FISO 2016 : Un Cri Osé aux Fiso’valiers de Bamako.

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La grande messe de l’international Soninkara se profile à l’horizon. Prévue fin février 2016 dans la capitale malienne, cette rencontre dite culturelle regroupera le monde soninké de par le monde. Comme à Nouakchott en 2014, les festivités seront marquées par diverses manifestations de ce qui semble être l’identité de l’élément soninké. En effet, les descendants des maîtres de l’empire du Ghana connu sous le nom de Wagadou, par eux mêmes, se sont lancés depuis un certain temps, dans divers préparatifs au sein notamment de la diaspora soninké de France. Et nous, notre contribution s’est voulue sous la forme d’une lettre ouverte à l’international Soninkara, se préparant à moult divertissements plus ou moins folkloriques.
Des rappels nostalgiques à un passé révolu, certaines activités liées à la promotion de la langue soninké et un éveil communautariste de l’élément politique dans différents pays.
Ce festival plus politisé que l’on pourrait le croire, dans lequel l’exercice et l’esprit de l’ordre féodal est fêté et même soigné en amont, met en lumière  des cérémonials qui sont censés revivifier l’âme de la cité soninké.
La stratification sociale est le marqueur génétique de la communauté dont une certaine « élite »  issue des milieux dominants, admet que la vraie soninkaxxu doit sa survie au respect strict des balises inébranlables du puzzle sociétal. D’un regard extérieur, on pourrait croire que cette communauté telle qu’elle est définie, est sensiblement moins introduite dans l’arène politique, sauf qu’en réalité elle en fait beaucoup mais AUTREMENT.
Si la politique peut se définir comme la gestion d’une cité, on dirait que toute entité soninké est régie par un régime princier ayant toutes les strates  d’un régime féodal. Chaque individu comme « élément politique » du puzzle coutumier, obéit à un déterminisme lui attribuant son « appartenance politicienne » dès la naissance. En effet, le premier grand ensemble qui s’apparente à un courant politique inné,  est le Clan Féodal qui est d’ailleurs transnational et pouvant s’allier à d’autres clans féodaux à une autre échelle en fonction des convenances tacites dans le temps et dans l’espace . Ce Clan féodal est tenu par une caste dirigeante dite noble et ses alliés qui sont bien lotis  (castes de marabouts, de griots, de forgerons, et d’autres intermédiaires). L’autre caste dite « inférieure » composée de descendants d’anciens esclaves, qui malgré tout peut avoir un poids numérique très conséquent, reste à leur égard insignifiant qualitativement.

Le fonctionnement de l’ordre féodal fait de ces derniers des subalternes dévoués aux fonctions peu enviables mais surtout un faire-valoir pour le Prestige et la Mémoire du clan féodal. Cette manœuvre légitimée dans le milieu soninké, au nom d’un impératif dit organisationnel, imprègne toute cérémonie  régie selon des pratiques tacites où ressortent systématiquement cet ordre quasi-vénéré. L’argument de l’Impératif organisationnel devient caduc, voire inopérant, et les masques tombent lorsque l’on constate que ces même féodaux voient leurs visages s’illuminer devant la proclamation de leurs statuts par les « dits » esclaves. A contrario, les visages s’assombrissent lorsqu’ils constatent la moindre velléité des castés esclaves qui menacent directement la pérennité de cet ordre coutumier préétabli.

Cet ordre politique qui s’exerce en interne avec rigidité régule le conditionnement déterministe et psychologique des uns comme des autres. Et les plus lésés sont de loin, les castés esclaves qui s’auto-disqualifient sur le champ de la DIGNITÉ et de l’HONNEUR .
Certes, l’esclavage de fait ne se pratique plus en milieu soninké. Néanmoins, on y trouve des « gens » qui se déclarent esclaves et aspirent à se faire traiter comme tels pour le plus grand bonheur du Système qui a une prégnance plus importante sur l’individu que l’ordre étatique moderne n’en a sur ces propres concitoyens.
Nous espérons que les voix portantes parmi les Fiso’valiers de Bamako oseront aborder ce conditionnement psychologique d’un complexe d’infériorité et de supériorité des uns par rapport aux autres. Si seulement le but d’une telle messe communautaire était d’éveiller et de régénérer un « dit » honorable particularisme soninké d’antan, il est plus que nécessaire qu’on y aborde les sujets qui fâchent.

