Alerte Info : La Cour suprême se prononce en faveur de la libération de Biram et Brahim

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Le verdict vient de tomber. La Cour Suprême a prononcé ce mardi 17 Mai en faveur de la libération de Biram Dah Abeid et Brahim Ould Ramdane, en prison depuis plus de 16 mois, condamnés pour « appartenance à une organisation non reconnue, rassemblement non autorisé, appel à rassemblement non autorisé et violence contre la force publique ».

On se rappelle que la Cour d’Appel d’Aleg avait condamné les deux abolitionnistes, à deux ans d’emprisonnement ferme. Avec cette décision, la Cour Suprême rejette cette condamnation.

Cette libération intervient dans un contexte marqué par une controverse des propos du Chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz, tenus à Nema, sur l’esclavage.

Biram Dah Abdeid et Brahim Ramdane devront sortir de prison en début de journée. Selon une source proche d’IRA-Mauritanie, un point de presse est prévu à cette occasion.

Crédit source : http://www.cridem.org

La réparation de l’esclavage, et si on se réparait d’abord..!?

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Depuis quelques années, la France a instauré la journée du 10 Mai comme date commémorative de l’abolition de l’esclavage.
Cet événement annuel rendu possible grâce à l’activisme prégnant des milieux afro-descendants français, dont la figure de proue est sans conteste Madame Christiane Taubira, l’ancienne garde des sceaux.
La France, historiquement l’un des pays ayant participé largement à la traite négrière qui saigna l’Afrique, reste trop timide pour insérer cette partie de l’histoire dans son Roman National. Il est beaucoup à faire notamment dans l’école et dans le discours politique et intellectuel pour une respectabilité de la mémoire d’une frange importante du peuple français . Après quelques avancées symboliques d’aujourd’hui, certaines voix s’élèvent de plus en plus pour une réparation pure et simple pour les ayants droit de ceux qui subirent ce crime abominable contre l’humanité. Cette revendication ne semble pas être prise au sérieux par les différentes autorités politiques du pays quel que soit le bord . Il est à noter qu’un certain croisement revendicatif se constate entre les porte-voix de la cause mémorielle liée à la traite et les milieux sensibles au passif colonial. Les uns et les autres orientent le port d’une entière responsabilité aux lointaines autorités françaises , ancêtres de celles d’aujourd’hui, ayant pratiqué « légalement » l’esclavage et instauré l’ordre colonial par l’exploitation et l’indigénat. À ce rythme on pourrait imaginer une prise en compte de plus en plus large de ce passé criminel , en actes symboliques voire jusqu’à une possible RÉPARATION FINANCIÈRE . Cela relève d’un rêve fou peut être, mais peu importe, nos cousins afro-descendants des Antilles se doivent d’assumer et de porter le militantisme revendicatif dans ce sens.

Et nous, africains noirs d’Afrique , en plus d’un soutien normal dû à une situation commune d’aujourd’hui, avons une lourde responsabilité vis-à-vis de ces descendants des victimes de la traite transatlantique. Aujourd’hui l’africain Noir ou pas peut se dire lésé  et handicapé à raison par l’ordre colonial d’antan, mais tout Noir africain ne subit pas forcément les conséquences de l’esclavage extra ou intra. Oui l’esclavage intra, cela a bien existé et continue même de véhiculer des non-dits dans l’imaginaire collectif africain.

