PrĂ©sidentielles au SĂ©nĂ©gal , une brĂšve analyse de Professeur Mohamed Diako Tandjigora en observateur.

đŸ”·ïžLa classe politique sĂ©nĂ©galaise face au phĂ©nomĂšne Ousmane Sonko,
hypocrisie et islamophobie galopante

Certains intellectuels africains pensent qu’islamophobie et antisalafisme seraient deux choses distinctes dans l’esprit de leurs maĂźtres occidentaux, alors, ils se trompent lourdement.
Et, la classe politique sĂ©nĂ©galaise, aidĂ©e en ceci par l’inculture ambiante de l’espace mĂ©diatique, s’est coincĂ©e dans la trilogie de «l’argent, le mensonge et la violence poltique ».
On essaie de nous faire peur d’Ousmane Sonko qui ne serait autre chose qu’un bandi doublĂ© d’un vulgaire salafiste !
Sonko a effectivement portĂ© des accusations graves contre des tiers, Ă  ceux – ci, il doit des preuves.
Sonko est accusé de certaines choses, aux sénégalais, il doit des explications.
Sonko est salafiste, c’est lĂ , toute la preuve de l’hypocrisie et de la mauvaise foi. Pourquoi bon sang, nos dirigeants tentent-ils ainsi de nous faire haĂŻr l’islam et les valeurs islamiques, alors qu’ils nous bombardent tous les jours de Qasayid (De leurs gourrous) et de rĂ©fĂ©rences religieuses ?
Voyons pourquoi serait-il plus salafiste que n’importe quel autre sĂ©nĂ©galais qui se respecte et respecte sa foi musulmane.
Est-ce parce que sa femme est voilĂ©e ?! Une bĂȘtise Ă  la mode «France info»: il ne mange pas de porc, il est salafiste; il apprend le Coran, il est salafiste; sa femme est voilĂ©e, il est donc et forcĂ©ment salafiste.
Ou encore parce qu’il a promis une longue pĂ©riode de maternitĂ© aux femmes ?! Un masochisme dĂ©guisĂ© en «amical de fĂ©minisme raté». Qu’est-ce qu’il y’a d’aussi ignoble dans le fait de vouloir tout le bien de ce monde Ă  nos femmes, filles et sƓurs ? Si c’est de l’utopie, qu’il en soit ainsi. Mais, n’est-ce pas lĂ , la nature profonde de tous ces discours politiciens qui envahissent nos espaces publics depuis deux mois.
Ou peut-ĂȘtre encore, c’est parce qu’il a promis de rĂ©tablir la peine de mort ?! Si c’est du salafiste, alors tous ces Ă©tats amĂ©ricains qui ont maintenu la peine de mort, seraient-ils des salafistes ?! Absurde !!
Enfin, est-ce parce qu’il il a promis de donner voix aux diffĂ©rentes familles et regroupements religieux connus pour leur tolĂ©rance et leur dĂ©sir de vivre ensemble dans la paix et le respect mutuel ?! Si le SĂ©nĂ©gal ne va pas vers cette crĂ©ation d’espaces lĂ©gaux de dialogue, d’Ă©changes, et de propositions, et si nos dirigeants s’entĂȘtent dans cette absurde politique de confinement de l’islam et des musulmans, la jeunesse finira par rejeter tout en bloc : institutions religieuses, rĂ©fĂ©rences religieuses locales, et se jetterons dans les bras des vendeurs de rĂȘves Ă  l’AlgĂ©rienne, Ă  la tunisienne, oĂč Ă  la saoudienne. VoilĂ  pourquoi Ousmane Sonko est un phĂ©nomĂšne intĂ©ressant, mais pas salafiste pour un sous.

À QUI VAIS-JE DONNER MA VOIX ? HA HA !
JE NE SUIS MÊME PAS INSCRIT SUR LA LISTE

✅CrĂ©dit source : Post Facebook Madiakho Diakho connu Mohamed Diakho Tandjigora dit Abu Elyes.

đŸ”žïžPenseur, enseignant , Ă©crivain et traducteur en sciences islamiques .

