont plus que jamais déterminés de poursuivre l’exploitation de leurs parcelles de terres agricoles léguées en héritage par leurs ancêtres depuis plus d’un siècle bientôt.
Pour rappel sur le foncier, il est précisé ; juridiquement les textes sont clairs sur la question foncière en Mauritanie. L’article premier de l’ordonnance 83-127 du 05 juin 1983 portant réorganisation foncière et domaniale stipule que : « La terre appartient à la nation et tout Mauritanien, sans discrimination d’aucune sorte, peut, en se conformant à la loi, en devenir propriétaire, pour partie » et l’article 3 du même ordonnance dispose que : « Le système de la tenure traditionnelle du sol est aboli »

*ladalamxu : un système de rapports sociaux basés sur une subordination à caractère esclavagiste chez les soninké.

Lettre ouverte mise en copie et remise à qui de droit

DAFORT le 7 Mai 2018
COMMUNAUTÉ GANBANAAXU DAFORT

RAPPORT ALTERNATIF DEVANT LE COMITE POUR L’ELIMINATION DE LA DISCRIMINATION RACIALE CERD

95ème session (23 Avril – 11 Mai 2018) GENEVE

I. Economie des arguments

S’il existe un pays où la discrimination et le racisme sont les piliers du pouvoir, c’est bien la Mauritanie.
La structure sociale du pays n’a pas évolué depuis des siècles et un système de caste des plus rigides régit toutes les relations entre les différents groupes constitutifs de la société instaurant de fait une discrimination.
De facto et parfois de jure, leur permanence maintient un degré élevé d’iniquité, essentiellement sur une base raciale et/ou de naissance.
Il en résulte l’accès inégal à une existence épanouie, donc de qualité notamment dans les domaines spécifiques de la santé, de l’alimentation, du niveau d’instruction et de la justice.

De plus cette discrimination est couplée avec un racisme atavique de la minorité « blanche » (les Bidhanes) envers les « noirs » (Hratine et Afro-Mauritaniens). Mais à la différence de l’Apartheid, le développement des deux ensembles ne s’opère pas dans la séparation mais sur le même territoire, sans distinction d’espace, ce qui complique souvent l’analyse et l’interprétation des symptômes d’une domination insidieuse où la religiosité, la supériorité génétique et l’illusion d’être majoritaire confortent, parmi les anciens maîtres, le sentiment de leur droit et le devoir, pour eux, de résister à une contestation perçue comme injuste, malveillante et téléguidée depuis l’étranger.

De la confusion entretenue entre foi et actes d’oppression, résulte, au sein du groupe hégémonique, la certitude que l’engagement anti-esclavagiste cible l’islam et les musulmans et, à ce titre, vise la destruction du fondement de l’unité du pays, à savoir la sacralité du privilège de caste, présenté alors comme expression d’un ordre divin.

Et pourtant, le gouvernement ne rate aucune occasion d’édicter des lois et de signer et ratifier des instruments internationaux protecteurs de l’égalité raciale. Cette ambivalence, souvent empreinte de schizophrénie, caractérise le niveau de discrimination en Mauritanie, son extrême sophistication. Il dévoile surtout le soin et le coût que le système de pouvoir consent pour cacher la réalité, tout au moins l’atténuer. Jamais, peut-être dans le pays, entreprise de propagande n’aura mobilisé, avec constance, autant d’énergie, de moyens et d’abnégation à falsifier, frauder, mentir et intimider, pour un résultat au final médiocre. En effet, d’une année à l’autre, la notoriété du racisme local augmente dans la communauté internationale, entraînant, chaque fois, un supplément d’efforts gouvernementaux pour le cacher. Parmi les institutions les plus zélées à la tâche de l’occultation, il y a lieu de citer, en premier lieu, la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh) dont l’Alliance Globale vient de proposer la rétrogradation, au terme d’un lent travail d’évaluation de ses activités.(https://www.alkarama.org/fr/documents/mauritanie-alliance-globaledes-institutions-nationales-des-droits-de-lhomme-ganhri)

II. Des proportions

C’est dans ce cadre qu’un esclavage ancestral, basé sur l’ascendance, persiste en Mauritanie en dépit de toutes les dénégations du pouvoir et concerne entre 1,06% de la population (Global Slavery Index 2016) et « des milliers de personnes » (Anti-Slavery International).

