Retour sur la journée du 6 Mars 2017 à Selibaby : photo-reportage.


L’événement organisé à Selibaby par l’AMEES  (Association Mauritanienne pour l’Éradication de l’Esclavage et ses Séquelles) et ses partenaires du forum Ganbanaaxun Fedde, à l’occasion de la journée nationale de l’antiesclavagisme en Mauritanie, a mobilisé un grand public dans le Guidimagha. 

Alertés et sensibilisés,  plusieurs ressortissants sont venus de différentes localités villageoises majoritairement soninké pour assister à cet événement qui  n’a pas de pareil dans les annales du Guidimagha mauritanien. L’oral inaugural a été assuré par Monsieur Yacoub Fofana, l’actuel  proviseur du lycée de Selibaby. Dans son exposé, il a rappelé que les pratiques esclavagistes sont proscrites par l’islam et que les hommes sont égaux au regard des lois mauritaniennes également. Sur l’approche de la compréhension de l’esclavage statutaire ancré dans le corps sociétal soninké , Mr Fofana semble être en décalage par rapport à l’engagement ferme du public d’en face. En effet il s’est exprimé contre ceux qui assimilent les rapports coutumiers  d’usage entre les descendants d’esclaves et leurs anciens maîtres à des vestiges esclavagistes. Ce son de cloche n’a obtenu aucun écho auprès des participants qui attendaient autre chose qu’une telle sortie pour qui connaissant la société soninké.

Cette rencontre tenue au sein de l’enceinte de la Maison du Guidimagha, a été honorée par la présence d’un représentant du gouvernorat. La délégation de l’AMEES venue de Nouakchott est composée de  Monsieur Foussenou Ndiaye, Monsieur Diadie Bamby Coulibaby entre autres sous la direction du doyen, l’infatigable et l’historique combattant Monsieur Ladji Traoré. L’association UVDS  ( Union des Volontaires pour le Développement de Soninkara) , a dépêché une délégation conduite par son président Yacoub Bakhayokho. Également IRA-MAURITANIE a pris partie à cette  journée historique et inédite dans le Guidimagha, par la présence de 2 personnalités de premier plan, Madame Coumba Dada Kane et Monsieur Balla Touré. Ce dernier lors de sa prise de parole très instructive, a interpellé les participants sur la nécessité d’intégrer la gent féminine dans le combat antiesclavagiste. Il a fait remarquer que malgré les efforts reconnaissables du gouvernement, des militants antiesclavagistes sont ceux qui subissent toujours des injustices dans le cadre de leur activisme pacifique.  Ce jour, l’arsenal juridique contenu dans la loi 2015-031 a été expliqué longuement devant l’assistance. 

Le moment de témoignages a été le plus émouvant de la rencontre. En effet plusieurs intervenants ont rebondi sur les rapports coutumiers qui perpétuent l’esclavagisme statutaire en milieu soninké. Le système de castes qui régit hermétiquement la cité soninké, est arrimé à des assignations rétrogrades et féodales qui privent les personnes d’extraction sociale dite esclave des prétentions statutaires dans le matériel et l’immatériel communs  (le foncier sous régime féodal, exclus des chefferies coutumières basées sur l’âge, exclus de la direction de l’exercice du fait religieux même avec les compétences acquises et les clichés sobriquets déshonorants).

Parmi les différentes interventions,  la question foncière y ressort incessamment . On y dénonce le régime féodal d’un autre âge par lequel les personnes d’extraction sociale dite servile de la société stratifiée , subissent par divers chantages. Certains segments féodaux de la communauté soninké du Guidimagha font fi de la loi foncière de l’état Mauritanien au profit d’un droit coutumier qui fait des certaines personnes d’éternelles subalternes soumises aux caprices des certains « propriétaires terriens » exclusivistes.

La journée du 6 Mars 2017 fera date dans le difficile cheminement de l’activisme antiesclavagiste dans le guidimagha mauritanien. Les mentalités féodales et esclavagistes qui structurent le Vivre soninké sous le régime sournois de LADANI feront face à une large conscientisation des personnes assignées socialement, religieusement et politiquement dans des statuts subalternes. 