La Table Ronde Ă  L’EHESS Paris sur l’abolitionnisme africain au 21Ăšme siĂšcle, photos et rĂ©cit en brief par notre BLOG.

Ce Samedi 16 fĂ©vrier 2019, s’est tenue une table ronde sur l’abolitionnisme africain au 21Ăšme siĂšcle avec comme principaux intervenants, 2 activistes abolitionnistes connus, le prĂ©sident du mouvement IRA-Mauritanie Mr Biram Dah Abeid (dĂ©putĂ© mauritanien) et Mr Ali Bouzou du Niger, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONG Timidria et secrĂ©taire exĂ©cutif du RĂ©seau ouest-africain de lutte contre l’esclavage. DirigĂ©e par Mme Catarina Madeira-Santos, EHESS (l’École des Hautes Études en Sciences Sociales), la rencontre tenue au sein de l’AmphithĂ©Ăątre François Furet a eu un franc succĂšs par la teneur des interventions et l’affluence du public. Dans sa communication, Mr Ali Bouzou a pointĂ© le dĂ©ni et les contradictions Ă©manant des pouvoirs publics dans son pays et d’autres de la sous-rĂ©gion autour des problĂ©matiques liĂ©es Ă  l’esclavage. Par la suite le leader abolitionniste mauritanien Biram Dah Abeid, rĂ©cemment fait Docteur honoris causa par l’UC Louvain en Belgique, a rappelĂ© le difficile cheminement du combat abolitionniste qu’il mĂšne depuis une dĂ©cennie avec son organisation IRA-MAURITANIE (Toujours non reconnue par les autoritĂ©s de Nouakchott). Le leader abolitionniste Ă©lu dĂ©putĂ© au parlement mauritanien en septembre dernier, indexe un certain systĂšme de valeurs tenu par des segments esclavagistes eux-mĂȘmes soutenus par le pouvoir Ă©tatique en place. Il appelle Ă  un esprit de rebelle contre une lĂ©gitimation de l’esclavage comme mode de vie sous le rĂ©fĂ©rent tronquĂ© du religieux . Le Prix Onusien 2013 pour son engagement pacifique pour les Droits Humains et candidat dĂ©clarĂ© Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle 2019 en Mauritanie, pense que l’engagement politique est un des outils menant Ă  un abolitionnisme efficient Ă  terme. Cet angle de vue de la voie politique dans l’engagement abolitionniste est aussi encouragĂ© par le responsable NigĂ©rien de TIMIDRIA.

Au cours de la table ronde, l’universitaire mauritanien Abdel Wedoud Ould Cheikh a Ă©tayĂ© sa communication en commentaires trĂšs instructifs sur une certaine lĂ©gitimation religieuse de l’esclavage.

Lors des Ă©changes avec le public, un focus a Ă©tĂ© mis sur les rĂ©cents Ă©vĂ©nements gravissimes liĂ©s aux mentalitĂ©s esclavagistes et fĂ©odales en milieux soninkĂ©s notamment dans la rĂ©gion de Kayes. En rĂ©pondant, le prĂ©sident d’IRA-MAURITANIE, rĂ©plique que les lamentations depuis ici Ă  l’Ă©tranger ne servent pas grand chose sans un engagement courageux de rĂ©sistance face aux esclavagistes sur le terrain. Par ailleurs il a reprochĂ© avec franchise Ă  certains Ă©lĂ©ments mauritaniens du mouvement GANBANAAXU FEDDE (Mouvement abolitionniste ancrĂ© chez les soninkĂ©s) qui s’affichent politiquement avec le systĂšme Ă©tatique alors que ce dernier est le premier dĂ©fenseur des forces esclavagistes de tous les bords.

đŸ”·ïžIci en intervention Mr Ali Bouzou du Niger

đŸ”·ïžici le dĂ©putĂ© Biram Dah Abeid, prĂ©sident du mouvement abolitionniste IRA-MAURITANIE

đŸ”·ïžIci Madame Catarina Madeira-Santos (EHESS Paris)

đŸ”·ïžle Professeur Abdel Wedoud Ould Cheikh, universitaire mauritanien.