Plus proche du terrain, l’IRA dont l’une des méthodes d’action est de libérer des esclaves, avance le chiffre de 20% de la population mauritanienne tenue en état de sujétion, soit au titre de la croyance religieuse qui expose le serviteur rebelle à la damnation éternelle soit à cause de la dépendance économique et statutaire vis-à-vis du descendant du maître. Le cadre de l’organisation tribale, perpétue le lien, sous couvert de solidarité exclusive face aux autres clans.

Circonstance aggravante, le pouvoir cautionne une version conservatrice et déviante de l’islam qui organise l’exploitation de l’homme par l’homme, la vente de personnes et les abus sexuels y compris sur mineurs, dans des manuels de Charia écrits depuis des siècles mais toujours enseignés aux magistrats et personnel de police judiciaire.

Pour les maîtres, cela conforte leur pouvoir et pour les assujettis, dépourvus pour la plupart de toute éducation, cela crée une dépendance psychologique plus forte encore que leur statut social.

L’esclavage constituant une discrimination incontestable, le premier point de notre Rapport analysera les plaintes pour cas d’esclavage et leur suivi. Nous verrons ensuite comment la discrimination raciale est effective dans toutes les sphères du pouvoir, comment le recensement des citoyens mauritaniens vise à exclure la composante noire, comment la politique foncière de la RIM lèse les droits des Noirs qui cultivent la terre, enfin comment l’usage des langues nationales et l’arabisation de la société restreignent les libertés individuelles et l’ouverture sur le monde afin de mieux dominer.

III. De la démonstration A. Plaintes pour cas d’esclavage 1. Le cadre formel

Depuis l’indépendance de la République Islamique de Mauritanie, l’esclavage a fait l’objet de trois lois d’abolition.

L’ordonnance n° 081-234 du 9 novembre 1981, considérée comme la première loi abolissant l’esclavage de la RIM , ne prévoyait pas de sanctions pénales pour cette pratique mais énonçait qu’en conformité avec la charia, une indemnisation serait versée aux propriétaires d’esclaves.

La loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007 a érigé en infraction pénale les faits d’esclavage mais ne permet pas aux victimes de se constituer en partie civile afin d’obtenir réparation ou dommages et intérêts.
Ses dispositions concernant uniquement la responsabilité pénale individuelle des propriétaires d’esclaves, dès lors la mise en oeuvre repose entièrement sur le bon vouloir de la police et du ministère public.
Force est de constater que ces derniers peuvent ainsi requalifier les affaires en « querelle de succession » ou en « conflit foncier ».
Bien souvent le plaignant, sous la pression de sa famille élargie, de son maître ou parfois des autorités locales, retire sa plainte ce qui a pour conséquence que les affaires ne sont jamais signalées comme des affaires « d’esclavage » et que sur le plan judiciaire, les cas d’esclavage n’existent plus.

Par ailleurs les juges (à 99% issus du groupe dominant esclavagiste pourtant minoritaire) sont souvent réticents à offrir des recours juridiques permettant de protéger les victimes d’esclavage car ils craignent d’être considérés comme déloyaux et ostracisés par les leurs.

La loi de 2007 ne permet pas aux ONG de défense des droits de l’homme d’introduire des affaires au nom d’esclaves. C’est donc généralement la gendarmerie qui agit en premier lieu pour vérifier sur place les faits rapportés par le requérant. L’enquête est alors très souvent interrompue, sous l’injonction des autorités administratives, judiciaires et policières, suite à la négation des faits d’esclavage de la part de la parenté du maître, des personnes vivant au domicile du maître et finalement par le retrait de la plainte suite aux pressions sociales, financières et religieuses subies.

La loi de 2012 élève l’esclavage au rang de crime contre l’humanité.

En septembre 2015 la loi 2015-031 prévoit que la peine pour ce crime passe de 10 à 20 ans de prison.
A cette occasion un Tribunal spécial pour juger les crimes d’esclavage a été mis en place mais les juges nommés par le pouvoir exécutif n’avaient aucune spécialisation dans ce domaine. D’ailleurs, jusqu’à présent, des dizaines de dossiers sont pendants devant les parquets et les juges d’instruction n’ont pas été saisis et instruits par ces tribunaux malgré le caractère avéré des pratiques esclavagistes comme en attestent les libellés des chefs d’inculpation déjà signifiés par les juges du parquet et de la police.

