06/06/2016] Editorial /Biram – Brahim : De la hauteur pour être à la hauteur…

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Allez-vous décevoir ? Une interrogation obsessionnelle par anticipation, pour éviter le désespoir à la Mauritanie d’en bas. La Mauritanie perdue, triturée qui, la peur au ventre, pense trouver en vous de bons samaritains pour la tirer des bas-fonds et de la marre infeste. Peur d’être lâchée un jour pour se retrouver au fond du fond….
Vous ne pouvez décevoir cette masse qui vous a accueillis et vous a accompagnés, à pied, plus d’une dizaine de kilomètres, lors de votre libération… avec la joie et la ferveur de voir renaitre le combat.
J’étais là. J’ai vu. J’ai vu des convictions et des actions dans une témérité incroyable, indicible… J’ai vu et compris l’innocence d’un engagement et la vision des citoyens humbles. Ces citoyens, venus écouter le verdict de la Cour suprême, ce sont des dockers, des charretiers, des éboueurs, des chômeurs, des vendeuses de couscous et de poissons à la plage, des chauffeurs, des enseignants, des maçons, des pneumaticiens (Michelins), des mécaniciens, des mareyeurs, des pêcheurs. Ils étaient là pour vous accueillir, vous qu’ils qualifient de « l’espoir » ; ils étaient venus fêter votre libération, leur libération.
Pour cette foule, vous êtes des leaders, leurs leaders dans le combat d’une Mauritanie juste. Pour cette foule, la lutte avec vous sera sans merci contre le système ; la lutte pour les sortir de la situation de misère. Une situation de misère, d’opprobre et de dénuement total. Une vie de désespoir… où l’égalité entre citoyens ne se voit que dans la pauvreté. L’appauvrissement de l’écrasante majorité de la population et l’incertitude de trouver le pain quotidien a été d’ailleurs à l’origine d’un drame lors d’une distribution de zakat au cours de laquelle 8 citoyens pauvres qui se bousculaient avec d’autres devant la porte d’un riche homme d’affaires ont perdu la vie. Des Mauritaniens qui cherchaient de quoi manger, de quoi pouvoir débuter leur ramadan. Et on dit que tout va bien et que rien ne manque au joyeux peuple de Mauritanie.
Peut-on s’attendre à mieux si on est gouverné par des épiciers ? Avec un gouvernement de laudateurs et de collaborateurs viscéralement annihilés… où même l’intérêt du chef est mal défendu, pour ne pas dire pas défendu du tout. Parce que chacun d’entre eux a un agenda particulier… Sans doute le chef le sait.
Biram – Brahim, le jour du 17 mai 2016, il y a eu des larmes. Des larmes de conviction, d’engagement, de détermination et de joie pour en finir avec le système qui nous gouverne, ce système qui constitue le mal de la société mauritanienne. Mais aussi les larmes des avocats, les larmes de ceux qui étaient là depuis 7 heures du matin pour vous ; pour vous accompagner dans le combat. Ces gens sont convaincus que vous êtes les leaders qu’ils cherchent. Les leaders d’un mouvement qui ignore la compromission. Un mouvement pour des questions existentielles. Un mouvement au service d’une nation déshumanisée. Une rencontre d’hommes et de femmes victimes de l’insolence comportementale d’un système cynique à l’apogée irréversible.
Sur ce point, les jours à venir sont d’importance. Ces jours où vous faites l’actualité. Ces jours où vous êtes considérés, plus que jamais, comme des hommes à abattre. Et pour cela, le système utilisera tous les artifices, tous les moyens, plus que par le passé, pour venir à bout de votre engagement. Et c’est bien pour cela que les yeux du peuple sont rivés sur vous. Vos faits et gestes seront suivis, décortiqués, ressassés…
Soyez donc vigilants et déterminés comme vous l’avez toujours été ; soyez à la hauteur de l’espérance placée en vous.
Maintenant que vous êtes « libres », l’enthousiasme de la «liberté» doit laisser la place à l’action stratégique pour précipiter la fin de ce régime. La Mauritanie et les Mauritaniens en ont trop souffert. Les tenants du pouvoir, eux-mêmes, n’en peuvent plus. Ils ont tout essayé pour nous abêtir, nous diviser, nous acculturer. Dieu merci, tout le monde ne mange pas au râtelier du déshonneur et de l’indignité.
Ne donnez pas raison à ceux qui disent que vous êtes un objet entre les mains d’Abdel Aziz, une création du système. Le démenti des autres ne suffirait pas. Seules vos positions et actions futures seront des arguments pour démentir les uns et renforcer les autres. N’oubliez pas que des prétendues querelles entre vous avaient été entretenues et avaient alimenté la rumeur. Des troubadours ont été utilisé pour amuser la galerie, et en s’essayant sur le terrain glissant et combien dangereux de la division communautaire au sein du mouvement. Mais Dieu merci, comme des baudruches, ces « affaires » montées en épingle avaient fini par se dégonfler. Telle une marchandise avariée les produits proposés par ces « cancaneurs » n’avaient pas pu trouver des clients assez bêtes pour les acquérir, la Mauritanie et les Mauritaniens étant plutôt préoccupés par d’autres priorités. Priorité de refaire la Mauritanie de tous et pour tous !
Biram-Brahim, vous êtes attendus sur beaucoup des questions. On dit que vous avez été libérés suite à un deal avec le pouvoir en place. Ce deal consisterait à travailler contre l’opposition politique en acceptant d’être un interlocuteur d’Abdel Aziz pour son projet de dialogue !
Mais sachez que le contenu de ce dialogue reste encore obscur pour que vous y alliez ; d’autant plus que ce pouvoir ne semble pas s’être affranchi de ses habitudes : son mépris des autres, sa promptitude à jeter aux orties les accords qu’il signe, sa propension à rouler tout le monde dans la farine.
De plus, qu’aurez-vous à gagner à dialoguer avec un pouvoir qui ne montre aucune détermination à combattre l’esclavage ? Un pouvoir qui promeut les féodaux, un pouvoir qui ne rassure pas, un pouvoir qui frustre et qui exclut ; l’exemple le plus patent étant cet enrôlement biométrique qui continue à faire des victimes, sans compter le flou artiste entretenu qui entoure cette histoire d’or subitement jailli de la terre de l’Inchiri… Les citoyens pour aller tenter leur chance ont d’abord renfloué les caisses de l’Etat à hauteur de milliards d’ouguiyas. Si ce n’est du racket d’Etat on se demande ce que c’est…
Allez-vous dialoguer avec un pouvoir qui utilise tout pour vous nuire, un pouvoir qui n’a jamais respecté ses engagements vis-à-vis de vous et qui peine à le faire vis-à-vis du peuple mauritanien? Bien sûr que non !
Le dialogue, «cette chose» que ce pouvoir miroite, ne doit plus divertir le monde, surtout vous qui savez, quelque peu, de quoi est capable ce pouvoir-là. Ce dialogue, après les dialogues antérieurs où les conclusions ont souffert de non-exécution, n’est ni opportun ni porteur de la moindre espérance.
Dialoguer donc dans ces conditions, c’est simplement aider le pouvoir à se sortir du pétrin dans lequel il s’est mis et il a mis le peuple mauritanien.
En conséquence, tout accord politique signé avec ce pouvoir ne serait qu’une auto-flagellation et tout combattant pour une Mauritanie juste et égalitaire qui y apposera sa signature le regrettera sûrement.

Camara Seydi Moussa