03-04-2015 21:45 – L’esclavage en Mauritanie : L’institution religieuse sort enfin une Fatwa d’interdiction

L’Authentique – C’est indéniablement l’une des plus grandes victoires que vient de remporter le mouvement IRA qui, en 2012, s’était attaqué aux fondements du système esclavagiste en Mauritanie, en l’occurrence les ouvrages que les partisans du mouvement appellent les« Livres du Code Noir ».

Les Ulémas mauritaniens ont longtemps refusé d’émettre un Edit criminalisant l’esclavage, d’où l’impact de la décision qu’ils viennent de prendre, mardi 26 mars dernier, en déclarant que « l’esclavage n’est plus légale à partir de ce jour ». 

Au cours d’une conférence de presse animée mardi 26 mars 2015 à Nouakchott, l’Association des Ulémas de Mauritanie, l’instance suprême qui regroupe les voix autorisées de l’Islam dans le pays, a déclaré, par la voix de son Secrétaire général adjoint, Cheikh Ould Saleh, en présence du président de l’association, l’érudit Hamden Ould Tah et des membres du bureau exécutif, qu’il « n’y a plus, à partir d’aujourd’hui, d’esclavage légal en Mauritanie ».

Cette décision aurait été prise, selon la déclaration, en fonction de la situation sociale et politique que vit le pays. Cette déclaration qui tient lieu de Fatwa devient, selon la déclaration, imposable à tous les Ulémas et érudits du pays. 

Cet Edit qui cite la loi de 1981 abolissant l’esclavage stipule ainsi qu’à partir de cette date du 26 mars 2015, il n’existe plus d’esclavage légalement reconnu par la religion et que toute persistance dans cette pratique sera considérée comme nulle et non advenue. Et de lancer un appel aux parties concernées afin qu’elles mettent tout en œuvre pour éradiquer les séquelles historiques de ce phénomène.

Ainsi, explicitement, les Ulémas reconnaissent d’abord que cette décision résulte d’une revendication sociale fortement menée par les organisations des droits de l’homme du pays, sous-tendus par la pression internationale, et ensuite, que l’esclavage a toujours été pratiquée hors de la norme islamique dans ce pays.

Deux constats qui viennent légitimer le combat mené par les organisations des droits de l’homme et les antiesclavagistes comme IRA, SOS EsclavesEl Hor… Ainsi, du fond de leur prison à Aleg, les leaders du mouvement antiesclavagiste IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste), en l’occurrence le président Birame Dah Abeid et Brahim Bilal, doivent se frotter les mains. 

Ils viennent de remporter une victoire historique sur l’ordre féodal esclavagiste sur lequel reposait jusque-là toute la théorie de légitimation du phénomène. En brûlant publiquement en 2012, les ouvrages de rite malékite qui donnaient à la pratique esclavagiste ses armes religieuses, les militants du mouvement IRA avaient d’abord provoqué l’indignation, puis la réflexion et enfin l’évidence d’une raison prééminente.

Le coup mortel que le mouvement IRA avait porté à la cuirasse de l’ordre religieux a finalement porté. La nomenklatura religieuse qui a tenté de résister à l’onde de choc a finalement cédé sous le coup de boutoir des pressions nationales et internationales.

Ses plus augustes représentants, réunis dans la très officielle Association des Ulémas de Mauritanie, présidée par l’érudit Hamden Ould Tah, viennent en effet de décréter que « l’esclavage n’a pas de fondement religieux ». 

C’est la première Fatwa émise à ce sujet, après quatorze siècle de pratiques esclavagistes savamment saupoudrés du vernis de la sacralité et consignés dans des ouvrages qui ont forgé la connaissance empirique de milliers d’apprenants dans les Mahadras mauritaniennes. Réagissant à la Fatwa inédite, le mouvement El Hor, autre tendance de la lutte antiesclavagiste, a exprimé sa joie et sa délivrance.

A présent, El Hor exige l’application de cette Fatwa dans les faits, à travers la mise en action des textes criminalisant l’esclavage, l’implication de segments de l’Etat, notamment les institutions chargées de la sécurité et de la justice, à traquer les cas résiduels. 