Dans un document publié sur le site du Cridem et datant du 10 novembre 2017, l’IRA relève que 17 cas de plaintes pour esclavage sont toujours pendants devant les autorités administratives et judiciaires du pays, dont les cas de Hel Legraivy, Mouhamedou Ahmed Salem et Moilemnine Bakar Vall
(http://cridem.org/imprimable.php?article=704385)

2. Les procès

A ce jour, il n’existe que 2 procès ayant pu aboutir à une condamnation pour crime d’esclavage :

1) sur base de la loi de 2007, celui des victimes Yarg et Saïd en 2011, confirmé en appel en 2016. Mais sur les 7 accusés, un seul sera condamné à 2 ans de prison ferme, confirmé en appel le 24/11/2016 alors que la peine prévue par la loi est de 10 à 20 ans. De surcroit, au bout de quelques mois, le coupable a bénéficié d’une mise en liberté provisoire.
La Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples vient de sortir un arrêt condamnant la Mauritanie pour avoir failli à son devoir de protection des enfants
Saïd et Yarg alors âgés de 13 et 8 ans.
(http://minorityrights.org/2018/01/29/la-decision-du-comite-des-droits-delenfant-de-lunion-africaine-represente-une-avancee-majeure-dans-la-lutte-pourleradication-de-lesclavage-en-mauritanie-selon-des-groupes-de-defense-des/)

2) sur base de la loi de 2015, le procès dit de « Néma » où en 2016 deux présumés coupables de pratiques esclavagistes ont été condamnés par le Tribunal spécial contre l’esclavage à 5 ans de prison dont 4 avec sursis alors que les dispositions de l’article 7 de la loi 031/2015 prévoient au minimum 10 ans.

Lors de la mission de suivi de la Rapporteuse des Nations unies sur les formes contemporaines d’esclavage, Gulnara Shahinian, en Mauritanie en 2014, le Procureur général lui a précisé que quelques 26 jugements définitifs avaient été prononcés depuis 2010 sans pour autant lui en communiquer les données, ce qui démontre que le faux et le déni caractérisent les communications officielles du
régime à propos de l’esclavage. (https://documents-ddsny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G14/147/13/PDF/G1414713.pdf?OpenElement)

Pour un Etat qui nie la persistance de l’esclavage et ne voit dans cette pratique que des « séquelles », promulguer trois lois abolissant l’esclavage relève de l’aberration ou de l’inconscience.

En revanche force est de constater que si 3 Mauritaniens ont été condamnés pour faits d’esclavage, des dizaines de militants anti-esclavage de l’IRA le furent parce qu’ils dénonçaient ce crime, de manière pacifique.
Amnesty International relève que depuis 2014 plus de 60 membres de l’IRA dénonçant l’esclavage ont été arrêtés.
Deux d’entre eux purgent toujours une peine de 3 ans de prison au terme d’un procès qualifié de « politique », par Amnesty International, précision qui ne caractérise pas un Etat de droit.

3. Recommandations

L’interprétation erronée de l’islam pour justifier l’esclavage est un puissant moyen de maintenir des citoyens dans un état de sujétion.
En collaboration avec la société civile mauritanienne, le Ministère des Affaires religieuses devrait y remédier par une campagne active et continue, sur tous les supports de médiatisation, afin d’enraciner, dans l’opinion, le rejet de toute prétention à la supériorité raciale et dénoncer les écrits de jurisconsultes musulmans quand ils justifient la licéité de posséder une personne et de la traiter en conséquence. Le succès de la prise de conscience reste tributaire du degré de contradiction dans le débat et surtout de sa dissémination à l’intérieur du pays.

Par ailleurs le pouvoir mauritanien doit cesser d’interdire aux journalistes d’enquêter sur la question de l’esclavage. Le 27 mars dernier, Reporters sans Frontière a dénoncé la détention pendant plus de trois jours et l’expulsion de Seif Kousmate, un photojournaliste franco-marocain qui effectuait un reportage sur l’esclavage. Cela démontre, s’il le fallait encore, le tabou et la censure qui entoure cette question. En avril 2017, Tiphaine Gosse, une journaliste indépendante française enquêtant sur l’esclavage avait été expulsée sous peine de se retrouver en prison. Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique à RSF, a déclaré : « La Mauritanie ne mettra pas fin à la pratique illégale de l’esclavage en empêchant les journalistes de s’y intéresser. »
(https://rsf.org/fr/actualites/un-photojournaliste-franco-marocain-expulse-demauritanie-pour-une-enquete-sur-lesclavage)

B. Discrimination raciale

La composition ethnique de la population mauritanienne est une question hautement épineuse et sensible en Mauritanie.
Alors que le CERD, lors de sa session d’août 2004, a recommandé à la Mauritanie d’effectuer le recensement de la population suivant les indicateurs subjectifs de l’appartenance, le gouvernement a pour principe de ne pas établir de statistiques à ce sujet sous prétexte que reconnaître les disparités ethniques s’apparenterait à de la discrimination et à une volonté de semer la discorde.
Mais paradoxalement, les tenants du pouvoir déclarent de manière récurrente que les Arabes représentent 80% de la population alors que les Noirs ne représentent que 20% faisant ainsi de la démographie racialiste le principal argument de légitimation de leur hégémonie, vieille de quelques siècles..

