Conférence Internationale sur la Gouvernance Sécuritaire en Afrique Paris, le 13 juillet 2016 organisée par l’Institut Mandela. 

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Thème : La Libye, un vide stratégique et sécuritaire aux conséquences africaines et européennes

Contribution : Sao Ousmane 

Contexte 

L’espace Sahélien est tout sauf un espace déserté, il est l’objet de diverses revendications et convoitises.  Les richesses de son sous-sol et de son sous-sol excitent l’appétit des firmes internationales et des Etats (comme la française Areva ou la chinoise CNPC). Le Sahara est aussi le terrain d’action de mouvements politico-religieux qui déstabilisent la région par des attentats terroristes, des enlèvements et des actions symboliques à fort retentissement médiatique. Ces troubles sont alimentés par des trafics en tout genre. Il en résulte de nombreux flux de populations : chômeurs tentant leur chance au Maghreb ou en Europe (au point que celle-ci a mis au point un dispositif de contrôle, le Frontex (1)), ou réfugiés fuyant les zones de conflit. La pacification de la région dépend surtout du règlement des crises au Mali et en Libye.   

Introduction 

Au lendemain des indépendances, le continent africain connut des crises liées à la question de la définition de l’état, à l’incontrôlable essor démographique, à l’échec économique et commercial, à l’impuissance des organisations panafricaines et à l’apparition de nouvelles formes de conflictualité. Leur interprétation fut régulièrement faussée en raison du poids des idéologies alors dominantes

En 1968, Georges Balandier (2) écrivait que « les nouveaux Etats africains ayant la charge d’effectuer rapidement et en même temps des révolutions que l’histoire avait échelonnées dans le temps doivent se réinsérer dans une société qui s’est organisée en dehors d’eux… »

Cette remarque met clairement en évidence les problèmes politiques qui se posèrent à l’Afrique indépendante et qui était suspendus à la définition de l’Etat. En dehors des causes exogènes, les séquelles de la colonisation, le sous-développement de l’Afrique, en effet de la colonisation à ce jour et sans doute pour un certain temps encore, l’Afrique a été et demeure le continent le plus mondialisé. Parce que la mondialisation ou « globalisation » est avant tout un processus d’intégration politique, « l’émergence d’une structure globale d’autorité », comme le souligne Martin Show. 

Depuis quelques temps l’impression général est que l’Afrique va bien. C’est une bonne nouvelle après tant d’années au cours desquelles la perception était inverse « L’Afrique, continent sans espoir » 1, entendait-on dire il n y a pas si longtemps et c’est vrai, dans les statistiques globales l’Afrique va bien mieux. On observe des progrès de tous côtés, amélioration des indices sociaux, santé, éducation. On construit : des routes, des hôpitaux, des écoles ; on investit

La communauté internationale est optimiste, l’Afrique hier décriée est aujourd’hui perçue comme une nouvelle frontière, c’est-à-dire un nouvel eldorado pour les investisseurs. Des milliards de dollars sont déversés, en fond publics comme en fonds privés. La Chine est omniprésente. Les Américains, les Brésiliens, les Indiens, les Turcs, tous se bousculent pour y investir.  La France commence à se remobiliser. Des rapports encourageants invitent à de nouvelles initiatives le secteur public  comme le secteur privé. On fait des affaires, de bonnes affaires en Afrique. 

Et pourtant cette embellie est-elle durable ? Est-elle surtout générale au point de concerner tous les pays ? A l’évidence non. Certains pays progressent, c’est indéniable et c’est heureux. Mais d’autres stagnent et d’autres encore régressent ou sombrent dans le chaos. Et parmi ceux qui progressent à qui profite l’embellie ? Combien de laisser pour compte ? 

L’effondrement du Mali a été une surprise. Qui s’attendait, il y’a seulement quelques années, à l’émergence d’un Bokko Haram (3) au Nigeria, dans le plus riche et le plus puissant pays d’Afrique ? Chaque semaine, voir chaque jour, des migrants risquent leur vie et meurent en méditerranée. On voudrait croire que tout va bien ? 

Il ne faut se le cacher, le continent est un véritable baril de poudre et la poudre s’appelle la démographie et le détonateur se nomme emploi. L’équation est simple : en 2050 l’Afrique au sud du Sahara aura une fois et demie la population de la Chine et les jeunes en âge de travailler y seront trois fois plus nombreux. Comment vont-ils se nourrir ? Se loger ? Et surtout, comment vont-ils s’occuper ? Quelles seront, ou seront les emplois ?

Ce qui vaut et inquiète pour l’ensemble du continent prend une valeur dramatique quand il s’agit du sahel, une zone immense de plusieurs millions de km2 aux conditions écologiques difficiles, ou la situation sécuritaire se dégrade rapidement. Que pourra faire le continent, dont la population aura été multipliée par 10 voire 20 entre son indépendance en 1960 et 2050, alors que son potentiel agricole est très rédu.it et fortement contraint par les conditions climatiques ?

Alors disons-le : l’Afrique va mieux, mais seulement en partie. Comment tirer avantage des progrès accomplis pour que ce continent émerge enfin ? Même si les pays qui se portent bien sont dans des conditions instables, menacés par des crises politiques ou par l’impact régional des pays en difficulté. Car cette partie de l’Afrique qui est en crise à l’inconvénient de se comporter comme un cancer diffusant des métastases autour d’elle qui s’appelle insécurité, terrorisme, refugiés, circulation des armes, enlèvement d’otages, piraterie, épidémies, migrations massives.   

