Biram absent, l’esclavage se porte bien.

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Avec l’emprisonnement de Biram Ould Dah est lauréat du prix 2013 des droits de l’homme des Nations unies, la question de l’esclavage est de moins en moins évoquée dans le pays. Il faut bien le reconnaitre, ni les gesticulations d’un Samory Ould Beye et encore moins, les actions ponctuelles de certaines organisations des droits de l’homme n’ont pu soutenir et entretenir le débat depuis que Biram a été écarté de la scène.

Au-delà de la virulence du verbe, de la radicalité du propos et de la hargne dans la « déconstruction du système » pour laquelle il a toujours œuvré, Biram mérite un véritable coup de chapeau. Nonobstant certains errements, sa trajectoire personnelle suffit, à elle seule, pour mesurer le long chemin qu’il a dû parcourir pour en arriver là ! L’homme, s’il ne fait pas partie dorénavant des meilleurs d’entre nous pour ce sacre, est au moins l’un des hommes qui marqueront l’histoire et le futur de la Mauritanie, car on ne peut pas lui nier des qualités que beaucoup d’entre nous n’ont pas. Celles de croire en une chose et de l’assumer. Celle d’être convaincu d’une cause et de l´épouser dans le meilleur comme dans le pire des cas. Celle de se battre inlassablement pour cette cause, malgré ses faibles moyens et un environnement peu propice. Quel que soit son passé, Biram reste un homme qui a su apporter quelque chose dans la lutte contre les inégalités dans son pays. N’est-pas à cause, ou grâce à lui, que bien de ménages ont mis fin au travail de fillettes et de garçons dans des ménages ? Contrairement à la plupart d’entre nous, lui, au moins, croit en une chose et en fait sa cause.

Pour celle-ci, il semble disposé à tout. Y compris au pire.
On peut, certainement, spéculer sur ses engagements idéologiques et politiques antérieurs à l’IRA, sur ses rapports avec le régime de Ould Taya, ou sur certains aventures hasardeuses qu’il pourrait avoir commises mais aujourd’hui, après « le retour de la conscience », l’on ne peut lui reprocher aucune chose autre que celle qu’il rame à contre-courant du système qui nous dirige depuis toujours ! Pour nous qui le connaissons, Biram est ce volontaire, plein de fougue que l’on rencontre sur tous les fronts de la lutte contre les violations des droits de l’homme, notamment les pratiques esclavagistes dans notre pays. Il est ainsi le juste contraire de ces parrains d’ONGs cartables que l’on ne voit que quand il faut dénigrer un homme, stigmatiser une communauté ou faire valoir les combines obscurantistes et chauvines d’une machine étatique arrivée à bout ! Les « instrumentalisés » des droits de l’homme à la commande, qui sont apparus dernièrement sur la scène publique pour le critiquer, ne se font voir que quand les TDF permettant de décaisser le perdiem, le pourboire ou le financement du projet sont fins prêts. Ces vieux « retraités » et autres jeunes à l’aboi d’on ne sait quels services, phagocytant des moins initiés pour perpétuer leur vice qui pourrit les mœurs, corrompent la jeunesse et pervertissent les valeurs des droits de l’homme. Pire, ils ne sont jamais sur le véritable front de la défense des droits et des libertés. Pire encore, ils sont, le plus souvent, « le chien à aboyer » que dresse le système contre les victimes des violations des droits de l’homme et leurs défenseurs !

Quand on évoque un cas d’esclavage, ils rouspètent, crient, maquillent la vérité et crachent des formules toutes faites du genre « notre unité nationale est sacrée », « notre cohésion sociale est intouchable », oubliant de voir aussi qu’il incombait aux esclavagistes voire à l’Autorité publique, d’être aussi attentifs à ces choses, au même pied d’égalité que les véritables défenseurs des droits de l’homme qui dénoncent l’esclavage, la torture, la discrimination, le sexisme et l’obscurantisme religieux ! Jamais, nous n’avons rencontré ces « Têtes d’affiches » du mensonge dans un commissariat de police pour soutenir une victime de la torture.

Jamais on ne les a entendus dénoncer les dérives sectaires des forces de l’ordre contre les populations des quartiers précaires. Jamais on ne les a entendus évoquer les discriminations dont sont victimes les populations de certaines zones du pays, y compris même certains dans quartiers de Nouakchott. Jamais on ne les a vus sur le terrain, chez les esclaves présumés ou réels. Jamais, ils ne se sont déplacés pour voir comment sont « réinsérés » les anciens réfugiés parqués dans des villages, privés de leur état civil et de leurs terres traditionnelles par le fait d’une administration sans scrupule, ni vergogne. Jamais on ne les a entendus plaider pour que justice soit rendue aux exploités, aux veuves, orphelins et rescapés du passif humanitaire ! Jamais on ne les a entendus crier pour plus de justice, plus d’équité et plus de liberté dans le pays. Au contraire…

On peut haïr Biram jusqu’à le vouer aux gémonies, mais on ne pourra jamais dire qu’il n’est pas un vaillant fils de ce pays, car il lutte pour l’égalité des Mauritaniens, pour la justice et pour que la machine Mauritanie tourne pour le bonheur de tout le monde et non au détriment de la majorité du peuple.

Amar Ould Béjà

Crédit source: iramauritanie.org

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