Au 21ème siècle dans un monde devenu un  «gros» village, on ne construira rien de consistant si lappel à l’idéal de la Vraie Justice, de la Vraie Fraternité, de la Vraie Égalité, de la Vraie Liberté et de la Vraie Dignité, est taxé comme subversif et nuisible à la grandeur jalousement tenue et proclamée du Fait Soninké. Il faut une alerte fraternelle aux consciences sélectives parmi nous, qui peuvent être outrées et choquées par la xénophobie et le racisme venant de certains milieux  dans nos pays d’accueil  (la France en particulier). C’est-à-dire, ce qu’on dénonce bruyamment chez les autres, se pratique entre nous mêmes et avec des relents plus sournois et mesquins.
Notre FISO (Festival International Soninké) qui semble revenir tous les 2 ans, ne peut pas que se soucier du culturel et de certains « dits » principes et valeurs soninkés, tout en ayant moins d’allant sur les Droits Humains.

Peut-on au nom du « culturel », dans notre cas basé sur des références ancestrales et  primitives, accepter qu’un Homme de « 2016 » se  proclame fièrement esclave en  y trouvant  une audience complice ?  Il est lieu de se poser des questions sur le cadre sociétal et social qui le permet.
Festival rime avec festivités et divertissements , et celui de l’édition 2014 à Nouakchott en Mauritanie, nous avait gâtés sur ce plan avec tous genres de défilés et d’expositions folkloriques. Très souvent, le succès de ces événements à caractère « culturel » se mesure par les prestations artistiques, les déclamations des hommes de la PAROLE, l’exotisme soninké transnational, et une représentativité des pays soninké par clans féodaux. Ainsi l’ordre politique en vigueur dans chaque contrée féodale apparaît en fond d’écran dans une conclave princière qui ne dit pas son nom. N’est-il pas temps de s’interroger sur le bien-fondé de ce régime féodal   qui a l’exclusivisme sur le matériel et l’immatériel dans nos contrées plus ou moins lointaines..??
Pensons-nous que la légendaire soumission psychologique des milieux dominés dans ce système de castes  au sein duquel les Hommes ne se valent pas, tiendra pour toujours à travers le temps et l’espace..??

Ne devrons nous pas être alarmés du quasi niveau  d’illettrisme d’une majorité de la jeunesse soninké candidate à l’immigration..?? Nous constatons aisément à l’international et en particulier en France, terreau de la diaspora soninké, que le niveau de qualification est à déplorer. Mais l’essentiel de nos préoccupations est fixé sur 《la dite》 noblesse de sang au détriment de la noblesse de la compétence et du comportement. L’écueil de la caste est un frein bien connu au vrai développement de tout ce qui s’entreprend de progressiste dans la communauté. Car le déterminisme issu d’une fierté mal placée des uns n’accorde aux autres qu’un statut d’éternels suiveurs au « sang impur » avec qui l’union matrimoniale serait une déchéance par l’indignité.

En plus du mal du pays que certains exilés ressentent, nous sommes contraints de nous relayer en majorité aux tâches les plus pénibles et les plus ingrates (ouvriers non qualifiés dans la restauration, le nettoyage et le bâtiment).

Après l’identification de l’ordre politique qui régit toute cité soninké, il est intéressant d’analyser comment un individu soninké obéissant à la suprématie féodale, s’exerce à la vie politique moderne de son pays.
Généralement, la prégnance de l’ordre féodal prédispose l’homme politicien soninké à un prisme communautariste de l’élément politique à l’échelle nationale. En effet, la vie politique moderne qui porte l’idéal d’un régime des droits et des devoirs égaux pour tous les citoyens sur le matériel et l’immatériel, prend un coup dur face aux réalités internes de la société stratifiée.
Notre choix illustratif porte sur la Mauritanie, pays hôte du dernier FISO. Ce pays symbolise par essence la transposition d’un certain ordre tribalo-communautaro-féodal sur les affaires politiques nationales. Ainsi, le clientélisme politicard est un tronc commun à tous les mouvements politiques qui soignent diversement les caprices de chaque communauté au détriment du CITOYEN.
Le pouvoir mauritanien s’était précipité de soigner sa clientèle politique soninké, par le  parrainage d’un événement folklorique de quelques jours alors qu’au même moment sur le plan national une politique d’épuration biométrique visait la composante negro-mauritanienne. Quand tous les chefs coutumiers et leurs subalternes mettaient le cap vers Nouakchott, plusieurs milliers de Soninkés immergés en France vivaient un enfer administratif pour se faire recenser. De même,  durant cette période, d’autres mauritaniens binationaux seront traqués et ceux qui avaient le malheur d’être sans papiers d’un point de vue purement matériel perdent toutes opportunités de régularisation faute d’avoir  un passeport.

