17-04-2016 21:00 – Libre Expression | 14/04/1990 : 26 ans après mais nous n’avons pas oublié

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Yahya Mamadou BA – Devoir de mémoire à nos martyrs du 14 avril 1990

Le mois d’avril était jadis un mois de plaisanterie (poissons d’avril et autres blagues) pour ceux qui avaient fréquenté l’école des colons, de réjouissances populaires et d’abondances pour les habitants de la vallée, car coïncidant avec les récoltes des cultures de décrue (Waalo), le couronnement du meilleur berger ( sawru waaso).

Ce faste a été terni et à jamais pendant un certain mois d’avril 1989 avec les pogroms programmés et entretenus par un pouvoir chauvin qui a décidé de couper les liens ancestraux qui unissaient les populations du Nord et celles du Sud et que l’islam a solidement cimentés.

Certes toute cohabitation est ponctuée par moment à des différends souvent impitoyables que le dialogue doit transcender. Les années de braises (1986,1987, 1989, 90 et 91) ont fait exception à cette règle et nous ont fait douter que tous les musulmans sont frères.

Les faits sont passés il y a 26 ans jour pour jour, à Waalaldé (Wothie) village du Law, Commune rurale d’Aéré Mbar, situé à 15 Km à l’est de Boghé et à 30 Km à l’ouest de Bababé dont il dépend administrativement.

Ce matin là, quatre hommes s’étaient rendus à l’enterrement d’une habitante du village. A la fin de la cérémonie, ils allèrent se baigner au fleuve. C’est à leur retour, au moment où ils atteignaient les premiers tertres de cette belle dune de sable fin, qu’ils furent interpellés par une patrouille militaire (fusiliers marins habitués en legos en guise de camouflage) qui les conduisit dans une forêt classée où se trouvait leur base et leur sort fut scellé à jamais.

Leur seul tort est d’être noirs et d’avoir voulu se baigner à 14 heures, par une journée caniculaire qui coïncidait au 18ème jour du mois béni de ramadan, au fleuve distant du village d’un kilomètre. Ce fut la nuit de cette même journée qu’ils furent exécutés dans la forêt classée de Waalaldé car plusieurs personnes avaient affirmé avoir entendu des coups de feu tard dans la nuit. Le charnier où ils furent ensevelis à la va vite ne sera découvert qu’en 1991 suite à des indiscrétions de leur « porte de l’eau » originaire de Wabbunde.

Si les détails de la mort de Lô Boubacar Hamat (ex marin), Dia Hamadi Amadou (ex gendarme), Sow Demba Moussa (ex garde) et Niang Hamet Amadou (un paisible citoyen) restent du domaine des suppositions, les circonstances de leur arrestation sont parfaitement connues.

Ces hommes là, je les connaissais comme on connaît un voisin, un ami, un parent très proche. D’ailleurs ils étaient tout cela pour moi. Ces quatre braves hommes connus pour leur courage et leur piété, et habitaient tous dans un rayon de moins de 100 mètres de ma concession natale. Les siennes étaient situées aux quatre points cardinaux, appelés en Pulaar « damude Allah » les portes d’Allah.

Est il nécessaire de rappeler ce que le chiffre quatre représente pour les peuls

– Les quatre clans

– Les quatre points cardinaux

– Les quatre couleurs naturelles (jaune, rouge, noir et blanc)

– Les quatre fourches du bâton sacré (buurgal) qui sert à baratter le lait

Ce chiffre quatre n’est pas un hasard pour ces bourreaux qui sont chargés d’exécuter des ordres venus d’en haut et pas d’Allah le miséricordieux, souverain de l’univers, maître des cieux et de la terre. Le comble est que cette sale besogne a été exécutée la nuit du 19 du mois béni de ramadan en terre d’islam nous dit on !.

Leurs auteurs se la coulent douce après une loi d’amnistie à l’initiative des nègres de services (députés) qui ruminent patiemment leur regret et déception, aujourd’hui abandonnés à leur propre sort, en attendant leur dernier souffle. Vingt 26 ans après, nous pouvons pardonner en tant que musulmans mais nous ne pouvons pas oublier ces horreurs et terreurs d’un état dont le rôle premier était d’assurer paix et sécurité à tous ses citoyens même s’ils sont considérés des citoyens de « seconde zone »

Envoyez 41 iklass pour qu’ils reposent en paix dans leur charnier que les gouvernants actuels cherchent à faire disparaitre à tout.

Nos pensées pieuses à Monsieur Biram Dah qui est le seul à avoir organisé une prière en janvier 2014, sous une pluie de bombes lacrymogène.

Yahya Mamadou BA

Source crédit : http://www.cridem.org

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