La tentative de coup d’Etat du 22 octobre 1987 : L’intention vaut-elle l’acte ? / Par le colonle (E/R) Oumar Ould Beibacar 29 October, 2015 – 10:10

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Le noyau concepteur du coup d’Etat est né fin 1986-début 1987. Il était composé de six lieutenants : Sarr Amadou, Diacko Abdoul Kérim, Boye Alassane Harouna, Bâ Abdoul Khoudouss, Bâ Seydi et Sy Saïdou. Le lieutenant Sarr Amadou en était le chef, l’animateur et le coordinateur. De multiples erreurs, fautes et dérives avaient fait que beaucoup de personnes s’étaient retrouvées embarquées dans cette affaire sans y être conviées.
Au départ, il s’agit donc d’un groupe restreint de six officiers, contaminés par le syndrome putschiste local, déjà endémique. Leur première option était de construire patiemment et progressivement une solide organisation militaire clandestine au niveau national, puis, le moment venu, envisager un coup d’État. La deuxième option, plus classique, celle d’agir en déclenchant immédiatement le putsch, l’emporta et aboutit aux résultats, que l’on sait.
Leur objectif était de prendre le pouvoir, en contrôler la réalité, jouer à fonds la carte de l’apaisement, rassurer le pays et les Mauritaniens, tout en préservant le pouvoir conquis. C’est dans ce sens que le colonel Mohamed ould Lekhal était pressenti pour occuper la fonction de chef d’État-major de l’armée nationale. Il avait été jugé que cet officier était intègre, qu’il avait de l’aura et qu’il pourrait, sous contrôle, incarner l’autorité nécessaire à la consolidation du nouveau pouvoir. Le principe du partage du pouvoir avec les arabo-berbères était retenu. Mais son contenu et ses modalités restaient à définir. Changer le nom du pays, le nom de la monnaie nationale, tout cela n’est que de l’affabulation. Des mensonges diffusés par les renseignements généraux pour diaboliser les conspirateurs, largement repris par Jeune Afrique à l’époque.

Victimes d’injustice

Au bout du compte c’est un commissaire de police, treize officiers dont deux capitaines et 11 lieutenants parmi lesquels deux de la gendarmerie, 21 sous-officiers comprenant cinq de la gendarmerie et deux de la Garde nationale, les brigadiers Djibril Ali Malik Sy dit Samuel Do et Kane Ibrahima qui seront reconnus coupables et condamnés par la cour spéciale de justice le 3 décembre 1987. Tous négro-mauritaniens, recrutés pour la plupart en pleine guerre du Sahara, issus, en majorité, de la féodalité toucouleur, victimes de beaucoup d’injustice et de discrimination dans leurs promotions, dans leurs avancements, dans leurs mutations, dans leur vie sociale et professionnelle de tous les jours. Ils avaient agi par orgueil, plus pour défendre leur dignité que pour autre chose.

