Biram Dah Abeid, un homme face aux Ulémas: le désaveu, avril 2012- Mars 2015

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Il y a 3 ans, presque jour pour jour, un homme engagé et doté d’une détermination hors du commun, mettait un coup rude à l’anse idéologique du système esclavagiste mauritanien. En effet, le vendredi 27 Avril 2012 , après la grande prière, Monsieur  Biram Dah Abeid par un autodafé symbolique, montrait au monde entier que les pratiques esclavagistes sont contenues et codifiées dans des manuels de référence que nous faisons semblant d’ignorer.
Ces manuels dits référencés improprement à l’école jurisprudentielle malikite, contiennent une véritable pensée de chosification de l’Homme esclave qui est défini comme une propriété de son maître, au même niveau que le turban de ce dernier. La figure monumentale de l’illustre imam de Medine, Malik Ibn Anas avait été trempée par certains supposés disciples lointains de son madhab (école jurisprudentielle) dans l’Afrique du Nord et de l’Ouest.
Cette idéologie esclavagiste se décline en chapitre, en partie et sous-partie qui traitent la couche sociale servile comme un groupe sans âme ni dignité par une déshumanisation perpétuelle. Ce système obscène détruit chez l’homme esclave, toutes les notions d’honneur, de solidarité et de fraternité nécessaires à la réalisation d’un Homme comblé , créé honoré par son Son créateur Allah azwejjel.
L’évidence d’une telle injustice ne peut être imputé au message coranique que par des procédés inavoués qui soignent temporairement les intérêts égoïstes de certains clans dominants dans la société. De ce fait, certains milieux religieux se sont pactisés avec les tenants de l’ordre tribal et communautaire en vigueur par une théorisation sous couverture islamique de leurs intérêts convergents.

Par son acte inédit en espèce d’avril 2012, le leader abolitionniste, primé 2013 par un prix onusien, fissure la plaque de verre sanctifiée depuis plusieurs siècles, sous laquelle les magouilles, les humiliations, les crimes, les passions obscures et les destructions faisaient la norme émise contre un groupe jugé indigne. Après ce fameux acte fondateur d’une nouvelle donne anti-esclavagiste, le clergé trans-communautaire s’était mis en ébullition contre le Rock du désert, avec une aubaine tant attendue par le pouvoir exécutif qui se détermine en fonction des humeurs venant des tribus et communautés. 
Pendant plusieurs jours autour du banava, les barbus, les moins barbus et la masse manipulable à toutes les sauces, jurent pour un châtiment fatal pour de bon contre leader d’IRA-Mauritanie et ses camarades mis derrière les barreaux.
Ils avaient été libérés en Août de la même et la mouvance abolitionniste s’est tonifiée davantage et dans l’épreuve, certaines écorces asséchées faisant semblant d’être dans le combat sans sincérité, sont tombées par un tri heureux et constructif.
Lors de la présidentielle de juin 2014, Biram Dah Abeid arrive derrière le raïs qui avait toute l’administration en ordre de bataille pour sa réélection. Crédité de 8,7 % , le candidat indépendant a su porter la parole de justice, d’unité, d’équité, de vérité , et de paix au peuple mauritanien, et  l’Histoire dira que beaucoup d’entre nous regretteront que  leur vote aurait eu un sens s’il était mis sur le candidat abolitionniste.

Le 11 Novembre 2014, Biram Dah Abeid est arrêté dans la ville de Rosso en même temps que deux leaders défenseurs des droits humains, Brahim Bilal, vice président d’IRA-Mauritanie et Djiby Sow, président de Kawtal. Ces deux derniers venaient de finir une caravane de sensibilisation dans certaines localités du Sud mauritanien où un nouvel ordre de l’agro-business dépouille peu à peu les paysans démunis sous une évidente complicité des autorités. À la suite du procès qui a dépassé un cas judiciaire particulier, nos 3 leaders avaient été condamnés à 2 ans d’emprisonnement le 15 janvier 2015, et transférés à la prison d’Aleg.
Une mobilisation nationale et internationale s’est accentuée et la cause abolitionniste gagne plus de sympathisants, et les autorités politico-religieuses sont dévoilées sur la couverture religieuse de l’ordre esclavagiste qui menace l’existence même de notre jeune Nation bricolée sur des non-dits et de l’esquive.

Le 26 Mars 2015, le désaveu tombe et la plaque de verre fissurée en Avril 2012 par l’autodafé, s’est trouée subitement. En effet, ce jour, l’association des Ulémas du pays émet une Fatwa qui rend désormais Haram ( illicite -illégale ) toutes les pratiques esclavagistes et d’autres assimilées au nom de l’islam. Pour eux mêmes (le clergé tribalo-ethnique), désormais les contenus de livres codifiant la  chosification de l’Homme esclave sont caducs et ant-islamiques.
Le temps et la détermination exemplaire de Biram Dah Abeid et ses soutiens indéfectibles connus ou anonymes ont eu raison des certitudes héritées et transmises par des écrits datant de 800 ans pour figer la condition sociale d’une catégorie spécifique de l’humanité .

Ce 27 Avril 2015, troisième anniversaire de cet acte courageux, toutes nos pensées fraternelles et militantes vont aux leaders abolitionnistes qui sont privés injustement de leur liberté par une institution judiciaire sous ordres d’un pouvoir exécutif qui trébuche incessamment dans sa fuite en avant.

K.S

Manifestation à Paris le samedi 25 avril 2015

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Boolumbal Boolumbal

Répondant à l’appel du collectif des organisions Mauritaniennes de France, les Mauritaniennes et mauritaniens se sont mobilisés le samedi 25 avril 2015 à Paris pour commémorer les déportations des milliers de noirs mauritaniens au Sénégal et au Mali dans les années 1989 à 1991 sous le régime raciste et dictatorial de Maouya Ould Sid’Ahmed Taaya.

Il faut rappeler que prés de 190 000 personnes ont été déportés au Sénégal et au Mali et plus de 860 civils enterrés dans les fosses communes à Wothie et à Sorimale, des femmes violées et éventrées et villages brûlés dans le sud de la de Mauritanie, plus de 750 militaires noirs exécutés extra judiciairement dans toutes les casernes militaires du pays et dont 28 soldats ont été pendus à Inal dans le nord du pays plus précisément dans la région de Dakhat de Nouadhibou, dans la nuit 27 novembre 1990 pour fêter l’anniversaire de la Mauritanie.

Les manifestants ont marché de place Trocadéro jusqu’à l’ambassade de la Mauritanie à Paris et exigent :
-Que le retour effectué soit officialisé par des actes et le rétablissement plein et entier, de tous ceux qui sont revenus, dans leur droit et une indemnisation de tous les préjudices subis.

– Demandent à la communauté internationale d’user de tous les moyens en sa possession pour amener la Mauritanie, dès lors qu’elle a reconnue sa pleine responsabilité dans les déportations d’avril 1989, à assumer concrètement les engagements pris devant les communautés nationales et internationales

– Appellent tous leurs compatriotes à un réel sursaut patriotique contre cette injustice qui n’a que trop duré.
Par la même occasion les manifestants dénoncent vivement l’enrôlement raciste et discriminatoire des mauritaniens de France comme en Mauritanie.

Source crédit: boulumbal

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