đŸ”·ïžIci Leila, l’Ă©pouse de Biram Dah Abeid

✅Suite en photos cĂŽtĂ© Assistance :

🖊RĂ©cit et photos par K.S pour le BLOG

NÉCROLOGIE : NOS CONDOLÉANCES FRATERNELLES ET ATTRISTÉES AU FRÈRE ET CAMARADE DIKO HANOUNE ET À SA FAMILLE.


L’ensemble du mouvement GANBANAAXU FEDDE, ses partenaires et ses sympathisants, ont appris ce dimanche 17 fĂ©vrier 2019, le dĂ©cĂšs de notre pĂšre et oncle Mr Oumar Ould Mbareck Diko, le pĂšre du camarade DIKO HANOUNE, blogueur mauritanien et militant irrĂ©ductible pour la dĂ©fense des Droits Humains. Le dĂ©cĂšs est survenu Ă  Mbeydia Sakha dit GorilakhĂ© dans la Commune de DAFORT.
Par cette communication, nous adressons nos condolĂ©ances les plus attristĂ©es Ă  Mr Diko Hanoune, Ă  toute sa famille et Ă  l’ensemble du corps militant mauritanien, africain et universaliste pour des CAUSES JUSTES et HUMANISTES.

Nous exprimons fortement notre soutien fraternel et citoyen Ă  l’endroit de la famille du dĂ©funt. Que le Tout MisĂ©ricordieux accueille son Ăąme dans le Paradis Éternel. Amine

17 février 2019

✅Pour la communication GANBANAAXU FEDDE

ConfĂ©rence sur l’esclavage en Italie : la communication du leader abolitionniste Biram Dah Abeid dans le sĂ©nat Ă  Rome.

Intervention de Biram Dah Abeid Ă  la confĂ©rence sur l’esclavage au 21eme siĂšcle le 13. 02. 2019 au Senat de Rome (Italie) sur l’invitation de la FĂ©dĂ©ration Italienne des Droits Homme. La confĂ©rence s’est tenue sous le patronage du SĂ©nat et de la Chambre des DĂ©putĂ©s de la RĂ©publique Italienne.

Les participants sont: SĂ©nateur Alessandro Alfieri , Commission des Affaires Ă©trangĂšres du SĂ©nat Italien ; Antonio Stango , prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration Italienne des Droits de l’Homme ; Alberto Civica , secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral UIL Lazio ; Francesco d’Ovidio , responsable pour des opĂ©rations du DĂ©partement des droits fondamentaux de l’Organisation Internationale du Travail ; Toni Iwobi , vice prĂ©sident de la Commission des Affaires Ă©trangĂšres du SĂ©nat de la RĂ©publique ; Nicoletta Pirozzi , responsable du programme de l’Union EuropĂ©enne de l’Institut des Affaires Internationales et professeur au DĂ©partement Science Politique de l’UniversitĂ© de Rome III ; Silvia Stilli , porte parole de l’Association des Organisations Italiennes pour la coopĂ©ration et la solidaritĂ© internationale ; Marta Grande, prĂ©sidente de la Commission des Affaires Ă©trangĂšres de la Chambre des DĂ©putĂ©s ; Lia Quartapelle, Commission des Affaires Ă©trangĂšres de la Chambre des DĂ©putĂ©s ; Fabrizio Petri, prĂ©sident du ComitĂ© InterministĂ©riel pour les Droits de l’Homme ; Giuseppe Maimone, professeur d’Histoire et des institutions d’Afrique et Asie, DĂ©partement des Sciences Politiques et des relations internationales de l’UniversitĂ© Palerme ; Laura Harth, reprĂ©sentante Ă  l’ONU du Parti Radical Non Violent, Transnational et Transparti.

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=c3ccNRLOqfQ&feature=youtu.be

Source crédit : Réseaux officiels IRA-MAURITANIE.

