Sociétés, institutions et nation, Tentative d’analyse par Sao Ousmane

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Boolumbal Boolumbal

« Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté, doit commencer par leur garantir l’existence. «Léon Blum – 1872-1950 – Nouvelles conversations de Goethe avec Eckermann

I : Introduction

Selon le Dictionnaire « Une société est un groupe organisé d’êtres humains ou d’animaux, ayant établi des relations durables, qui vivent sous des lois communes, qui ont une forme de vie commune, qui sont soumis à un règlement commun ». En ethnologie « la société désigne un groupe humain organisé et partageant une même culture, les mêmes normes, mœurs, coutumes, valeurs »….En sociologie, « la société est l’ensemble des personnes qui vivent dans un pays ou qui appartiennent à une civilisation donnée ». Alors qu’en est-il de la nation ?
Ne dit-on pas qu’une nation, c’est une communauté de destin, formée souvent autour d’une histoire commune et qu’Etymologiquement le mot nation évoque la naissance et souveraineté d’un peuple, il évoque aussi la légitimité d’un peuple à se surpasser dans les moments difficiles. Ce mot nation a donc une dimension d’identité et une dimension politique. On voit bien que cette exigence devrait s’appliquer au labyrinthe de notre vie locale. Les communes et les communautés, les départements, les régions, le tout gouvernés par des personnalités éminentes toujours, mais généralement inconnues tant elles sont nombreuses et assez souvent désignées au lieu d’être élues, tout cela ne permet pas de prendre en compte l’intérêt du citoyen et son droit absolu à comprendre, restaurer la simplicité de nos institutions et la simplicité des échanges, c’est une démarche civique. Pour cela une analyse des institutions s’impose surtout quand il s’agit de chercher le rôle des institutions politiques sur la société africaine (1).

II – Les institutions politiques en Afrique

L’analyse des institutions politiques ayant cours en Afrique est inséparable de celle plus générale de l’Etat, lieu de définition et cadre de la pratique institutionnelle. C’est par rapport à lui qu’on peut situer la place des institutions et envisager leur rapport avec la société. Nous savons tous que toutes les sociétés aussi anciennes qu’elles soient ont connu une organisation politique et par la force des choses, une réflexion sur la nature existante ou bien la nature souhaitée du pouvoir politique. Car disent-ils la politique c’est une constante dans toutes les formes de société et nous savons surtout que le phénomène politique est permanant et général et qu’il ne peut pas être confondu avec que celui que pose l’Etat qui n’est qu’une des formes possible du pouvoir politique. Ill existe toujours une préoccupation et une action politique dans les sociétés qui ne connaissent pas l’Etat (2).
Des lors que l’Etat est pris comme « site et comme enjeu de la lutte pour le pouvoir, le pouvoir au sens global et pas seulement le pouvoir politique, et ceci inclut la lutte pour les ressources rares, y compris la richesse », on se doit d’analyser les diverses modalités de l’interaction entre l’Etat et la société à travers les puissances institutionnelles des acteurs, les usages qu’ils en font dans leur relation avec l’Etat et avec la société, les représentations et les diverses significations qu’ils prêtent à leur place dans le jeu institutionnel. Ce qui conduit d’une part à relativiser une lecture des institutions à partir de la trajectoire historique de la succession, inspirant une vision de l’Etat post colonial africains comme une technologie d’importation, un Etat par procuration, dont les usages seraient la décalque de l’ordre politique occidental, au profit de la prise en compte de l’ambivalence de la pratique constitutionnelle, produit de logiques inédites d’hybridation et de « malentendus opératoires » entre sa formalisation juridico-politique, d’inspiration occidentale et son vécu autochtone. Ce qui ne revient pas à opposer de fait le langage institutionnel et la réalité des pratiques auxquelles son appropriation par les acteurs donne lieu, mais à surmonter la contradiction à laquelle on aboutit en soulignant qu’il existe à la fois une interaction, qui suppose une différentiation préalable, et une interpénétration de l’Etat et de la société, susceptible de faire confondre l’un et l’autre. D’autre part, l’analyse des institutions dans une telle perspective vise à dépasser la définition des structures fondamentales des régimes politiques africains en rendant compte uniquement de la manière particulière dont sont organisés leurs pouvoirs publics, c’est-à-dire leur mode de désignation spécifique, leur compétences respectives et les règles juridiques et politiques qui gouvernent leurs rapports. [3]