Selon El Hor, la matérialisation des actes que l’Etat mauritanien ne cesse de poser tout au long de ces années doivent sortir du carcan théorique pour se traduire en pratiques réelles. Il s’agit par delà les cas d’esclavage à dénicher, de mettre fin aux séquelles du phénomène par des politiques courageuses destinés à lutter contre les inégalités sociales, le racisme, la ségrégation et la marginalisation des victimes anciennes et présentes de ces pratiques.

JOB 

Source crédit: cridem.org

Soninkidees-J’ose

02-04-2015 22:30 – Samba Thiam président du FPC à propos de la conférence de presse du Président de la République

Le Calame – “J’ai cru déceler chez le président cette tendance permanente, obstinée, à minimiser les problèmes, voire les occulter, aussi sérieux et graves qu’ils soient”

Vous avez suivi comme nombre de mauritaniens la conférence de presse du président de la République, jeudi dernier. Quelles leçons en avez-vous tirées? 

-Essentiellement trois : La première a trait à l’ambiance même de la rencontre : lourde, tendue, presque crispée. La deuxième impression renvoie aux réponses du Président. Hésitantes, quelque peu mal assurées; je n’ai pas eu le sentiment qu’il se dégageait de cette conférence une assurance dans la maitrise des dossiers et des chiffres. Autre impression, j’ai cru déceler chez le locataire du palais ocre cette tendance permanente, obstinée, à minimiser les problèmes, voire les occulter, aussi sérieux et graves qu’ils soient! Celui de la Snim, présentement, celui de la cohabitation, depuis toujours; « les chiens aboient la caravane passe », traduit à la perfection l’attitude du Président, telle que je la perçois.

Quelque chose enfin que j’ai noté: un ‘’lapsus’’ de comportement du Président, significatif, révélateur du peu d’intérêt qu’il porte pour nous négro-africains. 

Je passe sur le choix du panel des journalistes sélectionnés, essentiellement arabophones et Arabo-berbères; un seul francophone, un négro-africain qui, à son tour, au lieu d’oser jeter un pavé dans la mare en s’adressant au Président en Pulaar, choisit de poser sa question en français ; question, du reste, bidon ! Et c’est là qu’intervient le ‘’ lapsus’’ dont je parlais … 

Le Président Aziz , hésitant un peu après la question posée en français , demande alors au journaliste s’il doit répondre en Français ou …, puis se décide à le faire en français , – et c’est là qu’intervient le ‘’lapsus ‘’- ; puis, tout ‘’naturellement ‘’, se traduit automatiquement en hassanya …pour les ‘’autres’’ ! Lapsus singulier, révélateur d’une mentalité ; lapsus qui en dit long sur l’attitude singulière d’un Président, peu soucieux des autres, à l’esprit absolument pas tourmenté par le souci d’équité et d’équilibre vis-à vis de ses sujets…

En effet, à aucun moment, il n’est venu à l’esprit de Ould Abdel Aziz qu’il existe d’autres nationalités mauritaniennes, non arabophones; ni après son exposé introductif lapidaire, ni pendant les 9/10e du temps de la rencontre ! Pas un seul instant l’existence de ces milliers de locuteurs en français, tout aussi mauritaniens que les hassanophones, n’a effleuré son esprit ! 

Le comportement sectaire et teinté de mépris du Premier ministre Ould Mohamed Laghdaf, il y a quelques années, trouve ici son origine, ‘’parler arabe ou s’écraser…’’

Cette attitude de négation des uns n’a pas commencé avec cette conférence… Elle est coutumière de la politique du Président Aziz à travers ses conseils de ministres, à travers l’enrôlement en cours, à travers le recrutement et la promotion au sein des forces armées et de sécurité, à travers la composition monoethnique de la cohorte qui peuple nos grandes écoles spéciales. 

L’unité nationale ne peut se fonder que sur le respect mutuel, que sur l’égale dignité des composantes nationales. La Mauritanie n’est pas qu’arabe; elle est arabe et négro-africaine! Elle est hassanophone, pulaarophone, wolofone, francophone …

Cette négation des autres, chaque jour plus marquée, comme par défi, comme par provocation; à travers l’octroi sélectivement ethnique des médias privés qui participent de l’étouffement de toute expression autre que Hassanya. 