Esclavage en Mauritanie : la BBC piĂ©gĂ©e

Initiative pour la RĂ©surgence du mouvement Abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)

✅Note d’alerte

Dah Abeid, candidat tĂȘte liste nationale des dĂ©putĂ©s de la coalition Rag-sawab, est arrĂȘtĂ© le 7 aoĂ»t 2018, juste avant le dĂ©clenchement de la campagne pour les Ă©lections lĂ©gislatives et locales. La dĂ©tention arbitraire, largement condamnĂ©e en Mauritanie et dans le monde, visait Ă  l’empĂȘcher d’entrer en compĂ©tition et ainsi limiter, dans les urnes, le score de son parti.

A la fin du scrutin, la police politique procĂšde Ă  la sa libĂ©ration, au terme d’un procĂšs sans gloire ; le plaignant, un Ă©crivassier diffamateur, retire la plainte et regagne l’anonymat de sa condition.

DĂšs la sortie de prison le 31 dĂ©cembre 2018, l’élu Biram Dah Abeid reçoit la visite de BBC-Arabic dont il accepte d’ĂȘtre l’invitĂ© principal, au programme Noughtet Hiwar, littĂ©ralement « point de dialogue ». L’enregistrement de l’émission devait se dĂ©rouler sur les plateaux de la chaĂźne publique, TĂ©lĂ©vision de Mauritanie (Tvm), dĂ©jĂ  louĂ©s Ă  cette fin. La date est fixĂ©e au 9 fĂ©vrier 2019.

Or, la veille, Mahdi Almoussawi, le journaliste rĂ©alisateur, auteur et garant de l’accord avec Biram Dah Abeid, retire l’offre initiale. Il vient s’excuser et informer, Biram Dah Abeid, des objections exprimĂ©es par le Commissaire aux droits de l’Homme et le Directeur de la Tvm. Tous deux, lui ont fait part des instructions de la PrĂ©sidence et de Primature en Mauritanie, interdisant l’entrĂ©e des studios, au parlementaire Biram Dah Abeid. En consĂ©quence, ils enjoignaient, Ă  BBC Arabic, de « choisir » un reprĂ©sentant du gouvernement comme invitĂ© de rechange.

BBC Arabic se retrouve ainsi contrainte d’accepter l’offre impĂ©rative oĂč un sombre supplĂ©tif du systĂšme de domination ethno-tribale vint dĂ©biter son homĂ©lie de nĂ©gationnisme, comme d’usage, Ă  l’abri de contradiction.

Ira-M souligne l’inĂ©lĂ©gance du procĂ©dĂ© et sa banalisation alors que le pays se met Ă  espĂ©rer une transition non-violente, aprĂšs 10 annĂ©es de prĂ©dation, de censure et d’arrestations d’opposants.

Avec le concours des bonnes volontĂ©s, notamment au sein des mĂ©dia, IRA s’apprĂȘte Ă  introduire, auprĂšs de Reporter Sans FrontiĂšres (RSF), un recours contre le gouvernement de Mauritanie.

Le geste et ses motifs requiĂšrent l’attention rigoureuse des rapporteurs spĂ©ciaux des Nations-Unies et interpelle, autant, la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des peuples.

Nouakchott le 11 février 2019

Le Bureau Exécutif

Crédit source : Réseaux officiels IRA via Facebook

FESPACO 2019 : Un film mauritanien retenu dans l’une des compĂ©titions

Cridem Culture – Le film « Ganda, le dernier griot » rĂ©alisĂ© par le mauritanien Ousmane Diagana a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© parmi 21 films dans la catĂ©gorie « Documentaire long mĂ©trage » par le comitĂ© de sĂ©lection du FESPACO.

Le festival panafricain du cinĂ©ma et de la tĂ©lĂ©vision de Ouagadougou (FESPACO) se tiendra du 23 fĂ©vrier au 2 mars 2019. Le film d’Ousmane Diagana sera le seul film mauritanien Ă  reprĂ©senter la Mauritanie lors de ce grand rendez-vous du cinĂ©ma africain. Une sĂ©lection qui constitue une vĂ©ritable percĂ©e pour Ousmane Diagana.