L’histoire démontrera un jour que ces officiers étaient de braves guerriers, honnêtes, bons croyants, bons citoyens, fiers d’appartenir à cette Mauritanie et dépourvus de sentiments racistes ou ségrégationnistes quelconques. Ils ont été victimes malheureusement de cette redoutable et impitoyable justice d’exception, expéditive et aux ordres, qui a condamné puis exécuté à la hâte ce dimanche 6 décembre 1987, soixante-douze heures seulement après la lecture du verdict, trois officiers considérés comme les chefs de ce groupe, avec pour motif principal d’être les premiers à se réunir pour décider du projet du coup d’Etat.
En dehors du redoutable et téméraire lieutenant de la Marine, aucun des deux autres n’avait un commandement au moment de cette « tentative », le lieutenant Sarr Amadou était en mission d’inspection à Nouadhibou pour le compte de la direction du matériel et le lieutenant Sy Saidou, qui revenait d’Espagne où il effectuait un stage d’application, était encore à l’état-major de la Gendarmerie, en instance de mutation. Le reste du groupe a été condamné à des peines allant de la perpétuité à 5 ans de prison ferme. Seuls sept parmi eux dont le colonel ANNE Amadou Babaly, le taciturne, ont été reconnus non coupables. « Il suffit d’ajouter ‘’militaire’’ à un mot pour lui faire perdre sa signification. Ainsi, la justice militaire n’est pas la justice, la musique militaire n’est pas la musique, …», disait Clemenceau.
Certains putschistes accusent un officier de la gendarmerie servant hors de la garnison de Nouakchott, d’autres accusent un officier de la marine de les avoir dénoncés par le biais du BED ou du ministère de l’Intérieur. Mais l’hypothèse la plus vraisemblable accuse un sous-officier de la gendarmerie, de l’escadron de la sécurité présidentielle, qui aurait vendu la mèche par l’intermédiaire du commandant, directeur du cabinet militaire, qui aurait présenté l’intéressé directement devant le président du CMSN afin de déjouer la conspiration en procédant immédiatement à l’arrestation des meneurs.
Enorme bavure
Il semble que c’est cette vigilance exceptionnelle, qui a fait défaut aux différents services des renseignements des forces armées et de sécurité, Police, Armée, Gendarmerie et Garde qui n’ont rien vu venir malgré les moyens mis à leur disposition, qui est à l’origine de la propulsion de cet officier supérieur au poste de ministre des affaires étrangères, puis au poste de ministre de l’intérieur avant d’être chargé de conduire la démocratisation militaire, pour ne pas dire la tribalisation de la Mauritanie, qui aboutira au CMSN ère nouvelle, période qui va durer jusqu’au 3 aout 2005.
Si le projet de ces putschistes d’octobre 1987 avait été dénoncé, en dehors de la période d’exception, ils auraient été tout simplement traduits devant un conseil de discipline et rayés des contrôles des forces armées nationales. L’exécution de ces trois officiers constitue incontestablement, la plus grande bavure du régime d’exception. Il n’est pas évident que ce groupe d’officiers ait commis une quelconque infraction au code pénal car l’infraction se compose de trois éléments : un élément légal, un élément moral et un élément matériel.
Or dans leur cas, l’élément matériel et l’élément légal qui sont déterminants, sont absents. Il n’y avait pas eu d’élément matériel, dans la mesure où il n’y avait pas eu début d’exécution,car l’article 88 stipule : « Lorsque l’une des infractions prévues aux articles 83, 85, 86 et 87 aura été exécutée ou simplement tentée avec usage d’armes, la peine sera la mort. » ; tenter c’est commencer en vue de réussir. Il n’y avait pas eu de tentative puisqu’il n’y avait pas eu de commencement. Le 8 juin 2003, il y avait eu une tentative avec usage des armes, puisqu’il y avait eu début d’exécution.
Il n’y avait pas non plus d’élément légal, puisque les attentats ou complots objets des articles 83 à 87 du code pénal, ne sont considérés comme infractions contre l’autorité de l’Etat, que « quand ils sont dirigés contre des régimes constitutionnels ». Or le 22 octobre 1987, la Mauritanie était dirigée par un régime d’exception, usurpateur, qui avait dissout la constitution et qui gouvernait en maître absolu, comme dans un territoire conquis. Certes il y avait bien une intention de prendre le pouvoir par la force qui constitue l’élément moral mais il n’est pas suffisant pour constituer l’infraction.
L’exécution de ces trois officiers constitue donc un assassinat extrajudiciaire, assimilable à un accident de travail comme pour le cas, de deux de leurs compagnons, morts de mauvais traitements et de malnutrition dans le mouroir d’Oualata. Dans ce cas l’Etat mauritanien doit payer la diya aux ayant-droits, et les intéressés doivent tous figurer en bonne place sur la liste de nos martyrs. Les martyrs de la nation. Les autres victimes rescapées doivent aussi obtenir une juste réparation pour tous les malheurs qu’ils ont subis, y compris pour l’exil.
Les véritables acteurs, qui pouvaient agir efficacement ce 22 octobre et qui avaient échappé miraculeusement à la peine capitale, étaient le capitaine Sy Bocar, directeur adjoint du cabinet militaire et les lieutenants Ngaidé Aliou Moktar, commandant de l’escadron de sécurité présidentielle qui aurait eu pour mission de neutraliser le président du CMSN et ses proches collaborateurs, Dia Abdarrahmane, officier de permanence à l’état-major national, Kane Mamadou de la 6ème région militaire, et Diacko Abdoul Kerim du 1er BCP.
Le cas du colonel ANNE Amadou Babaly
Le colonel ANNE est un brillant intendant, l’un des pères fondateurs de l’armée nationale, réputé pour son intelligence, sa modestie, sa courtoisie et surtout pour son honnêteté intellectuelle. C’est lui qui, deux années auparavant presque jour pour jour, le 29 octobre 1985, avait décliné poliment l’offre du chef de l’Etat le nommant chef d’état-major national, en remplacement de son frère, feu le colonel Yall Abdoulaye, au prétexte qu’en sa qualité d’intendant il n’était pas le mieux indiqué pour commander l’armée nationale. Il avait proposé au président de nommer à sa place, le colonel Jibril Ould Abdallahi qui avait, selon lui, de meilleures prédispositions pour cet emploi. C’est ainsi que ce dernier avait été nommé le même jour, chef d’état-major national.
Cette réaction digne et spontanée, on ne peut plus correcte, faite dans le bureau du chef de l’Etat et en présence du colonel Jibril, démontre à elle seule que cet excellent officier n’avait aucune ambition pour prendre le pouvoir par la force, et qu’il n’était animé d’aucun sentiment sectaire ou ségrégationniste quelconque. Au contraire, ce comportement montre toute la noblesse de l’homme, sa très grande vertu, son sens élevé de l’honneur, du devoir, de la fraternité, de l’amitié, et son respect absolu de la déontologie de l’officier.
Aveuglé par le pouvoir, le président du CMSN avait oublié ce noble geste du 29 octobre 1985, et avait cherché en vain, à compromettre inutilement, son compagnon d’armes, dans cette désagréable aventure.
Ainsi, ce grand officier s’était trouvé en très mauvaise posture, devant une confrontation surréaliste, qu’on lui imposait avec de jeunes officiers dont la plupart pouvaient être ses enfants, et qui n’étaient liés à lui que par le respect dû à son rang, à son âge et à la considération réciproque, sentiments très appréciés en milieu poular. A l’issue de cette épreuve difficile, le colonel Anne était sorti grandi.
Le héros
Le lieutenant Bâ Seydi de la Marine Nationale condamné à mort, s’était particulièrement distingué par son orgueil, son courage et sa témérité depuis l’enquête préliminaire jusqu’au poteau d’exécution. Pendant la phase instruction, lorsqu’il avait été confronté avec certains de ses subordonnés, il avait dit au juge d’instruction : « Monsieur le juge, mon honneur d’officier m’empêche d’accepter d’être contredit par mes subordonnés, c’est pourquoi je vous demande de considérer comme vrai tout ce qu’ils vous disent me concernant ». Après le verdict, il avait dit à ses avocats : « On avait aucune intention de massacrer qui que ce soit, mais on avait bien l’intention de prendre le pouvoir par la force. Et si c’était à refaire, je suis prêt à recommencer. »
A quelques minutes de son exécution, on lui avait demandé, comme en pareille circonstance, s’il avait quelque chose à dire ou des souhaits à formuler. L’audacieux lieutenant a répondu sereinement à son avocat maître Mohamed Cheine Ould Mouhamadou, avant de regagner le poteau d’exécution: « Oui maître, j’ai deux commissions et un témoignage. La première commission concerne mes parents, ma mère et mon père. Ils sont venus de Boghé et ont beaucoup souffert en apprenant mon arrestation. Ils souffriront encore plus en apprenant mon exécution, je te demande d’aller les voir pour leur demander de me pardonner. La deuxième commission concerne mon frère qui travaille dans une banque de la place, il faut le voir pour qu’il paye une dette de 7000 ouguiya à mon créancier, un boutiquier aux environs de l’hôpital national. Quant au témoignage je voudrais vous prendre à témoins. » Puis il prononça la chahada en arabe: «J’atteste qu’il n’y a qu’un seul Dieu et que Mohamed est son prophète. »
L’avocat lui avait promis de payer lui-même cette dette et qu’il ferait sa commission pour ses parents immédiatement.
Attachés tous les trois sur les poteaux d’exécution, tenus en joue par trois tireurs à une distance de six mètres, les trois officiers attendaient dignement la fin de leur vie qui ne tenait plus qu’à un ordre du chef du peloton d’exécution. Puis vint le moment fatidique:  » Feu. » Les trois premiers coups partirent, le tireur chargé de tuer le lieutenant BA Seidi le blessa à la hanche, l’officier aurait dit, selon plusieurs témoins, à son bourreau : « Tu m’as blessé, lève le tir, vise très bien ». Seidi BAH. Seidi BAH. Seidi BAH.
Par ce comportement exceptionnellement courageux, ce martyr originaire du Fouta, avait démontré qu’il existait en Mauritanie le 6 décembre 1987 à Nouakchott, des hommes qui avaient, devant l’épreuve de la mort, autant de témérité que le martyr Saddam Hussein exécuté par pendaison le 30 décembre 2006 à Baghdad. Enfin, les trois officiers rendirent leur dernier souffle en implorant Allah au cri d’Allah Akbar, Allah Akbar, Allah Akbar. LA ILAHA ILLA ALLAH MOHAMEDOUNE RASSOULOU ALLAH.
Puisse ALLAH le tout puissant, accueillir nos martyrs dans son paradis. Puisse-t-il faire que la Mauritanie se réconcilie un jour avec ses enfants du Fouta, du Walo et du Guidimagha

Source crédit: lecalame.info

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Novembre 1990 novembre 2015 : un Quart de siècle d’impunité sur les 534 soldats Noirs assassinés dans les casernes Militaires en Mauritanie.

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Le 28 novembre date de  l’accession de notre pays à l’indépendance nationale n’a plus la même signification ni le même symbole pour tous les Mauritaniens. Autrefois ou l’école était considérée comme le creuset de l’unité nationale malgré ces insuffisances  ses manquements  de l’époque, écoliers, fonctionnaires et populations se donnaient la peine et les efforts nécessaires pour les manifestations grandioses et enthousiasmantes liées à cette fête nationale ou un semblant de cohésion nationale  se dessinait autour de la patrie.