En fait, une telle approche vise à protéger les privilèges du groupe dominant et contribue à masquer les défis d’ordre social, donc l’opportunité de les corriger par des mesures volontaristes.

Des sources dignes de foi relèvent que le pourcentage de Hratine et d’AfroMauritaniens réunis se situe entre 80 et 85% de la population.
Le Département d’Etat des USA estime quant à lui que ces deux groupes réunis constituent 73% de la population.
Philip Alson indique dans son Rapport sur l’extrême pauvreté en Mauritanie que moins de 20% des postes à responsabilité dans le pays sont occupés par les Hratines et les Afro-Mauritaniens alors que ce groupe constitue 70% de la population.
(https://documents-dds-
ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G17/053/84/PDF/G1705384.pdf?OpenElement)

Pourtant l’ampleur de l’exclusion des Hratine et des Afro-Mauritaniens des postes de pouvoir et dans la société se réflète dans un rapport de 2014 d’après lequel « seulement 5 des 95 sièges à l’Assemblée nationale étaient occupés par des Hratine et 1 seul sénateur sur 56 appartenait à ce groupe. 2 des 13 gouverneurs régionaux et 3 des 53 préfets régionaux sont Hratine. 90% des officiers de l’armée sont des Maures blancs, 7% Hratine et 3% AfroMauritaniens ».(A/HRC/26/49/Add.1 par 7)

D’après le Département d’Etat des USA, les Bidhanes représentent 27% de la population mais occupent 80% des postes décisionnels.

Les tribus et clans bidhanes sont hyper dominants au gouvernement, dans la vie politique, économique et sociale du pays ainsi que dans les forces de police et l’armée par rapport à la population qu’ils représentent.

Les tribus et clans bidhanes bénéficient d’une rotation perpétuelle de leadership, dans le gouvernement, la banque, l’économie, la pêche, les mines, ainsi qu’au commandement des forces de police, des divers corps d’armée et du personnel religieux. Cette posture d’éternel premier ne corrobore nullement leur poids démographique en baisse constante.
En revanche, quand ils parviennent à s’élever au-dessus du legs de leur infériorité, les anciens esclaves continuent de se heurter – plus que leurs compatriotes – à la discrimination en matière d’égalité des chances dans l’emploi, l’accès à la justice et le bénéfice d’une éducation de qualité.

Tout récemment, le 24 mars dernier, interviewé sur RFI dans l’émission « Invité Afrique », l’anthropologue Abdel Wedoud Ould Cheikh, professeur émérite de l’Université de Lorraine déclarait que le mouvement amorcé dans les années 80 pour éliminer peu à peu le pourcentage de cadres noirs dans l’appareil administratif de haut niveau s’est amplifié et ce pourcentage aujourd’hui est quasi nul.
Il explique par ailleurs que « l’expatriation de beaucoup de cadres noirs mauritaniens de très haut niveau témoigne de la rétraction du marché de recrutement dans l’administration et d’un travail d’exclusion qui s’est amorcé de façon très forte à partir de 1989.
(http://cridem.org/imprimable.php?article=709380).

1. La loi de 2018 sur la non discrimination

Le 18 janvier 2018, l’Assemblée nationale a adopté une loi portant incrimination de la discrimination. Selon Amnesty International elle comporte des dispositions imprécises et trop générales qui pourraient être retenues contre les militants qui dénoncent des groupes perpétuant la pratique de l’esclavage.

L’art 10 prévoit que les personnes qui encouragent l’incitation à la haine contre la doctrine officielle de la RIM encourent une peine maximale de 5 ans de prison. Le terme « doctrine » désigne ici, l’islam sunnite, de rite malékite, au nom duquel justement l’esclavage a été institué et sacralisé au fil des siècles. Cette astuce légale permet, au besoin, de faire taire l’activiste des droits humains, en lui imputant une parole ou un acte de sédition contre Dieu.

L’art 12 prévoit 3 ans de prison pour quiconque publie, diffuse, soutient ou communique des termes qui pourraient laisser apparaître une intention de blesser ou d’inciter à blesser moralement ou physiquement, de promouvoir ou d’inciter à la haine.