Ousmane Diagana est le rĂ©alisateur du film « La blessure de l’esclavage », mais Ă©galement de « Le RĂȘve » (2008), « La couleur de mes amis » (2009), « Le cinĂ©ma mon pays et moi » (2009) et « Ma dĂ©mocratie » (2009).

Résumé du Film

AprĂšs le bouleversement socioculturel postcolonial en Afrique, la caste des griots est peu à peu devenue une caste de musiciens professionnels.

Ganda est une exception : il a su rester dans la pure tradition des griots en perpĂ©tuant la transmission des valeurs de la sociĂ©tĂ©Ì soninké et de la mĂ©moire collective africaine. Quand il dĂ©cĂšde en 2009, c’est le baobab qui s’écroule, la mĂ©moire de ma société qui risque de s’éteindre. J’ai dĂ©cidĂ©Ì de refaire le dernier voyage de Ganda, de Paris où il est dĂ©cĂ©dĂ©Ì, à Maréna prĂšs de Kayes au Mali où il est enterré. Ses anciens amis nous conteront son histoire singuliĂšre et, par l’analyse du sens de ses paroles, nous feront comprendre la place prĂ©pondĂ©rante qu’ont le chant et la musique dans la vie des africains.

Par la rédaction de cridem.org,

© CRIDEM 2019

Source crédit : cridem.org

Le dĂ©putĂ© Biram Dah Abeid honorĂ© Ă  L’UC Louvain en Belgique : Son allocution.

Monsieur le Recteur,
Mesdames et messieurs membres du jury,
Mesdames et messieurs les étudiantes et étudiants, chers invités.

Aujourd’hui, je ressens l’honneur et la reconnaissance de mon engagement, de ma douleur et de la rumination de dizaines de millions de forçats, subjuguĂ©es sous, d’autres cieux, du seul hasard de leur venue au monde. Autant de mes semblables endurent, jusqu’à nos jours, le rĂ©trĂ©cissement, pour ne pas dire l’amputation de leur ĂȘtre, sous l’emprise du travail forcĂ© ou indĂ©cent, du mĂ©pris de couleur et de l’infĂ©rioritĂ© ethnique. L’esclavage, mĂȘme quant il s’estompe ou disparait comme institution, continue Ă  produire, sur le temps Ă©tirĂ©, l’inĂ©galitĂ© prosaĂŻque et la honte de soi qu’entraine la moindre conscience de se savoir amoindri, dĂšs la naissance. Un descendant d’esclave s’émancipe au travers de sa descendance et toujours dans l’obstination, pour ne rĂ©colter, in fine, que l’évidence de son humanitĂ©. Vous semble-t-il concevable de souffrir et de mourir pour une Ă©vidence ? MalgrĂ© sa banalitĂ©, l’article est trop cher payĂ© mais nous autres rejetons de paria n’avons d’autre choix. La libertĂ© s’impose Ă  nous, non en termes de facultĂ© mais de survie. Je vous invite Ă  redĂ©couvrir le sens de cette vocation contrainte, par les exemples familiers Ă  l’entendement de l’Europe, dans la littĂ©rature de la Shoah et celle du Goulag.

Mais, soyons Ă©quitables et ne nous interdisons l’ironie du paradoxe. Si l’humour est la politesse du dĂ©sespoir, la luciditĂ© ne dĂ©daigne les coquetteries de la franchise.

Oui, nos anciens maitres sont aussi Ă  plaindre. Ils naissent et grandissent dans la certitude acquise de leur prĂ©sĂ©ance. ContestĂ©s ou accusĂ©s, ils cherchent argument auprĂšs des promoteurs de la race et de la religion, deux filets lĂ©taux quand l’ignorance, le prĂ©jugĂ© et la paresse les submergent. Les hĂ©ritiers des propriĂ©taires de nos aĂŻeuls, de nos pĂšres et mĂšres s’y dĂ©battent, aujourd’hui, sans le secours du discernement et finissent par s’épuiser contre la vague irrĂ©pressible de notre soif de mieux-vivre. Vous pouvez le comprendre, vous les rescapĂ©s de tant de rĂ©volutions et de gĂ©nocides, arriĂšres-enfants de colonisateurs : tĂŽt ou tard, les auteurs et complices d’une hiĂ©rarchie fondĂ©e sur l’infĂ©rioritĂ© de l’Autre se trouvent emmurĂ©s dans la prĂ©disposition suicidaire Ă  toujours s’imaginer le progrĂšs en ennemi. Oui, pour son propre salut, la progĂ©niture de ceux qui nous ont asservis des siĂšcles durant, mĂ©rite sa dose de thĂ©rapie curative. Or, nous en sommes l’unique pilule. Qui veut guĂ©rir se doit de nous avaler puis de ravaler l’amertume.