Écoliers de toutes les couches sociales confondues, nous agitions dans les marches les petits drapeaux confectionnés pour la circonstance et participions avec joie et fierté à diverses activités culturelles, sportives à des courses de chameaux et de chevaux dans toute l’étendue du pays dans nos diversités  ethniques et linguistiques.

Malheureusement la politique de purification ethnique engagée par le colonel  Sid’Ahmed Ould Taya depuis 1986 a vite tourné le pays vers le chaos et notre drapeau national et tous les symboles de l’état sont désormais souillés et n’ont plus le même sens pour tous. En septembre 1990 fut le début des purges ethniques dans l’armée, 534 soldats tous Noirs succombent sous les tortures dans les casernes militaires des régions militaires transformées à des camps de concentration et  à des ateliers de torture semblables à Nuremberg . A cette date fatidique et cauchemardesque du 28 Novembre 1990, une caserne militaire Inal s’est distinguée par la cruauté et l’ignominie  de leurs actes, 28 militaires Noirs numérotés de 1 à 28 ont été pendus pour célébrer la fête nationale, le comble et le summum  de la barbarie avaient atteint son paroxysme  en terre d’Islam. Dans tous les autres camps ; Azlat, Jreida, Aleg, les bases marines de Nouakchott , Nouadhibou  etc… les horreurs ont été commises et ceux qui ont échappé à la mort sont pratiquement tous handicapés à vie  et certains ne sont plus de notre monde après leur sortie de ces camps mouroirs

Un quart de siècle après , l’impunité est de plus belle en Mauritanie, les commanditaires occupent toujours les hautes responsabilités au sein de l’armée  et dans l’administration ,bénéficiant de la protection du pouvoir et de ses émoluments sans criante d’être poursuivis  par la justice.

Les rescapés de  ces camps de concentration doivent leur vie à la pression nationale et internationale et à l’adjudant-chef Cheikh Fal , envoyé en stage en France ou il sonna  l’alerte par le biais de radio France internationale (RFI) Amnesty international  et le journal  libération sur le sort réservé aux détenus. Nous lui rendons aujourd’hui un grand hommage et nous reviendrons un jour sur cet homme hors pair.

L’Organisation contre les violations des Droits de l’Homme (OCVIDH) appelle tous ses militants et sympathisants à se joindre massivement  à  la manifestation du collectif des associations et partis politiques que nous organisons le 28 Novembre 2015 à Paris entre le Trocadéro et  l’ambassade de Mauritanie pour dire non aux arbitraires et aux injustices en Mauritanie.

Non à l’esclavage et au racisme d’état en Mauritanie *

Non à l’impunité des crimes et pas de pardon sans coupables en Mauritanie

Non aux violations quotidiennes des droits de l’homme en Mauritanie avec une pensée pieuse au camarade Biram Ould dah Ould Abeid arbitrairement emprisonnè depuis novembre 2014 ,lui qui fut l’homme qui avait déverrouillé par sa combativité  les voies vers Inal à ses risques et péril, subit  injustement les foudres d’un pouvoir aux abois.

Justice pour les martyrs  de Walata et des camarades officiers exécutés le 06 Décembre 1987 à l’aube à Jreida que nous ne pourrions pas oubliè à cette date anniversaire macabre  du 28 Novembre.

Oui Nous ne pouvons pas oublier l’ensemble de nos martyrs , le 28 Novembre  est pour nous autres, une date cauchemardesque de deuil , de recueillement et de douleurs profondes. Qu’Allah  accorde son saint paradis à nos martyrs. Amen

Soyons nombreux le 28 novembre 2015 à 14 h au Trocadero

le bureau exécutif de l’OCVIDH 

Porte-parole Mr Ba Oumar dIT Bassoum

. site www.ocvidh.org

Mail ocvidh001@anadoo.fr

Crédit source: http://www.ocvidh.org

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Entretien avec Dr Dia Alassane président de Touche pas à ma nationalité

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Sensibilisé très tôt à la politique pour avoir assisté en témoin à la campagne de chasse à l’homme initiée par le régime de Ould Taya contre l’élite intellectuelle négro-africaine en 1986, Alassane DIA s’engagera dès sa majorité en mettant sa plume d’étudiant et d’apprenti journaliste au service de ses convictions. Longtemps absent de la Mauritanie pour des raisons liées à ses études qui le mèneront en Tunisie, où il obtient son DEA de Linguistique puis en France où il décrochera son diplôme de doctorat en sciences du langage, ce natif d’Aleg, ayant grandi à Nouadhibou, ne renoncera jamais à servir son pays, puisque, après avoir exercé le métier d’enseignant chercheur à l’Université de Manouba en Tunisie pendant dix ans, il décide de rentrer en Mauritanie en 2009 pour mettre ses compétences au service de l’Université de Nouakchott, où il occupe le poste de Chef du département de langues nationales et linguistique. Ce retour est aussi dicté par son besoin de participer de l’intérieur à la lutte pour l’avènement d’une Mauritanie débarrassée des démons du racisme et de l’esclavage, d’une Mauritanie une et plurielle qui mettrait tous ses enfants sur un même pied d’égalité. C’est donc tout naturellement que, avec d’autres camarades, il fondera, en 2010, Conscience Citoyenne, entité politique émergente, qui se fondra avec d’autres organisations pour former le Mouvement « Touche pas à ma nationalité» à la faveur de l’opération d’enrôlement jugé trop raciste et discriminatoire à l’égard des populations noires du pays lancée en mai 2011.

Notre site Essirage.net a rencontré pour vous DR Alassane DIA, président du mouvement TPMN, qui malgré sont calendrier trop chargé a voulu aimablement nous accorder cet entretien. Qu’il en soit remercié.

Essirage.net : Depuis 2011, le mouvement TPMN intègre dans son combat les problèmes des negro-Mauritaniens. Aujourd’hui quel bilan faites-vous de ce combat ?

Dr Dia Alassane : C’est vrai que Touche pas à ma nationalité s’est d’abord fait connaître à travers son combat contre l’enrôlement raciste et discriminatoire initié par le régime de Mohammed Abdel Aziz, enrôlement qui continue à créer à dessein des apatrides parmi les Noirs de Mauritanie, en leur refusant toute possibilité d’acquérir les nouveaux documents d’état civil. Mais lutter contre le caractère raciste et discriminatoire de l’enrôlement ne suffit pas pour changer la donne en Mauritanie. L’enrôlement est quelque chose de conjoncturel alors que le nœud du problème mauritanien est d’ordre structurel, le véritable problème est celui de la cohabitation entre nos différentes composantes nationales qui, si l’on n’y prend garde, risque de conduire le pays à l’implosion.