L’africain lambda sur le continent ou à l’extérieur pointe aisément les méchants esclavagistes et colonisateurs de l’extérieur  (occidentaux ou orientaux) qui seraient les seuls responsables du retard social, économique et politique du continent. Alors que la franchise intellectuelle nous intime de revoir nos schémas simplistes du classique c’est « la faute de l’autre ». L’Afrique a été esclavagiste et les africains l’étaient intrinsèquement dans le passé et s’y connaissent dans leurs rapports traditionnels et coutumiers d’aujourd’hui. Le marchandage lucratif d’êtres humains se pratiquait entre différentes composantes tribales , et les traites transsaharienne et transatlantique se furent arrimés logiquement à cet ordre propice pour amplifier un douloureux et honteux commerce . En effet le passé esclavagiste afro-africain est très présent aujourd’hui, mais il n’est abordé que trop timidement voire même effacé derrière un tissu social et sociétal érigé en VALEURS CULTURELLES.
Par exemple en Afrique occidentale, presque dans toutes les sociétés, il existe le statut d’esclave faisant partie d’un ensemble homogène très hiérarchisé . Ces esclaves statutaires étaient anciennement possédés par l’aristocratie nobiliaire et leurs différents clans alliés. Ils étaient exploités dans l’esclavage pur et dur, et faisaient partie du patrimoine matériel des possédants. La réalité irréfutable de cet esclavage « maison » en Afrique, a laissé des traces dans les rapports intra-communautaires. De nos jours, les personnes d’extraction sociale servile vivent les conséquences évidentes au sein de certaines sociétés africaines. D’aucuns osent justifier les pratiques esclavagistes au nom de la religion  (l’islam en l’occurrence) et d’autres réfutent tout esclavagisme latent et ses séquelles, et on essaie d’en trouver une justification ambiguë par le système de castes qui sévit. Aucune idée de réparation même morale, n’effleure les consciences de ceux qui sont issus de tenants de l’ordre féodal et esclavagiste d’antan . Au contraire, certains milieux artistiques se permettent de louer et de chanter en héros d’hommes connus pour leurs prouesses en brigandage et en capture d’êtres humains. Par ailleurs, une gymnastique d’esprit basée sur une incohérence intellectuelle bien connue chez nombre d’instruits issus de l’ordre tribalo-féodal, permet un camouflage sournois des conséquences évidentes de l’ordre esclavagiste du passé , au sein du système de castes qui serait un gentil et utile régulateur social. 

Si on évite à ce point d’aborder courageusement les réalités problématiques issues de l’esclavage « maison » , cela explique un sens profond et étrange de ce que l’Homme africain se fait de l’Être Humain . Suivant cette logique, nos cousins afro-descendants d’Outre-mer ne peuvent pas espérer grand chose de notre part quant à une éventuelle reconnaissance de la responsabilité avérée des « braconniers » et vendeurs d’êtres humains au cours des traites négrières  (transatlantique et transsaharienne). Aujourd’hui en 2016, les afro-descendants français et les africains noirs issus de l’immigration postcoloniale et leurs descendants occidentalisés , peuvent être confrontés au racisme et diverses discriminations dans la société française à dominance blanche. Cependant, ils peuvent se retrouver sur le même champ militant pour lutter contre ces injustices . L’africain Noir en Europe se retrouvera dans l’engagement digne de Madame Taubira, tout en évitant sournoisement de revoir certaines dispositions coutumières en vigueur dans son giron originel, qui, jadis permirent la SOURCE du Mal Noir qui fut l’ESCLAVAGE. La réparation morale tant attendue tarde à venir à l’endroit de nos lointains cousins afro-descendants dans le monde entier . En 1999 à Baltimore aux États-Unis , on notera un geste plein de portée symbolique du défunt ancien président Béninois Mathieu Kérékou . Ce dernier s’était mis à genoux en implorant le pardon des afro-américains pour le rôle honteux et abominable que les africains ont joué dans la traite.

Depuis rien de notable n’est à signaler allant dans le sens d’une réparation morale à grande échelle qui pourtant, doit être le ciment de la cause panafricaniste qui tâtonne entre l’extrémisme anti-impérialiste et la sanctification de nos références tribalo-ethniques diluées dans la mondialisation. L’Homme Noir affecté parmi les Peuples, doit se réinventer une destinée dépoussiérée de toute emprise primitive et puérile faisant de lui L’ÉTERNEL DERNIER DE LA CLASSE qui se refuse soi même.
Nous devons revoir nos prises de position du grand écart en fonction du cadre dans lequel nous évoluons, c’est-à-dire tantôt on est révolutionnaire contre le néocolonialisme et le paternalisme occidentaux, et autrefois on se montre réactionnaire contre toute réforme libératrice de l’INDIVIDU  par rapport aux convenances coutumières et étriquées qui pourrissent nos rapports internes et inhibent l’essentiel en NOUS pour des statuts sociaux caducs . L’esprit tribalo-ethnique ne fera ni un Peuple , ni une Nation au sens moderne des termes.

K.S