Certains commencent tout juste à percevoir les conséquences pour ‘Europe de l’impulsion de la Syrie et de la Libye. Quelles seraient les conséquences de l’implosion d’une zone immense peuplée de 100 millions d’habitants aujourd’hui, 200 millions dans vingt ans ? Quelles seraient les conséquences d’une déstabilisation de l’Afrique de l’ouest à partir des métastases que diffuse la Libye via un sahel en crise. Un Sahel en crise se traduit tout d’abord par un exode massif des populations vers les pays côtiers du nord et vers l’Europe.  

Exemple de lutte contre le terrorisme :  cas de la Mauritanie

La dénomination officielle de « République Islamique de Mauritanie » peut porter à confusion alors même qu’un Etat islamique n’est rien d’autre qu’un Etat musulman. Mais, la dérive lexicale entre « islamique » et « islamiste » peut créer des confusions à certaines personnes. Ce nom, choisi à l’indépendance en 1960, répondait alors à des objectifs politiques. Le premier président Mokhtar Ould Daddah entendait faire de son pays un « trait d’union » entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Pour dépasser la double appartenance culturelle et assurer la cohésion entre les populations Maures et « négro mauritaniennes » (Halpulaar, Soninké, Wolof…) qui composent la société, l’islam fut mis en avant. Il légitime depuis lors l’existence de l’Etat mauritanien et se veut le ciment d’une nation à 100 % musulmane. Car, faut-il le rappeler, l’islamisme en Mauritanie, n’a jamais servi d’assise à des mouvements « terroristes » comme cela a pu s’observer dans d’autres pays (Kepel, 2000 ; Roy, 2002 ; Gomez-Perez, 2005).

La réponse de la Mauritanie au terrorisme n’a pas été seulement militaire, notent les experts, mais a porté également sur le plan régional par la mise en place d’une coopération avec les pays voisins, notamment avec le Mali, asséchant les sources de financement du terrorisme, en mettant fin aux nombreux trafics illicites dans le Sahara. Le tout a été sous-tendu par une campagne religieuse pour déconstruire l’idéologie islamique défendue par les groupes terroristes radicaux, par une plus grande surveillance des mosquées et l’insertion des sortants des Mahadras. Des zones militaires et des points de passage obligés ont été institués. De purement défensives, les opérations sont devenues offensives, et les forces mauritaniennes se sont projetées loin en territoire malien pour détruire bandes de trafiquants et bases de l’organisation Aqmi (4) (en forêt de Ouagadou (5) notamment) grâce à un système de renseignement efficace. Et cela marche depuis quatre ans et les autorités mauritaniennes ne veulent pas qu’il en soit autrement.

Le rôle de la France et des partenaires internationaux 

La France et ses partenaires européens sont à des lieues de réaliser les enjeux, de mesurer les implications et les conséquences du processus de dégradation en cours dans cette région. A moins d’un redressement rapide de la situation et sans un changement radical des comportements locaux et des modes de soutien et d’appui de la communauté internationale, alors oui on a des raisons de craindre que surgissent un chaos indéfrisable dont les conséquences inéluctables seront qu’une bonne partie de l’Afrique en crise se retrouveront en danger permanent pour longtemps car nous ne pouvons pas rester indifférents pour ne pas être nous aussi victimes de ces métastases, tentons de comprendre la réalité, réfléchissons à ce qui peut encore être envisagé pour endiguer le feu et éviter le désespoir à notre continent.          

En ce qui concerne le Sahel, si la France se borne à y envoyer ses militaires et ne se décide pas à mettre un peu d’ordre dans le désordre de l’aide internationale dans cette région ; il faut se demander sur quelle galère, sur quel océan et pour combien de temps ses soldats de l’opération Barkhane qui a pris la suite de Serval sont embarqués. Il faut se demander aussi quel sera l’impact sur nos régions, sur nos sociétés, sur nos équilibres politiques des migrations massives que la déstabilisation du sahel ne manquerait pas de provoquer.

 Quelques précisions 

1 Frontex est l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (en abrégé « Frontières extérieures »). Son siège est à Varsovie (Pologne). Elle est responsable de la coordination des activités des garde-frontières dans le maintien de la sécurité des frontières de l’Union avec les États non-membresN 1. Frontex a été créée par le règlement (CE) no 2007/2004 du Conseil du 26 octobre 20041. L’agence est opérationnelle depuis le 3 octobre 2005

2 Georges Balandier, né le 21 décembre 1920 à Aillevillers-et-Lyaumont, est un ethnologue et sociologue français

3 Boko Haram est un mouvement insurrectionnel et terroriste d’idéologie salafiste djihadiste, originaire du nord-est du Nigeria et ayant pour objectif d’instaurer un califat et d’appliquer la charia. Formé en 2002 à Maiduguri par le prédicateur Mohamed Yusuf, le groupe est à l’origine une secte qui prône un islam radical et rigoriste. En 2009, Boko Haram lance une insurrection armée dans laquelle Mohamed Yusuf trouve la mort. En 2010, Abubakar Shekau prend la tête du mouvement qui devient un groupe armé et se rapproche des thèses djihadistes d’Al-Qaïda, puis de l’État islamique.

4 Al-Qaïda au Maghreb islamique ou AQMI (en arabe), al-Qāʿidah fī bilād al-Maġrib al-islāmī) est une organisation djihadiste terroriste d’origine algérienne. Avant le 25 janvier 2007, elle était connue sous le nom de Groupe salafiste pour la prédication et le combat, groupe issu d’une dissidence du Groupe islamique armé. Son affiliation au réseau Al-Qaïda obtient l’approbation d’Oussama ben Laden.

5 Située au centre du territoire malien à environ 70 km de la frontière mauritanienne, la forêt du Wagadou est plutôt vaste. Elle s’étend sur plus de 80 km de longueur et 40 km de largeur. En 2011

Source crédit : Mail de l’auteur Dr Sao Ousmane 

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