C’est donc tout naturellement que TPMN qui se bat pour l’égalité de tous les Mauritaniens, pour qu’il n’y ait plus de Mauritaniens de seconde zone, intègre l’ensemble des dimensions du problème de la cohabitation. Une Mauritanie juste serait une Mauritanie où chacune de nos composantes se reconnaîtrait dans le pouvoir, où les langues du pays et les cultures qu’elles véhiculent seraient mises sur le même pied d’égalité, où les richesses nationales seraient équitablement réparties, où les terres de la vallée ne seraient plus spoliées au profit d’hommes d’affaires véreux ou de multinationales. C’est pour cette Mauritanie débarrassée des tares de l’exclusion liée à l’appartenance raciale, ethnique ou tribale, débarrassée du déni d’humanité que constitue la honteuse pratique de l’esclavage, c‘est pour cette Mauritanie là que se bat TPMN. Le chemin est encore long pour y arriver mais nous avons eu le mérite, avec d’autres, de reposer avec acuité le péché originel de la Mauritanie que constitue l’exclusion des Noirs des premières années de l’indépendance à nos jours.

Essirage.net : quelles actions concrètes avez-vous réussies pour l’enrôlement des mauritaniens à l’intérieur du pays et à l’étranger, pour le retour des rapatriés, la résolution du passif humanitaire et contre l’accaparement des terres de la vallée?

Dr Dia Alassane : Nous pouvons dire sans risque de nous tromper que nous avons réussi à alerter l’opinion nationale et internationale quant au caractère raciste de l’enrôlement et nos manifestations ont contraint le pouvoir à revoir sa copie en assouplissant la procédure qui rejetait systématiquement les Noirs, et même les plus illustres d’entre eux. Il n’est un secret pour personne qu’au tout début de l’enrôlement des personnalités noires de premier plan qui ont joué les premiers rôles à l’indépendance du pays et d’autres qui, par la suite, ont occupé les plus hautes fonctions de l’Etat ont été rejetés et considérés comme de vulgaires usurpateurs de la nationalité mauritanienne. Si cela a pu se passer pour de telles personnalités que dire du citoyen lambda originaire de la vallée.

La mobilisation de TPMN a sans doute permis d’améliorer les choses en ouvrant les portes de l’enrôlement à la grande masse des populations noires du pays. Cela ne veut pas pour autant dire que le combat contre le génocide biométrique que constitue cet enrôlement est terminé. La volonté de réduire la composante noire des listes de l’état civil à sa plus simple expression est toujours là et continue à faire des dégâts, même si ce n’est plus de manière aussi systématique qu’au début.

Pour l’enrôlement des Mauritaniens de l’Europe, le mérite de la victoire contre l’exigence de la présentation de la carte de séjour du pays d’accueil pour tout candidat à l’enrôlement revient en premier aux organisations de la diaspora, par leur mobilisation hebdomadaire pendant deux ans devant les locaux de l’ambassade de Mauritanie à Paris. Mais nous avons toujours travaillé en synergie avec eux en continuant de mener la pression à l’interne en parallèle à ce qu’ils faisaient en France et nous avons eu l’opportunité d’être à leurs côtés lors du sit in historique de la victoire, le 21 août 2014 devant l’ambassade de Mauritanie à Paris.

Quant aux questions relatives aux rapatriés et à l’accaparement des terres, il est difficile de parler de résultats concrets et immédiatement palpables dans la lutte que nous menons qui est une lutte qui s’inscrit nécessairement dans la durée. Mais nous travaillons à la sensibilisation des rapatriés, devenus des réfugiés dans leur propre pays puisque confinés dans des camps d’infortune, souvent en face des terres de leurs ancêtres qui leur sont interdites puisque occupées et exploitées par d’autres. Nous les avons accompagnés lors de leur marche historique de Boghé à Nouakchott en avril – mai 2014 pour dénoncer la misère a laquelle ils semblent irrémédiablement condamnés par l’Etat et sa logique raciste et esclavagiste. Nous continuons parallèlement le travail de sensibilisation et de conscientisation des populations de la vallée par rapport à la logique d’expropriation que veut leur imposer le système.

Quant à ce qu’il est convenu d’appeler, par une hypocrisie bien mauritanienne, le passif humanitaire et qui n’est rien d’autre qu’un génocide, il est important qu’il y ait des voix discordantes pour dénoncer le prétendu règlement de la question par le gouvernement. Mohamed Ould Abdel Aziz doit comprendre que le pardon ne se décrète pas et que la dignité des victimes et des ayant droits n’est pas à monnayer. La vérité doit être établie sur ce qui s’est passé. Les responsables présumés de ces crimes innommables sont non seulement protégés par la loi scélérate d’amnistie de 1993 mais, chose encore plus insupportable, ils continuent d’écumer les plus hautes fonctions de l’Etat comme pour continuer à narguer les victimes. TPMN participe, aux côtés des organisations des victimes, à dénoncer cet état de fait et à se battre pour que justice soit rendue.

Essirage.net : suivez-vous de prêt le cas de Lamine Mangane, tué à Maghama lors d’une manifestation de TPMN ? Et ou en est-on de ce dossier au niveau de la justice ?

Dr Dia Alassane : L’assassinat de Lamine Mangane est une suite logique de la loi d’amnistie de 1993 qui est en fait un permis de tuer du noir. Cet adolescent qui manifestait à mains nues a été froidement assassiné par les balles de la gendarmerie de Maghama qui n’a pas hésité à tirer à balles réelles sur une foule de manifestants pacifiques, composée essentiellement d’adolescents, et qui demandaient simplement à être reconnus comme des citoyens à part entière de ce pays et à pouvoir accéder à l’enrôlement. Si la gendarmerie a fait usage de balles réelles face à ces manifestants, c’est parce qu’il s’agissait de noirs et que cela ne prêterait pas à conséquences vu que les auteurs du génocide sont non seulement protégés mais promus. Lamine Mangane a été abattu et d’autres enfants beaucoup plus jeunes, au nombre de huit, ont été blessés et marqués à vie par les balles de la gendarmerie.

Nous accompagnons la famille dans sa démarche devant le tribunal de Kaédi où la plainte a été déposée. Mais bien que le tireur et le donneur d’ordre aient été identifiés, la plainte n’a connu aucun début d’exécution. La justice inféodée au système continue à faire de l’obstruction malgré le travail inlassable des avocats de la famille, et le dossier n’a connu aucune évolution jusqu’ici. Il va peut-être falloir porter l’affaire devant des tribunaux internationaux à cause de l’obstruction systématique dont elle fait l’objet en Mauritanie mais cela c’est du ressort des avocats.

Essirage.net : les autorités mauritaniennes organisent ces jours-ci un dialogue ouvert où participent plusieurs tendances : forces politiques, société civile, personnalités etc. Votre mouvement va-t-il y participer ?

Dr Dia Alassane : Pour nous ce semblant de dialogue est tout sauf ouvert. Un dialogue suppose au moins deux parties qui, à défaut d’être antagonistes, sont, pour le moins, distinctes, mais ce que nous avons vu au palais des congrès, en guise de préliminaires, relève du cirque. Le parti au pouvoir s’y retrouve avec ses satellites dits partis de la majorité et il semble seul à imprimer le tempo. Il y a bien quelques personnalités qui appartenaient à des partis de l’opposition mais comme vous le savez le changement de veste est une seconde nature pour beaucoup de nos politiques.