Comme à l’accoutumée, nos dirigeants tribalistes savent que le festif pèse dans nos priorités, et ils l’instrumentalisent à bon escient pour faire oublier L’ESSENTIEL. Ainsi le FISO 2014 de Nouakchott a été pour le monde soninké du pays, ce que l’artiste peulh sénégalais Baba Maal était pour la communauté Halpulaar. Ce chanteur nommé ambassadeur de la culture peulh a été parrainé à la hauteur d’un million d’Ouguiya par le général président mauritanien, pour fêter le trentième anniversaire de son groupe au stade olympique de Nouakchott. Nos dirigeants savent que la fibre de l’émotivité peut inhiber l’essentiel en Nous, et comptent fidéliser leur clientèle électorale à l’échelle communautaire par ce biais.
On ne peut éviter de rappeler la zizanie créée au sein de la communauté politique soninké, presque un an après ce fameux FISO 2014.
En effet, après la sortie médiatique d’un mouvement progressiste transpartisan, le CRSM (Conseil Représentif de Soninkés de Mauritanie), pour commenter et dénoncer le verdict du procès des leaders abolitionnistes et anti-esclavagistes dont Biram Dah Abeid (prix onusien 2013) pour son combat anti-esclavagiste. Ce communiqué du CRSM avait été très mal pris par le Raïs mauritanien et ses soutiens communautaristes Soninkés. Ces derniers s’étaient mis dans un activisme de légitimation en nommant leur conclave comme la « Grande Famille soninké » proclamant leur fidélité au pouvoir en place.
Ainsi, un chef coutumier coopté dans des circonstances obscures, s’était rendu au palais ocre pour réitérer leurs positions de fidélité au président mauritanien. La dite grande famille soninké ne semble pas se soucier de l’épineuse question de l’esclavage et ses différentes manifestations dans la société mauritanienne dans son ensemble. En octobre 2014, le président d’IRA-Mauritanie, Biram Dah Abeid emprisonné depuis le 11 Novembre 2014, avait dénoncé les pratiques féodales de certains milieux dominants dans toutes les communautés noires lors d’une réunion publique, et il avait subi les tirs croisés  du monde bien pensant allergique aux critiques sur ce qui se fait dans nos contrées. Et des Soninkés issus du milieu féodal aux mentalités rétrogrades en premier, qui n’avaient pas digéré qu’un jeune mouvement anti-esclavagiste (UVDS) ait pu oser s’allier à IRA-MAURITANIE. L’Union des Volontaires pour le Développement de Soninkara (UVDS) composée majoritairement des jeunes Soninkés de la caste esclave  (Komo), se défait du légendaire complexe psychologique pour contester ouvertement l’ordre féodal en vigueur dans nos contrées sur le matériel et l’immatériel.  Ils ont décidés de revendiquer leurs Droits Humains qui doivent primer sur tout autre statut social ou coutumier obsolète et exclusiviste. L’initiative de ces engagés Soninkés provoqua l’ire des milieux dominants du régime féodal. Par l’acharnement constaté parmi certains de ces derniers, il semblerait que le statut de soninké (soninkaxxu) ait été contesté pour les castés esclaves (Komo) dans le milieu soninké.
Les réalités rigides de la féodalité en milieu soninké, vehiculent une idéologie foncièrement stigmatisante basée sur une hiérarchisation sociale qui s’oppose de fait à une citoyenneté pleine et entière. À l’occasion de ce FISO 2016, nous espérons que les milieux intellectuels très soucieux du FAIT SONINKÉ notamment de la langue soninké, feraient une communication sur ce qu’est un Soninké  au 21ème siècle. Cela devrait s’entendre par certaines notions; L’HUMANITÉ,  LA POLITIQUE, LA DÉMOCRATIE, L’ÉGALITÉ, L’UNITÉ et surtout LA FRATERNITÉ MUSULMANE en interne comme en externe.

Signée par Assa Konate, Juriste et Kundu Sumare, blogueur et militant abolitionniste .

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