Qui suis-je ? Ma lutte inaugurale, dĂšs l’ñge de 10 ans, je la dois Ă  mon pĂšre. Il me pressait Ă  me battre contre l’esclavage hĂ©rĂ©ditaire qui dĂ©cimait sa famille, sur plusieurs gĂ©nĂ©rations.

Aussi, Ă©tais-je programmĂ© Ă  me tenir, debout, en travers de toute persĂ©cution, dans mon pays et ailleurs, quelle qu’en fut la victime. Un opposant banni, un activiste en prison, un objecteur de conscience menacĂ© de peine de mort, une fillette mariĂ©e de force, un paysan dĂ©possĂ©dĂ© de sa terre, m’interpellent et je ne fuis l’injonction du devoir.

Au-delĂ  des esclaves, ma communautĂ©, beaucoup d’autochtones d’extraction noire africaine subissent, en Mauritanie, la sĂ©grĂ©gation et le dĂ©ni de rĂ©paration, aprĂšs avoir endurĂ© des annĂ©es de tuerie, de dĂ©portation et d’assimilation culturelle. Les responsables de telles cruautĂ©s bĂ©nĂ©ficient encore de l’immunitĂ©, par l’effet d’une loi sur mesure. Je salue, ici, la mĂ©moire des suppliciĂ©s et des disparus. Je renouvelle la rĂ©solution, Ă  leurs proches, de poursuivre l’effort d’éradiquer l’impunitĂ©. Mon admiration va aux Justes, les agitateurs Ă  contresens, penseurs de la dĂ©construction, qui viennent souvent des groupes dominants et s’exposent, ainsi, Ă  l’ostracisme. Leur concours accĂ©lĂšre notre dynamique vers l’égalitĂ© et nous Ă©pargnent, alors, davantage de sacrifices. Grace Ă  eux, la non-violence devient notre rĂ©flexe, guĂšre une utopie.

Chers amis de l’universitĂ© de Leuven, je vous promets de poursuivre les Ɠuvres de l’humanisme en action, sur les nobles brisĂ©es de Baruch Spinoza, Primo Levi, Martin Luther King, Nelson Mandela et d’Alexandre Soljenitsyne, pour ne citer que les grands maitres. En ce chemin ponctuĂ© de tĂ©nĂšbres, mes compagnons d’espĂ©rance et moi continuerons de nous Ă©clairer Ă  la lumiĂšre de la DĂ©claration universelle des droits de l’Homme. L’Universalisme nous guide, je dirais nous rappelle la trivialitĂ© exaltante d’appartenir, tous, Ă  la mĂȘme espĂšce. PrĂ©server la diversitĂ© des langues, des arts et des modes d’organisation sociale anime notre combat, d’oĂč la prĂ©sence, aujourd’hui, parmi vous. Nous partageons la foi que l’uniformisation par contrainte de corps, la nĂ©gation de l’individu, l’effacement des singularitĂ©s et l’aversion de l’altĂ©ritĂ© diminuent les dĂ©fenses immunitaires de chaque population, face au fanatisme, la tuberculose de notre siĂšcle adolescent.
Notre tension vers la possibilitĂ© Ă©largie du bonheur et le dĂ©sir d’en faire jouir le plus grand nombre, opĂšre ici et maintenant, sur terre, point en dessous. Nous ne pouvons attendre de mourir pour mĂ©riter la justice. C’est en cela que nous avons besoin de vous, nos frĂšres en humanitĂ©.

Je vous remercie.
Biram Dah Abeid