Nous avons bien été approchés, mais pas de manière directe pour participer à ces assises mais nous avons décliné. Pour nous, un véritable dialogue suppose sur le plan de la forme l’implication de tous : partis politiques, société civile, syndicats, bref toutes les forces vives du pays. Or il se trouve qu’un personnage aussi incontournable dans l’échiquier politique et celui des droits de l’homme que Biram Dah Abeid est en prison pour ses idées et de fait exclu des assises. Sur le fond, le dialogue doit porter en priorité sur les voies et moyens de régler définitivement la question de la cohabitation et du vivre ensemble pour sauver le pays ou ce qu’il en reste mais visiblement, telle n’est pas la préoccupation des initiateurs du soit disant dialogue.

Essirage.net : Quelle est la vision de TPMN de l’esclavage ?

Dr Dia Alassane : TPMN est contre toute forme d’avilissement quelle que soient sa nature ou son origine et le pire des avilissements est le déni d’humanité que l’on impose à son semblable en le soumettant à l’esclavage Nous combattons de fait toutes les formes d’esclavage dans tous les démembrements de nos composantes nationales. Tout comme nous combattons la prégnance des castes dans l’organisation de nos sociétés. Il est inadmissible que, au 21ème siècle, une personne soit discriminée ou stigmatisée a cause de son origine et c’est une honte pour notre pays que de continuer à traîner ces tares là encore aujourd’hui.

Essirage.net : Des militants antiesclavagistes sont toujours retenus en prison par les autorités. Il s’agit de Biram Ould Dah Ould Abeid et son adjoint Brahim Ould Bilal Ramdane. Certains jugent que leur discours est extrémiste et sectaire. Partagez-vous cette opinion ?

Dr Dia Alassane : Non absolument pas. Nous sommes nous-mêmes constamment accusés de développer un discours raciste et extrémiste mais c’est la tactique du voleur qui crie au voleur. Il n’y a pas plus extrémistes et sectaires que ceux qui ont planifié le génocide physique contre les noirs pendant les années de braise et qui ont voulu le poursuivre sous une autre forme, le génocide biométrique que nous vivons actuellement à travers l’enrôlement. Il n’y a pas plus raciste et sectaire que celui qui réduit son semblable en esclavage, en violation de toutes les lois de la morale humaine et surtout de celles de notre sainte religion. Il ne faut pas qu’on inverse les choses Les racistes, les extrémistes, les sectaires sont ceux qui ont conduit le pays dans l’état où il est aujourd’hui et non pas ceux qui dénoncent cet état de faits.

Essirage.net : le mouvement TPMN est toujours divisé en deux groupes. Un conflit d’intérêt personnel et de leaderships ? Cette scission n’affaiblit-il pas votre combat ?

Dr Dia Alassane : La division à laquelle vous faites allusion a certes, dans un premier temps, refroidi l’élan de nos nombreux militants et sympathisants, mais elle appartient maintenant au passé. Ceux qui étaient partis avec le premier coordinateur du mouvement sont revenus depuis décembre 2013 et nous avions organisé à ce moment là une conférence de presse pour annoncer la réunification du mouvement. Il reste que cet ancien coordinateur continue à se présenter au nom du mouvement mais étant donné que nous ne disposons pas de récépissé de reconnaissance officielle de notre mouvement en tant qu’association, nous ne pouvons lutter contre de telles dérives. Mais heureusement que le terrain est là pour séparer le vrai du faux. Nous continuons à occuper le terrain, à organiser des activités, à travailler en partenariat avec nos alliés naturels, ce qui n’est pas le cas de la supposée autre partie qui n’existe que de nom.

Essirage.net : vous étiez membre actif de « conscience citoyenne », un mouvement jugé proche des FLAM. Certaines informations disent que les FLAM préparaient leur redéploiement à travers vous pour leurs activités de militantisme politique. Est c’est vrai ?

Dr Dia Alassane : Oui, j’étais Président de conscience citoyenne qui a d’abord fait partie du FLERE (Front de Lutte contre l’Esclavage, le Racisme et l’Exclusion) aux côtés de l’IMEJ et de l’IRA, notamment, avant d’être membre fondateur de TPMN aux côtés de la même IMEJ et de deux autres associations. Nous étions effectivement en parfaite collaboration avec les FLAM pour préparer leur retour organisé en Mauritanie et nous sommes particulièrement fiers d’avoir contribué à ce retour. Les FLAM représentent à nos yeux, sinon les pionniers de la lutte pour une Mauritanie juste et égalitaire, du moins les plus constants dans cette lutte.

Cependant TPMN a choisi le combat citoyen et, en ce sens, il est indépendant de tout parti politique. Notre ambition est de nous situer au- delà des clivages politiques et de réunir en priorité tous ceux qui veulent combattre la politique de l’Etat dont l’objectif avoué est de faire de la Mauritanie un pays exclusivement arabe De fait, nos militants et sympathisants appartiennent à divers partis politiques.

Essirage.net : Merci

Entretien réalisé par Oumar Amadou M’baye

Crédit source: Essirage.net

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INITIATIVE DE RESURGENCE DU MOUVEMENT ABOLITIONNISTE EN MAURITANIE IRA – Mauritanie

مبادرة إنبعـــاث الحــــركة الانعتـــــــاقية

 

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Communiqué de presse

Le système autoritaire continue la répression des militants d’IRA-Mauritanie

Une marche pacifique organisée le 26 octobre 2015 par IRA-Mauritanie, a fait l’objet d’une répression d’une rare violence par des forces de l’ordre. Ces derniers ont utilisés des grenades lacrymogènes et les matraques pour disperser les manifestants qui étaient mobilisés pour dénoncer le manque de soins de leurs leaders Biram Dah Abeid et Brahim Bilal Ramdane, qui croupissent dans la prison d’Aleg depuis plus d’un an pour avoir organisé une caravane dénonçant l’esclavage foncier.

Le but de cette marche était de dénoncer l’arrestation arbitraire de Biram Dah Abeid et Brahim Bilal Ramdane et attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale que leur état de santé se détériore de jour en jour.

La répression disproportionnée et  les arrestations des militants et sympathisants d’IRA-Mauritanie démontrent que l’Etat esclavagiste mauritanien est loin de tenir son engagement quant au respect des droits de l’homme à la veille de l’EPU (examen périodique universel) prévu le 3 novembre 2015.

Face à cette situation d’injustice et de violation du droit de l’homme, IRA-Mauritanie :
– Dénonce l’arrestation et la répression dont sont victimes quotidiennement ses militants et sympathisants, et demande leur libération sans conditions
– Prend à témoin l’opinion, des agissements inhumains des autorités judiciaires et exécutives de Mauritanie qui sont responsables de ce qui adviendra de la santé du Président Biram DAH ABEID,

Le bilan de la manifestation :

A- Arrestations et blessés
1- Werzeg Biram
2- Kaw Lô
3- Jemal Samba (blessé)
4- Mohamed Ahmed Abdi (blessé)
5- Eyoub Saleck (blessé)
6- Isselmou Yali
7- Mohamed Bleyil

B- D’autres blessés non arrêtés
1- Cheikh Val
2- Abou Babou
Nouakchott le 26 octobre  2015

La Commission Communication

Crédit source: cyber-militant à Nouakchott

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26-10-2015 17:16 – L’esclavage en Mauritanie

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Mediapart – Trois militants historiques de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie[1] étaient sur la liste des nobélisables. La loi criminalisant l’esclavage dont vient se doter la Mauritanie, renforçant celle de 2007, est peut être celle dans le monde qui définit le mieux la nature de ce phénomène humain :

ce sont toutes les situations où un individu est privé de tout ou partie de ses droits fondamentaux, quand il passe du statut de sujet de droit à celui de bien meuble dont on peut user et abuser et que l’on peut faire fructifier, pour reprendre les termes juridiques qui caractérisent la notion de propriété[2].