La devise de la campagne serait : LES LOIS VALENT PLUS QUE LES LADANI 


Crédit source : rapports des participants (AMEES, UVDS ET TIERS)



Par   K.S



​Mise à jour: Mauritanie – Maintien en détention de deux membres de l’IRA-Mauritanie dans une prison isolée


Les défenseurs des droits humains Abdellahi Matalla Saleck et Moussa Bilal Biram sont toujours détenus dans un endroit isolé en Mauritanie, quatre mois après leur transfert hors d’une prison de Zouérat. Depuis, ils sont détenus à 1200 km de leur maison et il est donc difficile de voir leur avocats, collègues, et famille depuis ce transfert. Les deux défenseurs des droits humains ont été transférés avec leur collègue Abdallahi Abou Diop le 19 décembre 2016 à Bir Moghrein, à la frontière du Sahara Occidental. Abdallahi Abou Diop a été libéré le 12 janvier 2017.
Avant leur arrestation, Abdellahi Matalla Saleck et Moussa Bilal Biram étaient membres actifs de l’IRA-Mauritanie. L’IRA-Mauritanie œuvre pour l’éradication de l’esclavage en Mauritanie, car de nombreux descendants d’esclaves sont toujours privés de leurs droits humains fondamentaux, et ce bien que l’esclavage ait officiellement été aboli en 1981. Entre le 29 juin et le 9 juillet 2016, treize membres de l’IRA-Mauritanie ont été arrêtés à Nouakchott et conduits dans différents centres de détention sans être informés des raisons de leur arrestation. Les forces de sécurité ont ensuite affirmé que leur arrestation était due à leur participation et à l’organisation d’une manifestation contre la destruction d’un bidonville en périphérie de Nouakchott. Aucun membre de l’IRA-Mauritanie n’a participé à cette manifestation.
Les défenseurs ont officiellement été accusés le 18 août 2016, et leurs avocats ont fait appel le 22 août.  Le 28 septembre 2016, les 13 membres ont été transférés dans un centre de détention à Zouérat, jusqu’à leur appel qui a eu lieu le 18 novembre 2016. Zouérat est situé à environ 700 km de leur domicile à Nouakchott. Abdellahi Matalla Saleck, Moussa Bilal Biram et Abdallahi Abou Diop ont signalé des actes de torture et des mauvais traitements pendant leur détention à Zouérat. Les peines des 13 défenseurs ont été réduites; celles de Moussa Bilal Biram et Abdellahi Matalla Saleck ont été réduites à trois ans dont un an de prison avec sursis pour avoir incité à participer à un rassemblement non-armé dans le but de troubler l’ordre public. Le 19 décembre 2017, Moussa Bilal Biram, Abdellahi Matalla Saleck et Abdallahi Abou Diop ont été transférés dans un centre de détention hors de Bir Moghrein, à environ 1200 km de Nouakchott. Aucune raison n’a été donnée aux défenseurs ni à leurs avocats pour justifier ce transfert.  
Il semble que le gouvernement mauritanien réserve ce centre de détention hors de Bir Moghrein aux prisonniers ayant commis des crimes graves. En outre, IRA-Mauritanie a été informée que des prisonniers sont morts dans le centre de détention de Bir Moghrein à cause des mauvaises conditions de détention. Dans cette prison isolée, Moussa Bilal Biram et Abdellahi Matalla Saleck ne seraient autorisés à passer que de courts appels à leur famille et à leurs collègues, et toutes les communications sont étroitement surveillées par des gardes. En raison de la distance physique et du fait qu’il n’y ait pas de route sûre et sécurisée entre Nouakchott et Bir Moghrein, les collègues et les familles des deux défenseurs ne peuvent leur rendre visite.
Front Line Defenders est profondément préoccupée par le fardeau injuste imposé aux familles et aux collègues de Moussa Bilal Biram et Abdellahi Matalla Saleck, étant donné qu’ils sont détenus à 1200 km de Nouakchott; Front Line Defenders appelle les autorités mauritaniennes à rapprocher les défenseurs de leur domicile, en vertu de la règle 59 des Nations Unies relative au traitement des détenus (Règles Nelson Mandela): Les détenus doivent être placés, dans la mesure du possible, dans des prisons situées près de leur domicile ou de leur lieu de réinsertion sociale. Front Line Defenders exhorte les autorités mauritaniennes à assurer que le traitement de Moussa Bilal Biram et Abdellahi Matalla Saleck pendant leur détention, corresponde à toutes les conditions établies dans les «Principes fondamentaux relatifs à la Protection de Toute Personne contre Toute Forme de détention ou Emprisonnement» adoptés par l’Assemblée Générale de l’ONU dans sa résolution 43/173 du 9 décembre 1988.