Les crimes prévus dans cette loi sont imprescriptibles (art 7) et peuvent avoir pour conséquence la perte des droits civiques pouvant atteindre une période de 5 ans ce qui, entre autres, signifie l’interdiction de voter ou de se présenter à des élections.
(Amnesty International : « Une épée au-dessus de nos têtes » rapport publié en mars 2018 Index AFR 38/7812/2018 French).

La discrimination positive ainsi prônée par le gouvernement ne remet pas en question, encore moins en cause, la mentalité des anciens maîtres.
Elle ne fait qu’occulter une réalité qui embarrasse le pouvoir.
A la seule lecture des articles qui composent la loi, on remarque clairement qu’elle est plutôt faite pour museler toutes les velléités de dénonciation du racisme d’Etat qui s’exerce de plus en plus contre les ethnies noires (Hratine, Peuls, Soninkés, Bambara et Wolofs) ainsi que contre les castes dites inférieures de la communauté bidhane.

C’est le cas du blogueur Mohamed Cheikh M’Khaitir qui appartient à la caste inférieure des Forgerons. Il a dénoncé l’instrumentalisation de la religion au service des pratiques de discrimination raciale, d’esclavage et de caste. Il a été emprisonné, condamné à mort pour apostasie, finalement libéré mais toujours séquestré sur instruction de l’Exécutif au mépris de la séparation des pouvoirs.

Partout dans le monde, l’identité de groupe est au centre des politiques. Affirmer que tous les citoyens sont égaux en droit permet tout simplement de congédier la réalité, la différer pour mieux maintenir l’intégrité du statu quo. A notre époque, héritière de la Shoah et du Goulag, le respect des identités des groupes différenciés, de leur histoire et langue, renferme un gage de démocratie et de respect de la personne.

2. Recommandations

Avec d’autres organisations de défense et de promotion de la dignité de l’individu, IRA Mauritanie demande aux autorités nationales :

– d’intégrer dans le droit interne mauritanien une définition de la discrimination raciale qui reprenne l’ensemble des éléments de l’art 1 de la Convention, y compris la discrimination fondée sur l’ascendance

– de rendre accessible, aux diverses composantes de la population, la faculté de se faire déléguer, à égalité de compétence, dans les institutions de l’Etat, en particulier les forces armées et de sécurité, le corps des magistrats et le personnel des ambassades.

C. Recensement et état-civil : la technologie au service de la domination

En mai 2011, les autorités mauritaniennes ont lancé un recensement national dans le but d’enregistrer les citoyens sur une base biométrique en systématisant les cartes d’identité et les listes électorales.
Pour s’enregistrer, les personnes devaient soumettre une série de documents : la carte d’identité des parents ou un passeport ou un certificat de naissance. Pour enregistrer les enfants un certificat de mariage des parents était exigé.

Ces conditions excluaient de fait les Hratines et les Afro-Mauritaniens dont les parents et grand-parents n’étaient ni enregistrés ni détenteurs de certificat de naissance vu qu’ils n’étaient pas mariés civilement, la tradition islamique accordant la priorité au mariage religieux ce qui est d’ailleurs toujours le cas dans les régions rurales.
Donc de fait la procédure de recensement est discriminatoire à l’égard de ces populations et nombre d’enfants sont ainsi apatrides.
Et pour ceux qui ont le courage de persévérer pour exiger leur droit à la citoyenneté, les démarches sont compliquées, onéreuses et pleines d’embuches.

En avril 1989 quelques 60.000 personnes dont des fonctionnaires AfroMauritaniens soupçonnés d’appartenir à l’opposition et des villageois de la vallée du fleuve Sénégal ont été expulsés vers le Sénégal. La plupart ont vu leurs documents d’identité confisqués ou perdus.

Lorsqu’ils sont rentrés au pays, dans les années 90, ils ont rencontré de grandes difficultés pour obtenir des documents d’identité leur permettant d’exercer pleinement leurs droits de citoyens mauritaniens.
Ceux qui sont rentrés plus tard, suite à l’accord tripartite de 2007 entre la Mauritanie, le Sénégal et le HCR ont rencontré moins de problèmes grâce à la protection de ce dernier.

Sur les 24.000 Mauritaniens rentrés au pays, seul 8000 environ ont réussi à obtenir des documents officiels attestant de leur citoyenneté. Les autres ne peuvent accéder aux services publics tels l’éducation et la santé ou s’inscrire sur les listes électorales, et sont exclus des recensements nationaux.

Beaucoup voient dans cette situation une volonté délibérée du pouvoir d’exclure les Afro-Mauritaniens de l’état-civil.