Beaucoup de militants des droits de l’homme doutent de l’applicabilité de la loi et pensent qu’il s’agit de l’affichage humaniste d’un régime qui fait le job des Européens et des Américains dans la lutte contre le terrorisme et la migration. Toutefois, cette définition froide et juridique de l’esclavage, au delà du poids affectif du mot et de la situation concrète en Mauritanie, doit nous faire réfléchir.

Car à bien y regarder, ces situations ne sont elles pas en passe de devenir, sinon la norme, mais la réalité quotidienne de millions de travailleurs dans le monde ? Dans les grands ateliers d’Asie, dans les mines et les plantations africaines ou sud américaines, dans les stades du Qatar, la vie des ouvriers sont des situations d’esclavage.

Les passeports confisqués, les licenciements aléatoires, les garanties financières prises sur les familles, la précarité, les horaires, les cadences et le déni de la représentation syndicale montrent des individus usés, abusés dont la valeur travail fait fructifier les richesses de leurs maîtres.

Les grands médias et les services de communication des ambassades ou des agences onusiennes prennent facilement la pose devant les graves atteintes aux droits de l’homme en tête de gondole médiatique comme l’excision, les enfants soldats ou l’esclavage, au risque de la simplification comme dans le cas du militant anti esclavagiste mauritanien Biram Abeïd (voir ci dessous), mais on les entend peu sur les atteintes aux droits de basse intensité médiatique comme les droits économiques et sociaux.

Avec une différence de degré mais pas de nature, en France, le lent détricotage du droit du travail sous la poussée de la pensée néo libérale participe aussi de cette vision d’une humanité sans droits individuels et collectifs, réduite à son statut utilitariste dans une société consumériste où seule la valeur marchande des objets compte, quelque soient leur nature et les conditions de leur production. Si, un jour, le prix Nobel devait être attribué à un militant anti esclavagiste, c’est aussi ce débat là qu’il faudra avoir.

[1]Boubacar Ould Messaoud (SOS Esclaves), Aminetou Mint El Moktar (Association des Femmes Chefs de Familles AFCF), Biram Ould Abeïd Ould Dah (Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie IRA)

[2] L’usus (le droit d’utilisation), l’abusus (le droit de céder) et le fructus (le droit de faire fructifier)

Article de Francis Serra (Golias 24 octobre 2013)

En août, l’actualité internationale dominée par la question des migrants et la chronique des horreurs syriennes a toutefois laissé un peu de place à d’autres sujets dramatiques comme la question de l’esclavage en Mauritanie[1].

Le 21 août Amnesty International dénonçait le fait qu’au moment où le parlement mauritanien adoptait une loi faisant de l’esclavage un crime contre l’humanité, la justice mauritanienne aux ordres de l’exécutif et au mépris de toute procédure pour un procès équitable, confirmait en appel la condamnation à deux ans de prison du militant anti esclavagiste Biram Abeïd pour son appartenance à des associations non reconnues et appel à la violence.

Selon les ONG des droits de l’homme, la nouvelle loi relève d’un double langage des autorités mauritaniennes. Elle est une avancée notable qui mérite d’être saluée mais qui doit être mise en œuvre concrètement, selon le haut commissariat des droits de l’homme des Nations Unies[2].

Une réalité contemporaine

Les mots esclavage, génocide, déportation ou apartheid, renvoient aux heures les plus sombres de l’histoire humaine quand le déni d’humanité tient lieu de pensée pour justifier une politique. Avant de décrire une réalité sociale ou de qualifier juridiquement des pratiques condamnables, le mot est politique.

La lutte contre l’esclavage a été l’alibi civilisationnel du roi des Belges Léopold 1er pour se tailler un empire colonial au cœur de l’Afrique, devenu très tôt une colonie violente qui a réduit par deux, en vingt ans, la population de cet immense territoire au moment où la cueillette de l’hévéa alimentait en caoutchouc la nouvelle industrie européenne de l’automobile[3].

Ce petit rappel historique pour dire qu’il faut parfois tenir avec discernement nos discours flamboyants et moraux qui dénoncent une situation d’atteinte grave aux droits de l’homme, non pour relativiser mais pour mieux comprendre les situations réelles.

C’est le cas en Mauritanie à propos des survivances d’un esclavage pluri séculaire transsaharien qui a structuré humainement cette région du continent africain[4]. Nos postures outrées sur les droits de l’homme sont souvent perçues comme de l’arrogance occidentale.

En janvier dernier, un article du Nouvel Observateur[5] débutait par ces mots : « la Mauritanie a son Spartacus, le militant Biram Dah Abeïd veut faire libérer tous les esclaves de son pays, au prix de sa propre liberté ». Sauf que ce nouveau Spartacus avait pu se présenter aux élections présidentielles quelques mois plus tôt.

Le premier président Mauritanien Ould Daddah était parfaitement conscient de la réalité de l’esclavage dans son jeune Etat et de la nécessité de son éradication pour développer et intégrer son pays dans le concert des nations mais il expliquait en même temps qu’il ne pouvait aborder frontalement cette question tant elle touchait à des intérêts puissants et des pratiques ancrées dans la société maure.

Résultat : cinquante-cinq ans, cinq coups d’Etat et trois lois anti esclavagistes plus tard, la question est toujours au cœur du débat public en Mauritanie.

Une construction historique

L’histoire du Sahel, espace tampon entre le Sahara arabo-berbère et l’Afrique subsaharienne explique la permanence de pratiques sociales anciennes de servage, de travail forcé, de domination, de castes et d’inégalités dues à la naissance.

En Mauritanie le développement économique basé sur un clientélisme d’Etat (administration, pêche, extraction minière, négoce international, construction) au profit des élites proches du pouvoir, aggrave les inégalités sociales. Ce pays, peuplé de 3,5 millions d’habitants dans une zone grande comme deux fois la France a été créé en 1960 à partir de la rive droite du fleuve Sénégal et d’une partie l’ancien Soudan Français.

Comme pour tous les pays d’Afrique ses frontières sont le résultat de considérations géostratégiques et administratives, plutôt que de logiques d’homogénéisation des peuplements humains. Pour la France ce nouveau pays charnière permettait de contenir les revendications historiques du Maroc[6] au sud pendant que la rive droite du fleuve permettait les bases d’un développement économique.