On l’a observé, il n’y a guère de temps, avec le limogeage de Bah Ould Saleck, communicateur professionnel, consciencieux, viré pour ‘’ délit de complaisance ‘’ à l’endroit des négro-africains ; il lui était reproché d’octroyer trop d’espace à l’expression du Pulaar, du français, du Soninké ! Sahel Tv vient de récidiver avec le jeune Gaye qui insistait pour me recevoir sur son plateau. 

Il n’y a pas longtemps c’était au tour de Hanevi –directeur talentueux de Watanya, de faire les frais de ce sectarisme; puis s’en suivit la suppression de l’émission, à succès, de Beylilatou, remplacée par une autre en arabe, avec la complicité d’intellectuels arabo-berbères de formation francophone de souche, qui se prêtèrent au jeu …

Au niveau des radios, nous avons assisté à la même pratique : suppression de l’émission pulaar à Saharamédias, de ‘’Kaalden goonga ‘’ à Mauritanides, sous prétexte de ‘’ panne de radio ‘’ … Je n’ai pas évoqué la pléthore de ces autres radios qui émettent les 9/10e du temps en arabe…

Devant le rétrécissement programmé de l’espace d’expression francophone, il ne reste, pour la frange monolingue francophone, qu’à se rabattre sur RFI …Pas un mot, pas une ligne pour dénoncer, stigmatiser, cette dérive. Un silence surprenant de la part de nos intellectuels arabes honnêtes, et de nos forces de gauche, si volubiles, si promptes à parler de tout et de rien, sauf… de l’essentiel…

Alertons encore une fois l’opinion pour dire que nous empruntons un chemin dangereux… Rappelons, encore une fois, que les germes du génocide, de la partition du Soudan, avaient pour nom ’’ impunité, complexe de supériorité, arrogance, mépris de l’autre’’, toutes choses aujourd’hui réunies chez nous ! 

L’unité, encore une fois, doit reposer sur le respect mutuel et l’égale dignité … 

Une nation ne pouvait être moitié, libre moitié esclave, disait A. Lincoln, … 

-Que pensez-vous la réponse du président sur la grève, depuis bientôt deux mois, des employés de la SNIM?

J’ai noté la même intransigeance, la même attitude à fermer les yeux sur les problèmes graves … je l’ai déjà dit plus haut. Il prendra peut-être conscience de ces erreurs quand il sera trop tard …

-Vous avez l’air déçu?

-Oui, absolument ! On pourrait dire que la montagne a accouché d’une souris ; à moins que le Président se soit ravisé en chemin…

– Quelle lecture faites-vous par ailleurs de la situation sociale globale ? 

-Je perçois, à travers certains signes, comme un grondement lointain qui sourd, se rapproche, en s’amplifiant ; une sorte de révolte sourde, diffuse mais perceptible.

E. Durkheim aimait à comparer le corps physique au grand corps social ; j’ai le sentiment que, comme pour le corps physique, certains symptômes annonciateurs de la fièvre se manifestent. Notre corps social semble atteint de frémissement, comme dans une sorte d’incubation avant l’éclatement de la fièvre … 

Beaucoup attendaient quelque chose sur le dialogue en gestation depuis quelque temps. Pensez-vous M. Thiam que ce dialogue, tant attendu, aura lieu ? 

-A entendre le président Aziz qui rejette tout préalable au dialogue et au regard de la position du FNDU qui y tient, je ne vois pas comment le dialogue pourrait se tenir. Il faudrait être d’un optimisme démesuré pour y croire. 

Pour ma part, de toute façon, un dialogue centré essentiellement sur des questions périphériques, mû par l’esprit du « ôte-toi de là que je m’y mette » n’est pas ma préoccupation, encore une fois. Alors qu’il se tienne ou ne se tienne pas, je n’y vois pas grand intérêt.

Propos recueillis par DL 

Source crédit :cridem.org

Soninkidees-J’ose