Depuis la rentrée de 2017, de nombreux enfants ont été déscolarisés de l’école publique car non enregistrés. Tous les mineurs âgés de 10 ans et plus doivent posséder une carte d’identité pour se présenter aux examens de fin d’école primaire.

Selon l’UNICEF seulement 32,6% des enfants de moins de 5 ans issus des 20% de la population la plus pauvre sont enregistrés à la naissance alors que 84,4% le sont sur les 20% de la population la plus riche.

On le voit, sans pièce d’état civil le droit à l’instruction s’amenuise, tout comme, plus tard, le droit de vote.
Sans pièce d’état civil, pas le moindre droit en Mauritanie.
Des législatives ont lieu cette année et la présidentielle en 2019 : qui pourra exprimer son suffrage ?
Recommandations :

La gravité de la situation et l’aversion qu’elle provoque auprès de beaucoup de Mauritaniens, requièrent :

– un recensement plus précis de la population, avec des indicateurs détaillés et ventilés selon l’ascendance, l’origine raciale et la langue maternelle ;
– un accès plus aisé à l’état-civil compte tenu du « passif humanitaire » de
1989 à 1991 et de la condition structurelle des populations Hratine et Afro-mauritanienne, caractérisée chez les premiers par la dépendance et chez les seconds par l’intériorisation de la citoyenneté de seconde zone.

– qu’en vue des législatives de cette année et de la présidentielle de 2019, tous les citoyens mauritaniens puissent s’enrôler plus aisément à l’enregistrement à l’état civil et obtenir une carte d’identité pour exercer leur droit de vote.

D. La répartition de la terre

La loi foncière de 1983 et le système actuel de propriété foncière est à l’origine de nombreux conflits car elle a donné une base légale à l’expropriation des terres arables dans le sud et certaines régions du centre.

C’est en vertu de la réforme foncière de 1983 permettant l’expropriation de domaine en déshérence que les terres exploitées depuis des décennies par les Afro Mauritaniens furent saisies et réallouées, au bénéfice des Bidhdanes lorsque, dans les années 89-90 les premiers ont été expulsés au Sénégal.

La spoliation et la redistribution massive des terres que les Afro Mauritaniens cultivaient dans la vallée du fleuve Sénégal alimentent toujours le conflit.
Dans de nombreux cas, les villageois ont été privés de terrains exploités par leur communauté depuis plusieurs générations et peu bénéficient d’indemnité. Certains se voient proposer des lopins de substitution, s’ils renoncent à toute prétention sur les parcelles litigieuses.

Près de 100 villages de « rapatriés » sont en proie à des conflits fonciers dans les wilayas de Trarza, Brakhna, Gorgol, Guidimakha et Assaba.

Selon la Banque mondiale, seuls 27.000 titres de propriété ont été enregistrés sur quelque 2 millions de propriétaires terriens potentiels. Les personnes qui n’ont pas de titre de propriété ne peuvent pas faire enregistrer les terres qu’elles exploitent qui font l’objet de propriété individuelle ou collective. Même lorsque des titres sont délivrés ils ne le sont que temporairement et à condition que le propriétaire prouve qu’il peut accroitre la valeur foncière de la terre.

Des paysans ont été arrêtés et détenus pour avoir protesté contre les décisions relatives à leurs droits fonciers et la cession de leurs terres à des hommes d’affaires bidhanes ou à des investisseurs étrangers.

Recommandations

– L’Etat mauritanien est tenu d’appliquer la même règle de droit foncier sur l’ensemble du territoire, au lieu, comme l’atteste la situation actuelle, de restreindre la rigueur de la loi à des zones de peuplement afromauritanien. Le critère d’appropriation par la puissance publique d’une terre non exploitée butte sur la difficulté d’appliquer le même principe aux oueds, steppes et étendues de cailloux situés sur une aire de démographie maure ; ici, les tribus font valoir le titre de propriété collective et l’imposent, envers et contre les normes législatives.

– Une relecture de la loi de réforme foncière et domaniale en vigueur faciliterait la transition vers un régime juridique cohérent et égalitaire où toutes les terres viables seraient définitivement attribuées, d’abord aux autochtones, avec une préséance pour le paysan, sur le détenteur du titre. Par défaut et sauf réquisition dictée selon l’intérêt général, le reste du sol appartiendrait à l’Etat.

E. L’arabisation, instrument d’exclusion

Dans la mise en œuvre des dispositions de la Convention et des recommandations formulées en 2004 par le CERD il est précisé, à l’art 81, que la Constitution mauritanienne a consacré l’arabe, le pulaar, le soninke, le wolof comme langues nationales.