Les autorités du jeune Etat sénégalais n’y voyaient pas d’inconvénient, les Peuhls restaient ainsi minoritaires dans leur pays. Dès le XIXe siècle, la vallée du fleuve Sénégal avait été encadrée par l’administration coloniale (écoles, santé, travaux publics, impôts, cultures de rente) pendant que l’administration des oasis et des confins désertiques au nord du fleuve était sous traitée aux grandes tribus arabo-berbères pourvu qu’elles fassent allégeance à la France, arrêtent de guerroyer et cessent leurs rezzous esclavagistes le long du fleuve.

Ces tribus étaient issues d’un long métissage entre les tribus guerrières bédouines venues progressivement de la péninsule arabique lors de la conquête arabe (VIIIe-XIIe siècle) et les anciens peuplements berbères d’Afrique du nord. La main d’œuvre servile de ces grandes lignées familiales était composée d’esclaves et d’affranchis pris sur les populations noires du fleuve.

Cette main d’œuvre s’est peu à peu intégrée et métissée dans la société Maure qui est ainsi composée de deux communautés : les Beïdanes (Maures blancs) et Harratines (esclaves affranchis). Elles partagent la même langue : l’Hassanya (la langue arabe hybridée avec le berbère et les langues du fleuve) et revendiquent leur appartenance au monde arabo-musulman.

Du fait de ces métissages, la couleur de la peau n’est pas nécessairement le marqueur communautaire. Dans ce contexte ce que l’on appelle esclavage correspond à un spectre de situations concrètes qui vont du travail forcé au clientélisme en passant par le servage, le captage des héritages, le droit de cuissage, les castes et l’allégeance politique, sociale et culturelle.

Les élites politiques et administratives Beïdanes ne nient pas l’existence d’inégalités inacceptables dues à la naissance mais elles refusent de la regarder en face et d’assumer une réalité anthropologique ancrée dans leur histoire dont on ne viendra à bout que par leur engagement politique soutenu sur le long terme. Elles utilisent l’euphémisme « séquelles de l’esclavage ».

C’est d’abord ce refus de lucidité et de mémoire que les militants anti-esclavagistes leur reprochent : pourquoi nier la persistance de l’esclavage tout en faisant voter une nouvelle loi ? Les identités sociales inégalitaires par la naissance ne sont pas l’apanage des Maures. On les trouve aussi, sous des formes spécifiques chez les Wolof, les Peuhls ou les Soninkés de la rive droite du fleuve.

Les formes anciennes et les plus brutales d’esclavage persistent en zone rurale mais elles régressent et disparaitront grâce au travail des associations qui dès les années 70 (El Hor, puis SOS Esclaves, AFCF) ont milité courageusement, au prix de leur liberté, auprès des pouvoirs publics pour pénaliser ces pratiques.

A l’époque, elles ont créé un parti politique l’AC (Action Politique) et Messaoud Ould Boulkheir, issu de la communauté Harratine se présentera aux présidentielles de 2007 et 2009 où il arrivera en seconde positions avec 17% des suffrages. Au delà de son effet de visibilité qui fait de l’esclavage un crime contre l’humanité et donc imprescriptible, la dernière loi renforce le rôle des associations qui peuvent se constituer partie civile.

Elle précise la qualification juridique d’esclavage, crée des juridictions spécialisées et permet d’incriminer les agents publics (policiers et magistrats) qui ne poursuivent pas les auteurs d’actes d’esclavage. Toutes les situations où une personne est considérée comme un bien meuble, un objet sans droit, tomberont sous le coup de la loi, si elles est effectivement appliquée, ce qui sera, dans le contexte judiciaire mauritanien bien plus difficile à obtenir que le vote de la loi.

Les nouveaux enjeux de la lutte contre l’esclavage

Les Noirs, francophones, formés à l’école coloniale constituèrent les premiers cadres intermédiaires de la nouvelle administration mauritanienne, alors que les étroites élites arabo-berbères beïdanes formées en France, après un moment de flottement, détinrent très tôt les leviers politiques et que leurs clientèles Harratines restaient dans une situation de domination.

Le premier conseil des ministres en Mauritanie se tint sous une tente. Deux évènements vinrent bouleverser les fragiles bases communautaires de l’Etat : la grande sécheresse des années 70 et la guerre au Sahara occidental (1975-1979).

Au début des années 70, plusieurs années de suite, le déficit pluviométrique chronique au Sahel décima les troupeaux et amena les populations nomades à fuir leurs zones de pâturage pour se regrouper vers les centres urbains du sud et à Nouakchott. Les sociétés traditionnelles d’éleveurs et de nomades furent déstructurées en profondeur de manière irrémédiable.

Des maîtres durent affranchir leurs esclaves et leurs parentèles, ils ne pouvaient plus en supporter les coûts. Des milliers de Harratines vinrent peupler Nouakchott ou furent installés dans « le triangle de la pauvreté », une zone au centre du pays, au nord du fleuve Sénégal. Dans une logique de front pionnier vers le fleuve, les conflits fonciers avec les populations noires débutèrent.

A la même époque, la guerre au Sahara occidental entre le front Polisario, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie, consécutive au retrait de l’Espagne sur ces territoires que la Mauritanie revendiquait face au Maroc a amené l’armée mauritanienne à recruter plusieurs milliers de soldats parmi les Harratines.

Ces deux phénomènes ont été des facteurs puissants d’émancipation des Harratines mais ont eu deux conséquences : la multiplication des conflits fonciers sur le fleuve et la montée en puissance de l’armée, purgée dans les années 90-91 de ses cadres « negro-mauritaniens »[7] à l’occasion des graves tensions qui ont fait plusieurs centaines de morts, des milliers de réfugiés noirs du fleuve vers le Sénégal fuyant les logiques d’épuration ethniques et entrainé une situation de quasi guerre entre la Mauritanie et le Sénégal.

Les soldats et les milices Harratines, furent le fer de lance de ces exactions criminelles. Ces deux situations de guerre sont maintenant apaisées mais le fossé reste ouvert entre les communautés mauritaniennes.

Pendant la crise entre le Sénégal et la Mauritanie les confréries soufies présentes des deux côtés du fleuve permirent de contenir les violences. La Mauritanie a été le premier Etat au monde à se déclarer république islamique, 18 ans avant l’Iran.

A l’époque, cette identité islamique ne correspondait pas à une volonté politique d’islamiser la société mais l’islam était le dénominateur commun de tous les citoyens mauritaniens issus des différentes communautés culturelles et linguistiques du nouvel Etat.

C’était une façon d’expliciter l’unité fragile du pays autour d’une religion commune. Biram Abeïd est le premier à avoir porté le débat de l’esclavage en Mauritanie sur le terrain politico-religieux. Très tôt au moment de l’islamisation de l’Afrique du nord, les territoires actuels de la Mauritanie abritèrent des grands centres d’érudition islamique (Chinguetti, Oualata et Boutilimit).

Des penseurs illustres de l’islam au Moyen Orient venaient de Mauritanie. Aujourd’hui l’islam confrérique traditionnel, très puissant en Mauritanie recule, il est concurrencé par l’islam wahhabite en provenance de la péninsule arabique.

L’argent du pétrole et du gaz des monarchies du golfe est le principal facteur de cette influence grandissante. Une lecture de la Charriâ a permis d’abolir dans ces pays l’esclavage formel dès les années 60.

