Tolérance ou Respect : quelle différence ? Tentative de réflexion


Ne dit-on pas que le respect est une véritable rencontre de la différence de l’autre, une expérience authentique de l’altérité et pas simplement un pacte de non-agression tolérante, d’abord, qu’est-ce que le respect ?

Il s’agit d’un sentiment d’égard envers soi-même ou envers quelqu’un d’autre qui se manifeste par une attitude pleine de considération. Et ce respect peut, par la suite, ouvrir la voie au dialogue, au pardon et jouer un rôle important dans l’amélioration de notre quotidien.

Respecter, c’est aussi s’appuyer sur sa capacité d’aimer l’autre avec suffisamment de confiance pour pouvoir se définir, s’affirmer et se différencier face aux attentes et demandes de l’autre, surtout si celles-ci nous paraissent différentes de nos valeurs ou de nos choix de vie. Ainsi chacun aura à se confronter à ses zones d’intolérance, en particulier quand la demande de l’autre ne correspond pas à son ressenti ou à ses sentiments du moment.

Alors que la tolérance n’est pas le respect, elle peut être le sens du respect dans certaines substitutions. Plus que de la tolérance qu’il nous faut impérativement retrouver.

Pour comprendre la différence entre tolérances et respect, commençons tout d’abord par écouter le sens des mots.

La tolérance c’est simplement supporter, ce n’est pas pour rien qu’on parle de « Seuil de tolérance ». Tolérer l’autre, sa différence, ses croyances, ses habitudes, ou pratiques qui ne sont les nôtres. Ce n’est donc pas aller vers lui, rencontrer vraiment son altérité, c’est plutôt en supporter l’existence. Mais le respect, lui implique, une véritable rencontre de la différence de l’autre, une expérience authentique de l’altérité. Un intérêt réel pour ce qui n’est pas moi et non simplement un pacte de non-agression « tolérance ». La tolérance est une valeur passive, là où le respect demande une démarche active. La tolérance ne me changera pas, là où la véritable rencontre de l’autre, si je la respecte au sens fort peut faire de moi un être nouveau. Vous voulez vraiment savoir si vous avez rencontré quelqu’un ? Un autre avec sa culture et sa vision du monde ? Alors regardez-vous : si vous avez changé, c’est qu’il y a eu rencontre. Si rien n’a changé de votre rapport au monde, vous avez peut-être toléré la différence de l’autre à vos côtés, mais vous ne l’avez pas respectée. La respecter vraiment, ce serait l’accueillir comme quelque chose qui pourrait vous changer et vous enrichir. Ceci est valable tant au niveau des individus qu’à celui des nations, tant dans la vie professionnelle que dans la vie privée. En accueillant la possibilité même de devenir l’autre et si c’était cela la véritable « identité » : une capacité d’ouverture à l’autre, d’accueil de respect ? On ne serait alors jamais nous-mêmes que lorsqu’on accueille l’autre….

La confrontation face à l’altérité, c’est-à-dire face à celui qui est différent de nous, nous place naturellement (au sens d’instinctivement) dans une situation d’intolérance car reconnaître qu’autrui a raison serait vécu comme une sorte d’humiliation puisque cela signifierait que j’ai tort. Pourtant, il nous apparaît par ailleurs «naturel» (au sens d’évident) de défendre la tolérance en raison des erreurs produites par les guerres de religion.

La religion en général est un phénomène qui vise à relier les hommes entre eux par l’adhésion à certains dogmes rattachés à certaines pratiques. En pratique, nous pouvons constater une pluralité de religions particulières. Elles ont chacune leurs particularités, elles ne sont pas similaires, on peut donc dire qu’elles diffèrent les unes des autres. Ces différences justifient qu’elles soient un objet de la tolérance. Puisque nous n’avons pas ici de définition précise de la tolérance, on peut se demander si elle consiste dans le fait de ne pas interdire alors qu’on le pourrait ou bien si elle suppose une reconnaissance de la différence.

La tolérance est une «nécessité». La notion de nécessité s’oppose à celle de la contingence, cela signifie qu’on ne peut pas se passer de la tolérance, on en a un besoin impératif. De plus, elle présente un «avantage», cela signifie que ses conséquences vont porter un fruit positif, en l’occurrence celui de la paix civile

Le point de départ de Voltaire était le bon : puisque nous ne sommes que des fourmis dans l’univers, ne nous entretuons-pas ! Il parlait que Dieu « ne nous a point donné le cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger » et le texte reprenait le grand principe pédagogique de l’histoire de l’humanité qui est basée sur la phrase suivante « Ne fais pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit ». C’est un point de départ, assurément c’est même le fondement de la société. Mais ce principe de Tolérance peut-être dépassé par un principe de respect que nous pourrions annoncer ainsi «Fais à autrui ce que tu estimes bien de lui faire », ou « Respecte autrui non simplement parce que tu exiges la réciproque mais parce qu’autrui est en lui-même respectable ». On le voit : il s’agit de remplacer un principe d’intérêt bien compris par un principe moral. Passer de la tolérance au respect, c’est donc franchir un pas vers la considération de l’autre. Mais en sommes-nous capables ? Ne devrions-nous pas nous contenter de viser la tolérance, cette vertu plus accessible ? Difficile de répondre. Si nous commençons par la tolérance, le risque est que nous ne parvenions jamais au respect. Peut-être faut-il viser alors le respect pour parvenir au moins à la tolérance ?

Une chose est claire, la tolérance est une valeur qui se nie elle-même puisqu’il n’est pas possible de « tolérer l’intolérable ». Le respect de l’autre en revanche est une valeur qui ne se nie pas elle-même. Même le fautif doit être respecté selon les principes universels. Il peut être puni tout en étant respecté. Finalement la tolérance est une valeur peut-être d’un autre temps. Ce n’est seulement pas en tolérant les différences que nous ferons société, mais surtout en respectant cette chance qu’elle représente pour notre commune aventure.

Sao Ousmane


Source crédit : Mail de l’auteur. 

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