Dans les faits, seul l’arabe compte, au point de devenir l’instrument réussi de l’assimilation et de l’uniformisation culturelle. Là encore, la qualité de langue du Coran est invoquée pour justifier une telle primauté, couvrant ainsi de l’onction du sacré, une œuvre multiforme de destruction de la diversité culturelle du pays.

Plus grave encore, à cette volonté de nivellement du savoir, des valeurs et du degré d’ouverture au monde, s’ajoute une offensive sans répit pour expulser l’usage du français, de tous les aspects de la vie ; ainsi, sous prétexte de reconquérir et conforter l’indépendance du pays et sa souveraineté, se déploie une double dynamique, pour accélérer l’arabisation et restreindre l’apprentissage de la philosophie, des libertés d’expressions et du contrepouvoir, en général. L’implacable travail de reconditionnement idéologique a fini par exclure, de la fonction publique, les cadres afro-mauritaniens pour la plupart éduqués et formés en français.

Dans les recommandations du CERD, l’art 71 stipule que le droit à l’éducation est garanti à chaque citoyen. Or, une fois passé l’écueil des pièces d’état-civil, l’inscription, l’achat de fournitures scolaires et le déplacement pour rejoindre des salles de classe en majorité insalubres, l’enfant noir reçoit une éducation au rabais, de la part d’enseignants sous-qualifiés ; il subit ainsi un endoctrinement idéologique qui gomme son origine, l’histoire de ses ancêtres et le prédispose à l’extrémisme religieux.

Résolus à ne pas accepter l’assimilation que leurs ascendants ont combattue jusqu’au sacrifice de leur vie, des centaines de cadres afro-mauritaniens se sont exilés et travaillent aujourd’hui dans les institutions internationales, parfois à un haut niveau ; en majorité, leur progéniture cherche à suivre la scolarité dans un pays francophone d’où un déchirement presque sans retour.
Inversement, à l’intérieur de la Mauritanie, leur trace sociale en tant que communauté détentrice d’une mémoire et d’une personnalité propre s’estompe.

Par le plus ironique des paradoxes, à mesure que les descendants d’esclaves gagnent en visibilité militante, les Afro-mauritaniens, noirs d’origine subsaharienne comme eux, perdent sur le même terrain. Le dessein de leur acculturation, conçu au début des années 1980, par des suprématistes bidhanes, inspirés des expériences de Saddam Hussein et de Mouamar Kadhafi, semble sur le point d’aboutir. Il constitue, du point de vue des préoccupations du CERD, l’exemple avéré d’un projet de purification avorté dans sa version violente de 1986 à 1991 mais désormais en voie de réalisation sur le plan civil.

Deux autres langues non mentionnées dans la Constitution sont de plus totalement occultées et ostracisées par le pouvoir : le bambara et le berbère (tamasheq).
De 1959 à ce jour, la Mauritanie a entrepris de multiples réformes et réaménagements de son système éducatif. La fréquence et la multiplicité de ces réformes suscitent les observations suivantes :
– elles sont fondamentalement des réformes politiques et/ou idéologiques ; elles ont été élaborées sous la pression des situations de crise, toujours pour les régler, les apaiser ou au contraire exacerber, sans jamais tenir compte des exigences de droits culturels, encore moins de l’unité nationale ou de la pertinence économique
– elles n’ont jamais été objectivement évaluées ; elles ignorent les aspects utilitaires, sociaux, culturels, pédagogiques et psychologiques des langues et les droits culturels des diverses composantes du pays
– hormis celle de 1979 qui a consacré la création de l’Institut des Langues Nationales, ces réformes n’ont pas toutes reflété le caractère multiculturel du pays, ni répondu aux exigences d’indépendance, de développement et de démocratie, encore moins aux aspirations des populations dans leur ensemble.

Si le droit à l’éducation est garanti à chaque citoyen, le droit à choisir son éducation est totalement exclu.
L’arabe est imposé aux enfants issus de familles locutrices du hassaniya, sur la seule base du patronyme, ce qui constitue une entorse à l’universalité des politiques publiques. Ensuite, son usage obligatoire et exclusif dans l’enseignement général s’étend maintenant aux écoliers Afro-mauritaniens, après quelques années où ceux-ci disposaient de la faculté d’apprendre en français. A cause de la division ainsi entretenue dans la société et de l’uniformisation en cours, le groupe non hassanophone se montre réticent à subir l’assimilation par la langue ; de là procède le refus, parmi beaucoup de Noirs mauritaniens, de s’instruire en arabe.