L’idéologie de cet islam d’un retour aux sources des premiers temps de la révélation mohammadienne séduit de plus en plus les urbains en quête de valeurs morales et d’un discours structurant. Dans ce contexte, c’est au nom des origines de l’islam que le Harratine Biram Abeïd portera le fer de la lutte contre l’esclavage en 2012 en brûlant publiquement d’anciens textes de jurisconsultes musulmans justifiant l’esclavage.

Cet acte public choqua la société mauritanienne. Il sera emprisonné et libéré six mois plus tard pour vice de procédure. Cependant ce geste a marqué et a contribué à la relance publique du sujet.

En montrant qu’il n’hésitait pas à faire de la communauté Harratine une force collective de contestation de l’ordre social établi, Biram Abeïd s’est attaqué aux systèmes clientélistes politiques traditionnels. Deux ans plus tard il se présentera aux élections présidentielles boycottées par les partis d’opposition en obtenant les parrainages nécessaires dont ceux d’élus du parti au pouvoir qui pouvait ainsi montrer que le scrutin était ouvert.

Beaucoup lui ont reproché d’avoir ainsi fait le jeu du pouvoir en servant de caution démocratique. Dès le premier tour, le président sortant obtiendra 81 % contre 9% à Biram Abeïd.

Personnalité controversée, au verbe haut, il maîtrise parfaitement les nouvelles technologies de l’information et il sait gérer ses relations avec les chancelleries occidentales promptes à enfourcher le cheval de bataille des droits de l’homme sur des sujets peu risqués et politiquement rentables.

En faisant de ses emprisonnements une caisse de résonance de sa cause vis à vis de l’opinion mauritanienne et internationale, il montre le visage d’un nouveau militantisme anti esclavagiste en Mauritanie dont l’efficacité ébranle les autorités.

Le schéma binaire esclaves noirs contre esclavagistes arabes qui structure plusieurs articles récents permet d’endosser à peu de frais le costume civilisationnel des droits de l ‘homme mais il ne correspond pas à une réalité bien plus complexe.

Editorial de la revue Golias 23 octobre 2015
Editorial : Esclavage

[1] RF1 et le Figaro le 15 août, Libération le 20 août, Jeune Afrique le 21 août et Le Monde le 22 août.

[2] Site du HCDH à Genève. 21 août 2015

[3] Lire notamment Les fantômes du roi Léopold. Adam Hochschild, Belfond 1999

[4] Pour aller plus loin dans la compréhension du contexte mauritanien, lire notamment : Prêcher dans le désert, Ould Ahmed Salem Zekeria, Karthala 2013 et Etat et Société en Mauritanie, cinquante ans après l’indépendance, Ould Cheikh Abdel Wedoud, Karthala 2010.

[5]« Pour les maîtres, violer les esclaves est un droit ». Le nouvel Observateur. 4 janvier 2015.

[6] Le Maroc ne reconnaîtra la Mauritanie qu’en 1969

[7] C’est le terme officiel en Mauritanie pour désigner les non Maures

Crédit source: cridem.org

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La limite du FAUX face au JUSTE à terme… !!!

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À observer de près, sous nos cieux, tout Homme public qui tient les discours d’un Homme d’État, sera difficilement célébré par son giron originel (communauté ou tribu). Le peuple mauritanien est imaginaire aujourd’hui, et à sa place, nos tribus et ethnies s’activent pour que leurs voi(e)x soient entendues comme tribales et communautaires d’abord au détriment d’une voi(e)x HUMANISTE, MUSULMANE et CITOYENNE. Alors que dans nos réalités actuelles, ceux qui croient sincèrement à cette voi(e)x doivent accepter et endurer le statut d’un « prophète banni » par les siens, et leur salut viendrait par les prêches auprès d’autres rares « prophètes bannis » ailleurs.

Comme qu’il n’y a pas de peuple mauritanien proprement dit pour un État moderne, point d’étonnement de voir le pouvoir central gérer l’Élément Public selon les références et les considérations tribalo-ethniques. Et si ceux qui combattent ce pouvoir en place, s’organisent sur les mêmes bases, la logique du « Sur Place » est un passage obligé vers le néant à terme.
Nos mouvements politico-associatifs sont rarement citoyens et nationaux, mais plutôt des compromis labelisés pour la communauté, la tribu ou la race.
Cet exercice primitif de la CHOSE POLITIQUE profite à ceux qui avaient raflé la mise au commencement de l »Histoire, c’est-à-dire pendant la préparation du départ de l’occupant colonisateur.
Le génie avait été de légitimer leurs tribus comme la première référence de la Nation et faire accepter aux autres qu’ils sont minoritaires. L’ossature pour la fondation de toutes les Nations Modernes, qui est l’éducation avait été l’outil efficace de défaire méthodiquement les références nationalistes transcommunautaires avant l’indépendance. La stratégie a été, il faut les rendre médiocres par des réformes de l’école d’une période à une autre, ainsi la domination s’affermit peu à peu et à long terme. L’imposition de l’Arabe comme langue officielle ayant primauté, avait été le coup fatal qui a écrasé l’idéal d’une Nation Juste. Si on vivait dans un ensemble territorial régi et dirigé par les vraies valeurs islamiques du temps de Oumar Ibn Khattab, tout le monde aurait choisi l’Arabe par choix d’office probablement. L’Arabe par/pour l’ISLAM passe bien même à l’échelle nationale , mais si elle est utilisée pour d’autres visées dans cette Mauritanie dite République Islamique alors que l’ordre régnant est foncièrement tribalo-communautriste, d’où le débat sur son vrai statut. Dans l’ordre actuel des choses, le Français, langue du colon est celle qui garantit au mieux la cohésion nationale, la justice entre citoyens et la bonne marche de l’administration générale de L’État.

Tous musulmans et le Coran est en Arabe… Oui mais… !!!

Ibn Taymyya disait que l’état d’un territoire ne dépend pas seulement de la nature de l’ordre étatique, mais surtout de la situation des populations qu’y vivent. Chez nous, les non-arabophones ont compris que l’arabisation de l’ordre étatique ne se fait pas au nom de l’islam, mais pour des motifs hégémoniques au nom du panarabisme. Les arabophones s’accrochent à l’Arabe en l’imposant aux autres , pas comme canal de transmission des sciences Islamiques en premier lieu, mais il s’agit de figer définitivement le caractère Arabe de la Nation. L’extrémisme pour l’Arabité concerne les arabes et eux seuls, et l’extrémisme pour l’ISLAM est autre chose. Aujourd’hui, si on appliquait les principes fondamentaux de Justice et d’Équité de l’ISLAM, le Français s’imposait comme langue d’État surtout cet État hybride tribalo-ethnique plus qu’islamique. Le pire qui puisse arriver à une personne ou une entité dite musulmane, c’est de vouloir tromper au nom de l’islam. On sera confondu amèrement et le seul remède valable serait de revoir nos intentions premières.

Tout mauritanien se doit de méditer sur ses intentions premières concernant nos prêches sur tous les fronts.

SoninkIdees-J’ose by K.S