Cette vision dérivant du droit procède de la perspective « institutionnaliste » en science politique. Cette-ci aborde les objets de l’analyse politique par la détermination de leur fondement structurel et de leur model organisationnel plutôt que par la prise en compte de leur rapport avec la société. Les institutions, actions et pratiques organisées de façon stable, ne se limitent pas à des structures physiques et à un corpus de règles de droit. C’est aussi un ensemble de pratiques et de dispositifs qui participent à la mise en forme de l’activité sociale. En tant que réalité et construction permanente de la réalité, produit fini et produit en construction, les institutions ne se comprennent pas sans les croyances sociales qui se greffent sur elle, le système de sens qui informe le jeu des acteurs, stabilise dans le temps les institutions et facilite aussi leur transformation (4). Un tel parti pris méthodologique en faveur d’une lecture interactionniste des institutions conduit à s’intéresser aux situations socialement construites. Ce qui signifie que seraient analysés en même temps les enjeux qui structurent les logiques de comportements des acteurs définissent leurs intérêts et leurs aspirations, les règles formelles ou informelles qui gouvernent les relations entre les acteurs de la pratique institutionnelle et les ressources mobilisables dans le temps et dans l’espace par les parties prenantes à l’interaction institutionnelle (5-6).
Parler de la fonction présidentielle entre les contraintes institutionnelles et les contraintes sociales, c’est d’une part établir qu’elle est prééminente au sein de l’état et au sein de la société. C’est dire, en d’autres termes que vis-à-vis d’autres institutions politiques, elle s’affirme, simultanément, comme seule position autorisant certaines pratiques, et comme une position susceptible de légitimer les autres positions (7). D’autres parts il s’agit de s’intéresser aux attentes et aux représentations formulées à l’égard de l’institution présidentielle par la société, attentes et représentations professionnelles à la position privilégiée qu’elle occupe. Sans cependant négliger l’importance de la règle qui définit le cadre de la pratique institutionnelle, nous nous intéressons à la position sociale de l’institution présidentielle en montrant comment le chef de l’Etat, face à la société et face à l’Etat accommode ou subit les scenarios de tiraillement des contraintes sociales qu’imposent la pratique institutionnelle et les représentations à l’égard de l’Etat ; dans quelle mesure le chef de l’Etat est conditionné par les normes formelles et informelles pour s’autonomiser de leur contrainte en se faisant transformer l’institution présidentielle (8-9).
Comme le dit l’adage, « le développement se passe d’abord dans la tête ». Il s’agit, en effet, rien moins que de procéder à une « combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à accroître cumulativement et durablement son produit réel global » (François Perroux).
Références
1) – Boni Tanella, « Des jeunes en quête d’avenir » in 50 ans après, Quelle indépendance pour l’Afrique, Paris, Ed. Philippe Rey, 2010, p. 53
2)- Charles Taylor, Multiculturalisme, différence et Démocratie, Paris, Ed. Aubier, 1994
3) – Diminutif de la ville de Barcelone
4)-Rioux, Jean-François dir, La sécurité humaine : une nouvelle conception des relations internationales, Paris, l’Harmattan, 2001
5) – Skaperdas Stergios, 2001, An Economic Approach to analyzing civil wars. Presentation at the workshop on civil and post-conflict transitions sponsored by the world bank and Center for global and conflict studies. University of California. Irvine.
6) B. Badié, l’Etat importé. L’occidentalisation de l’ordre politique Paris, Fayard 1992
7) J F Bayard, L’Etat en Afrique, La politique du ventre, Paris, Fayard 1989
8) J.F Medard « L’État patrimonialisé », politique africaine, 39, septembre
9) François Bastien. « Le président pontife constitutionnel », Bernard Lacroix et Jacques Lagnoye (dir), Le président de la République. Usages et genèses d’une institution, Paris Presses de la fondation nationale de sciences politiques 1992 p 305

source: Dr Ousmane SAO

Via Boolumbal

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