L’enseignement étant en faillite en Mauritanie, le manque d’écoles, d’instituteurs de qualité et de programmes adéquats ont paralysé le secteur. Les Araboberbères, nantis, ont inscrit leurs enfants dans les écoles privées et chères, laissant aux Noirs et Maures de condition modeste, un échec scolaire massif et systématique, dans une institution désormais en ruine.

Depuis une dizaine d’années, les autorités ont créé des écoles d’excellence qui, de fait, ne sont accessibles qu’aux enfants arabo-berbères. La liste des admis au prytanée militaire de Nouakchott constitue, à ce titre, une illustration de toute éloquence.

Oui, la politique d’arabisation en Mauritanie est une fuite en avant, à motivation idéologique, pour mieux enraciner et garantir la mainmise matérielle et symbolique des Maures blancs sur les leviers du pouvoir d’Etat et l’économie. Elle aura conduit à l’effondrement de la compétence dans l’appareil de l’administration publique, la justice, la diplomatie et l’éducation nationale, au profit d’un essor sans précédent du clientélisme tribal. Ainsi livré à la médiocratie, l’Etat a cessé d’incarner le projet d’une république citoyenne ; il ne reproduit plus que le mécanisme d’une jouissance de privilèges, par une minorité solidaire mais en recul constant suivant l’évolution de la démographie.
En décidant d’arabiser le personnel dirigeant et le commandement des forces armées et de sécurité, la Mauritanie parachève ainsi un système de préférence et de fraude qui exclut une partie – majoritaire- de composantes de la société.
Aujourd’hui toutes les correspondances sont en arabe, à l’exception de certaines activités du Ministère des affaires étrangères. L’expression de ce chauvinisme, sans cesse en extension aux champs intellectuel et décisionnel, procure, aux Noirs Mauritaniens, le sentiment d’endurer, sans recours, une oppression de moins en moins rémissible. Il en découle la certitude de la déculturation par l’effet double, de l’effacement des langues nationales et de l’enrôlement discriminatoire à l’état-civil ; de cette combinaison, qu’accentue la guerre ouverte au français, la discrimination atteint sa vitesse de croisière, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays (Mauritaniens de la diaspora).
Recommandations

A ce stade avancé d’exclusion des groupes d’extraction subsaharienne, le risque de basculement des générations d’enfants mauritaniens dans la tentation djihadiste et le délire du nationalisme arabe qui la nourrit, il est important – sinon urgent – que le gouvernement :

– cesse d’encourager la campagne contre la langue française, politique qu’aucun Etat limitrophe n’applique, bien au contraire ;
– se mette à mieux promouvoir le versant africain de l’identité nationale parce qu’il parle à l’aspiration d’environ 70% de Mauritaniens.

CONCLUSION
Le gouvernement du Président Mohamed Ould Abdel Aziz persiste à nier que le racisme et la discrimination existent en Mauritanie.
Tous les faits démontrent le contraire.
Les rapports récents de trois organisations de défense des droits de l’homme, mondialement reconnues, attestent de cette situation :
Amnesty International dans son Rapport sorti le 21 mars 2018
(https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2018/03/mauritania-slavery-anddiscrimination-human-rights-defenders-repressed/)
Human Rights Watch dans son Rapport du 12 février 2018 « Ethnicity,
Discrimination and other red lines »
(https://www.hrw.org/report/2018/02/12/ethnicity-discrimination-and-otherred-lines/repression-human-rights-defenders)
et Alkarama dans son rapport du 27 octobre 2017 sur la Commission Nationale des Droits de l’homme de Mauritanie.
(https://www.alkarama.org/fr/documents/mauritanie-alliance-globale-desinstitutions-nationales-des-droits-de-lhomme-ganhri)
Les signataires du présent Rapport à la 95ème session au CERD du 23 avril au 11 mai 2018 à Genève remercient les membres du Bureau de l’attention et de la suite qu’ils apporteront à cette communication et s’engagent à produire, le cas échéant, tout complément requis.
IRA Mauritanie (Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste)
Biram Dah Abeid, Président (wagueye9396@gmail.com)

Coordination européenne de l’IRA (iramauritanie.europe@gmail.com)
Les sections européennes de l’IRA en Italie, France, Allemagne, Pays Bas,
Espagne, Royaume Uni et Belgique,
Les sections américaine et canadienne de l’IRA,
Les sections africaines de l’IRA au Sénégal et en Côte d’Ivoire Le 28 mars 2018.

Source crédit: Réseaux IRA-MAURITANIE